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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 00:41

samedi 19 février 2011

Un seul État pour la Palestine et Israël : une utopie ?

Le Soleil (Québec)


Opinions, vendredi 11 novembre 2005, p. A13

par Taïeb Moalla, journaliste indépendant et analyste de la situation au Moyen-Orient.

Chaque fois que l’idée d’édifier un seul État démocratique en Palestine-Israël est avancée, la réaction est immédiatement sceptique. La proposition est souvent jugée utopique. Pourtant, un examen minutieux des réalités du conflit nous permet de prétendre qu’il s’agit, à long terme, de l’issue la plus logique et la plus juste. Après tout, le fait d’imaginer un État unique n’est pas plus irréaliste que d’entrevoir deux États vivant côte à côte dans la paix et l’harmonie.

 

Une vieille idée


Cette solution n’a rien de nouveau. Pendant les années 60 et 70, elle était le credo des différentes factions palestiniennes regroupées au sein de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Dans son fameux discours de novembre 1974 devant l’ONU, Yasser Arafat souligna clairement sa préférence. "Travaillons ensemble à réaliser mon rêve de rentrer d’exil avec mon peuple pour vivre dans un seul État démocratique où chrétiens, juifs et musulmans vivraient en toute égalité, dans la justice et la fraternité", disait le leader palestinien, disparu il y a tout juste un an.

Précisons aussi que le projet sioniste de créer un foyer national juif en Palestine était minoritaire au sein des communautés juives dans le monde pendant les quatre premières décennies du XXe siècle. Bénéficiant du contexte international de l’après-Seconde Guerre mondiale - et particulièrement le sentiment de culpabilité qui a traversé les démocraties européennes devant l’ampleur du génocide - , les Pères fondateurs de l’État hébreu ont pu imposer le partage de la Palestine historique, décidé par la toute jeune ONU, cela avec le concours actif des États-Unis qui ont su trouver les arguments pour convaincre suffisamment de pays à l’Assemblée générale en vue d’atteindre les deux tiers des voix requis. Dans l’Israël actuel, seuls quelques groupuscules antisionistes, une bonne partie des arabes israéliens et l’extrême-gauche portent l’option d’un État binational.

 

Le noeud du conflit

 

Les points litigieux entre Israéliens et Palestiniens sont nombreux. Le démantèlement des colonies, le statut de Jérusalem, le retrait aux frontières de 1967, la question des prisonniers, etc., sont autant de pierres d’achoppement. Or, le noeud du conflit réside dans le droit au retour des réfugiés palestiniens, reconnu par la résolution 194 de l’Assemblée générale de l’ONU, dès décembre 1948. Conscients du côté explosif de cette question, les négociateurs des deux côtés se sont toujours gardés de la mettre à l’avant-scène.

La révolte des Palestiniens est née et a grandi dans les camps des réfugiés des années 60. À l’époque, la principale revendication était celle de l’application du droit au retour. Malgré son charisme et sa légitimité historique, Yasser Arafat a toujours su que la renonciation, même partielle à ce droit, est une ligne rouge qu’aucun dirigeant palestinien ne pouvait franchir sans s’attirer la colère de son peuple. Aujourd’hui encore, le rêve du retour berce des générations de Palestiniens.

Côté israélien, il existe un quasi-consensus qui traverse le paysage politique, y compris ses franges les plus progressistes. Pour une écrasante majorité de la classe politique et de la population israéliennes, l’invocation du droit au retour confirme le désir secret des Palestiniens de "détruire Israël". En janvier 2004, le premier ministre palestinien, Ahmed Qoreï, avait suscité un tollé monstre en expliquant que "si (Ariel Sharon) refuse toujours un État palestinien dans les frontières de juin 1967, avec éventuellement des rectifications mineures, nous devons réclamer la création d’un État binational".

Il apparait que seule l’option d’un seul État pourrait concilier les exigences contradictoires des protagonistes. Les Juifs attachés à la réalisation de leur Aliya ("montée" en hébreu) vers Israël pourront continuer à le faire. Et les Palestiniens qui choisissent d’appliquer leur droit (de façon individuelle et collective) au retour seraient satisfaits.

Un seul État démocratique, qui prendrait soin de séparer la religion et les affaires de la cité, permettrait d’en finir avec la contradiction originelle voulant qu’Israël puisse être "juif et démocratique" en même temps. Il contribuera à arrêter les discriminations subies par les Arabes israéliens qui constituent actuellement 20 % de la population israélienne et conduira à la coexistence de deux peuples condamnés à vivre ensemble.

 

La question des colonies

 

Un autre argument plaidant en faveur de l’option d’un seul État, c’est celui des colonies israéliennes, illégales selon le droit international.

Au moment de l’expulsion du retrait de Gaza, Elias Khoury - un écrivain libanais que l’on peut difficilement soupçonner de sympathie envers les colons - écrivait ceci, dans Al Quds Al Arabi du 23 août 2005. "Cela n’aurait aucun sens de dire que la tristesse des colons était mensongère et je ne veux nullement me réjouir de leur malheur. Je peux tout à fait comprendre leur peur et leur désespoir, eux qui étaient convaincus de posséder le droit absolu permettant à son titulaire de confisquer les droits et les terres des autres (...) La scène qui nous a permis de les voir exhumer leurs morts pour les enterrer dans de nouveaux cimetières a frappé nos consciences. Comment le téléspectateur ordinaire peut-il ne pas être solidaire des pauvres juifs se tenant sur les toits de leurs synagogues et résistant pacifiquement à leur expulsion ?", s’interrogeait M. Khouri.

Si l’évacuation de 8000 personnes a nécessité deux années de négociations et de controverses au sein de la société israélienne, combien de temps faudra-t-il pour déloger 50 fois plus de colons occupant la Cisjordanie ?

D’ailleurs, la tendance est plutôt à l’accroissement et à l’extension des colonies. Ariel Sharon a indiqué le 31 octobre dernier que "les projets de développement (du gouvernement israélien) comprennent non seulement la Galilée, le Néguev et Jérusalem, mais aussi les grands blocs d’implantations, la vallée du Jourdain et le Golan (plateau syrien occupé par Israël depuis 1967)".

Dans un État unique Palestine-Israël, les colonies ne poseraient plus de problème puisque les citoyens pourraient s’installer dans la partie du territoire de leur choix.

Pour des raisons stratégiques, l’Autorité palestinienne se contente depuis une vingtaine d’années de demander l’application scrupuleuse des résolutions onusiennes. Tout en militant dans ce sens, les mouvements qui se battent pour une paix juste au Proche-Orient devraient avancer, en parallèle, l’idée d’un État unique dans lequel tous les citoyens seraient traités de manière égale. Ce n’est que de cette façon que l’utopie d’aujourd’hui pourra être la réalité des prochaines années.

 

Posté par Alaindependant à 14:44 

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Published by Eva R-sistons - dans Alternatives au Système
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