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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 09:06
Chronique de l’Anti-empire

Lutter contre la mentalité américaine & Un type appelé Barack Obama

William BLUM

Depuis l’inondation qui a frappé le Pakistan au mois de juillet :

- des millions de personnes ont été déplacées, évacuées, abandonnées ou ont perdu leur maison ; de nombreuses routes, écoles et centres médicaux ont été détruits.

- des centaines de villages ont été emportés

- des millions de têtes de bétail ont péri ; pour les pauvres des campagnes, ça représente quelque chose comme un crash d’une bourse occidentale qui ferait perdre des années d’économies

- d’innombrables fermes et des cultures essentielles comme le maïs ont été détruites ; les officiels estiment les dégâts à plusieurs centaines de millions de dollars et il semblerait que le Pakistan ne s’en remettra pas avant plusieurs années.

- les épidémies se répandent à toute vitesse

- et des avions américains ont survolé le pays et largué des bombes des dizaines de fois. (1)

Mes remarques visent les lecteurs qui ont à supporter ces Américains qui se renfrognent chaque fois qu’ils entendent les Etats-Unis être accusés d’actes répréhensibles ; ces Américains là sont convaincus que l’Amérique agit avec de bonnes intentions ; nos motivations sont nobles. Et s’il nous arrive de faire quelque chose qui ne paraît pas très nette, et qu’on n’arrive pas à la dissimuler ou fournir une explication plausible... eh bien, ils diront que les superpuissances ont toujours agi ainsi et que nous ne sommes pas pires que les autres et même meilleurs que la plupart d’entre eux. Que Dieu Bénisse l’Amérique.

Il arrive qu’un certain pourcentage d’entre eux changent d’opinion et arrêtent de se raconter des histoires ; ça arrive généralement après une nième confrontation à un comportement plus que douteux de leur gouvernement quelque part dans le monde. La valeur de « n » pouvant varier bien-sûr selon les individus. Alors ne baissez pas les bras devant ces Américains purs jus que vous croisez. On ne peut jamais deviner à quel moment vos explications sur la méchanceté de leur pays préféré finiront par faire céder le mur de certitudes qui entoure ces grands amoureux de l’impérialisme. (Mais rappelez-vous la mise en garde de l’Allemand Friedrich Schiller : Mit der Dummheit kämpfen Götter selbst vergebens - « devant la stupidité, même les dieux sont impuissants »)

Voici une révélation récente d’un cas de méchanceté qui pourrait être utile pour les éclairer : de nouveaux éléments ont été publiés qui confirment le rôle joué par la CIA dans le meurtre de Patrice Lumumba, le premier Premier Ministre du Congo après l’indépendance du pays en 1960. Les Etats-Unis n’ont certes pas appuyé directement sur la gâchette, mais à part ça ils ont fait à peu près tout le reste, comme donner le feu vert aux officiels congolais qui avaient enlevé Lumumba. Nous savons désormais que le chef de l’agence locale de la CIA, Larry Devlin, avait été consulté par ces officiels avant que Lumumba ne soit livré à ses ennemis jurés. Devlin a fait savoir qu’il n’avait aucune objection à formuler. C’est ainsi que le sort de Lumumba fut scellé. (2)

Voici un cas classique d’anticommunisme au temps de la Guerre Froide, poussé jusqu’à l’absurde et la cruauté. Des années plus tard, le sous-secrétaire d’Etat C. Douglas Dillon a déclaré devant une commission d’enquête du Sénat que le Conseil National de Sécurité et le Président Eisenhower pensaient en 1960 que Lumumba était « quelqu’un avec il était très difficile sinon impossible de traiter, et qu’il représentait un danger pour la paix et la sécurité dans le monde. » (3) Cette déclaration à provoqué la réaction suivante de l’auteur Jonathan Kwitny :

Qui aurait pu penser qu’un jour l’employé de la poste qui marchait pieds nus dans la jungle en 1956 deviendrait en quelques années un danger pour la paix et la sécurité dans le monde ! C’est insensé, surtout venant de la part du Conseil National de Sécurité qui a le pouvoir d’éliminer toute trace de vie humaine en l’espace de quelques heures. (4)

Le président Eisenhower a personnellement donné l’ordre de tuer le dirigeant progressiste. (5)

Nous ne saurons jamais quelle aurait été la vie du peuple congolais si Lumumba n’avait pas été renversé. Par contre, nous savons ce qui est arrivé après son assassinat – pendant 50 ans, le pays a connu une succession de dictatures sauvages marquées par des massacres, des viols et des destructions occasionnées par les combats incessants entre forces ennemies et les pays voisins pour le contrôle des richesses minières du pays. Ce n’est que 46 ans plus tard que le Congo connaîtra une nouvelle élection démocratique.

Le renversement du dernier espoir pour un pays, avec des conséquences désastreuses, est une habitude historique que l’on retrouve tout au long des chroniques des interventions impérialistes des Etats-Unis, de l’Iran au Guatemala dans les années 50, d’Haiti à l’Afghanistan dans les années 90, et de nombreux autres exemples entre les deux. Washington s’acharne depuis 10 ans à faire tomber Hugo Chavez.

Et comme on dit dans certaines publicités « ne tentez pas de le refaire chez vous ». Je vous encourage à ne pas perdre votre temps à tenter de convaincre des types comme Thomas Friedman du New York Times qui a récemment écrit que « les hommes et les femmes de l’Armée américaine, des Forces Navales, des Forces Aériennes et des Marines » constituent « la plus importante force de maintien de la paix dans le monde de ces derniers 100 ans ». (6) Que peut-on bien dire à un type pareil ? Et dire qu’il s’agit là du principal commentateur de politique internationale pour le « journal de référence » de l’Amérique. Que Dieu nous vienne en aide. Ce type devrait être sous la surveillance d’un adulte.

 

UN TYPE APPELE BARACK OBAMA

 

Pendant de nombreuses années je n’ai pas prêté beaucoup d’attention à la vie des partis politiques aux Etats-Unis. Généralement, je ne sais pas qui est qui au Congrès. C’est la politique qui m’intéresse, plus que les politiciens. Mais pendant la campagne des présidentielles de 2008 je n’arrêtais pas d’entendre parler d’un certain Barack Obama. Lorsque j’allumais la radio, j’entendais son nom et son nom apparaissait sans cesse dans les titres des journaux. Je savais seulement qu’il était sénateur de l’Illinois et... vous dites qu’il est noir ?

Puis un jour j’ai allumé la radio dans ma cuisine et j’ai entendu que Obama allait prendre la parole. Alors j’ai écouté pendant 15 ou 20 minutes pendant que je faisais la vaisselle. J’ai écouté, et écouté, et soudain ça m’a frappé... Cet homme ne disait rien ! Rien que des banalités et des clichés, pratiquement rien sur le fond. Son discours aurait pu être rédigé par un ordinateur ? Il abordait tous les sujets qu’il convenait d’aborder pour dire juste ce qu’il convenait de dire pour donner un peu d’espoir aux pessimistes et amadouer les sceptiques et les cyniques ; un langage passe-partout valable pour toutes les occasions ; et politiquement correct sur tous les sujets. J’apprendrai plus tard que ses partisans affirmaient qu’il était obligé de s’exprimer ainsi pour se faire élire, mais qu’une fois élu – Ha ! Vous allez voir ce que vous allez voir ! Le véritable Barack Obama, progressiste et anti-guerre, allait faire son apparition. « Le Changement auquel vous pouvez croire ! », Alléluia ! … Et ils le croient encore.

La semaine dernière, Obama a donné le traditionnel discours annuel à l’ouverture de l’Assemblée Générale des Nations Unies. (7) « Lorsque les pluies et les inondations ont frappé le Pakistan, nous avons promis notre assistance, et nous devrions tous soutenir le peuple pakistanais dans la reconstruction. » Pensait-il que personne n’est au courant des bombardements américains ? Pensait-il faire un discours devant un parterre de diplomates internationaux raffinés ou devant un meeting électoral chez des fermiers de l’Iowa ?

Ensuite un verbiage sans fin sur l’interminable conflit Israelo-Palestinien, un discours qui aurait pu sortir de pratiquement n’importe quel discours prononcé par n’importe quel président des États-Unis au cours de ces trente dernières années. Mais il n’a fait aucune allusion à Gaza. Oh, pardon, si, il y avait bien une ligne : « la jeune fille de Gaza qui ne veut pas qu’il y ait de couvercle sur ses rêves  ». Tant d’émotion a de quoi vous nouer la gorge. A croire que les États-Unis n’ont aucun moyen de pression sur l’état d’Israël – des milliards, des milliers de milliards de dollars en aides et cadeaux militaires et économiques. Un président américain avec un minimum de courage pourrait obliger Israël à faire des concessions, et dans la lutte entre un gorille de 500 kg (Israël) et un bambin (le Hamas), le gorille ferait quelques concessions.

Et ceci aussi : « Nous savons d’expérience que ceux qui défendent ces valeurs (universelles) pour leur peuple ont été nos plus proches alliés et amis, tandis que ceux qui ont dénié ces droits – que ce soit des groupes terroristes ou des gouvernements tyranniques – ont choisi d’être nos ennemis. »

Quel mensonge. Il serait difficile de nommer une seule dictature brutale du monde occidental de la deuxième moitié du 20eme siècle qui n’a pas été soutenu par les États-Unis ; non seulement soutenu, mais souvent mis en place et maintenu au pouvoir contre la volonté des populations. Et à une époque plus récente, Washington a soutenu des gouvernements très répressifs, tels l’Arabie Saoudite, le Honduras, l’Indonésie, l’Égypte, le Kosovo, la Colombie et Israël. Et pour ce qui concerne les groupes terroristes ennemis des Etats-Unis – voilà un autre volume à ranger dans la future bibliothèque des mensonges présidentiels de Barack Obama. Comme je l’ai déjà écrit, les Etats-Unis ont soutenu des groupes terroristes depuis des dizaines d’années. Tout comme ces derniers ont soutenu la politique étrangère des Etats-Unis.

« Certes, c’est très agréable d’avoir un président qui s’exprime avec des phrases complètes. Mais le fait que ses phrases soient cohérentes ne les rend pas honnêtes ». John R. MacArthur, directeur de Harper’s Magazine. (8)

 

LE SECRET POUR COMPRENDRE

LA POLITIQUE ETRANGERE DES ETATS-UNIS

 

Dans un de ses essais, Fidel Castro a récemment abordé l’hostilité des États-Unis envers le Venezuela. « Ce qu’ils veulent c’est le pétrole vénézuelien, » a écrit le dirigeant cubain. (9) C’est un point de vue largement partagé par la gauche internationale. Cette opinion est exprimée, par exemple, dans le documentaire récent d’Oliver Stone « South of the Border ». Je ne suis pas d’accord.

Dans la période qui a suivi la deuxième guerre mondiale, rien qu’en Amérique latine, les États-Unis ont eu la même attitude hostile envers des gouvernements et mouvements progressistes au Guatemala, Salvador, Nicaragua, Honduras, Grenade, République Dominicaine, Chili, Brésil, Argentine, Cuba et Bolivie. Ce que ces gouvernements et mouvements avaient en commun, c’était qu’ils étaient de gauche. Rien à voir avec le pétrole. Depuis plus de 50 ans, Washington tente d’empêcher l’émergence de tout gouvernement en Amérique latine qui menace d’offrir une alternative viable au modèle capitaliste. Le Venezuela, bien-sûr, cadre parfaitement avec cette définition, avec ou sans pétrole.

L’essence de la guerre froide partout dans le monde était l’idéologie.

Le secret pour comprendre la politique étrangère des Etats-Unis est qu’il n’y a pas de secret.

Il faut d’abord comprendre une bonne fois pour toutes que les Etats-Unis aspirent à dominer le monde. Une fois cette idée assimilée, tout le reste coule de source. Pour illustrer cette aspiration par des chiffres, depuis la deuxième guerre mondial les Etats-Unis ont :

- renversé plus de 50 gouvernements, la plupart démocratiquement élus
- se sont ingérés ouvertement dans les élections d’au moins 30 pays.
- mené des guerres ou des actions militaires, directement ou par des armées mercenaires, dans environ 30 pays
- tenté d’assassiner plus de 50 dirigeants étrangers
- largué des bombes sur environ 30 pays
- éliminé des dizaines de mouvements populistes/nationalistes partout dans le monde. (10)

La machine de guerre institutionnelle des Etats-Unis a longtemps été, et est encore, en pilotage automatique.

(…)

William Blum

 

http://killinghope.org/bblum6/aer86.html

Auteur de "Guerres Scélérates" et "Etat Voyou" - éditions Parangon

Traduction partielle par VD pour le Grand Soir

 

http://www.legrandsoir.info/Lutter-contre-la-mentalite-americaine-Un-type-appele-Barack-Obama.html

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