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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 23:25

L'histoire au programme, mais pour combien de temps encore ?

 

Nouveaux manuels scolaires présentés par Luc Chatel 

Parmi les nouveaux manuels scolaires destinés aux secondes, celui d'histoire - Crédit : MEIGNEUX/SIPA

SCOLARITÉ - Les enseignants préparent leur rentrée. Les élèves profitent des derniers jours de liberté. Dans ce contexte bien choisi, Le Figaro magazine a décidé de déterrer un vieux marronnier aux logiques bien huilées : celui d’un enseignement de l’Histoire de France en danger


Sélectionné et édité par Julie Rasplus

Temps de lecture Temps de lecture : 4 minutes

"Français, on n’apprend plus l’Histoire de France à vos enfants" : c’est dans un vibrant et solennel appel que l’historien médiatique Alain Decaux avait soulevé les foules en 1979 contre un projet de réforme de l’enseignement de l’histoire inspiré par Fernand Braudel. Il s’agissait alors de traduire dans l’enseignement les principales orientations scientifiques de l’école des Annales :

 

- l’étude de grandes thématiques, abordées dans la « longue durée » et un espace transfrontalier, plutôt que l’examen strictement chronologique des principaux évènements et acteurs de l’Histoire de France

 

- la dissolution de l’Histoire dans un ensemble disciplinaire plus vaste intitulé "sciences sociales", afin de présenter aux élèves les apports d’autres domaines du savoir essentiels à la connaissance historique.

 

Par cette intervention remarquée, la polémique était passée du champ des spécialistes à celui des citoyens et de leurs hommes politiques. La réforme ambitieuse avait dû être abandonnée.

 

Une critique aussi ancienne que l'enseignement de l'histoire


Trente ans plus tard, Le Figaro Magazine tente de reproduire ce coup de maître médiatico-culturel par l’intermédiaire d’un article de Dimitri Casali qui s’inquiète de "ce que nos enfants n’apprennent plus au collège". L’auteur est un habitué de la fronde réactionnaire contre cette réforme : il est l’auteur d’un Altermanuel d'histoire de France et il intervient régulièrement sur les plateaux de télévision pour défendre sa position.

 

Dans un très long article, il revient sur les nouveaux programmes d’histoire au collège qui entrent progressivement en application depuis la rentrée 2009 (en cette rentrée 2011, ce sont donc les classes de quatrième qui voient leur programme changer).

 

 

On peut résumer sa position en quelques points :

 

1. On sacrifierait les grands hommes tels que Louis XIV et Napoléon 1er au profit de grandes thématiques comme "L’émergence d’un roi absolu" ou "La Révolution, l’empire et la guerre".

 

2. Trop de périodes considérées comme essentielles pour l’Histoire nationale disparaissent des programmes, ou deviennent optionnelles, au profit d’ouvertures culturelles et géographiques sur "la Chine des Hans à son apogée" ou "l'empire du Mali du XIIIe au XIVe siècles".  

 

Les nouveaux programmes déplacent le curseur


Il faut certes reconnaître que les critiques de Dimitri Casali ne sont pas toutes aussi caricaturales que certains veulent bien les présenter. Il est par exemple intéressant et nécessaire de s’interroger sur l’utilité de la chronologie dans l’enseignement de l’histoire auprès d’adolescents souvent dénués de repères.

 

Néanmoins, son argumentaire tombe trop souvent dans l’excès, voire le mépris envers les enseignants et leur hiérarchie présentés comme une "intelligentsia" de potentiels sacrificateurs de l’Histoire de France. Non, monsieur Casali, le "mammouth" n’a pas décidé de détruire la société par son histoire ! Au pire, il souhaite la moderniser.  

 

Pour comprendre la logique de ces nouveaux programmes, il faut rappeler quelques grands principes développés par l’historien Patrick Garcia, spécialiste de l’enseignement de l’histoire, lors d’une interview au journal Le Monde du 12 septembre 2010 (édition abonnés). L'apprentissage de cette discipline, depuis la fin du XIXe siècle, répond à une triple finalité : morale, intégratrice et civique. La finalité morale, c'est l'idée selon laquelle l'étude du passé doit apprendre l'absolu des valeurs et le sens du relatif conduisant à la tolérance. La finalité intégratrice signifie que l'histoire a une fonction identitaire : en somme, il s’agit de "fabriquer" des petits Français. Quant à la finalité civique, elle repose sur l'idée que l'histoire est censée aiguiser l'esprit critique et que, dès lors, elle est une excellente propédeutique à l'exercice de la citoyenneté.

 

Enfin, il convient d'ajouter que l’histoire enseignée est censée refléter les évolutions scientifiques de l’histoire universitaire.

 

Dès lors, doit-on considérer que ces nouveaux programmes constituent une révolution dans l’histoire de l’enseignement ? Encore une fois, la réponse est négative. Tout au plus, ils déplacent légèrement le curseur entre ces trois pôles précédemment évoqués.

 

Nécessaire d'offrir une ouverture culturelle aux enfants


Pendant longtemps, on a en effet considéré que le citoyen français devait connaître sur le bout des doigts sa géographie fluviale, la biographie des "grands hommes" et ses grands classiques de la littérature française. Or, depuis que La Princesse de Clèves est décriée en hauts lieux et qu’il est possible d’affirmer sans être inquiété que "l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire", ces repères n’ont plus guère de sens.

 

Nicolas Sarkozy lors du discours de Dakar, le 26 juillet 2007

Nicolas Sarkozy lors du discours de Dakar, le 26 juillet 2007 - Crédit : AFP PHOTO / PATRICK KOVARIK

 

En revanche, les nouveaux programmes insistent énormément sur l’introduction de questionnements, de réflexions et de logiques nécessaires à la construction intellectuelle de l’élève. En somme, les finalités morales, intellectuelles et civiques sont privilégiées au détriment d’une approche classique de la finalité intégratrice.

 

Il ne s’agit pas non plus d’évacuer complètement cet aspect, mais de l’adapter à notre société contemporaine : l’introduction de chapitres (modestes au regard du programme annuel) sur l’Inde classique, l’empire du Ghana et la Chine des Hans n’a pas pour ambition de nier l’identité française, mais de considérer qu’à une époque où la mondialisation n’est plus un fantasme, il est grand temps d’offrir à nos enfants une ouverture culturelle nécessaire à leur développement moral, intellectuel et civique.

 

Il n’est pas davantage question d’évacuer Louis XIV et Napoléon 1er des programmes. Cette remarque excessive vise seulement à sensibiliser un public de parents qui continuent à croire qu’"apprendre son histoire", c’est retenir une série de dates. Cette vision est pour le moins réductrice, voire contreproductive pour les historiens relégués ainsi au rôle de compilateur d’évènements et de lecteur d’un roman national prédéfini, mais certainement pas d'enseignant et de pédagogue. 

 

L'histoire au programme mais pour combien de temps encore ?

 

Il ne faut donc pas s’étonner, avec le développement de tels arguments, que l’enseignement de l’histoire soit régulièrement menacé dans un contexte de rigueur budgétaire effréné. Plutôt que de s’étriper autour de la disparition d’un nom dans l’intitulé d’un programme qui sera amendé dans moins de cinq ans, n’est-il pas plus urgent de se rassembler autour d’attaques réelles et plus inquiétantes pour l’Histoire de France ? Que deviendront nos vaines querelles quand l’enseignement de l’histoire sera relégué à l’état d’option facultative ou, tout au plus, de discipline exploratoire ?

 

La menace a longtemps suscité un sourire narquois dans la patrie de la Révolution où l’Histoire est considérée comme une "passion française". Et pourtant, son enseignement vient d’être supprimé dans les classes de Terminale scientifique, presque sans le moindre émoi, provoquant une profonde réécriture des programmes du lycée.

 

Résultat : un adolescent à la veille de sa majorité ne se verra plus enseigner l’Histoire de France de 1962 jusqu’à nos jours. Lorsqu’il aura à glisser son premier bulletin de vote dans l’urne, il n’aura ainsi plus entendu parler du fonctionnement de la République dans laquelle il vit, de mai 68, de l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, de l’abolition de la peine de mort, etc.

 

Français, on apprend donc encore l’Histoire de France à vos enfants ! Mais pour combien de temps ? Voilà la question qui devrait mobiliser les historiens, les journalistes, les hommes politiques et l’ensemble des citoyens. Sans histoire, c’est une partie de notre identité que nous perdons.


 

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/187354;l-histoire-au-programme-mais-pour-combien-de-temps-encore.html

 

Pour nous imposer ensuite, dans le cadre du Nouvel Ordre Mondial d'essence anglo-saxonne, une seule identité, planétaire ? Cela fait partie d'un plan global, et c'est très grave ! Eva R-sistons

 

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commentaires

Tanguy 31/08/2011 02:09



A ce propos, noter que même les historiens eux-meme ont un curus balisé. Voir à ce propos


Historiens sous influence Qui « écrit » l'Histoire ?



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