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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 08:09

 

La désindustrialisation de la France

 

Gérard Bélorgey*
21/04/10 :: 10:38
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La désindustrialisation de la France
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Les faits sont incontestables : l’effondrement industriel français ; les causes font débat et le brouillage est total alors que la cause majeure est évidente : une ouverture inconsidérée aux importations des low cost countries - ouverture abusive et de France elle -même et, sous la même loi non démocratique du TARIC (tarif douanier intégré des communautés européennes émanant de la Commission et du commissaire chargé du commerce extérieur), de bien d’autres pays européens qui réexportent sur notre territoire des produits nourris de composants venus de pays tiers aux prix imbattables. Or le rapport qui retient aujourd’hui l’attention est une étude de la DGTPE sur la baisse des effectifs industriels en France sur la période 1980-2007.


Le constat d’abord : la France a perdu 36% de ses effectifs sur la période, soit 1,9 millions d’emplois, soit encore 71 000 emplois par an en moyenne. Sur les déterminants de la désindustrialisation, cette étude en distingue trois. Le premier tient à l’externalisation vers les secteurs des services ce qui explique 20% à 25 % des pertes d’emplois de l’industrie, mais dont les contreparties devraient se retrouver ( ?) ailleurs dans les services marchands. Le deuxième déterminant est que a hausse du revenu réel permise par les gains de productivité est utilisé pour consommer plus de services. Ces gains de productivité étant plus élevés dans l’industrie que dans les services, et se traduisant par des baisses de prix plus importante, ces baisses de prix devraient conduire à un accroissement de la demande adressée à l’industrie, et par suite à un accroissement de l’emploi industriel. Mais dans l’autre sens, les gains de productivité permettent de produire avec moins de salariés. Les estimations effectuées dans le document montrent que ce deuxième effet l’emporte : la hausse de la demande ne permet pas de compenser l’ensemble des gains de productivité. Au total, ces facteurs combinés expliqueraient 30% de la baisse des effectifs industriels. Il reste à estimer un troisième déterminant pour donc expliquer environ la moitié des pertes d’emplois industriels. La concurrence étrangère ? On nous dit d’abord qu’elle est méthodologiquement difficile à évaluer. Une approche de l’étude estime d’abord à 13% la perte d’emplois liée à l’accroissement des échanges, avec des différences fortes selon les secteurs ; mais une autre méthodologie conduit à estimer l’effet de la concurrence étrangère à 45% des destructions d’emplois. Mais en regardant le rôle des échanges avec les pays émergents, on n’y trouverait que 17% d’effet, si bien que certains en concluent au doigt mouillé que c’est donc la concurrence avec les pays de niveau de développement comparable à la France qui explique une bonne part de la baisse des effectifs industriels.


Serait-ce le cas, doit-on penser que c’est (selon l’antienne néolibérale) parce que la France serait moins compétitive et attractive que ses voisins (comme l’Allemagne ou surtout comme ces émergents internes à l’UE que sont désormais les pays européens de l’Est) ou parce que ces activités industrielles des autres européens réalisent leurs prix de revient avec des composants obtenus à plus bas prix que nous, soit chez eux du fait de retards sociaux, comme dans les PECO, soit du fait de déflation des salaires et de compression des coûts sociaux comme en Allemagne dont la "spécialisation " explique bien un atout, mais non un niveau de prix de revient).


A nos yeux il résulte de cette étude quelle ne peut porter à aucune conclusion, solide lorsque les fourchettes d’estimation sur les effets concurrentiels externes sont aussi ouvertes (entre 13 et 45 %). Elle ne semble pas avoir été mise en corrélation avec des travaux comparables plus anciens dont j’avais fait précisément état dans "Trois Illusions qui nous gouvernent" (France-Empire, 1998) : Claude Vimont (Le commerce extérieur français créateur ou destructeur d’emplois, Economica, 1993). C. Vimont et F. Fahri, pour le compte du ministère de l’Industrie (Concurrence internationale et balance en emplois, Economica et l’Institut de l’entreprise, 1997). L’apport méthodologique essentiel alors de ces travaux avait été d’essayer de faire une balance en emplois du commerce extérieur manufacturier pour découvrir la réalité des effets emplois derrière des données en valeurs. Ceci révéla d’ailleurs de grosses évolutions fondamentales puisque le milliard d’export en intensité d’emplois et le milliard d’import selon le même étalon s’étaient en fait alignés dès lors que nous exportions de plus en plus de produits représentant beaucoup en haute valeur technologique ajoutée et peu en main d’oeuvre, employée mais que nos fournisseurs eux-mêmes (les émergents montant en gamme de production) nous vendaient progressivement moins de contenus emplois et plus de valeur ajoutée.


Il en résultait déjà deux conséquences difficiles à affronter. La première est que les émergents sont venus de plus en plus en concurrence avec les mêmes types de produits obtenus à prix plus élevés en Europe de l’ouest. La seconde est que des fabrications, conduites sur leur territoire (fut-ce par nos propres firmes) se sont substituées, chez eux et vers des clients qui étaient les nôtres, à nos propres ventes. La seule réponse était donc dans une double « fuite en avant » quantitative et qualitative : les industries européennes et françaises durent , en permanence, pour « balancer », en emplois, leurs importations des NPI et PVD, vendre, en plus grande quantité, des produits et des biens inimitables de haute valeur ajoutée, en s’assurant, dans leur propre système de recherche et de production, d’avancées de technologies ou d’ingénieries que les pays émergents n’étaient pas encore provisoirement capables d’assurer, à leurs coûts plus bas, par leurs propres moyens. Mais ils le sont devenus de plus en plus et les concurrences par les prix sont désormais tous produits, tous azimuts.


Ce qui n’a pu pendant douze ans de plus (entre 98 et aujourd’hui) que poursuivre une érosion industrielle qui fut capitale dès 1980 : " S’il est clair que le commerce extérieur manufacturier a fait gagner, entre 1993 et 1995, 250000 emplois dont près de 120000 en 1995, de 1988 à 1998 , en solde net cumulé (c’est à dire une fois déduits des emplois détruits chaque année, par suite des importations, les emplois engendrés, chaque année, du fait des exportations), il a été perdu dans la cadre des échanges extérieurs de l’ordre de 950 000 emplois manufacturiers. La période précédente – depuis le début des années 80 pour laquelle des études de même nature n’existent pas et durant laquelle la balance en valeur était elle-même déficitaire a certainement fait au moins autant de dégâts. De surcroît ces comptes ne peuvent intégrer tous les emplois non créés par disparition de parts de marchés externes, désormais nourries par d’autres fournisseurs, à raison des abandons de productions et des délocalisations. Le seul secteur manufacturier, par les balances cumulées d’échanges exprimées en termes d’emplois, sur quinze ans (1980 1995) a donc sans doute, en stocks, perdu (ou non gagné, par rapport à ce que les demandes pouvaient engendrer) au moins de l’ordre de 2 millions d’emplois" Ce chiffre n’intégrait pas les pertes de la dernière décennie. Elles seraient donc sur trente ans d’un niveau beaucoup plus considérable encore que celui retenu par l’étude DGPTE.


C’est que de manière générale les estimations minorantes rassuristes sur les effets industriels de la concurrence des émergents ne tiennent pas compte d’importants facteurs dont notamment les suivants : comme on l’a souligné d’emblée cette concurrence utilise largement les voies des fabrications chez des voisins européens et ce n’est donc pas alors leur compétitivité qui nous surmonte mais celle de leurs fournisseurs tiers ; la mesure des pertes est totalement minorée par l’impossible prise en compte des non-localisations d’activités en France (un grand multiple sans doute des délocalisations visibles) dès lors que d’emblée grandes firmes comme entreprises moyennes installent leurs productions en low cost countries pour en nourrir les marchés, les autres marchés du monde et le marché français lui-même ; les services externalisés de l’industrie, sont aussi externalisés de la France et l’on doit depuis 1980 ( avec forte accélération depuis lors) compter dans les pertes des emplois qui étaient organiquement considérés autrefois comme "industriels" mais qui sont sortis aussi bien de leurs entreprises mères que du territoire national ; la relative bonne tenue des bénéfices français fait illusion, parce qu’elle ne va pas de pair avec des emplois en France, mais avec des activités profitables ailleurs.


Ces bénéfices loin d’être critiqués devraient être espérés dans de nombreux secteurs qui les permettraient s’ils étaient protégés contre les dumping aujourd’hui garantis par le TARIC (et si quelques secteurs ont un peu pu survivre comme celui des cycles en Italie et en France, c’est parce qu’il y a eu un tarif entre 5 et 15% envers beaucoup de pays tiers (encore que les pays méditerranéens et même le Chili ou l’Afrique du Sud soient en préférence totale). A une époque où les frontières entre secteurs - industriels, agro-alimentaires, agricoles, énergétiques, de services, de transports - sont en fait de plus en plus flous, c’est à l’échelle de toutes les pertes subies dans le cadre de la mondialisation sauvage, par l’économie française qu’il faut apprécier l’importance de la révolution intellectuelle à mener à bien pour nous sauver. Et ce n’est pas en écrivant seulement qu’"il semble que la concurrence étrangère pourrait avoir un rôle" qu’on y parviendra.


Malgré tout, pour finir, les auteurs de l’étude invoquée semblent se ressaisir puisqu’ils concluent ainsi : au final, au-delà de l’incertitude sur l’ampleur de l’effet de la concurrence étrangère, il apparaît,quelle que soit la méthode utilisée, une accélération des destructions d’emplois imputables à la concurrence étrangère dans la dernière décennie : l’approche économétrique attribue 63 % des pertes d’emplois industriels observées sur la période 2000-2007 ((23 % pour les pays émergents) aux échanges contre 45 % entre 1980 et 2007. Le modèle utilisé pour effectuer ces estimations implique cependant que l’impact sur l’emploi de la dégradation des performances extérieures depuis 2000 n’est pas complètement réalisé et pourrait être beaucoup plus important à long terme. Que cela vaille mise en garde. Ce sera déjà un point d’acquis.
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*Le blog de Gérard Bélorgey :
http://www.ecritures-et-societe.com

http://www.toutsaufsarkozy.com/cc/article04/EkZElypyAEGJNpuKyb.shtml

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