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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 21:58

 

Syrie : Entre conflits armés et dialogue
Mère Agnès-Mariam de la Croix témoigne de ce qui se passe en Syrie

 

par Mère Agnès-Mariam de la Croix

 

17 aout 2011


Mère Agnès-Mariam de la Croix (*), Supérieure du couvent de Saint Jacques l’Intercis, en Syrie, développe et complète ici ce qu’elle avait affirmé dans un précédent témoignage sur les évènements qui déchirent ce pays.

Syrie_entre_conflits_texte.jpgLe monastère Saint Jacques l’Intercis appartient à l’éparchie grecque melkite catholique de Homs, Hama et Yabroud. Il est situé 2 km à l’Ouest du village de Qâra. Cet édifice du Vème siècle à l’histoire prestigieuse et mouvementée était une ruine lorsque nous entreprîmes de le restaurer en 1994.

Aujourd’hui il abrite une communauté d’une quinzaine de membres appartenant à huit nationalités différentes. Ce lieu est devenu un centre spirituel international qui accueille plus de 15 000 personnes par an de tous horizons dont le dixième y passe au moins une nuit.

La communauté cherche à revenir aux sources du monachisme antiochien dans une perspective d’unité : celle de la personne humaine et celle de l’humanité, dans le mystère du Corps Mystique. Elle vit au jour le jour l’ici et le maintenant au Nom du Christ. Tendue de l’avant dans une attente eschatologique de Celui qui vient, elle veut préparer ses voies, en ramenant le cœur des pères vers leurs enfants et le cœur des enfants vers leurs. La Syrie est notre patrie d’adoption. Nous sommes engagés à servir dans la charité du Christ et la solidarité qu’elle inspire, ouvrant nos portes aux familles nécessiteuses quelle que soit leur appartenance. Notre communauté vient en aide à des personnes de tous bords, chrétiens et musulmans. Nous le faisons à travers des microcrédits, un service-conseil quotidien qui n’exclut pas l’hébergement gratuit, un réseau local de relations publiques pour trouver des solutions à des problèmes qui nous dépassent.

Actuellement nous essayons de suivre au jour le jour les souffrances de nos frères et sœurs confrontés soudainement à une situation sociale des plus difficiles et qui se dirige vers la précarité. J’aimerais répéter que nous ne sommes pas engagés politiquement mais spirituellement, d’après les valeurs de l’Evangile. Solidaires avec nos frères syriens, toutes confessions confondues, sans négliger de militer pour les droits des minorités.

* * *

Dans un article précédent j’ai essayé de décrypter les événements qui frappent la Syrie. Publié sur le net par un site chrétien cet article a été traduit en anglais, arabe et italien et repris sur des dizaines de sites aux tendances les plus diverses : d’informations catholiques, orientalistes, progressistes, antimondialistes, situés en France, Italie, Belgique, Suisse, Liban, Etats-Unis, Canada, Palestine, Syrie, Israël, Afrique du Nord et j’en passe.

D’aucuns ont désavoué mon témoignage. Ils ont récusé la possibilité que je dise vrai, parce que je m’écartais de l’opinion la plus courante. Un commentateur a conclu que mon article : « déploie une argumentation politique si élaborée qu’il pourrait s’agir d’un faux ». C’est la première fois de ma vie que je me penche sur un tel sujet aussi je trouve cette appréciation bien flatteuse.

Un autre commentateur a écrit vingt pages pour remettre en cause chacune de mes assertions et en a pris prétexte pour s’en prendre avec une verve implacable, tout à la fois, à des sites antimondialistes et anti atlantistes (surtout le site Voltaire.net dont il assure à tort que je fais partie), à l’Eglise catholique, au Pape, à M. Sarkozy et aux services de renseignements français avec qui, affirme-t-il, je suis de connivence. Si bien que tout le soin que j’avais apporté à fonder mon argumentation sur des sources précises n’a pas été prise en considération. En définitive j’ai bien noté qu’il est risqué de fournir une version différente de celle donnée par les pouvoirs médiatiques et politiques. Assurément, on est mieux accepté si on utilise la langue de bois. Mais le faire n’est-ce pas verser dans l’hypocrisie ? Et se taire n’est-ce pas de l’absentéisme coupable ? En tous les cas, telle est notre option : être sincères car seule la vérité rend libre.

Comment informer lorsque la désinformation s’impose ?

Il est impératif d’être bien renseignés sur une situation donnée [1] pour pouvoir se positionner en conséquence. Sinon, comment accomplir notre devoir de personnes consacrées au service de l’Eglise dans ce pays ? Or les sources principales d’information qui font autorité et jouissent d’un monopole absolu déforment l’information et nous induisent en erreur, instaurant un malentendu de taille. C’est notre dilemme : la grande presse internationale jouit d’une telle crédibilité que tout témoignage qui la contredit est relativisé, y compris le nôtre qui s’appuie pourtant sur une expérience vécue. Si notre témoignage ne passe pas par les voies officielles de l’information il est inaudible et quasi inutile. Je l’ai expérimenté en transmettant à qui de droit la mise en garde que les chrétiens de Qâra avaient reçue dernièrement et que j’insère plus loin dans cet article, j’ai constaté que l’unique réaction a été : « Où est la vérité ? ». Cette position timorée me rappelle un incident significatif. Une de nos fondatrices subit jadis un malaise cardiaque et fut transportée à l’hôpital où l’électrocardiogramme n’enregistra aucune anomalie. Les médecins nous rassurèrent mais, à peine arrivée au monastère, elle eut une attaque fatale et succomba sous nos yeux. Rappelé d’urgence, le médecin qui venait de la congédier brandissait l’électrocardiogramme pour assurer que la religieuse n’avait rien. Malgré l’information fournie par son appareil de contrôle, notre sœur est décédée. Je crains que le même scénario ne se répète aujourd’hui dans le domaine des événements sociopolitiques. Qu’à force d’être soumis à un système de désinformation, on ne se laisse berner jusqu’à un point de non retour [2].

La faute de la désinformation retombe, dit-on, sur le régime syrien qui empêche le libre accès des médias. C’est vrai. Mais faudrait-il pour cela punir la population et ne plus l’entendre en bloquant son témoignage et en refusant de le diffuser ?

Car aujourd’hui en Syrie, pour être bien renseigné, il ne suffit plus de suivre les nouvelles servies par les chaînes satellitaires internationales. Est requise une synthèse qui s’appuie sur la comparaison entre une variété de sources parmi lesquelles les témoins oculaires ont un rôle privilégié. Nous l’avons constaté sans cesse : la réalité qui se vit ici est différente de ce que transmettent les médias. Ces chaînes n’accompagnent pas l’évènement, elles le précèdent pour le provoquer. Heureusement, de plus en plus de gens accusent cette information de parti pris et de falsification. Nous encourageons nos lecteurs à être plus critiques à l’égard des médias. Les versions des télévisions syriennes pro-régime s’accordent plus avec la réalité. Nous avons essayé de nous documenter en temps réel en téléphonant à des proches sur les lieux mêmes des incidents décrits : la situation ressemblait plus à ce qu’en disait la télévision syrienne qu’à celle propagée par Al Jazzirah, BBC ou France 24, Al Hurra ou Al Arabia à travers des montages et autres compilations audio-visuelles mensongères et de mauvaise qualité [3].

La théorisation qui paralyse

Si la désinformation dénature l’évènement et le fausse, la théorisation le relativise et le rend inconsistant : ce sont les péroraisons des théoriciens politiques ou éthiques de tout acabit qui nous étourdissent par des raisonnements émis à froid sur ce que devrait être la situation en Syrie, alors que le sang coule dans la rue et que le pire est à nos portes. Que diriez-vous si, devant un feu qui embrase votre demeure, les volontaires du quartier s’attardaient à débattre sur les tenants et les aboutissants de la réforme sociale des sapeurs-pompiers et comment elle affecte la nature du feu qui est en passe de vous dévorer ? Ou si, pour toute réaction devant votre fils assassiné de sang-froid, vos voisins se désintéressaient de vous parce que la presse n’a pas encore parlé de ce crime pour condamner celui qui l’a perpétré ? Les slogans faussement humanitaires anesthésient la conscience des auditeurs et favorisent le glissement vers une logique vindicative aveugle qui, somme toute, ne sert que la cause de l’injustice. C’est par fidélité aux victimes, quelles qu’elles soient, que nous ne voulons pas théoriser. En vérité nous sommes scandalisés par la légèreté avec laquelle certains intellectuels ou autres personnes de référence abordent les évènements dramatiques en Syrie. Croyant bien faire, ils ont une approche manichéenne qui s’aligne sur la vision de Leo Strauss propagée par les médias [4]. D’après cette vision, il y aurait en Syrie d’un côté les « bons » personnifiés par l’opposition - prise en bloc - qui réclame la « démocratie ». De l’autre côté il y aurait les « méchants » : c’est-à-dire le régime lui-même mais aussi la masse de ceux qui ne participent pas aux manifestations des « bons » [5]. La victimisation de l’opposition la pousse à encourager la chute du régime par la force, sans se préoccuper de la recrudescence de la violence et des retombées de ce cycle mortifère sur une population déjà saignée à blanc. C’est la simplification du sujet qui rend plus facile la manipulation médiatique et contribue à favoriser le malentendu [6]. La situation, elle, est autrement complexe et délicate. Le but du présent article est d’informer à partir de ce que nous, nos parents, nos connaissances ou amis vivons en Syrie, au fil des évènements qui se recoupent et s’éclairent. Depuis mon dernier article ces évènements m’ont donné raison, n’en déplaise à ceux qui m’ont critiquée.

Évolution de la situation en Syrie

Aujourd’hui il ne fait aucun doute qu’il y a ingérence étrangère, refusée fièrement par une partie de l’opposition. Aujourd’hui il ne fait aucun doute que l’opposition s’est muée en divers endroits en une insurrection armée qui commet des atrocités contre la population civile et contre les forces de l’ordre et l’armée. Enfin, aujourd’hui, l’exacerbation du clivage confessionnel est une triste réalité. Ces trois facteurs convergent pour réanimer le spectre de l’affrontement interconfessionnel, voire de la guerre civile. J’aimerais m’arrêter sur ces points :

Ingérence étrangère : l’impensable alliance entre les grandes puissances et des mouvements armés fondamentalistes

Ahuris nous assistons à un stratagème destructeur : telles grandes puissances, à grand renfort d’endoctrinement médiatique, jouent sur la corde du fondamentalisme religieux pour mettre en relief les différences qui séparent alors que les points communs qui unissent sont bien plus nombreux. La position de certains pays par rapport à la Syrie constitue pour nous un dépaysement surréaliste en regard du bon voisinage arabe et méditerranéen. Par exemple nous ne sommes pas habitués à une France belliqueuse, menant d’un bras de fer une incursion guerrière en Libye et marquant la rupture avec la Syrie. Ceci est culturellement inexplicable : que la France, qui sait découvrir et accueillir les cultures les plus variées, favorise l’extrémisme et ressuscite les vieux démons des clivages confessionnels. D’ailleurs dans les prises de position de la France c’est le côté culturel qui a été sacrifié puisque les grands centres culturels français en Syrie comme l’IFEAD et l’IFPO ont été fermés. Même surprise désabusée avec les Etats-Unis. N’ont-ils pas envahi l’Afghanistan pour se défaire d’Al Qaeda ? Comment pouvons-nous voir aujourd’hui les fondamentalistes les plus farouches proclamer leur sympathie et solliciter l’aide des États-Unis ? C’est le monde à l’envers.

La visite des ambassadeurs US et français à Hama a été vécue chez nous comme une démarche injustifiable. Cette ville est, bien sûr, le symbole d’une répression sanglante que personne n’approuve. Mais Hama est aussi le porte-flambeau de l’idéologie islamiste qui cherche à faire tomber les régimes nationalistes arabes au profit d’une transformation confessionnelle islamisante de l’espace politique. Que cherche l’Occident ? La liberté ou l’islamisme ? Ou est-ce la liberté donnée à l’islamisme ? Or cet islamisme nous savons qu’il s’oppose comme l’onagre biblique autant aux musulmans modérés qu’aux non-musulmans. Pourquoi abonder dans son sens ? On n’y comprend plus rien.

Pourquoi les Occidentaux encouragent-ils une insurrection armée, confessionnelle et fondamentaliste de surcroît, qui risque de s’étendre comme une tache d’huile ? Aucune explication ne saurait légitimer une telle attitude. Aussi, l’ingérence subversive des puissances occidentales ou arabes dans les affaires internes du pays est-elle vigoureusement dénoncée par les autorités religieuses. Le 16 juin, les évêques de Damas ont publié un communiqué déplorant cette ingérence et appelant à l’unité nationale et au dialogue [7].

C’est aussi ce qui ressort de la lettre ouverte que le P. Elie Zahlawi a adressée au Premier Ministre français Alain Juppé le 30 juillet 2011 [8]. De son côté le Patriarche maronite Mar Béchara Boutros Raï a une lecture plus globale de la situation. Il dénonce le « projet du Nouveau Moyen-Orient qui est à l’œuvre pour morceler le monde arabe dans le but qu’Israël vive en paix en en sécurité » [9]. D’après cette lecture, les évènements en Syrie sont mis à profit pour un remodelage géopolitique sur fond d’affrontement interconfessionnel. Certains d’entre nous ont fait l’expérience de ces manipulations au Liban durant la guerre civile, expérience partagée par nos frères et sœurs irakiens, boutés hors de leur pays et présents par milliers à Damas. La tendance mondialiste qui prévaut c’est de promouvoir le choc des civilisations pour asseoir la légitimité des regroupements ethniques ou confessionnels qui, à leur tour, légitiment l’existence d’Israël [10].

Opposition pacifique ou insurrection armée ?

La Syrie vit depuis des mois des coups d’État larvés car ce remodelage ne peut être instauré sans la force des armes. L’insurrection armée en Syrie est une tumeur inoculée qu’on cherche à faire crever un peu partout dans le pays au gré des clivages confessionnels ou tribaux, avec son cortège de haine, de vengeances, de victimes et de désastres socio-économiques. Cette situation ouvre la voie à la loi du plus fort et marginalise les justes réclamations des Syriens pour un changement sociopolitique rationnel et en profondeur. Elle est dénoncée autant par les Syriens de l’opposition que par ceux qui sont restés fidèles à ce que le régime a de sécurisant et qui sont, reconnaissons-le, l’immense majorité qui a joui d’une réelle stabilité civile. En disant cela, je n’exonère pas le régime de ses responsabilités éthiques pour avoir été totalitaire et oppressif avec les dissidents ou pour avoir laissé proliférer la corruption et le clientélisme.

Dans la plus récente de ses interviews l’intellectuel syrien dissident Borhan Ghalioun, professeur à la Sorbonne, insiste sur le fait que « l’opposition rejette avec véhémence l’intervention militaire ou tout usage de la force, la sédition ou le sectarisme » [11].

Le Blog de Joshua Landis [12] a enfin reconnu que l’opposition était devenue une insurrection armée, démentant les allégations des chaînes satellitaires selon lesquelles les soldats tués l’ont été par leurs pairs parce qu’ils refusaient de tirer sur les manifestants.

« Aujourd’hui, une vidéo corrobore la version gouvernementale des événements : les soldats stationnés en ville furent attaqués par une opposition organisée et armée. Voici une vidéo montrant certains de ces soldats avant qu’ils ne soient tués :

http://www.youtube.com/watch ?featur...

Les premières minutes de celle-ci montrent les soldats après qu’ils aient été tués :

http://www.youtube.com/watch ?v=CoFg...

Voici la vidéo originale, non éditée, des corps avant qu’ils ne soient placés sur les camions :

http://www.youtube.com/verify_age ?n...

Dans l’affrontement d’Hama, la vidéo montrant des corps jetés depuis un pont dans une rivière a été sujette à controverses. Cette vidéo, faite en comparant les vues du pont de Google Earth avec ce qu’on aperçoit dans la vidéo prouve que le film est récent, provient de Hama, et montre des éléments d’opposition jetant des corps de soldats depuis le pont autoroutier dans la rivière ‘Asi, au nord de Hama, sur l’autoroute vers Alep. »

Cette insurrection reçoit depuis plusieurs années des armes par les frontières très perméables avec le Liban, la Turquie, la Jordanie ou l’Irak. Cette contrebande juteuse a joui de la permissivité des douaniers qui en profitaient. Aujourd’hui on le regrette vivement. Le 6 août, j’ai lu dans les journaux libanais que l’armée libanaise a intercepté une livraison de mille fusils à destination de la Syrie de la part de particuliers sunnites, basés à Beyrouth Ouest, près du lieu où le Premier Ministre Hariri a été assassiné. Les personnes interpellées ont avoué qu’elles en étaient à leur trentième livraison de fusils : cela ferait, rien que pour ce poste de contrebande, trente mille fusils.

La majorité des musulmans et des chrétiens syriens se sont d’abord tenus à l’écart du mouvement de contestation pour diverses raisons, puis ils l’ont boycotté, et enfin certains s’y sont opposés. C’est face à la violence croissante des manifestants que les citoyens, à travers les comités populaires, se sont armés pour défendre leurs quartiers. Les manifestations ont eu très tôt un double visage : un visage pacifiste de façade destiné à faire la vedette dans les médias [13] à travers les vidéo-montages bricolés et autres messages pathétiques de (faux) témoins en retransmission audio, et un visage occulte anarchiste, où des activistes ou des agents infiltrés sont chargés de semer la pagaille et de provoquer la violence. Vivre au jour le jour les revendications de certaines couches de la société syrienne peut donner une idée des « dessous » occultes que recouvrent les manifestations qui ont dépassé le cadre des revendications légitimes en faveur d’une réforme civile, pour instaurer par le vandalisme un régime de terreur propice à un remodelage religieux à caractère islamique sunnite, comme c’est le cas dans la région de Tal Khalakh en symbiose avec les villages haririens du Liban Nord, à Jisr El Chagour au Nord, à Daraa au Sud, dans la Jezzirah, à Hama fief de l’opposition ultra-sunnite, à Abou Kamal près de la frontière irakienne ou à Deir Ezzor, enclave multiethnique où l’embrasement intertribal pourrait affecter le tissu social syrien [14]. Les manifestations se sont transformées en un mouvement insurrectionnel armé et subversif qui s’en prend même aux musulmans récalcitrants qui subissent menaces et exactions.

À Hama, beaucoup de gens, chrétiens y compris, n’ont pu quitter la ville à temps. Les pauvres sont restés chez eux pour garder le peu qu’ils possèdent et faute de lieu où se réfugier. Tant que le téléphone n’était pas coupé on nous informait d’une situation des plus précaires, bien différente de celle retransmise au même moment par les médias. « On entend des tirs un peu partout. Ce ne sont pas les tirs de l’armée qui n’est pas encore entrée mais ceux des gangs armés qui, le visage couvert, circulent partout sur leurs motos ou dans leur 4x4, et imposent la loi martiale. Les quartiers islamistes de Hader, Arb’in, Qoussour, Jisr el Mazareb et autres sont devenus des places fortes retranchées avec force blocs de béton, pylônes d’électricité, et tout autre matériel récupéré. Hama a proclamé sa mutinerie et son indépendance de la République Arabe Syrienne. Deviendra-t-elle une autre Bengazi ? Ce sont ces barricades qui seront les lieux de l’affrontement avec l’armée. Une véritable guerre des rues. Hier déjà un colonel a été tué et sept soldats. Les insurgés ont brûlé tous les bâtiments gouvernementaux y inclus le club des officiers. Sur Facebook le Hama News Network [15] informe que l’hôpital Hourani dont la propriétaire, Fida’, est une dissidente, distribue des armes aux insurgés ».

L’insurrection de Hama a eu des retombées inquiétantes dans sa propre province. Le dimanche 1er août, un téléphone de la ville de Mhardeh, grecque orthodoxe en sa totalité, nous alerte que des centaines d’hommes et d’adolescents ont déferlé dans la ville, armés de fusils, de machettes et de bâtons. Ils tirent en l’air et avancent en brûlant des pneus, en saccageant les magasins et en incendiant les voitures et les motos. Ils proviennent des villages sunnites de Seijar, Treimseh, Me’rzâv, Jdeideh autour de Mhardeh. Les prêtres ont fermé les églises, sacrifiant les services liturgiques dominicaux. Tout le monde est terré chez soi. La population réclame l’intervention des forces de l’ordre. Police et services secrets sont en petit nombre dans une région qui n’a jamais connu de troubles. Ils demandent à la population de se protéger comme elle peut. Les hommes montent sur les toits et font face aux assaillants avec leurs fusils. Des rixes s’ensuivent. Les assaillants sont repoussés vers midi. Le soir une réunion entre les Imams de ces villages et les curés de Mhardeh ne donne aucun résultat. Les Imams reconnaissent qu’ils sont impuissants à contrôler leurs ouailles qui représentent pourtant chez eux un faible pourcentage de la population sunnite (entre 5 et 7%). Le lendemain, 2 août, les gens de Mhardeh peuvent faire leur constat : c’est pour distraire l’armée qui investissait Hama que les villages sunnites des alentours s’en sont pris à leur village. On compte plusieurs blessés. Même scénario pour le village chrétien de Sqailbiyyeh : les sunnites de Qalaat Al Maddiq ont essayé de s’y introduire pour créer des troubles, mais la population les en a empêchés. De ces incidents dramatiques, aucun mot n’a été dit sur les chaînes satellitaires.

La guerre confessionnelle, une réalité qui pointe

Les incitations à l’insurrection sur base confessionnelle produisent un glissement dangereux dans les relations sociales. Une anecdote vécue montre combien les esprits faibles sont perméables au matraquage des médias :

Un bijoutier du nom de N.L. [16] nous raconte qu’une dame chrétienne de Jdeidet Artouz était à Damas pour faire des emplettes. Surchargée, elle prend un taxi pour la déposer au terminal des minibus en direction de son domicile. En chemin elle contacte avec son portable son mari pour lui dire où elle est. Quand elle a terminé sa conversation le chauffeur de taxi se retourne pour l’invectiver : « Vous, les chrétiens, ne durerez que deux mois, le régime va tomber et votre manière de vous habiller ne survivra plus en Syrie ». La dame, craignant le pire, voulut quitter ce taxi mais le chauffeur refusa de s’arrêter. Elle appela au secours par la fenêtre. Un policier la vit et poursuivit le taxi. Le chauffeur fut remis à la sécurité pour intimidation confessionnelle.

La tendance est assez répandue pour qu’à Mazzeh, avenue chic de Damas, des chrétiennes prennent le parti de porter le tchador, suprême démission, de peur d’être molestées par les islamistes. Dans les milieux fondamentalistes on réclame que la première dame, qui est sunnite, porte le tchador.

Ceux qui ne comprennent pas l’arabe ne pourront pas se rendre compte par eux-mêmes comment, à l’orchestration habile des médias « professionnels » s’ajoutent des stations satellitaires islamistes émettant d’Égypte ou d’Arabie Saoudite, comme Al Wissâl ou Safa, pour haranguer les sunnites à l’insurrection confessionnelle. L’étoile de ces émissions est un imam wahhabite qui s’appelle Cheikh ‘Ar’our. Il s’agit d’un officier de l’armée syrienne relevé de ses fonctions suite à un scandale de mœurs. Il s’est transformé en un prédicateur de l’Islam le plus fondamentaliste, basé en Arabie Séoudite.

Cette situation passe très vite de l’anecdote passagère à la gravité d’un conflit, larvé mais redoutable

Nous avons su par des témoins fiables que dans les régions où coexistent les sunnites et les alaouites (entre Tartous et Lattaquieh) la population est armée. Il faut préciser que les sunnites sont nombreux sur le littoral tandis que les alaouites vivent dans les villages en hauteur. Dans ces régions les civils dressent des barrages aux abords de leurs villages ou quartiers pour s’enquérir sur l’identité confessionnelle du passant. S’il s’avère qu’il est d’une autre confession que la leur il subit des sévices. Le régime contient jusqu’à présent les alaouites. Ce sont les insurgés sunnites qui défient les lois de la convivialité. Nous venons de savoir que la contagion confessionnelle a gagné Damas ; le frère d’une de nos résidentes, de confession Alaouite, chauffeur de taxi, a été pris dans une manifestation aux abords de Damas. Les manifestants lui ont demandé de montrer ses papiers et, en voyant qu’il était alaouite, ils l’ont battu et ont brisé sa voiture. Même scénario à Qusayr, dans la région de Homs où les chrétiens ont dû se défendre des manifestants sunnites qui faisaient des incursions tapageuses et hostiles dans leurs quartiers. Là aussi les forces de l’ordre n’ont pas bougé car elles étaient débordées. Ce n’est que la semaine passée que l’armée est intervenue à Qusayr pour instaurer le calme.

Lorsque, durant les manifestations de Homs, le désormais célèbre slogan a été scandé : « les Alaouites au tombeau et les chrétiens à Beyrouth » (Al 3alawiyé Bil tâbût wil massihiyé 3a Beyrouth), et le sinistre cri de ralliement à la guerre de religion a retenti : « Debout, allons au Djihad » (hayya 3alla ljihâd), on a cru à une effervescence passagère. Malheureusement, aujourd’hui, en dehors des remous des manifestations, certains musulmans fanatisés ne craignent plus de manifester ouvertement aux chrétiens leur antipathie viscérale et leur disent ouvertement : « préparez-vous, votre fin est proche ». Le tabou confessionnel imposé par le régime Baathiste sous peine de graves sanctions avait assuré à la Syrie une stabilité sociale enviable pendant des décennies. Des chaînes satellitaires comme Al Jazirah ou Al Arabiya ont contribué directement à inoculer la mentalité discriminatoire confessionnelle. Invité en permanence, le Cheikh Al Qaradawi n’a pas mâché ses mots, invitant les musulmans à s’insurger contre les « infidèles », y-inclus par la force des armes, des fatwas, ou bulles légales, ont « permis » aux musulmans de verser le sang des « infidèles », les Kuffâr (musulmans modérés, alaouites et chrétiens), de violer leurs femmes et de kidnapper leurs enfants.

Certains villages sunnites dressent des barrages sur la route internationale Alep-Hama et arrêtent voitures et autobus. Ils vérifient l’identité des voyageurs et molestent les alaouites allant jusqu’à les battre ou les tuer. C’est ainsi qu’une femme alaouite avec sa fille ont été torturées à mort. A Hama trois enfants alaouites on été sauvagement mutilés. L’émissaire turc a vu leurs dépouilles de ses yeux. Dans les faubourgs de Homs, un jeune chrétien du nom de Gayyath Al Turk de Kfarram a été kidnappé dans la rue Hadarat par les Salafistes, torturé puis dépecé ; on l’a mis dans un sac sur lequel on a écrit le nom musulman de « Ahmad » de sorte que la communauté musulmane croie que ce sont les alaouites qui ont perpétré ce crime et s’en venge. L’intention était d’ attiser la haine confessionnelle. Le 2 août dans l’après-midi, Bassam Nakhlé, un petit commerçant du village de Yabroud, à 30 km de chez nous, a été froidement abattu à côté de chez lui par des islamistes montés sur des motos. On a bien senti que le mot d’ordre de s’en prendre aux chrétiens était désormais lancé. Par qui ? Nous ne pouvons pas le certifier.

Les syndromes de la vague antichrétienne ont touché notre petit village de Qâra. Le 30 juillet, j’ai reçu cette lettre manuscrite signée par un sunnite de Qâra. Je la traduis aussi fidèlement que possible.

« A la respectable Dame du monastère Saint Jacques

Nous vous informons, Madame, qu’il existe dans la ville de Qâra un groupe de terroristes qui n’ont ni foi ni loi qui instiguent au nom de l’Islam à tuer et à expulser nos frères chrétiens. De ces gens l’Islam est innocent et nous autres nous n’acceptons pas ces instigations qui proviennent d’une Fatwa (décret légal islamique) impie où on leur dit que les chrétiens n’ont ni foi ni loi et qu’ils sont des impies, qu’il nous faut les expulser de la ville de Qâra, brûler leurs maisons et violer toute femme parmi les leurs. Ils sont en train de monter le plus grand nombre (possible) de manifestant pour qu’ils puissent commencer à brûler les maisons des chrétiens ainsi que leurs églises et le monastère et ils ont l’intention de couper la route internationale, de saccager les propriétés publiques et privées et veulent agresser toute personne qui appuie Monsieur le Président et de s’en prendre aux chrétiens. Nous, dans la ville de Qâra, nous contrecarrons ces impies et nous sommes innocents d’eux jusqu’au jour du jugement. Chrétiens et musulmans, nous formons un seul rang face à ces traîtres et nous regrettons de rapporter ces faits avec de telles paroles mais la nécessité n’a pas de loi. Ces personnes sont : Abou N .Al M. et ses fils, le grand instigateur (suivent huit autres noms). Ils disent aussi que le monastère, celui de Saint Jacques, revient de droit aux gens de Qâra (…) il faut donc qu’on rende le monastère aux habitants de Qâra, en d’autres termes aux musulmans et non aux chrétiens.

De plus, lorsqu’une manifestation est sortie pour appuyer Monsieur le Président ils avaient planifié de brûler les maisons de ceux qui ont répandu du riz et des sucreries sur la manifestation mais ils se sont rétractés à cause de leur nombre réduit, mais ils assurent : « dès que nous aurons un nombre plus élevé de manifestants nous voulons brûler leurs maisons pour qu’ils apprennent à ne (pas) répandre les roses et le riz sur les traîtres », suivant leurs propres termes, puisque d’après eux celui qui appuie Monsieur le Président est un traître. Toutes ces choses proviennent d’instigateurs qui payent l’argent et donnent des armes à ces chômeurs ou ces recherchés par la justice et nous, en leur nom, nous nous excusons auprès de vous, nos honorables et illustres frères. ».
Signé Amjad L.

Nous connaissons les personnes mentionnées : ce sont des islamistes qui vivaient de contrebande. Leur Imam lançait des messages incendiaires envers les chrétiens durant les prêches du vendredi (ce qui amenait les gens de la sécurité à les remettre au pas). Amjad nous précise que ce groupuscule reçoit de l’argent en provenance des Émirats et le distribuent pour que les enfants et les femmes viennent grossir leurs rangs dans leurs manifestations hebdomadaires.

Cette mise en garde à notre encontre avait été précédée par deux incidents : Fin juin, des inconnus sur des motos, interceptés par les caméras de la paroisse, ont jeté des cocktails Molotov sur deux maisons chrétiennes à Qâra. Le même jour, des malfaisants avaient coupé tous les arbres d’un terrain appartenant à un chrétien aux abords de notre monastère. De concert avec le curé du village et les victimes de ces attentats, nous avons décidé de nous taire pour ne pas attiser les tensions, nous limitant à transmettre les faits aux autorités concernées. Quelle que soit sa teneur véritable, cette lettre permet de jauger à quel point les esprits sont surchauffés et nous alerte pour prévoir le pire : qu’à un moment donné des esprits faibles et influençables perdent le contrôle d’eux-mêmes.

A Qâra, c’est devenu un rituel qui se répète chaque semaine. Au sortir de la mosquée le vendredi, une cinquantaine de personnes font le tour du village pour scander des slogans indécents contre le Président Bashar El Assad et proclamer leur allégeance au Cheikh Aaraour dont nous avons déjà parlé. Depuis quatre mois ils chantent à tue-tête, parfaitement impunis : « Bonne Nouvelle, bonne nouvelle pour toi Aaraour, notre Bashar s’est révélé être un sarsour » c’est-à-dire un cafard (Absher absher ya Aaraour, Basharna tole’sarsour). Ils ont vandalisé la mosaïque qui représente feu le Président Hafez El Assad à l’entrée du village. De temps en temps les forces de l’ordre arrêtent les instigateurs et entendent leurs dépositions puis les relaxent. Le chef des gendarmes explique « ce sont de pauvres bougres ». La situation à Qâra, où transparaît la bonhomie de la population locale, forces de l’ordre comprises, ne correspond pas au tableau qui en est brossé sur le site « Syrian revolution 2011 » qui rapporte :

« Province de Damas : Qâra : Urgent : les intrépides de Qâra ont fait descendre le prédicateur de la grande mosquée de son pupitre et ont interrompu son discours….et cela à cause de sa lâcheté et de sa servilité…et ils mettent en garde les prédicateurs de ne pas faire comme lui car sinon ils auront le même sort…Les indépendants continuent à occuper les rues de Qâra en grand nombre pour faire tomber le régime » [17]

Or les manifestants de Qâra sont en trop petit nombre (quelques centaines sur vingt trois mille habitants) pour faire quoi que ce soit de représentatif. Au contraire, ce sont eux qui reçoivent souvent des semonces de la part de leurs parents ou amis. Le Cheikh Mouhammad Omar qui a été victime de leur discrimination est la personnalité musulmane la plus en vue. Le village en sa majorité a désapprouvé l’intervention intempestive de la poignée des opposants.

Scénario similaire à Jdeidet Artouz, dans la banlieue de Damas. Des nouvelles circulaient dans les médias au sujet de grosses manifestations et de l’intervention musclée des forces de l’ordre. Ce jour même je rencontre fortuitement le curé du la cité. Il était étonné de mon émoi : « Les manifestations les plus nombreuses chez nous ne réunissent qu’une centaine de personnes dont plus de la moitié sont des étrangers venus d’autres villages. Les forces de l’ordre n’ont pas à s’opposer. Elles laissent faire et ce nombre insignifiant n’a d’autre alternative que de se disperser ».

En fait, chez nous comme à Damas ou à Alep, les stratagèmes pour galvaniser la vindicte sunnite contre le régime « alaouite » ne prennent pas. Du moins jusqu’à présent [18]. C’est une minorité qui s’engage dans le mouvement de contestation au point de descendre dans la rue.

Je dois ajouter que le 11 août des membres de l’opposition de Qâra ont demandé à me voir. Ils avaient eu vent de la mise en garde qui nous était parvenue et ils venaient nous rassurer : « Cette lettre est le fait des services secrets, nous et les chrétiens nous sommes une seule famille, jamais nous ne vous ferons le moindre mal. Nous réclamons pour vous et pour nous la liberté, l’égalité des chances, la justice, la fin de la corruption ». Je leur ai dit que ces réclamations étaient sacrées mais qu’il fallait prendre la bonne voie pour les obtenir. Ils ont promis de revenir plus nombreux.

Malgré les paroles d’apaisement que nous avons entendues de la part des opposants, ce même jour les manifestants ont exprimé leur irritation face aux chrétiens qui ne partagent pas leur engagement à faire tomber le régime. Les slogans étaient franchement confessionnels. La minorité des opposants de Qâra rejoint en cela les opposants de Daraa, Homs, Banias ou Hama qui sommaient les chrétiens de manifester avec eux ou de partir . Pour les chrétiens qui sont malmenés parce qu’ils ne participent pas aux manifestations, la réponse est limpide : « comment voulez-vous qu’on participe lorsque vos slogans sont confessionnels, nous n’y trouvons pas notre place de citoyens à part entière ».

Nos concitoyens de Qâra sont solidaires de leurs frères martyrisés à Daraa, Hama, Jisr El Chaghour, Tel Khalakh. Ils affirment, et cette version est intéressante parce qu’elle rejoint la nôtre, que les manifestations étaient pacifiques mais que des intrus ont tiré simultanément sur les forces de sécurité et sur les manifestants. Ces derniers se sont « défendus » en massacrant les forces de l’ordre et en leur volant leurs armes. Au Liban, la guerre « civile » a été entretenue pendant des années grâce à des « intrus » qui tiraient sur les uns et les autres pour attiser leurs rancœurs mutuelles et les inciter à l’affrontement idéologique et confessionnel.

Les opposants de Qâra, comme la majorité des opposants en Syrie sont, comme les qualifient les américains, des personnes rurales à la culture restreinte. Il est facile de les enrôler par des arguments fallacieux qu’ils adoptent par rectitude d’intention sans voir où mène le mouvement insurrectionnel. Même dérapage à bon escient de la part de syriens qui vivent à l’étranger, tel le petit groupe qui réclamait le départ du « sanguinaire » Bashar El Assad le 12 août devant le consulat syrien de Genève. Vivant hors de la Syrie ils ne se rendent pas compte que la situation est autrement compliquée et dangereuse.

Pour nous, la solidarité de nos frères sunnites de Qâra nous touche, qu’ils soient loyaux ou opposants. En renouvelant notre foi en le Seigneur Jésus-Christ qui est Maître de l’histoire nous avons renouvelé notre choix de demeurer en Syrie. Mais comme pour les moines de Tibhérine nous savons que, dans une situation de confusion comme celle qui régnait alors en Algérie et celle qui règne aujourd’hui en Syrie, l’irréparable peut se produire pour nous à n’importe quel moment, sans qu’on sache exactement qui l’a perpétré et pour quel motif. Cela semble bien loin de nous actuellement où la sagesse des Syriens, leur cohésion nationale et leur bon sens leur fait dépasser, à part des cas ponctuels, les instigations à la guerre civile et confessionnelle. Cependant cette dernière se profile à l’horizon comme une menace probable.

Devant la crainte fondée d’une velléité internationale de consécration de l’islamisme en Syrie j’ai pensé qu’il était important d’étayer ces considérations par une rétrospective sur l’histoire des chrétiens en Orient. Ceci devrait également permettre de mieux comprendre la position des chrétiens en Syrie. Je me dois de rappeler que je ne suis pas le porte-parole des chrétiens et que mon témoignage et mon analyse n’engagent que moi-même.

La présence chrétienne au Moyen-Orient

Les chrétiens orientaux [19] ont été polarisés par une appartenance ambivalente : d’un côté à leur Orient ancestral et au monde arabe, de l’autre à l’Occident « protecteur », Europe ou États-Unis.

Le nombre de chrétiens diminue continuellement en Orient. Cela est dû à l’exode, à l’émigration et, depuis le siècle dernier, à une natalité réduite. Certains accusent la conquête islamique d’avoir compliqué la vie des chrétiens en Orient. Il ne faut pas oublier cependant que des communautés chrétiennes divisées entre elles ont préféré faire alliance avec leurs frères sémites ismaéliens plutôt que de vivre sous la botte des byzantins gréco-romains. A d’autres époques, les chrétiens ont cherché à être « protégés » par des puissances étrangères. Les maronites et les arméniens ont collaboré avec les Croisés puis avec les cités marchandes de Venise et de Gêne. Plus tard, les orthodoxes avaient l’appui de la Russie, avant la chute du Tsar ; les catholiques avaient celui de la France. Les communautés issues de la Réforme protestante ont compté avec l’appui des anglicans britanniques et des évangélisateurs américains. Ce protectionnisme n’a jamais été sans des retombées dramatiques au détriment des chrétientés autochtones.

Malgré leurs accointances privilégiées avec l’étranger, les chrétiens ont été le plus souvent trahis et livrés au gré des avantages politiques de leurs protecteurs [20]. Depuis l’ère coloniale occidentale, les chrétiens sont les laissés-pour-compte. Ils savent désormais que la prunelle des yeux de l’Occident c’est Israël et que, tout ce qui peut contribuer à réduire la présence palestinienne et à museler la résistance, est le point de mire des grands de ce monde. Les chrétiens, déjà exsangues, seront les premiers à payer le prix du sang et de l’exode dans les soubresauts de l’histoire contemporaine, au gré des intérêts des grandes puissances.

Ils ont fait l’expérience des dessous sournois du remodelage géopolitique du Moyen-Orient dont ils sont une des victimes. De larges franges des chrétiens de Syrie sont des réfugiés qui ont vécu des situations graves de déstabilisation ou même de persécutions : Arméniens, Syriaques et Assyriens rescapés du grand génocide au début du XXème siècle, Palestiniens réfugiés de la Nakba de 1948, Libanais transfuges de la guerre de 1975 et de celle de 2006, chrétiens d’Irak victimes des guerres du Golf et de la tactique sournoise du chaos créateur où ils n’avaient pas de place [21].

Fils de communautés persécutées et réfugiées les chrétiens sont confortés par leur appartenance à leurs Églises qui sont toutes « ethniques », à part les latins et les melkites.

Pionniers de la renaissance arabe, résistance culturelle à l’occupant turc, au XVIIème siècle, à partir des villes d’Alep et de Damas, relayées par la montagne libanaise les chrétiens se sont aussi engagés dans la résistance armée contre le colonialisme français et britannique et ont contribué à fonder plusieurs états arabes modernes du Proche-Orient dont la Syrie où ils sont près de deux millions.

En Irak et en Syrie les chrétiens ont jouit d’une réelle sécurité sous le régime Baathiste. Fondé par Michel Aflaq, un chrétien, ce parti a la particularité d’être laïc. Pour les chrétiens, la laïcité est un excellent moyen d’assurer l’égalité entre tous les citoyens indépendamment de leur appartenance religieuse.

Le Printemps arabe, quel bilan à ce jour pour les chrétiens ?

La réforme du « printemps arabe » qui inquiète la majorité des Syriens en général et les chrétiens en particulier est la montée en puissance du fondamentalisme islamique sous tacite bénédiction internationale.

Les révolutions « réussies », en Égypte ou en Tunisie, ont fait chuter les régimes incriminés et leurs chefs honnis, mais n’ont-elles pas contribué à livrer ces pays à l’inconnu et au vide ? Le chaos qui s’instaure est confié à la « garde » de l’armée mais, la plupart des analystes le soulignent, il ne profitera qu’aux mouvements islamiques : frères musulmans, salafistes ou Al Qaïdah, organisés depuis des années, avec une base disciplinée et qui se disent prêts à négocier avec Israël. Les derniers évènements sur la Place Tahrir au Caire confirment notre analyse : il y a bien eu affrontements entre l’Armée et les groupes fondamentalistes.

L’entente est désormais affichée entre les États-Unis et les frères musulmans [22]. Même les talibans sont recyclés après la « mort médiatique » de Ben Laden. Le nouveau leader d’Al Qaeda, le médecin égyptien Ayman Al Zawahiri, a proclamé sa solidarité avec le mouvement pro-démocratique syrien, haranguant les protestataires dans une vidéo postée sur un site web jihadiste le mercredi 27 juillet, en leur disant qu’ils font partie d’une révolution plus globale pour libérer les terres musulmanes [23]. Les partis islamistes, modérés ou extrémistes, militent en faveur d’un retour à la « pureté » de l’application du Coran dans la vie civile. Ce fondamentalisme va du rigorisme dogmatique des frères musulmans au fanatisme vindicatif des salafistes. Il s’oppose à des régimes mis en place après la deuxième guerre mondiale, issus de la « renaissance arabe » et prônant le panarabisme, considéré aujourd’hui comme mort. Ces régimes, de tendance socialiste, ont remplacé des monarchies plantées à la hâte par les colonialistes. Ils se voulaient populaires et « laïcs » comme le régime Baathiste. Si ce régime venait à tomber, la majorité sunnite qui viendra au pouvoir démontre vouloir implanter la Sharia islamique, au détriment des libertés de croyance et des droits civiques des non-chrétiens. De semaine en semaine, le printemps arabe en Syrie part chaque vendredi de l’enceinte échauffée des mosquées pour s’exprimer avec haine dans des termes ultrareligieux et sectaires où les citoyens appartenant à d’autres confessions ne se retrouvent pas.

Avec l’instauration de ce qu’une communauté chrétienne a nommé par euphémisme une société « moins laïque » [24], les chrétiens seront non seulement dépourvus du droit à un statut civil équivalent à celui de leurs frères musulmans comme c’est le cas partout dans le monde musulman sauf au Liban et en Turquie [25], mais ils seront réduits au rang de citoyens de seconde zone, les dhimmis, taxés par l’État pour être rachetés et protégés de l’anathème traditionnel qui juge que les infidèles sont dignes de la peine de mort et, par conséquent, doivent se racheter par la capitation. C’est pourquoi les minorités, et même les musulmans modérés, regardent avec scepticisme le « printemps arabe », n’en déplaise à ceux qui acclament la révolution arabe les yeux fermés ou qui la théorisent les yeux grands ouverts.

Déjà les constitutions des régimes arabes qui se disent « laïcs » sont basées sur la loi coranique. Pour les chrétiens les articles de la loi qui ont trait au statut civil ont été une atteinte permanente à leur liberté de culte et de conscience. En vertu de ces lois tout chrétien peut se convertir à l’Islam mais jamais l’inverse. Le musulman ne peut pas se convertir au christianisme et, s’il le fait, son statut civil ne pourra jamais changer. Le musulman qui se convertit est mort civilement. Cependant, les constitutions de ces régimes sont rédigées en termes civils et non pas religieux. Ils prônent l’égalité des citoyens, musulmans et chrétiens confondus, devant la loi, ce qui, à part le statut civil, fut un énorme bienfait pour les chrétiens. Dans notre monastère, nous profitons du dialogue national pour demander à l’État de changer la clause de la Constitution ayant trait au statut civil de sorte que le même traitement assuré par la loi aux musulmans soit désormais assuré aux chrétiens [26]. Nous comptons d’ailleurs appuyer la requête en justice d’une jeune musulmane qui a décidé d’embrasser le christianisme et qui voudrait que cela soit inscrit sur ses papiers d’identité. Elle sera la première à le faire en Syrie à l’instar d’un jeune sunnite Turc qui a obtenu l’année passée gain de cause auprès du Tribunal des affaires civiles d’Ankara. Cette fille est appuyée par ses propres parents qui, bien que sunnites pratiquants, ont fini par comprendre et respecter son libre choix.

La Majorité et ses droits démocratiques

Y-a-t-il des chrétiens qui désirent faire chuter le régime ? Oui, mais ils sont une minorité. Il s’agit d’intellectuels théoriciens qui ont vécu hors du pays, ou de simples citoyens qui ont subi pour une raison ou une autre les exactions injustes du régime.

La plupart des chrétiens et des musulmans de Syrie ne veulent pas la chute brutale du régime mais une réforme en profondeur. Pourquoi ignorer ou diaboliser cette « grande majorité » qui est une réalité démocratique ? Lorsque plus d’un million de personnes, jeunes et vieux, hommes et femmes et enfants, manifestent à Damas, ce n’est pas un trompe-l’œil du régime. C’est une valeur sociale qui a droit au respect de la communauté internationale. Elle ne peut être abordée dédaigneusement parce qu’elle n’est pas « politiquement correcte ». La société syrienne devrait être comprise d’après les principes qui régissent l’Orient depuis des millénaires et qui établissent l’harmonie entre les contraires grâces aux intérêts claniques des grandes tribus. Cette réalité est indépassable. On ne peut « aider » le peuple syrien à obtenir les justes réformes qu’il revendique par une immixtion insistante et tapageuse qui rend précaires les subtils équilibres confessionnels et claniques traditionnels. Ce serait le chaos qui ne peut être « créateur », sauf si on cherche à tout détruire pour rebâtir une société artificielle qui tient mentalement mais qui ne « prend pas » socio-culturellement, comme c’est le cas en Irak.

Les régimes laïcs qualifiés de « totalitaires » qui sont nés dans la mouvance du panarabisme se sont en fait ancrés, comme les anciennes oligarchies monarchiques, dans le système clanique et tribal infiniment complexe du Moyen-Orient. Une stabilité évidente en a résulté qui n’exclut pas les dérapages, la corruption ou l’injustice. Ce ne sont pas les dérapages, parfois gravissimes, que nous défendons, mais le respect des affinités et des équilibres socioculturels du tissu social multiforme de l’Orient de manière à préserver le droit des minorités et l’égalité des chances entre tous.

En conclusion

Nous sommes cœur et âme avec les justes revendications de tout citoyen pour la liberté civique, la fin du totalitarisme d’État et de la corruption. Nous souhaitons la démocratie, l’impartialité de la justice et des réformes économiques et sociales conséquentes. Mais nous sommes conscients – et c’est là où nous nous heurtons à beaucoup d’incompréhension - que ces revendications peuvent devenir un cheval de Troie pour diverses entités nationales ou politiques afin de provoquer une déstabilisation dangereuse à partir de clivages confessionnels et claniques très subtils. Il s’ensuivrait une guerre civile confessionnelle qui en est à ses premiers syndromes, où l’élément sunnite fondamentaliste (frères musulmans, salafistes, Al Qaeda) serait le fer de lance pour galvaniser les esprits faibles « contre » les alaouites, les chrétiens, les druzes, les kurdes et tous les autres. Le terrible massacre de trois familles alaouites à Homs depuis un mois en est un triste exemple. On cherchait à provoquer la revanche des alaouites pour attiser la spirale de la violence et faire sombrer le pays dans le chaos de la guerre civile. Au bout du chemin ce serait le morcellement de la Syrie en des factions ethnico-religieuses antagonistes comme en Irak.

Mais la Syrie est loin de l’effondrement. Les foyers d’où l’on cherche à attiser les antagonismes confessionnels sont isolés et contrôlés, parfois au prix du sang lorsqu’il y a une résistance armée, au fur et à mesure que la population prise en otage fait appel à l’armée. Le peuple syrien est composite : sunnites, alaouites, chiites, chrétiens, druzes, arabes, kurdes, turkmènes, caucasiens, et j’en passe. Il n’est pas facile de maintenir une telle mosaïque dans la cohérence et la paix civile. Le parti Baath l’a obtenu en respectant les règles qui président aux structures tribales et claniques de l’Orient. Cependant ce régime était to

talitaire et corrompu. Aujourd’hui une saine autocritique est à l’œuvre publiquement et des lois sont promulguées, obtenues par une saine opposition, pour les réformes souhaitées. Nous préférons cette voie tant qu’il y a de l’espoir.

Notre vœu c’est que tous favorisent le dialogue inter-syrien, en vue de réformes conséquentes, dans le cadre d’une prise de responsabilité efficace même si elle est lente. Les italiens disent « chi va piano va sano e va lontano » (celui qui va lentement va sainement et va loin), en bon français nous dirions « qui veut voyager loin ménage sa monture ».

C’est dans cette optique que nous avons accepté d’accueillir dans notre monastère, choisi parce qu’il est un espace universel et non partisan, un groupe d’opposants sunnites, alaouites, kurdes et druzes qui ont voulu rencontrer des chrétiens, prêtres et laïcs. Cette réunion a eu lieu le 30 mai et il en est résulté à l’usage des autorités un communiqué qui stipulait ce qui suit : « Devant l’ingérence étrangère et la manipulation faite aux justes revendications de l’opposition, nous trouvons que le meilleur moyen pour aboutir aux réformes souhaitées n’est plus le recours à la rue mais le dialogue confiant et serein, sans compromission avec les erreurs passées ». Le gouvernement et quelques membres de l’opposition ont opté un mois plus tard pour cette même voie qui s’est concrétisée par les deux jours préparatoires au dialogue national des 10 et 11 juillet 2011, ainsi que par une série de lois qui continuent d’être promulguées et qui étaient impensables avant les manifestations. Les manifestations pacifiques ont donc été déterminantes mais elles deviennent stériles si elles sont subversives et violentes.

Je me rallie à l’avis de Camille Otrakji, analyste syrien vivant à Montréal : « Je pense qu’une nette majorité de Syriens soutient plusieurs des revendications des manifestants pacifiques. D’un autre côté, seule une petite minorité de Syriens est prête à prendre le risque de déstabiliser son pays pour obtenir un total changement de régime, au terme d’un conflit douloureux » [27].

Boycotté et décrié par ceux qui théorisent ou qui instrumentalisent, ce dialogue est l’unique issue. Il est proposé par la grande majorité des responsables religieux de la nation auxquels nous nous joignons. Nous prions pour que la communauté internationale l’encourage, que le peuple syrien s’y engage et pour qu’il porte les fruits escomptés de modernisation, démocratie et pacification [28].

Agnès-Mariam de la Croix, higoumène
France Catholique, 15 août 2011.
http://www.maryakub.org/

(*) Mère Agnès-Mariam de la Croix est de nationalité libanaise et française. Son père est réfugié palestinien de 1948. Elle a vécu la guerre civile du Liban et travaille en Syrie depuis dix sept ans.

Source :
http://www.france-catholique.fr/SYRIE-ENTRE-CONFLITS-ARMES-ET.html

 

Notes

 

[1] L’article de Pierre Khalaf, chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales à Beyrouth, « La tendance générale », est une excellente analyse de la situation en Syrie. De plus le blog http://www.infosyrie.fr/ est idéal pour se refaire une information.

[2] Même le Vatican s’appuie sur elles. Nous ne reviendrons pas sur le sujet de l’information tendancieuse, nous l’avons traité dans l’article précédent. Vous pourrez le retrouver sur beaucoup de sites en tapant sur le moteur de recherche : « au crible des informations tendancieuses ».

[3] Le comble de la désinformation c’est, à mon avis, l’interview accordé par Al Jazirah à Gaëtan Vannay le 5 août 2011. Ce radio journaliste prétend avoir été à Hama à l’insu des autorités syriennes. Il dit qu’il n’y a rien vu d’anormal, pas de miliciens ni de gangs armés. Or, les familles chrétiennes amies qui vivent à Hama et n’avaient pas encore pu quitter la ville la même semaine où M. Vannay dit avoir visité la ville, donnent une description terrifiante à l’opposée de la sienne. La fiction devient évidente lorsque M. Vannay rapporte avoir été empêché de se rendre à Homs parce qu’il a été « reconnu » à un barrage de sécurité dont il a pu s’échapper. Les barrages volants des forces de l’ordre sont une nouvelle donne. Pour reconnaître une personne fichée il faut qu’ils examinent ses papiers d’identité. A supposer que M. Vannay ait exhibé ses papiers et qu’il ait été « reconnu » parce qu’il était parmi les personnes recherchées il n’aurait jamais pu quitter la Syrie. On aurait bien aimé d’un professionnel qu’il montre le tampon d’entrée en Syrie pour nous convaincre d’avoir au moins mis les pieds dans ce pays à l’époque dont il relate les évènements.

[4] Maître de la théorie néoconservatrice binaire : les élites évitent la détérioration de la société libérale dans le nihilisme en lui assignant, sans y croire forcément, le « bien » qui est le leur en contraste avec le « mal » qui n’est pas le leur.

[5] Nous sommes étonnées que la communauté Al Khalil dans sa dernière circulaire entre activement dans cette vision simpliste et va jusqu’à accuser la majorité des Syriens qui ne participent pas aux manifestations d’être impliquée, « avant tout du point de vue moral, dans la dérive répressive ».

[6] N’est-ce pas ainsi que nous avons vécu l’invasion de l’Irak, galvanisés par la menace planétaire des armes de destruction massive, allant jusqu’à sonner les cloches lorsque les « bons » yankees sont enfin entrés à Bagdad et que le « méchant » Saddam Hussein a été destitué ? Mais aujourd’hui, après 15 ans, quel constat ? Les millions de morts, ne pourront pas parler, eux dont le nombre continue de grossir avec les attentats quotidiens. Mais qu’en disent ceux qui voient leur pays démembré en cantons confessionnels, qu’en disent les milliers de réfugiés, chrétiens en tête, qui pour survivre, ont été obligés de partir après avoir vécu des exactions sans nom ? Comme d’habitude lorsque leurs supputations se sont révélées fallacieuses, les théoriciens ont laissé la place à un silence gêné.

[7] Lorsque les puissances s’immiscent dans les affaires syriennes elles ne prennent même pas la peine de faire intervenir des personnalités crédibles : que le roi d’Arabie Saoudite ou celui du Bahrein se scandalisent de ce qu’ils disent se passer en Syrie prête à confusion lorsqu’on sait avec quelle cruauté ces deux pays ont traité l’opposition.

[8] Curé d’une importante paroisse à Damas et fondateur de la Chorale de la Joie qui compte 500 personnes. Voici ce qu’il écrit : « Prêtre arabe de Syrie, je viens d’apprendre à l’instant votre déclaration aux États-Unis, touchant la légitimité de notre Président de la République. En tant que Syrien, je ne puis rester silencieux face à une telle ingérence dans les affaires de mon pays. Professeur d’Université, vous n’êtes pas censé ignorer que la légitimité d’un Président de République dépend du consensus de son peuple uniquement, et non de l’arbitraire d’une puissance quelconqueMinistre des Affaires Étrangères d’un pays comme la France, vous êtes censé savoir que la Syrie est un État Souverain, membre fondateur des Nations-Unies. Mais, porte-parole grisé de certains maîtres du monde actuel, vous croyez pouvoir décider à volonté du sort des autres pays, dont la Syrie. »

[9] Allocution dans l’école des Sœurs du Rosaire à Byblos, juillet 2011. Les politologues parlent d’un accord secret pour un nouveau découpage géopolitique du Moyen-Orient comme un Sykes-Picot II, à 95 ans de distance du premier.

[10] Le Moyen-Orient est-il appelé à être découpé en une mosaïque de regroupements ethniques ou confessionnels ? C’est une théorie du complot récusée par beaucoup mais qui s’implante pourtant dans le réel : l’Iran Shiite et ses satellites face à l’Arabie Wahhabite et ses satellites, l’Arménie, le Sud Soudan comme enclaves chrétiennes indépendantes, mais bientôt le pays copte avec pour capitale Alexandrie, la nubie, distincte de l’Egypte, le Kurdistan, l’Alaouistan, l’Ismaelistan, etc. Au Liban il était question de créer le canton Maronite ou Maronistan, etc… Nous disions souvent durant la guerre du Liban : « cette guerre civile est un essai de laboratoire. Elle sera exportée ». Elle l’a été dans les Balkans dans et autour de l’ancienne Yougoslavie, qui ont été libanisés, c’est-à-dire découpés en clivages ethnico-confessionnels, et qui sait si un jour l’Europe sera balkanisée ?

[11] Dans www.jadiliyya.com

[12] http://www.joshualandis.com/blog/ ?p=11181

[13] L’affiche publiée par le journal Le Monde, en date du 25 mars, titrant « chrétiens et musulmans ensemble pour le Vendredi Saint » est une manipulation médiatique qui n’a eu aucune incidence notable dans la réalité.

[14] Devant l’investissement de la ville par des miliciens armés instaurant la loi martiale, les chefs des principales tribus arabes (les 3ashâer) ont réclamé l’intervention de l’armée.

[15] شبكة أخبار حماة

[16] On m’a critiqué de ne rapporter que les initiales des témoins. Il faut avoir à l’esprit que les personnes qui s’expriment craignent des représailles dans une situation à la sécurité précaire. Dans cet article je mettrai de préférence des pseudonymes.

[17] ريف دمشق : قارة : عاجل : قام أشاوس قارة بإنزال خطيب جامع الكبير من على منبره و قطع خطبته .. وذلك بسبب تخاذله وخنوعه .. وهم يحذرون خطباء ألا ينحوانحوه .. وإلا فسيكون لهم نفس مصيره .. و ما زال الأحرار بأعداد ضخمة في شوارعقارة يسقطون النظام .
http://www.syriarevolution.com/

[18] Les récentes prises de positions du roi d’Arabie Saoudite et des autres monarques arabes ainsi que des responsables turcs pèseront bien sûr dans l’opinion publique sunnite.

[19] La plupart appartiennent aux patriarcats d’Antioche ou de Jérusalem. Ce sont les descendants de civilisations antiques et de prestigieux royaumes : les syriaques sont de souche araméenne. À eux se sont joint les Ghassanides, tribus arabes du Yémen. Les grecs- orthodoxes ou catholiques- sont de souche byzantine. Les maronites sont des syriaques latinisés installés au Liban, les assyriens et chaldéens sont Irakiens et Perses, les Arméniens sont le premier royaume devenu chrétien au monde, ils sont des rescapées du grand génocide perpétré par les ottomans et les kurdes. Les latins appartiennent au patriarcat latin de Jérusalem et se sont propagés en Orient à la faveur des croisades.

[20] La guerre de Crimée est un exemple de l’écartèlement géopolitique auquel peuvent être soumis des chrétiens d’un même pays mais appartenant à des traditions dogmatiques différentes.

[21] Malgré les évènements dramatiques qui frappent la Syrie les Irakiens continuent à venir en Syrie jouir d’une stabilité qui n’existe plus chez eux.

[22] Le dossier des frères musulmans est confié au monitoring de la Turquie.

[23] Blog de Joshua Landis du 30 juillet 2011. En Libye ce sont les rebelles du Conseil National de Transition qui interrogent le conseiller juridique d’Al Qaeda Abou Mislim Al Jazairi sur la légalité d’une coopération avec les forces de l’OTAN. La réponse est arrivée sur le site du journal algérien Al Shourouk : « c’est une entorse aux lois de l’Islam qui enseignent de boycotter les impies, mais c’est un moyen de se débarrasser de Kaddafi ». Il est désormais attesté que les rebelles libyens appartiennent en grande majorité à Al Qaeda.

[24] Communauté Al Khalil, circulaire « appel syrien » du 18 juillet 2011.

[25] C’est vrai que la Turquie du Parti du développement, d’allégeance sunnite, joue la carte de la tolérance religieuse en vue de rentrer dans l’Union européenne mais il est utile de rappeler que les chrétiens et les kurdes y sont soumis à des tracasseries sans fin que le gouvernement cautionne en privé mais qu’il dénonce en public.

[26] En conclusion, au regard de la gravité de la situation, au nom de tous ceux qui ont versé leur sang, nous implorons les Syriens de tous bords, à se mobiliser sans tarder pour construire un dialogue national sincère en vue d’une issue à cette crise.

[27] http://www.infosyrie.fr/ du 31 mail 2011, comme je l’ai dit tout ce site est précieux pour une contre-information plus nécessaire que jamais.

[28] Le dialogue inter-syrien est la conclusion des « méditations sur les évènements actuels en Syrie », des pères jésuites de Syrie : « En conclusion, au regard de la gravité de la situation, au nom de tous ceux qui ont versé leur sang, nous implorons les Syriens de tous bords, à se mobiliser sans tarder pour construire un dialogue national sincère en vue d’une issue à cette crise », 3 juin 2011.

 

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=26045

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  • Le blog d' Eva,  R-sistons à la crise
  • : Tout sur la crise financière, économique, sanitaire, sociale, morale etc. Infos et analyses d'actualité. Et conseils, tuyaux, pour s'adapter à la crise, éventuellement au chaos, et même survivre en cas de guerre le cas échéant. Et des pistes, des alternatives au Système, pas forcément utopiques. A défaut de le changer ! Un blog d'utilité publique.
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