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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 01:39

Une vision citoyenne pour régler par consensus tout désaccord national

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Une vision citoyenne pour régler par consensus tout désaccord national

 

Sur notre Agriculture (1)


Dès les années 1947, et la généralisation des Centres d'étude technique agricole (CETA) en 1954, la campagne française sortait de sa léthargie sous la houlette de l'agronome René Dumont.


En quelques années la production tripla avec très peu de dépenses supplémentaires. Le revenu a suivi et l'argent qui rentrait permit d'agencer les vieilles demeures de terre battue, sombres et froides. Chambres avec parquet, l'eau courante installée à demeure, sanitaires, l'eau chaude, la machine à laver, l'aspirateur et par la suite la télévision !

 

Les paysans mirent leurs expériences en commun, échangèrent, comparèrent les résultats dans la franchise et la bonne humeur. L'agriculture traditionnelle changeait de visage sans défigurer la terre.


Comment en arrivèrent-ils là ?


Les petites exploitations de polyculture élevage, très appauvries par dix années de pénurie d'engrais, reçurent les éléments majeurs (chers au Professeur Bouchet) : le magnésium, potassium, calcium, phosphore, sodium venus de Lorraine et d'Alsace.


Ayant découvert le nécessaire équilibre alimentaire entre l'énergie, les protéines, les vitamines et les minéraux pour les animaux, les vaches qu'on s'échinait à nourrir avec des céréales, des choux, des rutabagas, des betteraves et en abondance du foin et du trèfle violet n'eurent plus besoin de tout cela. Ne pas oublier les corvées de fumier à le transporter de l'étable aux champs. Les agronomes, Dumont, Chazal, Robichoum et Voisin étaient formels :<< La vache est un animal extraordinaire, elle à une barre de coupe à l'avant et un épandeur à l'arrière>>.


Grâce à la prairie temporaire, ce type de prairie non permanente : on sème l'herbe sélectionnée (trèfle, ray-grass, dactyle, etc.) et tous les trois à cinq ans on la remplace par une autre culture (blé, orge.) tandis qu'on utilise d'autres parcelles qui avaient été cultivées en maïs ou betteraves pour une nouvelle prairie temporaire, d'où une nouvelle prairie temporaire qui va enrichir le sol en azote.

André Pochon convertit les ¾ de sa ferme en prairies et produisit autant sur ses 9 hectares que ses voisins sur 25. Il nourrissait 3 vaches à l'hectare et chaque vache produisait 4.000 litres de lait à l'année. En outre la production laitière alimentait la production porcine et il engraissait 80 porcs par an avec le petit lait.

Cette métamorphose absolument spectaculaire valut la curiosité, l'étonnement et finalement, 15 ans après la reconnaissance de l'INRA. La terre des prairies était plus souple, la matière organique abondait, les vers de terre grouillaient et les betteraves et l'orge venaient au moindre coût avec des rendements hectares importants sans compter les tonnes de paille et aucun empoisonnement des nappes phréatiques !


Dès la fin des années 60 les agriculteurs français produisaient largement de quoi nourrir Français et Européens à leur faim.


Les malheurs induits par la démesure


L'arrivée d'une plante miracle et ses corollaires plaisant à l'Economie de Marché !

Ce que peut l'appât du gain.


Le maïs fut à l'origine de ce grand chamboulement tellement polluant et si onéreux pour les cultivateurs ! Il ne pouvait être cultivé que dans le sud-ouest de la France. Les Américains, avant-gardistes tout autant dans le positif que le négatif créèrent un maïs hybride qui bien que n'arrivant pas toujours à maturité, pouvait être ensilé. Il fut présenté comme la plante miracle et devint, grâce à l'INRA, dans les années 70 la base de l'alimentation des bovins.


Un déferlement de publicité, d'enseignements, de vulgarisation s'abat sur les paysans les persuadant que le maïs ôte les soucis du foin, plus de bêtes à surveiller aux pâturages, plus rien d'autre à faire que de construire un silo en libre-service où les vaches mangent librement en permanence. La recherche scientifique associe le maïs riche en énergie et le soja (américain, tiens !) riche en protéines. La vulgarisation technique se concentre sur la culture du maïs et la réussite de l'ensilage.


Les agriculteurs séduits se laissent embarquer. Adieu les belles prairies ray-grass et trèfle blanc. Il faut à nouveau labourer, semer, traiter, récolter, transporter. Des engins modernes toujours plus performants, plus lourds. Il faut agrandir, araser, faire sauter les talus, éliminer les haies qui servaient d'abri aux vaches et oiseaux prédateurs. Le paysage bocager fait place à la plaine. Du coup, les sols s'érodent sous l'action du vent et de la pluie perdant leurs minéraux et leur matière organique. La violence des tempêtes s'exerce plus librement, d'où les inondations et les coups de vent. L'Etat avec notre argent paie les dégâts.


Qui plus est, le maïs fourrage prend une telle importance qu'on le cultive plusieurs années de suite sur les mêmes parcelles. Or, cette culture laisse la terre nue d'octobre à juin, donc un lessivage total des nitrates du sol entraînés par les pluies et allant polluer les nappes phréatiques et les cours d'eau. Ne pas oublier évidemment les pesticides et les métaux lourds.


En réalité cette nouvelle orientation n'aura été fabuleuse que pour l'agrobusiness.

 

Le paysan doit acheter tous les ans la semence de maïs (hybride), les pesticides, fongicides et autres pour détruire les mauvaises herbes et combattre les maladies. Il lui faut en outre modifier ses bâtiments, acheter toujours plus de minéraux et du soja pour complémentation alimentaire. A la place d'une exploitation rationnelle et respectueuse de l'environnement des méthodes absurdes (système paddock) et coûteuses où chaque parcelle reçoit 50 kg d'engrais azoté à l'hectare tous les dix-huit jours soit 500 kg d'azote à l'hectare qui se retrouve dans les nappes phréatiques !


Les désastres de la démesure ne s'arrêtent pas là. Les cochons ne sont plus nourris au petit lait mais bien, eux aussi, au soja et un pourcentage de farine de déchets de viande ou de poisson. On augmente le nombre de truies pour gagner davantage. On passe du modèle Danois (porcs vivant sur la paille, où leurs déjections produisent du fumier) au modèle hollandais (les déjections coulent directement à travers le caillebotis en béton et restent sous forme de lisier) fort déséquilibré car pas de paille donc de carbone (rapport Howard).


Les conséquences de cet élevage concentrationnaire sont désastreuses. Des crises cycliques de surproduction, le nombre de producteurs diminue, la baisse des cours que l'Etat compense par des aides spécifiques. Les odeurs, les maladies nombreuses des bêtes et personnes, les pollutions des eaux par les nitrates et les métaux lourds .... N'en jetons plus la cour est pleine.


Analyse rapide d'une politique suicidaire provoquée par le profit


La politique agricole européenne fut l'élément déclencheur de ce productivisme déraisonnable et pollueur. En garantissant aux agriculteurs des prix de vente élevés pour la viande, le lait, les céréales et en laissant entrer le soja à bas prix, elle a créé les conditions favorables à l'élevage industriel et à la culture du maïs fourrage. Favorisant la spécialisation des exploitations elle permis la rupture des équilibres économiques et écologiques ancestraux.


Ainsi, les intérêts corporatistes se sont alliés aux intérêts de l'agrobusiness, organisant d'ailleurs la disparition de ses mandants. L'attrait du profit a conduit le monde paysan dans une situation très difficile à redresser.


Quelles solutions lorsqu'on atteint l'intolérable et que notre survie est en jeu ?


Devant la toute puissance du syndicat majoritaire, la FNSEA, devant des éleveurs défendant leurs intérêts, les industriels de l'alimentation animale, les abattoirs, les équarisseurs, banques etc., seul un contre-pouvoir peut neutraliser de tels agissements destructeurs. Les opposants à ces pratiques destructrices telles les associations de protection de la nature, l'association Eau et Rivières de Bretagne, les syndicats d'Hôtellerie et de restauration des sites touchés, les Maires des villes situées aux embouchures de ces rivières, mais aussi les citoyens au voisinage des porcheries et ceux à proximité des champs d'épandage, les consommateurs en général devraient savoir que seule la démocratie directe et son corollaire le Référendum d'Initiative citoyenne permettraient le règlement de ce cas d'espèce. 

 

Dans l'État de l'Ohio, en août 2010, un accord a été signé entre les éleveurs et la Humane Society of the United States, la plus importante organisation de protection animale des USA.  Cet accord vise notamment à la suppression des cages de batteries pour poules pondeuses, des stalles de gestation pour truies, et des box de contention pour veaux.


Ces concessions ont été obtenues par la menace d'un référendum d’initiative citoyenne, qui s'inspirait d'un référendum semblable qui avait triomphait en Californie en 2008.


Il est à noter qu'en Suisse, même si les sujets sont différents, les problèmes que rencontrent les citoyens sont toujours réglés par référendums poussant les parlementaires suisses à revoir leurs copies. Pourquoi en France en serait-il autrement ? Ainsi se règleraient très rapidement tous les conflits survenant entre lobbys et citoyens, Gouvernement et syndicats ou citoyens.


La Constitution française et l'article 11 de cette même Constitution a bien appréhendé le problème mais le référendum envisagé sera d'initiative parlementaire et non citoyenne. Il appartient à tous les citoyens de réagir fermement en avertissant leur député et en premier, les Associations loyales et légalistes.

 

[1] Appui sur le livre d'André Pochon "Les sillons de la colère". Edts la Découverte/Poche.

 

Jacques Daudon

 

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