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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 03:50

apocalypse2.jpg

Le bout de l’impasse

mai 1st, 2011

 

(La lettre du Lundi)



Dans le billet publié la semaine dernière (voir Les chênes qu’on abat), nous avons abordé la question de la gestion du temps en politique, plus particulièrement de l’absence quasi-totale de vision prospective qui caractérise aujourd’hui nos hommes et femmes politiques, en soulignant – en guise de conclusion – que cette « incapacité à anticiper » était source de conséquences dramatiques, notamment dans le domaine de l’énergie.
  
Au risque de rappeler quelques évidences, quelle est la situation dans ce secteur ?
  
  
La fin de l’énergie fossile…
  
Depuis environ deux siècles, nous avons entrepris d’exploiter et d’utiliser massivement les ressources fossiles (charbon, pétrole, gaz…) de la planète. Celles-ci sont – par essence pourrait-on dire – limitées, finies. Les experts se chamaillent afin de savoir de quel potentiel de ressources en pétrole, gaz ou charbon nous disposons encore compte tenu de notre consommation actuelle et prévisible : 20 ans, 40 ans, 60 ans… ? Quoi qu’il en soit, on peut, sans grand risque d’erreur, affirmer que :

ces énergies d’origine fossile vont être non seulement de plus en plus rares mais aussi de plus en plus coûteuses à extraire. Pour schématiser, nous sommes passés en un siècle de la nappe de pétrole accessible à 30 mètres sous terre dans les plaines du Texas à la nappe située à 800 mètres sous terre, au fond d’un océan de 3 000 mètres de profondeur, à plusieurs milliers de kilomètres d’un port ou d’une raffinerie.
Les progrès techniques permettent d’aller chercher cette énergie « toujours plus loin, toujours plus profond », mais à un coût toujours plus élevé. Le prix de l’énergie d’origine fossile va donc croître inexorablement.

cette augmentation du coût se combine avec une augmentation du risque environnemental. En extrayant « toujours plus loin, toujours plus profond » tout en voulant limiter au maximum les coûts d’extraction, on augmente le risque : l’accident survenu dans le golfe du Mexique en avril 2010 sur la plateforme Deepwater, avec ses 800 millions de litres de pétrole répandus en pleine mer, ses centaines de kilomètres de côtes souillées et ses milliards de dollars de dégâts, est là pour nous le rappeler…

terre_citron.jpgEn définitive, nous sommes en train de presser la Terre comme un citron, pour lui faire rendre tout son jus énergétique. L’exploitation du gaz de schiste s’inscrit tout à fait dans cette tendance.
Pour mémoire, le procédé consiste à générer des fractures dans la roche contenant le gaz afin de pouvoir récupérer ce dernier ; pour provoquer ces fractures, on injecte de l’eau (à laquelle on a ajouté des dissolvants et lubrifiants) à très haute pression dans la roche, d’où un gaspillage d’eau, un risque élevé de pollution des nappes phréatiques… (pour plus de détails, voir le film Gasland).
  
Avec ce procédé, le ratio avantages / inconvénients penche très nettement en faveur de la seconde option… mais le lobby pétrolier et gazier veille au grain…
  
On constate donc que le coût de l’énergie fossile est de plus en plus élevé, qu’il devient de plus en plus risqué sur le plan environnemental de poursuivre l’extraction selon un modèle « toujours plus loin, toujours plus profond, toujours plus risqué », alors que la demande globale d’énergie ne cesse de croître, décollage économique de la zone Asie-Pacifique oblige.
demande-mondiale-denergie-2.jpg
  
  
… nous envoie droit dans le mur
  
Il n’est donc pas besoin d’être un expert pour comprendre que, à ce rythme, nous allons droit dans le mur, c’est-à-dire :


vers une paupérisation générale de l’immense majorité des habitants de cette planète. Pour se développer, toute civilisation a besoin d’énergie, de préférence abondante, facilement accessible et bon marché. Faute de quoi elle met en place une culture de survie plus que de développement : les échanges se raréfient, le groupe social est avant tout préoccupé par sa subsistance, bref le monde se « ratatine » ;


vers une multiplication des conflits pour accaparer les ressources fossiles encore disponibles. Par conflits on entend bien entendu ceux de nature interétatique, ceux entre groupes de pression et lobbies, dans lesquels les armées privées joueront probablement un rôle déterminant (voir De Mégara à Wall Street), mais également les conflits internes aux États, entre individus ou groupes d’individus. Quand la taille du « gâteau énergétique » diminue et que le prix de chaque part du gâteau augmente sans cesse, la guerre et les tensions sont évidemment au rendez-vous.


vers une mort programmée de la démocratie. Paupérisation et contexte favorable aux conflits en tout genre sont un terreau idéal pour les régimes autoritaires et les dictatures. Nous allons entrer – ou plutôt nous sommes déjà entrés – dans un monde où, politiquement, le plus « payant » est de rendre « l’autre », qui que soit cet « autre », responsable de tous les maux et de tous les malheurs dont on est frappé.


On peut raisonnablement craindre que, dans 20 ou 30 ans, un système politique peu ou prou identique à celui qui existe aujourd’hui en Russie, mélange de « dictature soft » et de ploutocratie, ne soit devenu la norme dans la plupart des pays occidentaux.

 

Face à ce suicide énergétique, que nous proposent nos dirigeants et, plus globalement, le personnel politique ?
  
  
La solution « soft »
  
En premier lieu, une solution « soft » : les « énergies renouvelables », de type éolien, solaire « classique », biomasse ou énergie des marées ou de la houle.
  
eoliennes.jpgCes solutions sont intéressantes mais ce sont au mieux des compléments ou des palliatifs : d’une part leur rendement n’est pas extraordinaire (d’où un usage orienté avant tout vers un complément des besoins domestiques en énergie, sans ambition de pourvoir à la totalité des besoins en énergie d’une civilisation avancée), d’autre part et surtout ces énergies sont extrêmement aléatoires. Le vent ne souffle pas en permanence et l’ensoleillement est des plus variables (sans compter – c’est une évidence – qu’il est totalement absent au moins la moitié du temps…).
  
Ce sujet des énergies renouvelables peut être débattu ad nauseam et suscite parfois beaucoup de passions mais, compte tenu des limites liées à ce type d’énergie, on ne se trouve pas en présence d’un modèle pouvant se substituer à celui des énergies fossiles pour pourvoir aux besoins d’une civilisation « avancée ». Au mieux, on dispose ainsi d’une « roue de secours » pouvant éviter de se retrouver totalement démuni lorsque les énergies fossiles auront, sinon disparu, du moins se seront extrêmement raréfiées.
  
  
La solution « hard »
  

centrale-nucleaire.jpgLa seconde solution est beaucoup plus « hard » : c’est l’énergie nucléaire. Là, pas de problèmes de rendement ni de disponibilité : 24 heures sur 24 et 365 jours par an, le réacteur nucléaire va générer ses mégawatts d’électricité. Multiplions les centrales nucléaires et le problème de l’énergie sera résolu… c’est d’ailleurs ce que vient de nous dire Sarkozy en plaidant pour le nucléaire et en vantant la sûreté du « nucléaire français ».

  
Halte là, pas si simple ! En premier lieu, la matière première utilisée dans les centrales, l’uranium, est d’origine fossile. Comme le pétrole, sa quantité disponible est donc limitée.
  
Pas de problème, nous répond Areva. Avec les surgénérateurs qui produisent plus de matières fissiles qu’ils n’en consomment, le problème est résolu. Génial, non ?
  
Non, pas tant que ça, en tout cas le problème est loin d’être résolu. Parmi les déchets générés par l’industrie nucléaire figurent le plutonium 238 et le plutonium 239, certainement parmi les pires substances créées par l’homme sur cette planète. La demi-vie (c’est-à-dire le temps nécessaire pour perdre la moitié de ses propriétés radioactives) du plutonium 239 est de 24 000 ans ! Que fait-on de ce type de « déchets » ? On les enterre et on attend 240 siècles en espérant que tout se passera bien ?
  
tchernobyl.jpgC’est évidemment pure folie, un cadeau empoisonné laissé à nos descendants pour une quasi-éternité, comme à Tchernobyl où a été mise en place une zone d’exclusion de 30 kilomètres autour de la centrale pour les 24 000 prochaines années… Pire qu’une bombe à retardement (qui n’exploserait qu’une seule fois…), c’est la mort programmée que nous laissons en héritage à nos descendants.
  
On perçoit l’absurdité, l’inanité de cette situation lorsque la « solution » actuellement envisagée pour « re-sécuriser » Tchernobyl consiste, pour la modique somme de 1 milliard 540 millions d’euros, à construire un nouveau « sarcophage » censé assurer une protection durant un siècle. Et pour les 239 siècles restants ? 239 sarcophages empilés les uns au-dessus des autres ?
  
Parier sur l’énergie nucléaire comme « énergie du futur » et envisager son extension, c’est jouer à la roulette russe avec sept balles dans le barillet. C’est non seulement la fin assurée de toute civilisation mais aussi, très cyniquement pourrait-on dire, la mise en place d’un moyen extrêmement efficace pour supprimer l’espèce humaine de la surface de la Terre. En comparaison, le « nouveau Moyen Âge » dont nous décrivons l’arrivée dans nos précédents billets apparaît comme un jardin d’Eden.
  
Énergies fossiles en voie de disparition, énergies renouvelables relativement inefficaces, énergie nucléaire létale… que peut-on faire lorsqu’on se trouve au bout de l’impasse ? C’est ce que nous aborderons dans un prochain billet.
  
  

 

Lundi
© La Lettre du Lundi 2011

 

Le bout de l’impasse

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