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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 04:34

Hold up sur le livret A.


Le Livret A fut créé le 22 mai 1818, de conserve avec la Caisse d'épargne de Paris. L'un n'allait pas sans l'autre, et réciproquement. La présidence de cette nouvelle institution emblématique du catholicisme social, sera confiée au Duc François Alexandre Frédéric de La Rochefoucauld-Liancourt.


Longtemps il demeura le placement épargne favori des Français. De nos jours, près de 46 millions de livret A sont ouverts, ce qui représente trois Français sur quatre.
Le taux du livret A, créé au début du XIXe siècle, n’était jamais descendu en dessous de 2 %. Encore à 4 % en août 2008, il fut redescendu à 2,5 % en février 2009.


Or, la sinistre Christine Lagarde(des coffres-forts), a annoncé vendredi 10 avril une nouvelle baisse drastique du taux du livret A: à compter du 1er mai 2009, il sera ramené à 1,75 % !! Son plus bas niveau historique.


Quarante-six millions de petits épargnants seront ainsi floués par cette baisse.


Qui sont-ils ces petits épargnants? Les petits et les humbles, ceux qui ne peuvent vivre que des fruits de leur travail. Plus des deux tiers d'entre eux possèdent moins de 750 euros en dépôt sur leur livret.


Explication officielle: Il s’agirait tout bonnement d’une simple et automatique formule de calcul: la baisse du niveau des taux à court terme serait une décision de la Banque centrale européenne prise suite à la chute de l’inflation. Le taux de 1,75 est d’ailleurs jugé encore « trop généreux »!
C'est en plus, se foutre du monde!
Quelqu'un, dans "c'pays" a-t-il constaté une amélioration de son pouvoir d’achat? Certainement pas la majorité de la population, qui subit la crise et se serre de plus en plus la ceinture.


Il s'agit de rien moins que d'un dépeçage de l’épargne populaire afin de favoriser "les fonds communs de placement", au détriment du livret A (et du logement social qu’il a pour objet de financer.)
Avec un taux de 1,75 %, les requins de la finance auront le moyen de proposer des placements à risque, pouvant leur rapporter davantage, livrant l’épargne des livrets entre les doigts crochus des spéculateurs, sans aucune garantie pour les travailleurs.


Derrière cette infâme mesure, on trouve une fois de plus, l'état major concentré du Capital, l’Union dite par antiphrase européenne, qui a condamné le "monopole" du livret A comme "une entrave à la libre concurrence" et a imposé la libéralisation de la distribution et de la gestion de cette épargne.
C'est cela qui autorisa toutes les banques, qui le réclamaient depuis longtemps, à ouvrir des livrets A, depuis le 1 janvier 2009, faisant perdre l'oligopole de distribution aux opérateurs historiques que sont La Banque Postale, le Crédit Mutuel et la Caisse d'Épargne.


Pendant ce temps, la manne d'or continue de tomber du ciel tous les jours, pour les riches, et même le jour du sabbat:
5000 milliards de dollars ont été déversés aux spéculateurs lors du G20 par l’administration américaine, l’Union européenne et les gouvernements de chacun de ses Etats.
En France, le gouvernement avait déjà accordé 420 milliards d’euros aux banques.


Les petits épargnants, les millions de travailleurs licenciés, (90 000 suppressions d’emplois en janvier, 80000 en février), les jeunes privés d'emploi, espèrent-ils encore que les manifestations convoquées le jour férié du premier mai, par leurs partis pourris, offriront la moindre issue à cette situation catastrophique?


Se trimbaler en se dandinant derrière des sonos beuglant des chansons à la con: "motivé! motivé!"
ou organiser une action de classe résolue sur ces deux objectifs:
-La confiscation des milliards donnés aux spéculateurs,
-La rupture avec l’Union "européenne" entièrement soumise aux intérêts de Wall Street et des banques?



Mais il faudrait au préalable rompre politiquement avec les dirigeants corrompus qui osent encore parler au nom des intérêts ouvriers et populaire.
La défense de la petite épargne, ainsi que toutes les autres mesures de survie pour la population laborieuse en dépendent.


 


 
  Félix le chat:
inv
Source : AbbéThymon de Quimonte

Hold up sur le livret A.

http://www.marcfievet.com/article-30375774.html


LA PHOTO
inv inv inv
Hold up sur le livret A.
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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 03:34

Tribune :
La crise de légitimité
de nos règles de Droit,
par Corinne Lepage

14 avril 2009

Cette crise met à l’épreuve « la légitimité de notre état de droit », souligne Corinne Lepage, qui s’inquiète de voir certains délits économiques ignorés dans le même temps que « les autres libertés ne cessent d’être malmenées dans une sorte d’indifférence. » Comment peut-on admettre les régressions dans le fonctionnement des contre-pouvoirs, justice ou médias, et tolérer que des entreprises utilisent l’alibi de la crise pour procéder à des licenciements qui n’ont d’autre raison que de maximiser le profit ? Il est temps de restaurer « les principes qui sont à la base de notre pacte social et républicain, avec le principe d’équité dans la répartition des efforts, quelque soient les types d’efforts demandés ». juge-t-elle.
 

Par Corinne Lepage, 13 avril 2009


Une facette supplémentaire vient s’ajouter à celles, déjà nombreuses, de la crise systémique dans laquelle nous sommes entrés : la crise de légitimité de nos règles de droit. Pour paraphraser le Grand Pascal, voilà bien longtemps que nous avons admis que ne pouvant faire que le juste soit fort, nous avons fait en sorte que le fort soit juste. Et bien précisément, tel n’est plus le cas. La crise fait apparaître de façon crue et brutale le résultat auquel aboutit notre système juridique, d’où une menace de remise en cause qui pourrait être à l’origine de mouvements encore beaucoup plus violents que ceux que nous connaissons déjà.

En effet, lorsque la réglementation a pris la place des principes qui étaient censés la fonder et qu’elle est instrumentalisée par ceux qui ont le pouvoir de le faire, alors il ne reste plus à ceux qui en sont les victimes que de recourir à la violence que le droit a précisément pour objet d’éviter. Nous avons oublié que la loi avait précisément pour objet de protéger les faibles afin d’éviter l’oppression des forts mais aussi la violence de ceux qui n’ont plus rien à espérer.


Or, le moins que l’on puisse dire est que nos lois actuelles sont soit inexistantes (lorsqu’il s‘agit de permettre des bonus et stocks options dans des entreprises qui licencient) soit inappliquées ( lorsque les plans sociaux sont imposés sans aucune négociation laquelle, dans certaines entreprises, n’a malheureusement été rendue possible qu’après des actes de séquestration ) soit inappropriées lorsqu’elles ont encouragé, pendant des années des achats de nos entreprises par des fonds de pension, motivés par la seule rentabilité à court terme et non par la pérennité de l’entreprise.


Nous sommes donc confrontés à une question majeure : celle de la légitimité du système juridique qui n’a pas intégré le changement de nature que constituait le passage d’un capitalisme entrepreneurial à un capitalisme financier, en ce qui concerne le rapport entre des actionnaires lointains et irresponsables et leurs employés. Cette légitimité est d’autant plus en crise que la récession actuelle est instrumentalisée, sans aucun scrupule, par tous ceux qui souhaitent procéder à des opérations de restructuration jugées rentables sur le plan financier, mais en rien justifiée par une situation périlleuse de l’entreprise. Autrement dit, le droit est utilisé pour accroître globalement les effets de la crise, en renforçant les revenus des uns et en plongeant les autres dans le chômage. Cette situation, qui n’existe pas dans les PME et les entreprises détenues par un capitalisme familial, n’est pas supportable et pourrait mettre la totalité de l’édifice en péril.
 

Le Président de la République en a appelé au respect de l’Etat de droit et il ne peut qu’être approuvé. Mais si l’Etat de droit comporte l’interdiction de recourir à la violence et la répression de ceux qui y recourent, il comporte également des principes fondamentaux comme ceux de l’égalité et la reconnaissance d’une série de droits-créances par le préambule de la Constitution : droit au travail, droit à la santé, droit au logement etc..


Rappelons pour mémoire le discours de Nicolas Sarkozy durant la campagne aux marins pêcheurs qui différenciait la violence des « voyous » et celle qu’exprimait la détresse des pêcheurs, confrontés à la crise de la pêche. Or, force est de constater que certains droits et surtout certains titulaires de droits sont mieux servis que d’autres par cet état de droit. Ainsi, et pour prendre un exemple concret, celui de la liberté, comment comprendre que la liberté d’entreprise soit défendue-ce qui est légal et légitime- mais que les autres libertés ne cessent d’être malmenées, dans une sorte d’indifférence qu’ Alain Gérard Slama décrit parfaitement dans un essai récent. Comment admettre que le flicage se généralise, sur internet comme dans la vie ? Comment admettre les régressions maintes fois rappelées dans le fonctionnement des contre-pouvoirs, justice ou médias, qui sont pourtant les garants du fonctionnement démocratique de la société et donc de l’exercice réel des libertés. Et que dire des cas dans lesquels le droit est ouvertement bafoué sans que la justice puisse agir : affaire Tapie et peut être Pérol, par exemple.


C’est donc bien de la légitimité de notre état de droit qu’il est question et il est bien entendu impératif de le sauvegarder. Mais pour y parvenir, nous ne ferons évidemment pas l’économie d’un retour aux principes qui sont à la base de notre pacte social et républicain, avec le principe d’équité dans la répartition des efforts, quelque soient les types d’efforts demandés. En particulier, il faudra aller bien au-delà des vagues engagements du G20 sur les droits des actionnaires selon la pérennité de leur implication dans l’entreprise et rééquilibrer les rapports de force entre syndicats et direction réelle des entreprises.
 

Si nous n’y parvenions pas, alors le risque de voir la spirale de la violence s’enclencher est élevé, et celui d’assister à une montée en puissance du couple infernal et liberticide provocation/répression, considérable. Le danger est alors tout simplement celui d’une crise systémique de notre état de droit, que certains, aux deux bouts de l’échiquier politique souhaitent, pour des raisons symétriques et opposées, mais qui serait catastrophique.


Le danger aujourd’hui n’est-il pas partagé entre ceux qui veulent l’ignorer et ceux qui veulent en profiter ?


Article communiqué par CAP21
http://corsair31.spaces.live.com/Blog/cns%2136F934FAF2838E8%21551.entry




Sur l'excellent blog de Bridge,
à visiter :

http://bridge.over-blog.org/article-30384845.html


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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 03:21


Analyses
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« Les États-Unis sont entrés dans un déclin irréversible
et l’Amérique Latine court un danger »


Frederic LORDON


Frédéric Lordon a rendu un oracle au sujet du système financier international. Cet économiste français, directeur de cherche au CNRS, auteur de dizaines de travaux mondialement reconnus et de plusieurs livres, a exposé les ressorts de la crise et de son résultat final - l’actualité - bien avant que les marchés mondiaux et le système bancaire international soient à genoux. Son dernier livre : [1], offre un diagnostic précis des racines qui ont conduites le système à l’abime des pertes méga-millionnaires et à l’intervention des États. En même temps, dans l’analyse technique des déviations du capitalisme apparaissent les lignes de l’avenir à l’horizon. Ces lignes sont déjà un présent dont l’effet s’est propagé sur toute la planète. Lordon ne doute pas de prédire un avenir critique, de récession, avec du chômage. Dans cet entretien, Lordon revient sur la « matrice » de la crise, analyse ses composants et réfute l’idée de ce que l’effondrement soit, comme plusieurs le rêvent encore, la fin du capitalisme.

La crise financière a donné lieu à une sorte de chant universel. Beaucoup d’analystes, économistes, idéologues et dirigeants politiques proclament que le capitalisme est arrivé à sa fin. Croyez-vous que cet énoncé est pertinent ?

Ni l’un ni l’autre. J’ai hélas de sérieux doutes sur le fait que l’épisode que nous vivons soit la fin du capitalisme. En général, les gens tombent dans une confusion conceptuelle entre le capitalisme et les configurations du capitalisme. Dans la réalité historique nous n’observons jamais le capitalisme. Nous observons toujours une configuration du capitalisme. Ces configurations changent dans l’histoire. Par exemple, en Europe, de 1945 à 1975 nous avons vécu une configuration du capitalisme. Cette configuration est entrée en crise et une autre s’est installée, qui est ce que nous pourrions nommer le capitalisme dérégulé avec une ligne financière forte. C’est cette configuration qui est en crise.

Tout semble être entre les mains de ceux qui luttent pour maintenir le schéma et de ceux qui, au contraire, veulent le réguler, le changer.

Oui, tout dépendra de la réaction des politiques. Dans ce contexte on peut craindre que, sous l’influence des groupes de pression de l’industrie financière, le système reste en vigueur grâce à un compromis discret, un compromis pour faire le minimum. Dans ce cas nous rentrerions dans une variante plus régulée de la configuration du capitalisme financier actuel.

L’autre discours à la mode est la célébration du retour de l’État.

Nous allons assister probablement à une modification de la proportion de l’État et du marché dans l’organisation économique des sociétés. Le marché a prouvé sa faillite absolue et il faudra en tirer des conclusions. Et puis, les pressions politiques, celles de l’opinion publique, seront très puissantes. Imaginez-vous que cela fait des années qu’ils nous disent qu’il n’y a pas cent millions d’euros pour financer la protection sociale mais, tout à coup, ainsi, de rien,ils peuvent trouver des centaines de milliers de millions d’euros d’un jour pour l’autre pour sauver des banques. Cela a eu un impact dans l’opinion publique. Je crois en effet que cette tendance du retour de l’État dans la réglementation et l’organisation de l’économie va se réaffirmer.

Comme vous le démontrez dans votre livre, l’actuel effondrement est une crise profonde de régulation.

Oui, c’est une crise spécifique, générique et singulière. Tout le problème de ce à quoi nous assistons provient du fait qu’on à laisser les marchés financiers faire ce qui leur faisait envie. Il y a eu une autonomie presque totale et une très faible réglementation. La finance s’est servie ainsi de cette liberté pour pousser la recherche de la rentabilité jusqu’aux extrêmes. En règle générale - et la bonne théorie financière le signale ainsi - quand la rentabilité est forte le risque est aussi important. On a cru que l’innovation financière avait permis de s’émanciper du risque. Il s’agit d’une erreur tragique. Il est évident que dans tout ce qui arrive ce qui est en jeu c’est l’instauration d’une réglementation. Mais j’ajoute que cette crise a une singularité que les autres n’ont pas eue. C’est une crise qui révèle les tendances profondes du régime d’accumulation du capital dans lequel nous sommes depuis 20 ans. Voila la nouveauté.

Dans ce contexte d’une nouvelle régulation, vous proposez quatre principes d’action et neuf propositions. Le premier principe consiste à empêcher la création de bulles financières.

C’est un élément fondamental. Les finances ont la capacité étonnante de créer une situation qui s’appelle « risques systémiques ». Et précisément, le risque systémique se traduit dans une sorte de séquestration des pouvoirs publics : les finances ont pris comme otage le pouvoir public. Donc, les marchés financiers ont une tendance spontanée à créer des bulles. Dès qu’une bulle se forme, c’est déjà trop tard, la bulle va exploser. En ce moment le risque systémique s’étend et les pouvoirs publics sont encore une fois otages de la situation. Si on veut éviter que des situations similaires se répètent, il faut détruire les causes qui produisent ces effets. Et les causes se trouvent dans la formation des bulles financières. Tout schéma pour réglementer les finances doit se fixer cet objectif stratégique : empêcher que se forment les bulles.

Deux des grandes questions qui restent en suspens, c’est qui va payer et dans quelles proportions l’économie réelle est endommagée.

C’est une question très douloureuse parce que l’économie réelle va payer très cher tout ce qui est arrivé. Et elle va le payer de deux manières : l’une, à travers ses contribuables. Les plans d’intervention publique, c’est-à-dire les nationalisations des banques, la recapitalisation, il n’y a aucun doute de que cela sort du budget de l’État. Mais c’est le moins douloureux. La vraie douleur viendra avec la récession qui accompagne la crise financière. Je crains que cette récession soit d’une gravité exceptionnelle. La diminution des rémunérations et l’explosion du chômage seront une authentique boucherie sociale. Les banques ont perdu de telles sommes, le marché du crédit interbancaire est dans une telle situation que le système bancaire est en train de mettre un terme aux prêts. Et aussitôt que les banques arrêtent de prêter de l’argent, la mortalité des entreprises devient foudroyante. Il y aura alors une vague gigantesque de faillite d’entreprises. Le choc va être très dur.

Et pour les pays comme l’Argentine : quelles sont les conséquences prévisibles ?

Je crois qu’il y a une phase de la crise dans laquelle nous sommes entrés récemment et qui est l’internationalisation. Je me réfère à ce qui est en dehors de la sphère étasunienne et européenne. Nous assistons par exemple à des tensions sur le marché des changes, les tensions monétaires, au-delà des États-Unis et de l’Europe. Cela ne me étonnerait pas que ces tensions arrivent en Amérique Latine. Le phénomène peut devenir similaire. Les institutions financières privées d’Occident qui ont besoin de liquidité, de fonds urgents, vont rapatrier leurs avoirs qui sont investis sur les marchés émergents et vont contribuer ainsi à la démolition de ces marchés.

Dans quelle mesure une crise financière comme celle-ci marque-t-elle le crépuscule de la superpuissance des États-Unis ?

L’ère de la superpuissance étasunienne est terminée. L’économie et la société étasunienne en tant que puissance sont entrées dans une dynamique du déclin irréversible. Les nouveaux pôles de puissance sont en Asie, en Chine. Dans un très court laps de temps, quatre ans, l’empire étasunien s’est brisé en deux côtés distincts : L’Irak et la crise financière.


Par Eduardo Febbro

Página 12 . Paris, le 19 Octobre 2008.

Traduction pour El Correo de : Estelle et Carlos Debiasi

http://www.elcorreo.eu.org/article.php3?id_article=4208


[1] Jusqu’à quand ? L’éternel de la crise financière" de Frédéric Lordon.
ISBN : 2912107423.
Raisons D’agir, Octobre 2008.

http://www.legrandsoir.info/article7310.html

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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 03:10


Initiatives & Résistances
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Quatre principes et neuf propositions
pour en finir avec les crises financières

 
Frederic LORDON
Alors que la crise présente n’est que la répétition formelle d’une scène caractéristique de la déréglementation financière déjà expérimentée maintes fois depuis deux décennies, il devrait être parfaitement clair pour tout le monde que, sitôt les pertes digérées – il faudra certes encore quelques trimestres –, banques et fonds n’auront pas d’autre préoccupation que d’identifier le nouveau compartiment de marché susceptible de livrer le surplus désiré de rentabilité financière. Et le cycle apuration des pertes-bulle-krach repartira pour un tour…

Cet éternel retour est suffisamment pénible pour qu’on se décide à y mettre un terme. Il est cependant assez évident que les indigents moyens déployés jusqu’à présent, essentiellement constitués de menaces verbales sans suite ou de supplications à la transparence qui n’engagent à rien, ont peu de chance d’y suffire… Or la crise des subprimes est, ou aura été d’une gravité qui devrait dissuader de feindre l’action une fois de plus, et convaincre d’agir vraiment. C’est-à-dire radicalement.

Cette action radicale devrait être gouvernée par quatre principes fondamentaux – il ne devrait pas être trop difficile de voir en quoi ils rompent avec les stratégies du fil de l’eau suivies jusqu’ici. Elle pourrait prendre la forme plus précise de neuf propositions. Celles-ci revêtent nécessairement un caractère « technique » qui rend difficile de les exposer en peu d’espace. L’esquisse d’un « plan d’arraisonnement » qu’on va lire ici est tirée d’un ouvrage en préparation qui, la place y étant moins comptée, prendra le temps de rendre plus accessibles le fonctionnement des produits et des marchés financiers en cause. L’urgence commande cependant de mettre ces idées en circulation au plus vite, quelque imparfaites qu’elles soient, pour lancer à partir d’éléments substantiels et précis le débat collectif sur la re-réglementation avant que ne se referme cette exceptionnelle fenêtre d’opportunité par laquelle, à la faveur du spectacle de l’effondrement, il devient possible de dire ce qui était jusque là réputé « indicible » et de penser ce qui était décrété « impensable ». Cet empressement se paye au prix d’ellipses qui supposent implicitement connues certaines choses et peuvent rendre l’exposition incomplète et/ou peu accessible pour le non-spécialiste – en espérant que cet arbitrage entre urgence de l’intervention et clarté de la présentation soit au finale à peu près positif.

Quatre principes

Principe 1 : Quand une bulle est formée, il est trop tard. Elle crèvera nécessairement, avec l’éventualité d’armer tous les mécanismes du risque systémique – c’est-à-dire de la prise d’otage des pouvoirs publics (banques centrales et Trésors) sommés de venir socialiser les pertes sous peine de risquer un collapsus majeur. Le schéma de re-réglementation de la finance doit donc poursuivre l’exigeant objectif stratégique d’empêcher la formation des bulles. On voit tout ce qui sépare ce schéma des pauvres tentatives en cours d’élaboration, notamment aux Etats-Unis – pourtant infiniment plus réactifs que les européens sur ces sujets ! – tentatives qui, de l’aveu même du Secrétaire au Trésor Paulson, n’ont ni la vocation ni la capacité d’éviter de nouveaux accidents financiers…

Principe 2 : La finance est serve. Sa présence et son action ne sont tolérables qu’à concurrence des services qu’elle rend effectivement à l’économie productive. Et ceci spécialement si l’on prend en considération le potentiel de catastrophes que recèle toute dérive auto-centrée de l’activité financière. C’est pourquoi, compte-tenu du degré manifeste – et manifestement dangereux – d’autonomie pris par la finance contemporaine, la ramener à la subordination exigera sans doute de lui imposer de brutales, mais salutaires, régressions. Il faut y être prêt.

Principe 3 : Le principe de level playing field retenu jusqu’ici par les institutions internationales de la régulation prudentielle (essentiellement les Accords de Bâle, I et II) est une impasse. Comme son nom l’indique, le level playing field vise à établir des normes communes pour réaliser un espace financier commun. On comprend bien, compte-tenu de ce dernier objectif, qu’il ne doive y avoir aucune « dénivellation » réglementaire sauf à induire des distorsions dans la concurrence des places, les places à basse intensité réglementaire jouissant d’un avantage compétitif évident. Mais comme toujours, l’objectif intermédiaire de normes prudentielles communes a conduit à des normes prudentielles minimales. Par un effet de plus petit dénominateur commun, le dogme du level playing field, c’est-à-dire du marché financier mondial unifié, ne peut mener ailleurs qu’au minimum minimorum de la régulation. L’incapacité des accords de Bâle à empêcher quelque crise que ce soit en est la tragique démonstration. Rétablir des zones financières à régulation adéquate, sans attendre que les plus intéressés à la déréglementation – Etats-Unis et Royaume-Uni – ne finissent par s’y rendre, exige donc de leur aménager des protections, c’est-à-dire de recloisonner le marché financier mondial.

Principe 4 : L’Europe est une zone d’activité financière autosuffisante. Elle peut parfaitement adopter unilatéralement un degré supérieur de réglementation financière sans risquer, comme on s’empresse de le dire, la désertion des capitaux, ou sans que les capitaux extra-européens partis lui manquent. Au demeurant, les impératifs de diversification sectorielle et géographique rendent impossible aux investisseurs extra-européens de « faire l’impasse » sur le marché européen. Qui sait, peut-être même finiront-ils par être séduits par le degré supérieur de stabilité qui y règnera une fois la réglementation mise en place… Il est bien évident que par « Europe » il faut entendre ici les 27 moins le Royaume-Uni. Puisque le Royaume-Uni est manifestement décidé à ne revenir sur aucune des « libertés » de la finance de marché, il faut lui appliquer une stratégie adéquate de cantonnement et le considérer, en tout cas du point de vue de la reréglementation financière, comme de facto non-européen. Le Royaume-Uni ainsi mis à part, il résulte du principe précédent que la zone européenne de réglementation financière ne peut émerger qu’en cessant d’être ouverte à tous les vents de la finance, donc en envisageant certaines restrictions aux mouvements des capitaux. L’abrogation de l’article 56 (renuméroté 63) du Traité européen consolidé est donc un préalable à toute reréglementation financière sur une base européenne. Tel est l’objectif défendu par le mouvement « Stop Finance » (www.stop-finance.org).

Neuf propositions

Les principes précédents ont un caractère stratégique. Mais ils n’ont pas en eux-mêmes de portée opératoire – si ce n’est le principe 4 qui pose clairement le strict encadrement des transactions avec des entités financières extra-européennes qui ne se seraient pas soumises, d’elles-mêmes ou sous l’action de leur propre régulateur, aux normes européennes à venir.

Le passage à l’action re-réglementatrice s’appuie, lui, sur des principes tactiques. On ne s’étonnera pas que tous s’expriment sur le mode négatif du « dé- » car il est bel et bien question de faire régresser la finance et de lui ôter une partie de ce qu’elle a conquis. Ces principes tactiques sont au nombre de six : désincitation, désophistication, détitrisation, déleviérisation, désalimentation et déconnexion. Leur mise en œuvre s’étage sur tous les niveaux de la finance : microéconomique (les comportements des opérateurs) ; mésoéconomique (les constructions institutionnelles gouvernant le fonctionnement des marchés) ; macroéconomique (le pilotage de la politique monétaire).

Proposition 1. Désincitation

Toutes les incitations déterminant les conduites individuelles de la finance sont vicieuses. L’une des pires est incorporée dans les formules de rémunération de ses hommes. En effet l’investissement dans un actif financier quel qu’il soit est toujours l’acquisition d’un couple rendement-risque. Or les formules de rémunération de la finance ne prennent en compte que la première composante : les traders voient la part variable de leur rémunération courante indexée sur leur seule rentabilité courante. Mais cette rentabilité courante a pour compagnon invisible un certain niveau de risque. Il est invisible en temps réel puisque, par construction, le risque n’est matérialisé qu’ex-post ! Le trader touchera donc le profit dérivé de la hausse tant qu’il y a hausse, mais n’enregistrera aucun des effets de la baisse – simplement son bonus sera-t-il nul quand celle-ci se produira. Il est donc de ce fait incité à méconnaître le risque contracté pour privilégier la rentabilité courante qui alimente son bonus courant… puisque, si risque il y a, il ne sera manifeste qu’« après ». Il résulte de cette asymétrie des incitations une sous-appréciation notoire du risque – en d’autres termes il y a de puissants intérêts derrière ce que Hyman Minsky appelait justement « l’aveuglement au désastre ».

La première proposition vise donc à rétablir la symétrie d’incitation en rendant la rémunération des traders pleinement algébrique – c’est-à-dire susceptible de valeurs négatives ! Les pertes issues de la matérialisation des risques antérieurement contractés ne doivent plus seulement annuler les bonus mais les rendre négatifs. Les traders auraient ainsi à rembourser sur leurs gains passés les pertes présentes et dans les mêmes proportions. On imagine sans peine les effets de la rémunération algébrique sur leur comportement ! Soit la hantise d’avoir à restituer les gains antérieurs oblige à les mettre en réserve et paralyse la consommation ostentatoire – détruisant l’une des jouissances qui donne son ressort à l’existence comme trader ; soit elle ne parvient pas à produire le comportement de réserve mais alors au prix d’une nouvelle attitude face au risque rendue drastiquement rigoureuse. Dans tous les cas, la perspective de la perte personnelle cuisante devrait être puissamment régulatrice.

On objectera sans doute que, dans ces conditions, les traders les plus « compétents » prendront le chemin de l’exil sous l’effet de la concurrence des offres salariales de la part des banques qui ne seraient pas soumises à l’obligation de la rémunération algébrique. Surtout, qu’on ne les retienne pas ! L’utilité sociale de ces soi-disant « cerveaux » demeure des plus discutables. Que ne restent que les opérateurs « moyens » – non exportables – ne saurait être en soi un problème : si leur agilité à manier les produits les plus complexes est moindre, leurs employeurs leur en feront manier de plus rudimentaires. Or c’est exactement l’autre effet recherché ! L’une des plaies de la finance libéralisée vient de la dynamique incontrôlable de la dite « innovation » financière qui multiplie les produits d’une invraisemblable complexité dont la mesure de risque devient presque impossible. La proposition de désincitation des financiers est donc par ses effets collatéraux une mesure de dé-sophistication de la finance, mouvement qu’il est urgent d’amorcer pour recréer de meilleures conditions d’appréciation et de contrôle des risques.

Proposition 2. Détitrisation

La dynamique des acquis sociaux semble avoir changé de camp. Tout ce que le travail a gagné est devenu contestable, tout ce que le capital obtient est décrété irréversible. Ainsi de l’« innovation » financière. Deux des plus toxiques, les produits dérivés et la titrisation, dont la finance s’est parfaitement passée pendant des décennies – rappelons qu’ils ont été répandus à partir du milieu des années 80 –, sont maintenant déclarés tellement indispensables qu’il serait simplement inconcevable de vivre sans. Ces braiements de la finance ne doivent impressionner personne. Jusqu’au début des années 90, les banques… ont fait leur métier de banquier : elles ont accordé des crédits, puis les ont conservés sur leurs livres jusqu’à l’échéance ; et il faudrait une certaine audace pour affirmer qu’elles s’en sont mal portées. Nous nous proposons de leur faire faire ce minime saut en arrière et de renoncer à nous convaincre que rien ne serait plus possible si on les privait de l’outil de la titrisation. Comme on sait, la titrisation permet aux banques de se défaire de leurs crédits aussitôt qu’accordés, et de les vendre sous la forme de créances négociables sur des marchés ad hoc. On se demande rétrospectivement comment il est possible de s’étonner que cet instrument de défausse systématique du risque de crédit ait conduit à un effondrement de la sélectivité des prêts – jusqu’à faire surgir la catégorie des prêts subprimes.

L’instrument de la titrisation est particulièrement dangereux car il a la propriété de soustraire le comportement bancaire d’émission de crédits, donc de risques, à toute régulation prudentielle. En effet les banques sont normalement limitées dans leur politique de crédit par les règles prudentielles qui les contraignent à réserver du capital propre à hauteur de 8% du total de leurs encours risqués. Mais les crédits titrisés sortent immédiatement du bilan des banques puisqu’ils sont formellement cédés à des entités juridiques distinctes, les Special Purpose Vehicles (SPV) – dont les fameux CDO (Collateralized Debt Obligations) ont été l’un des représentants les plus en vue lors de la crise du crédit. Par conséquent, des risques-crédit sont émis, et même en quantité gigantesque, mais en échappant à toute provision prudentielle de capitaux propres puisque la banque s’en débarrasse dans l’instant – du point de vue de la supervision, tout se passe comme si ces crédits n’avaient simplement pas été accordés…

Il y a donc dans ce dossier plus qu’il n’en faut pour interdire purement et simplement le recours à la titrisation des crédits. Si quelques timidités se manifestent, deux solutions un peu plus douces sont également disponibles. La première consisterait à drastiquement limiter la part titrisable des portefeuilles de crédit – pas plus de 5% par exemple, qui laissent ainsi une marge aux banques pour le redéploiement de leurs capitaux propres (pour mémoire on rappellera que lors des dernières années de la bulle subprime, près de 50% des crédits immobiliers ont été titrisés…). Une autre solution consisterait à laisser ouverte telle quelle la possibilité de la titrisation… mais à imputer aux banques la totalité des risques titrisés dans le calcul de leurs provisions prudentielles de capitaux propres, quand bien même ils ont été sortis de leurs bilans. Du point de vue de la surveillance du risque, cette formule équivaut donc à une conservation complète des crédits, la titrisation demeurant alors intéressante pour les banques, non plus comme instrument de défausse du risque, mais comme instrument de refinancement de marché.

Proposition 3. Déleviérisation d’endettement

L’un des procédés les plus générateurs de risque de la finance spéculative tient à la mobilisation intensive de l’effet levier – à savoir le recours à de forts taux d’endettement comme démultiplicateur de la rentabilité brute. Les agents prennent alors des positions qui peuvent excéder considérablement leurs capitaux propres, situation extrêmement dangereuse lorsque les paris spéculatifs tournent mal. Il est inutile de souligner la gravité des conséquences lorsque les agents en question sont des banques, à plus forte raison des banques de dépôt… Bien loin des aimables bluettes de certains manuels d’économie financière qui nous laissent croire que la valeur usuelle des leviers tourne entre 2 et 5, on rappellera que la banque Bear Stearns était leviérisée à 35 et le Hedge Fund Carlyle Capital Group à 32… avant de faire faillite l’un et l’autre. Dans le cas de Bear Stearns, la régulation prudentielle et ses ratios de capital (Cooke ou McDonough) ont eu à l’évidence quelques absences. C’est pourquoi il faut reconstruire des ratios réglementaires limitant strictement les effets de levier d’endettement (on verra ci-dessous qu’il est aussi une autre sorte d’effet de levier – à combattre tout autant, et pour les mêmes raisons de fond). On dira que telle était bien en un sens l’intention du ratio de capital lui-même en définissant les engagements risqués comme multiple des capitaux propres. Force est cependant de constater qu’en cette matière, l’échec aura été à peu près complet.

Comme il est impossible d’avoir une vue totalement déconsolidée (opération par opération) de l’activité de marché des banques et que la confusion des flux empêche toute imputation, la proposition présente suggère de construire un ratio de (dé-)leviérisation moyenné à échelle d’établissement. Pour une période donnée, on note P l’ensemble des positions de marchés (tous actifs financiers confondus) prises par la banque. On note D l’ensemble des dettes de toutes échéances contractées par elle. On note enfin E l’ensemble de ses engagements, débours réels et positions de marchés prises (il y a lieu de faire une différence car certains actifs dits unfunded ne réclament aucune avance de fonds donc aucun débours réel). Par convention on impute proportionnellement la dette DM = D*(P/E) aux prises de positions de marché. Il s’en déduit un effet de levier relatif aux positions de marché LM = P / (P – DM). Le ratio prudentiel de (dé-)leviérisation fixera alors une borne supérieure – sévère, c’est-à-dire basse – à LM. À ceux qui feront remarquer que ce ratio est quelque peu grossier, on répondra que dans sa définition même le ratio de capital retenu par les accords de Bâle n’est pas beaucoup plus subtil… L’extrême simplicité de conception du ratio de capital n’a pas empêché que lui soient données des mises en œuvre d’une grande précision de détail. Rien ne s’oppose en principe à ce qu’il en aille de même pour le ratio de (dé-)leviérisation. On ajoutera également que la rusticité, et surtout la brutalité, du ratio de (dé-)leviérisation sont très nécessaires. Bien sûr dans les applications « raffinées » dudit ratio, il faudrait en principe procéder de la même façon que pour le ratio de capital Bâle II, c’est-à-dire en pondérant les différents risques qui entrent dans l’agrégat P des prises de position de la banque. Il ne faut cependant pas avoir une confiance excessive en ces mesures de risque différenciées : pour des raisons fondamentales, qu’il est impossible d’exposer en détail ici, les modèles de mesure du risque en vigueur dans les institutions financières ont révélé des carences rédhibitoires – en témoigne intuitivement l’ampleur des pertes réalisées sur des produits de la finance structurée (notamment les fameux CDO) dont certaines tranches avaient été jugées parfaitement sûres… avant qu’on s’aperçoive qu’elles ne valaient plus tripette. À défaut de pouvoir l’expliquer complètement ici, il faut insister sur ce point : cette carence de la finance mathématique à mesurer les risques en temps de grande instabilité n’est ni accidentelle ni remédiable, elle est essentielle et indépassable – en deux mots tout de même, pour qui voudra, l’argument technique ultra-compacté : cette impossibilité tient au fait que les densités de probabilité qui entrent comme hypothèses dans les modèles dits de Value-at-Risk sont immanentes aux interactions des agents… et sont par conséquent radicalement indéterminées ex ante. C’est pourquoi la solution « du yatagan » qui impose des ratios de (dé-)leviérisation absolument draconiens n’a que d’excellentes propriétés d’économie de moyens puisqu’elle anticipe à raison que les risques jugés modérés par beau temps se révéleront très probablement extrêmes par gros temps : autant donc les limiter ex ante et de la plus sévère façon.

Proposition 4. Régulation impérative de tous les acteurs non-bancaires de la finance de marché

On fera sans doute observer, d’une part que le ratio de (dé-)leviérisation ne s’applique qu’aux banques qui ne sont pas les seuls acteurs de la finance marchéisée, et d’autre part que, en tant que brokers, les banques peuvent être amenées à passer des ordres pour des clients dont les investissements ont déjà été leviérisés par ailleurs (un investisseur peut confier un mandat de gestion à une banque A pour un volume de fonds dont une bonne partie est composée d’endettement contracté auprès des banques B, C, etc.). Les investisseurs, quelle que soit leur nature, doivent être soumis eux aussi à ces ratios de (dé-)leviérisation, pour des valeurs variant éventuellement par catégorie d’établissement. Une attention particulière devrait être portée aux Hedge Funds qui se distinguent des autres investisseurs, entre autres, par leurs leviers extrêmement élevés. Or ces fonds d’investissements, dont les prises de position agressivement spéculatives se révèlent très déstabilisantes, échappent à toute supervision prudentielle ! De fait la majorité des Hedge Funds font de l’évasion réglementaire un élément constitutif de leur stratégie en se domiciliant dans des places financières offshore. Cette carence réglementaire est intolérable et doit être impérativement comblée.

Il faut donc interdire toute transaction entre les opérateurs financiers de la zone européenne régulée et les entités des places offshore. N’auront accès aux marchés financiers européens que les Hedge Funds qui se seront enregistrés auprès de l’autorité européenne des marchés et qui par conséquent se seront soumis à sa réglementation.

Proposition 5. Déleviérisation « de marché » – les marchés organisés de produits dérivés

L’essentiel de la prolifération financière – terme qu’on préférera nettement à celui d’« innovation » financière – est venu du compartiment des produits dérivés. Quoique encore discutée par ceux qui voulant sauver tous les acquis de la finance ne se rendront jamais à l’évidence, leur contribution à l’instabilité financière est devenue patente, pas seulement par les interactions spéculatives qui s’établissent entre marchés à terme et marchés au comptant, mais aussi du fait de l’organisation propre des transactions sur dérivés. Ces transactions se distribuent en deux grandes catégories : transactions sur des marchés dits organisés ou bien sur des marchés de gré-à-gré (ou encore OTC, pour Over The Counter).

Toutes les transactions sur les marchés organisés passent par l’intermédiaire d’une chambre de compensation qui est la contrepartie commune de tous les intervenants : la chambre de compensation est l’acheteur de tous les vendeurs et le vendeur de tous les acheteurs. La chambre de compensation impose à tous les intervenants des avances de fond qu’on appelle dépôt de marge. Ce dépôt de marge est une sorte de coussin de sécurité dont l’épaisseur est beaucoup moins grande que les positions elles-mêmes puisqu’il n’est destiné qu’à enregistrer les variations de prix et à solder les éventuelles moins-values. C’est que la grande caractéristique des transactions sur dérivés (quel que soit le marché) est en effet la suivante : portant sur des promesses de vendre ou d’acheter, donc d’encaisser ou de payer, à une certaine échéance, elles ne nécessitent pas en principe de mise de fond immédiate au moment où elles sont conclues. Les opérateurs s’y engagent donc en quelque sorte à découvert, au sens où ils ne sont tenus à aucun apport de fonds propres (et même de fonds tout court !) au moment de la passation du contrat. Si l’on se souvient que le levier est défini en général comme la capacité de prendre une position sans disposer préalablement en propre de la totalité des fonds, c’en est ici la forme maximale !

Le dépôt de marge sur les marchés organisés instaure donc, mais artificiellement puisqu’elle n’est pas requise en principe, une obligation de mise de fond préalable. Mais cette obligation est d’une telle minceur en proportion des positions prises, qu’elle définit de fait des leviers faramineux. Ainsi, par exemple, un apport de 1000 dollars permet-il de prendre une position de 375.000 dollars sur le marché des futures de l’indice S&P500 ! Ce levier lié à l’organisation particulière des marchés dérivés vient donc se superposer au levier d’endettement proprement dit (voir proposition 3) – un opérateur pourrait en effet très bien avoir emprunté 900 des 1000 dollars requis pour le dépôt de marge et s’être engagé sur les 375.000 dollars de futures avec… juste 100 dollars en poche ! On ne s’étonnera donc pas que Bear Stearns avec 8 milliards de dollars de capitaux propres se soit retrouvé engagée, tous produits dérivés confondus, à hauteur de… 13.400 milliards de dollars ! Certes il ne s’agit pas là d’une position ouverte du même montant car, dans ce total, de nombreuses opérations sont de couverture mutuelle. Il n’en demeure pas moins que ces 13.400 milliards de dollars représentent bel et bien le risque de contrepartie que faisait peser Bear Stearns sur la communauté financière internationale, puisque en cas de faillite, il y aurait eu pour 13.400 milliards de dollars de transactions non réglées… On fera remarquer, là encore, que sur ce total beaucoup d’engagements à payer compensent des engagements à recevoir. Le risque de contrepartie net est donc moins élevé. Même s’il s’établissait à 10% du total, il n’en resterait pas moins 1340 milliards de dollars de transactions non soldées – une paille… S’y ajoute le fait que les compensations des paiements à effectuer et à recevoir n’a pas forcément le bon goût de s’opérer établissement par établissement, de sorte que certains se retrouvent vis-à-vis de Bear Stearns dans une position nette très ouverte… et par conséquent très exposée au risque de contrepartie. On imagine sans peine les effets d’un tel défaut. La Réserve Fédérale les a imaginés sans peine, et l’on comprend aisément l’urgence qui l’a saisie lors du week end du 15 et 16 mars alors que la faillite de Bear Stearns était imminente – et imminente également la ruine d’ensemble du système financier.

Parce que les exigences de fonds propres sur les produits dérivés sont ridicules, et que la leviérisation s’y élève au carré (leviérisation « de marché » x leviérisation « d’endettement ») ces marchés font régner un risque de contrepartie insupportable. La déleviérisation étant l’un des principes tactiques les plus centraux du schéma présent, il faut imposer aux chambres de compensation d’exiger des dépôts de marge beaucoup plus importants que les quelques ridicules pourcents d’aujourd’hui. On pourrait très bien imaginer en principe une règle de couverture intégrale en fonds propres des positions sur dérivés (dépôt de marge 100%, levier 0 – en fait : 1). Si ces produits sont hautement spéculatifs et déstabilisants, il faut donc les rendre inintéressants, or le levier est cela même qui produit par effet multiplicateur de faramineuses rentabilités des fonds propres. Si la couverture intégrale est jugée trop rigoureuse, qu’à cela ne tienne : on pourra mettre le curseur où l’on voudra, 50%, 80%, peu importe, mais en tout cas plus les dérisoires 1% ou 2% des dépôts de marge actuels.

Proposition 6. Nationalisation (européenne) des entreprises de bourse

On objectera peut-être à la proposition précédente que ce sont les chambres de compensation qui ont tout pouvoir de fixer le niveau des dépôts et des appels de marge et que ces « entreprises de marché » sont souveraines car… privées. Et c’est vrai ! Tel est bien l’un des scandales de la libéralisation financière : les places financières, c’est-à-dire l’infrastructure des marchés, ces institutions stratégiques pour la réglementation, sont sous la coupe d’entreprises privées ! Ainsi Eurex, l’entreprise qui tient les marchés organisés de dérivés en Europe est-elle issue de la fusion de Deutsche Börse AG et de Swiss Exchange, dans le but avoué de faire concurrence à une autre entreprise privée, le LIFFE de Londres. On se doute que ces « entreprises de marché » privées n’adhéreront pas spontanément à un projet qui se donne pour but explicite de rendre inintéressants les produits qu’elles cotent, et dont elles tirent leurs revenus… Il est d’une évidence impérative qu’un contrôle politique doit être récupéré sur ces « entreprises de marché » qui doivent par conséquent être nationalisées, dans le cas présent sous une forme européenne (donc sous un statut ou sous un dispositif encore à créer), afin de recouvrer toute latitude en matière de réglementation – et ici de déleviérisation – des produits dérivés. Pour celles de ces entreprises qui, telles Euronext, ont choisi de lier leur destin à leurs homologues américaines ou anglaises, il faudra briser le lien transatlantique ou transmanche, c’est-à-dire la dépendance à des zones financières qui n’ont visiblement aucune intention sérieuse de reréglementation.

Proposition 7. Déleviérisation « de marché » – les marchés OTC

Quand on a dit, comme précédemment, que le dépôt de marge constituait « la forme maximale du levier », on était en fait au dessous de la vérité. Car, par opposition aux marchés organisés, les produits dérivés s’échangent également sur des marchés dits de gré-à-gré (ou OTC, Over the Counter) qui, comme leur nom l’indique, consistent en la simple mise en relation bilatérale des contractants sans intermédiation d’une place (chambre de compensation). Pour le coup, sur l’OTC il n’y a aucun organisme médiateur qui vienne exiger une mise de fonds préalable, fût-elle aussi minime que les dépôts de marge. Il n’y a donc rien qui vienne limiter les positions que peuvent prendre les opérateurs à découvert de fonds propres. Le levier théorique y est par conséquent… infini !

Parce que ces marchés et leurs produits – on pense en particulier aux Credit Default Swaps (CDS) qui sont libres de tout financement préalable (et pour cette raison dits unfunded) et se sont spectaculairement illustrés dans la présente crise du crédit –, parce que, donc, ces marchés et ces produits sont au principe d’une accumulation invraisemblable de risques de contrepartie, il faut y mettre un terme. Dans la zone européenne réglementée, les transactions OTC seront purement et simplement interdites. Il n’est pas une transaction sur produits dérivés qui ne sera autorisée si elle ne passe par un marché organisé avec chambre de compensation, évidemment sous tutelle publique, et dans les conditions d’appel de marge conformes à la précédente proposition.

Comme d’habitude, le monde de la finance hurlera avant d’avoir mal et arguera de la « nécessité » de transactions de gré-à-gré qui offrent des couvertures de risque sur mesure alors que les produits échangés sur les marchés organisés sont standardisés pour être rendus fongibles (et ainsi proposer une meilleure liquidité). Que les couvertures soient alors imparfaites est réel, mais ne devrait pas être vu comme un problème, au contraire : dans le paysage de la nouvelle réglementation, la persistance de quelques risques mal assurés devient paradoxalement vertueuse puisqu’elle oblige les divers agents à plus de prudence. La fausse promesse par excellence était bien celle des marchés de dérivés libres et sans contrôle qui prétendent offrir des couvertures pour tout, incitant par là les agents à s’exposer sur les marchés au comptant à n’importe quel risque avec la croyance que celui-ci serait « de toute façon couvert » par l’acquisition du produit dérivé ad hoc. À voir les décapilotades successives que s’offre la finance de marché, il devrait être clair pour tout le monde que cette promesse d’« assurance universelle du risque financier » aura été une illusion de première grandeur.

Proposition 8. Désalimentation : une politique monétaire anti-spéculative

À l’étage supérieur – macroéconomique – de la nouvelle réglementation de la finance, il y a la politique monétaire. Comme on commence à en prendre conscience rétrospectivement – c’est-à-dire un peu tard – la politique monétaire de la Réserve Fédérale américaine n’aura pas été pour rien dans le gonflement des diverses bulles, et tout spécialement la dernière – Alan Greenspan, avant de tourner casaque pour un peu mieux organiser sa défense, n’a-t-il pas explicitement justifié son action passée en arguant de ce que « le risque valait d’être pris pour réaliser le rêve américain d’une société de propriétaires » ?… Moyennant quoi d’ailleurs des centaines de milliers « d’accédants à la propriété » n’auront « accédé » que le temps d’être jetés à la rue – admirable réussite, vraiment.

Si la spéculation se nourrit de flux de liquidités, dont le crédit représente une bonne part, il est clair que la politique monétaire lâche est une signalée contribution aux bulles financières. A contrario, il suffirait de relever les taux d’intérêt pour priver les marchés d’une part significative de leur carburant… mais au risque, évidemment d’étouffer l’économie réelle en même temps que l’économie spéculative ! On ne sortira pas de ce dilemme qui tient à l’existence d’un seul instrument – le taux d’intérêt – pour une multiplicité d’objectifs contradictoires – l’activité productive d’un côté, la stabilité financière de l’autre – sans… démultiplier les instruments. C’est précisément à cette fin qu’a déjà été avancée la proposition d’une politique monétaire dédoublée, munie d’un taux d’intérêt pour refinancer les banques à hauteur de leurs concours à l’économie réelle, et d’un autre taux d’intérêt pour les refinancer à hauteur de leurs concours à la sphère financière. Ainsi devient possible d’élever le taux d’intérêt « spéculatif » à des niveaux meurtriers, tout en maintenant le taux d’intérêt « productif » à des niveaux maximisant la croissance et l’emploi.

Cette huitième proposition pose à l’évidence le problème de l’indépendance de la banque centrale européenne. Si la régulation de la finance de marché est une affaire hautement politique, et si la banque centrale est un élément important du dispositif, il s’en déduit logiquement que l’action de la banque centrale doit être soumise à une forme de subordination politique autrement plus serrée que le quasi-rien – rapports divers et auditions sans importance – qui lui sert pour l’heure d’alibi. Soit la banque centrale s’exécute d’elle-même et entre pleinement dans le plan d’arraisonnement de la finance, soit il y aura matière à voir là une raison supplémentaire de revenir sur son indépendance.

À statut invariant – invariance qui n’a rien d’un objectif en soi –, notons toutefois que la banque centrale pourrait d’elle-même trouver quelques raisons d’adopter ce dispositif de politique monétaire dédoublée. C’est qu’en effet elle est la toute première victime de la prise d’otage où la jette immédiatement le risque systémique ! Il y a donc dans la logique institutionnelle même de la banque centrale quelque chose qui devrait résister à l’asservissement par la finance privée, puisqu’on ne peut pas qualifier autrement cette sommation impérative de lui venir à la rescousse sauf à provoquer d’immenses dégâts. Si la banque centrale prend au sérieux la mission de la stabilité financière, elle devrait être intéressée au premier chef par le dispositif de la politique monétaire dédoublée qui la sort de son dilemme instrumental autrement insoluble.

Proposition 9. Déconnexion : encadrer les rapports entre la zone européenne financière et les zones non régulées

En application des principes 3 et 4 ci-dessus, il est évident que la parfaite liberté de circulation des capitaux entre la Zone Européenne Financière (ZEF), régulée par définition, et les Zones Non Régulées (ZNR) est immédiatement caduque. Sur quelles bases cependant rétablir de possibles rapports entre ZEF et ZNR ?

Une première solution simple et économe plaiderait pour une base de… non-rapport ! Ceci n’est d’ailleurs que la traduction du principe 4 réaffirmant – en fait constatant – l’autosuffisance de la ZEF. La ZEF n’a aucun besoin d’être inondée de capitaux extérieurs, elle en recèle suffisamment elle-même, ni encore moins que des institutions financières privées aillent chercher l’aventure au dehors, sauf à importer les aberrations de marchés qui resteront le propre des ZNR. En d’autres termes, l’Europe est une zone de chalandise financière suffisamment profonde et diversifiée pour satisfaire les ambitions de la finance privée, telles que le présent schéma les rend raisonnables, c’est-à-dire sensiblement revues à la baisse. La finance privée européenne doit en effet oublier les profits mirobolants des bulles et apprendre à se satisfaire de moins : 50% de rendement des capitaux propres pour la banque de marché, quand la banque de détail n’en dégage « que » 25%, les entreprises du CAC40 entre 15% et 20%, et que les taux d’intérêt qui donnent normalement une mesure de la rémunération du capital sont à 4%, c’est fini ! Il est important d’avoir ces chiffres en tête pour être bien convaincu que les glapissements que la finance privée ne manquera pas de pousser sont moins le fait d’une épouvantable injustice qui lui serait faite que de la fermeture d’un exorbitant et injustifiable privilège de profitabilité. Retour à la normale donc.

On peut toutefois, si on le veut vraiment, songer à des formes de relations financières entre ZEF et ZNR, mais en sachant bien de quoi il y va : la ZEF a pour finalité d’éviter que ne se recréent les dynamiques de marché aberrantes et les formations de risques globaux qui demeureront le lot des ZNR. Si c’est pour que le régime des relations ZEF-ZNR annule tous les effets de la re-réglementation interne à la ZEF, ce n’est pas la peine d’y penser. Il est donc évident que ces relations devront être strictement encadrées et soumises à condition.

Les flux sortants (dans le sens ZEF-ZNR donc) seront contingentés puisqu’il n’est pas question que la finance privée européenne aille contracter aux Etats-Unis les risques qui lui sont interdits – évités – dans la ZEF. Seule une part très minoritaire – 10% ? – de l’accroissement de ses encours risqués (crédits et positions de marché) pourra être engagée en ZNR et parmi eux une fraction obligatoirement en actifs sans risque – les titres de la dette souveraine etatsunienne… pour l’instant.

Les flux entrants (dans le sens ZNR-ZEF) ne seront admis que si les institutions d’où ils sont originaires sont elles-mêmes soumises de fait aux normes européennes, et tout particulièrement au ratio de (dé-)leviérisation tel qu’il pourra être calculé par l’autorité publique européenne de régulation financière à l’aide des données communiquées par le Comité de Bâle et en application des propositions 3 et 4 ci-dessus. En d’autres termes, seuls les acteurs hors-ZEF garantissant par leurs comportements un risque de contrepartie modéré seront admis dans l’espace financier européen. Un contingentement des flux entrants fera vraisemblablement partie du dispositif pour éviter que la restriction de l’alimentation en liquidités de la ZEF du fait de la nouvelle politique monétaire ne soit tournée par des afflux de capitaux en provenance d’une ZNR où la politique monétaire demeure trop accommodante pour la finance.

Il faudrait être spécialement peu perspicace, ou bien malintentionné, pour ne pas voir que ce schéma n’a rien d’un plan achevé. Il n’est pas complet – bon nombre d’autres propositions pourraient lui être ajoutées –, et il reste à travailler sa mise en œuvre détaillée. Mais la matrice est là.

On entend d’ici les cris d’orfraie… Il ne devrait pas y avoir lieu de leur accorder trop d’attention. On le regretterait rétrospectivement tant ceux qui les poussent n’ont pas compris la portée de l’événement et sont simplement en retard sur l’histoire : car cette crise financière est d’une ampleur qui doit produire un changement dans la façon de penser l’organisation internationale de la finance. Les défenseurs de l’ordre ancien n’ont donc pas saisi que celui-ci a failli et qu’il faut en faire surgir un autre. Dans les années trente, ils auraient hurlé au Glass Steagal Act qui a séparé les banques commerciales et les banques d’investissement – une autre excellente idée qu’on pourrait inclure ci-dessus. En fait ils ne pensent jamais que selon l’époque, et sont incapables du moindre effort projectif. De l’époque ils épousent toutes les évidences et tous les impensés. Jusqu’à ce qu’une autre époque détruise les anciennes évidences et en installe d’autres. À ce moment, ils jugent les anciennes évidemment dépassées et les nouvelles évidemment indépassables. On ne va donc pas s’étonner qu’ils se cabrent et poussent de hauts cris puisque le schéma présent leur propose exactement ce que leur esprit est incapable de métaboliser. Et on ne va pas non plus perdre une minute à attendre ni leur bon vouloir ni leur conversion mentale. Car il y a urgence, et eux sont des retardataires.

 
http://blog.mondediplo.net/2008-04-...

http://www.legrandsoir.info/article6564.html
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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 02:55

France 25 janvier 2008
Les 316 « décisions » de la Commission Attali :
Les salariés vont encore payer.

Jean-Jacques CHAVIGNE


Jeudi 24 janvier 2008.


Les 316 « décisions » de la Commission Attali : le pot-pourri du libéralisme.


La Commission « Pour la libération de la croissance française » mise en place par Nicolas Sarkozy, présidée par Jacques Attali ancien conseiller de François Mitterrand et nouveau transfuge socialiste a rendu sa copie, un pavé de 334 pages.


Censée être « composée de 43 personnalités de différentes sensibilités », cette commission représentait surtout (à de très rares exceptions près) les différentes sensibilités libérales. Elle ne compte pas moins de 17 PDG ou anciens PDG (AXXA, Nestlé, Crédit Agricole SA, Essilor, Volvo, Areva, Orange, Cetelem...). Des ultralibéraux comme les anciens commissaires européens Mario Monti et Ana Palacio, les journalistes Eric Le Boucher du Monde et Yves de Kerdrel du Figaro ou Michel de Virville, maintenant DRH de Renault. Jean Kaspar, présenté comme ancien secrétaire général de la CFDT, est le seul qui ait ou ait eu des liens avec le mouvement syndical, même s’il « gère depuis dix ans son propre cabinet de conseil ». (...)

La dérèglementation tous azimuts des professions juridiques (avoués, notaires….) ne doit pas faire illusion, elle n’a qu’un objectif : permettre la concentration du capital dans ce secteur. Aucune proposition (sur 316) n’est faite pour diminuer la précarité du travail ou améliorer le pouvoir d’achat des salariés.


Nicolas Sarkozy d’accord avec l’essentiel

Nicolas Sarkozy a aussitôt déclaré : « Si certains sont été effrayés par le contenu de vos propositions, moi je les trouve plutôt raisonnables dans l’essentiel ». Le contraire eût étonné tant ces propositions reprennent tous les poncifs, toutes les idées reçues du sarkozysme à l’exception de la recommandation de ne pas respecter le « principe de précaution » et la suppression progressive des départements avec lesquelles le président de la République a pris ses distances. Il s’est donné bien garde, par contre, de commenter l’idée que 250 000 nouveaux immigrés par an pourraient donner à notre pays 0,5 % de croissance en plus.

Abaisser le « coût du travail ». Déréglementer. Retirer le maximum de protection aux salariés. C’est le modèle anglais-saxons. Une catastrophe pour les salariés anglais ou américain. Le paradis pour le patronat des deux pays. C’est la direction que nous indique Attali dans un geste de ciment armé. Car la commission Attali ne propose pas, elle décide ! Cet aréopage de libéraux, de technocrates et de quelques autres n’a que faire du suffrage universel : elle décide et veut nous imposer ses 316 « décisions ». (....)

Beaucoup de commentateurs de ce rapport se sont contentés des 20 propositions phares mises en avant par la Commission. Il n’était pourtant pas intéressant de lire l’intégralité du rapport. (...)



- Lire l’ article www.democratie-socialisme.org



Plus longtemps, plus flexible, moins cher ... effet boomerang ? par Michel Husson.


Accord sur le contrat de travail avec le MEDEF : ce que des organisations syndicales de salariés ont osé signer, par Richard Abauzit.



Le mouvement social d’automne 2007 : l’histoire d’une opposition entre la base et la tête, entre les travailleurs, la jeunesse et les appareils syndicaux et politiques, par Laure Jinquot.



http://www.legrandsoir.info/article5972.html




France
 

Jacques Attali, magicien. Ségolène Royal le salue.

Serge HALIMI

 

 

[Quoi qu’il en soit, embarrassant certains de ses amis politiques, Mme Royal a apporté sa caution au rapport Attali, estimant que les membres de la commission constituaient « une équipe d’une grande intelligence » (ce qui est assez probable) et « d’une grande diversité » (ce qui est rigoureusement faux). « Donc c’est cadeau, a conclu l’ancienne candidate de gauche à l’élection présidentielle, C’est sur la table, c’est pour aider la France. »]


 


Le Monde Diplomatique, vendredi 25 janvier 2008.


« Tout ce que vous proposerez, je le ferai », avait promis M. Nicolas Sarkozy au moment de confier à M. Jacques Attali la responsabilité d’un rapport destiné à « libérer la croissance française ». Le président de la République a-t-il une fois de plus pris la mesure de son impulsivité — et de son imprudence ? En tout cas, deux des principales recommandations de la commission Attali — la suppression du département et l’abandon du « principe de précaution » dans le domaine de l’environnement — ont d’ores et déjà été remisées aux oubliettes par le chef de l’Etat. Il en reste trois cent quatorze [1]Dont deux au moins qui représentent des monuments de cautèle politique et sociale : la possibilité « [offerte] à chacun de retarder, s’il le désire, son départ à la retraite », la faculté pour les parents « de choisir librement le lieu de scolarisation de leurs enfants ». « S’il le désire », « librement » : comment s’opposer à tant de libéralité ?

D’emblée, plusieurs éléments frappent dans ce rapport. D’abord ses quarante-deux auteurs [2] . Presque tous étant des libéraux, il n’est pas très étonnant qu’ils aient enfanté un diagnostic… libéral de l’état de l’économie française. « Le rapport suscite la polémique, tant il veut aller loin dans la déréglementation », admet d’ailleurs Le Figaro (24 janvier), a priori peu hostile à ce genre d’orientation [3] . Le fait que M. Jacques Attali, présumé de gauche parce qu’il a été l’un des principaux conseillers de François Mitterrand à l’Elysée, dirige cette commission, participe néanmoins à l’effet de brouillage politique dont M. Sarkozy est friand : rien de tel que de placer des socialistes à la tête de commissions ou même dans le gouvernement pour faire passer des orientations qui, elles, ne le sont pas du tout. Il y a près de quinze ans, le premier ministre d’alors Edouard Balladur — le mentor politique de M. Sarkozy — avait lui aussi confié à un intellectuel médiatique présumé de gauche, M. Alain Minc, la charge de réfléchir, avec une équipe prétendument pluraliste, à « la France de l’an 2000 ». La commission comprenait trois futurs ministres de M. Jean-Pierre Raffarin [4], ainsi que M. Raymond Soubie, l’actuel conseiller social à l’Elysée du président Sarkozy (voir, dans notre sélection d’archives, « Dans les coulisses de la “réforme” »).

En 2003, alors qu’il était ministre de l’économie et des finances, M. Sarkozy lui-même chargea M. Michel Camdessus de réfléchir une fois de plus à la croissance jugée insuffisante de l’économie française. Et, là encore, selon le principe inusable du pâté d’alouette, un quarteron de personnalités de gauche servit de caution pluraliste à un rapport destiné à promouvoir un peu plus dans les médias — et à faire avancer dans l’opinion — des thématiques de droite. Pour en mesurer les conséquences, il suffit de rappeler que l’idée principale qui se dégagea du rapport Camdessus fut celle… du « travailler plus pour gagner plus » [5] .

Mme Ségolène Royal ne semble pas avoir pris la mesure du danger. Ou alors, elle ne s’en soucie plus : n’a-t-elle pas déjà pris l’habitude de ce genre d’audace en faisant appel à Bernard-Henri Lévy lors de sa campagne électorale du printemps dernier ? Quoi qu’il en soit, embarrassant certains de ses amis politiques, Mme Royal a apporté sa caution au rapport Attali, estimant que les membres de la commission constituaient « une équipe d’une grande intelligence » (ce qui est assez probable) et « d’une grande diversité » (ce qui est rigoureusement faux). « Donc c’est cadeau, a conclu l’ancienne candidate de gauche à l’élection présidentielle, C’est sur la table, c’est pour aider la France. »

Ce genre de grandiloquence ne doit pas déplaire à M. Attali, dont l’immodestie est proverbiale. Se comparant à l’économiste libéral Turgot lorsque, en 1774, ce dernier alerta un roi de France, Louis XVI en l’occurrence, contre l’orage qui approchait, l’ancien conseiller de M. Mitterrand a cité ce propos : « Je serai seul à combattre contre les abus de tout genre, contre la foule des préjugés qui s’opposent à toute réforme et qui sont un moyen si puissant dans les mains des gens intéressés à éterniser le désordre. (...) Je serai craint, haï même, de la plus grande partie de la cour, de tous ceux qui sollicitent des grâces. » Rien de tel, quand on avance les idées qui sont « dans l’air du temps », que de se présenter comme prêt à toutes les audaces, à tous les sacrifices. Cela permet aussi de suggérer que tout recul des responsables politiques, toute réserve, toute prudence les exposerait au jugement cruel de la postérité. « C’est au président et au gouvernement de décider ce qu’ils veulent faire du rapport, a indiqué par exemple M. Attali. Ils porteront aux yeux de l’Histoire la responsabilité d’avoir saisi ou laissé passer cette chance unique de réformer [6]. » Mais, dans l’histoire, on le sait, ce ne fut pas Turgot qui monta sur la guillotine…

C’est en quelque sorte pour préserver M. Sarkozy de ce genre de destin que Jacques Attali, qui n’a d’autre légitimité démocratique que la faveur du prince, propose son paquet-cadeau au moment où la croissance occidentale ralentit et où les « marchés » se montrent très agités. Car la solution à tous nos maux existerait déjà : « Si l’ensemble de ces réformes est mis en œuvre, a promis M. Attali, le taux de croissance pourrait être supérieur d’au moins un point à l’année 2008, le taux de chômage pourrait être ramené à 5%, deux millions d’emplois pourraient être créés, le chômage des jeunes pourrait être divisé par trois, le nombre de Français sous le seuil de pauvreté pourrait être amené à trois millions, nous avons calculé que l’espérance de vie entre les plus favorisés et les plus défavorisés pourrait être réduite d’un an [sic], que plus de dix mille entreprises pourraient être créées dans les banlieues, que la dette publique serait réduite à 55% et que la fréquentation touristique pourrait dépasser les 90 millions. » En somme, le bonheur.

A crise de marché, remèdes de marché. La recette a beau avoir été éprouvée — et infirmée — cent fois, il y a toujours, comme au temps de Molière, des apothicaires pour la proposer. Disciple de Friedrich Hayek, de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan, l’ancien ministre Alain Madelin a apprécié en expert l’opération de communication de M. Sarkozy : « Confier la présidence de cette commission à Jacques Attali était habile, car cela permettait de faire endosser par une personnalité affichée socialiste, étroitement liée à la politique de François Mitterrand, des réponses nécessairement d’inspiration libérale [7]. »


Serge Halimi

http://www.legrandsoir.info/article5976.html


[1] Le rapport peut être consulté à cette adresse (pdf) : www.liberationdelacroissance.


[
2] M. Philippe Aghion, professeur d’économie à l’université Harvard (Etats-Unis), membre du Conseil d’ analyse économique ; M. Franco Bassanini, ancien ministre du Gouvernement de la République d’Italie ; M. Claude Bébéar, président de l’Institut Montaigne ; M. Jihad Belamri, président-directeur général de BEE (une PME d’études et d’ingénierie industrielles) ; M. Christian de Boissieu, professeur d’économie, président délégué du Conseil d’analyse économique, membre du Conseil d’orientation pour l’emploi ; M. Stéphane Boujnah, managing director de la Deutsche Bank ; M. Peter Brabeck-Letmathe, président-directeur général de Nestlé SA ; M. Boris Cyrulnik, médecin, neurologue et psychiatre ; M. René Carron, président de Crédit agricole SA ; M. Jean-Philippe Cotis, économiste en chef de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ; M. Jean-Michel Darrois, avocat ; Mme Michèle Debonneuil, nommée dans des fonctions d’inspecteur général des finances, membre du Conseil d’analyse économique, membre du Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale ; M. Jacques Delpla, économiste, membre du Conseil d’analyse économique ; M. Pierre Ferracci, président du groupe ALPHA ; M. Xavier Fontanet, ingénieur civil des ponts et chaussées, président-directeur général d’Essilor International ; Mme Evelyne Gebhardt, représentante au Parlement européen (groupe socialiste, Allemagne) ; M. Pehr G. Gyllenhammar, président de Kinnevik, président de la Banque maritime suédoise, ancien Président de Volvo ; Mme Marion Guillou, ingénieur général du génie rural, des eaux et des forêts, présidente-directrice générale de l’Institut national de recherche agronomique (INRA) ; Mme Nathalie Hanet, secrétaire générale du COORACE, Fédération des comités et organismes d’aide aux chômeurs par l’emploi ; M. Jean Kaspar, consultant, ancien secrétaire général de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) ; M. Yves de Kerdrel, journaliste au Figaro ; M. Eric Labaye, directeur général associé de McKinsey au bureau de Paris ; M. Jean-Pierre Landau, inspecteur général des finances, sous-gouverneur de la Banque de France ; Mme Anne Lauvergeon, présidente du directoire d’Areva ; M. Bruno Lasserre, conseiller d’Etat, président du Conseil de la concurrence ; M. Eric Le Boucher, journaliste au Monde ; M. Hervé Le Bras, démographe, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales ; Mme Reine-Claude Mader Saussaye, présidente de la Confédération de la consommation, du logement et du cadre de vie, membre du Conseil de la concurrence ; M. Mario Monti, président de l’université Bocconi de Milan (Italie), ancien commissaire européen ; M. Pierre Nanterme, président d’Accenture ; M. Erik Orsenna, écrivain, membre de l’Académie française, conseiller d’Etat ; Mme Ana de Palacio Vallelersundi, avocate, professeur d’université, première vice-présidente et conseillère juridique de la Banque mondiale, ancienne ministre du Gouvernement du Royaume d’Espagne ; M. Geoffroy Roux de Bézieux, président-directeur général de Virgin Mobile France, président de CroissancePlus ; Mme Dominique Senequier, présidente du directoire d’AXA Private Equity ; M. Pierre Sébastien Thill, président du directoire CMS Bureau Francis Lefebvre ; M. Philippe Tillous-Borde, président de Saipol et de Diester Industrie ; M. Jean-Noël Tronc, directeur général et membre du comité exécutif d’Orange France ; M. François Villeroy de Galhau, inspecteur général des finances, président-directeur général de CETELEM ; M. Michel de Virville, conseiller maître à la Cour des comptes, secrétaire général et responsable de la performance des fonctions support du groupe Renault ; M. Serge Weinberg, président du conseil d’administration et président du conseil stratégique d’Accor ; Mme Dinah Weissmann, présidente-directrice générale de Biocortech ; M. Theodore Zeldin, écrivain, sociologue, historien, doyen du Saint Anthony’s College d’Oxford (Grande-Bretagne).

[3] « Il ne s’agit pas de déréglementation, a répliqué M. Attali. Il s’agit de créer les conditions à une concurrence plus vaste, plus facile au bénéfice de l’emploi et des travailleurs, au bénéfice des consommateurs mais en même temps à une protection plus grande, à un équilibre meilleur. »

[4] MM. Jean-Paul Delevoye, Luc Ferry et Francis Mer. Les autres membres de la commission étaient : M. Dominique Balmary, M. Claude Bébéar, M. Jean-Louis Beffa, M. Jean Boissonnat, M. Michel Bon, Mme Isabelle Bouillot, M. Paul Champsaur, M. Michel Debatisse, M. Bernard Esambert, M. Jean-Paul Fitoussi, M. Jean-Baptiste de Foucauld, M. Bertrand Fragonard, M. Jacques Freyssinet, M. François Grappotte, M. Pierre Guillen, M. Jean-Pierre Landau, M. Bertrand Landrieu, M. René Lenoir, M. Yves Lichtenberger, M. Bertrand Lobry, M. Gérard Maarek, M. Edgar Morin, M. Christian Noyer, M. Michel Pébereau, M. Laurent Perpère, M. René Rémond, M. Pierre Rosanvallon, Mme Rolande Ruellan, M. Louis Schweitzer, M. Raymond Soubie, M. Michel Taly, M. Alain Touraine.

[5] L’objectif de la commission Camdessus — « libérer et mettre au travail toutes les forces vives de notre pays » pour combler le retard de croissance de la France — était précisé ainsi : « L’essentiel des différences avec les performances de nos partenaires s’explique par la moindre quantité du travail que nous mobilisons (…). Si un salarié français produit 5 % de plus par heure travaillée qu’un Américain, il produira 13 % de moins par an et 36 % de moins sur l’ensemble de sa vie active. (…) A titre illustratif, si nous possédions un taux d’emploi et une durée du travail équivalente à celle du Royaume-Uni, notre PIB serait à terme de 10 ans de l’ordre de 20 % supérieur, et donc de 1 3/4 % plus élevé en moyenne par an, mettant à notre portée l’objectif de 3 %. »

[6] Le Monde, 24 janvier 2008.

[7] Alain Madelin, [« Si même Attali le dit… », Le Figaro, 24 janvier 2008.


Attaques en règle de Sarkozy, Traité Européen : les imposteurs de la rue de Solferino, par Denis Collin.



Les 316 « décisions » de la Commission Attali : les salariés vont encore payer, par Jean-Jacques Chavigné.


Accord sur le contrat de travail avec le MEDEF : ce que des organisations syndicales de salariés ont osé signer, par Richard Abauzit.

http://www.legrandsoir.info/article5976.html

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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 02:52



France 5 février 2008
Le déclin du capitalisme français
et la lutte pour le socialisme


LA RIPOSTE

1er février 2008.


Le texte suivant est le document de perspectives qui sera discuté et amendé par les militants de La Riposte, à l’occasion de leur congrès national, les 1er et 2 mars 2008.


- Extrait du document :



L’intensification de la division internationale du travail est telle que la pression du marché mondial a une influence prépondérante – et, en dernière analyse, décisive – sur l’évolution interne de tous les pays, ainsi que sur les relations qui s’établissent entre eux à l’échelle mondiale. La position réelle du capitalisme français et les perspectives qui en découlent ne peuvent être déterminées qu’en tenant compte du contexte international. Ici, nous nous bornerons à souligner les aspects du contexte mondial qui influent le plus directement sur les perspectives pour la France.

La croissance économique relativement soutenue qu’ont connue les Etats-Unis, ces dernières années, s’est essoufflée. Cette croissance était qualitativement différente de la période des « trente glorieuses ». Elle s’est réalisée sur la base d’une intensification du taux d’exploitation des travailleurs, au détriment des conditions de vie de la vaste majorité de la population. Entre 1998 et 2007, la productivité des travailleurs américains a augmenté de plus de 30%. La demande intérieure n’a été maintenue que par l’endettement massif des ménages, notamment par le biais d’emprunts à taux variable, dont les subprimes. La spirale haussière des valeurs immobilières a massivement alourdi cet endettement. Mais comme nous l’avions expliqué à l’époque, il était inévitable que cette bulle spéculative éclate. Avec la saturation du marché de l’immobilier, qui est intervenue en 2007, un million de familles américaines surendettées ont été éjectées de leurs foyers. (...)

L’entrée sur le marché mondial de la Chine, de la Russie, de l’Inde et d’autres pays « émergents » a considérablement augmenté le volume des échanges internationaux, stimulant la production à l’échelle mondiale. La Chine est un marché immense qui a permis aux puissances occidentales d’écouler une part non négligeable de leur production. De plus, les conditions de travail des salariés chinois offrent aux grandes puissances une source de main d’œuvre extrêmement rentable. Cependant, en retour, la Chine inonde le marché mondial de produits à bas prix. Pour l’année 2007, le déficit commercial de l’Europe avec la Chine avoisinait les 160 milliards. En même temps, les investissements directs à l’étranger réalisés par la Chine lui assurent une implantation de plus en plus forte sur tous les continents du monde – au détriment, notamment, des Etats-Unis et des principales puissances européennes.

De vives tensions existent entre les Etats-Unis, les puissances européennes et la Chine sur la question des taux de change. La baisse du dollar par rapport à l’euro a un impact négatif sur les économies européennes. La pénétration du marché européen par les marchandises chinoises ne cesse de progresser, renforcée par la dépréciation du yuan par rapport à l’euro. Le déficit commercial de l’Europe avec la Chine s’élève désormais à 170 milliards d’euros. Cette somme est encore plus importante que le déficit des Etats-Unis avec la Chine. (...)

Le ralentissement de l’économie américaine et la faible croissance de la zone euro tendent à restreindre leur capacité d’absorption des marchandises chinoises. En conséquence, la Chine se dirige vers une crise de surproduction, exactement comme ce fut le cas du Japon, par le passé.

Dans les pays européens, la croissance du PIB – relativement faible dans la plupart des cas – a été acquise au détriment de la majorité de la population. Pour sauvegarder leurs profits, les capitalistes doivent obligatoirement réduire la part des richesses restituée, sous une forme ou sous une autre, aux travailleurs qui les ont créées. A travers le continent, la classe capitaliste mène une offensive implacable contre les services publics, les conditions de travail, les droits des salariés, des chômeurs, des retraités et des jeunes, créant au passage une masse sans cesse grandissante de pauvres. En France, par exemple, près de 7 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. Sous la pression des Etats-Unis, de la Chine, la Russie et de l’Inde, le capitalisme européen n’a d’autre issue que d’imposer une régression sociale permanente.

La place qu’occupe l’Union européenne dans l’économie mondiale se rétrécie, ce qui ne peut qu’attiser les tensions entre ses pays membres. Ils s’affrontent à la fois sur le marché européen et sur le marché mondial. Les capitalistes de chaque pays s’efforcent de défendre leurs profits au détriment des autres. Ces antagonismes deviendront encore plus violents dans le cas d’une récession économique. (...)

Le recul du capitalisme français ne se limite pas au seul continent européen. A l’échelle mondiale, sur les plans économique, diplomatique et militaire, sa position s’affaiblit. Le conflit franco-américain au sujet de l’invasion de l’Irak en était une illustration flagrante. L’opposition de l’impérialisme français à la guerre en Irak s’explique notamment par les accords signés avec la dictature de Saddam Hussein, dans l’hypothèse d’une levée de l’embargo. Ces accords prévoyaient que la France aurait un accès prioritaire aux réserves pétrolières irakiennes. Incapable de faire valoir ses prétentions sur l’attribution des réserves pétrolières et le partage du butin de guerre en général, l’impérialisme français savait que l’invasion profiterait exclusivement aux capitalistes américains, et assènerait au passage un coup fatal à ses propres intérêts économiques dans la région. Et en effet, l’intervention américaine en Irak a réduit à néant, ou presque, le peu d’influence qui restait à l’impérialisme français au Moyen-Orient.

Les dépenses militaires de la France ne représentent que 5% du budget militaire des Etats-Unis. La France a participé à la première guerre irakienne, en 1991, ainsi qu’à la guerre en ex-Yougoslavie, en 1999. Ces interventions ont largement démontré les limites des forces militaires françaises. En Afghanistan, où l’impérialisme français s’enlise, aux côtés des Etats-Unis et la Grande-Bretagne, dans une guerre que la coalition ne peut pas gagner, son apport militaire n’a qu’un caractère anecdotique par rapport au puissant dispositif américain. (...)

Les statistiques relatives à l’économie française donnent la mesure de ce déclin. La balance commerciale s’est dégradée de façon spectaculaire au cours de la dernière décennie. D’un excédent de 23,8 milliards d’euros en 1997, la balance import-export s’est dégradée jusqu’à l’équilibre, plus ou moins, entre 2000 et 2003, avant de s’effondrer brutalement, passant de -4,78 milliards en 2004 à -22,9 milliards en 2005, puis -29,2 en 2006. Pour 2007, les dernières estimations prévoient un déficit commercial avoisinant les 40 milliards d’euros ! (...)

Les perspectives économiques du capitalisme français sont donc très sombres. Il recule dans la zone euro et sur marché mondial. Le solde de ses échanges commerciaux s’effondre. L’investissement stagne. Le taux de croissance est très faible. A plus ou moins court terme, une récession de l’économie américaine interviendra, provoquant une crise de surproduction internationale – surtout en Chine – dont les répercussions seront particulièrement sévères en France, compte tenu des graves déséquilibres de son économie. Après avoir longuement disserté sur la « mondialisation », certains « économistes » mercenaires du capitalisme nous expliquent à présent que l’Europe et la France ne seront pas nécessairement touchées par une récession américaine. C’est complètement faux. Si les Etats-Unis entrent en récession, toutes les économies européennes en subiront les conséquences. Il y a de fortes chances pour qu’une grave récession de l’économie américaine entraîne une baisse absolue de la production en France, en Italie et même en Allemagne. (...)

Cependant, même sur cette voie, le capitalisme ne résoudra pas ses contradictions. La régression sociale chez ses concurrents annulera les avantages compétitifs recherchés. Le résultat sera une contraction de la demande en France et chez ses concurrents, ce qui nécessitera de nouveaux sacrifices de la part des travailleurs. L’argument des capitalistes, selon lequel les sacrifices « consentis » aujourd’hui seront récompensés demain, est faux. Beaucoup de travailleurs imaginent que la crise actuelle est passagère, et que, d’une façon ou d’une autre, la croissance reviendra, et avec elle une augmentation du niveau de vie. Ils espèrent qu’il suffira de quelques ajustements douloureux mais salutaires pour « mettre de l’ordre » et remettre l’économie sur la bonne voie. En l’absence d’une alternative crédible de la part des partis de gauche, ce sentiment explique l’engouement initial d’une fraction significative des travailleurs vis-à-vis de Sarkozy.

Mais Sarkozy ne résoudra rien. Le déclin du capitalisme français est irréversible. Et la tentative de défendre, malgré ce déclin, les profits et les privilèges de la classe capitaliste, ne peut qu’attiser la lutte des classes. Cela finira par rompre l’équilibre social interne qui repose, en définitive, sur la relative passivité de la masse de la population. L’instabilité sociale et politique et les crises révolutionnaires à répétition qui se produisent en Amérique latine gagneront progressivement la France et l’ensemble de l’Europe. Telles sont les prémisses économiques et sociales de la prochaine révolution française. (...)

La presse et l’industrie audio-visuelle ont organisé une vaste manipulation de l’opinion publique, tout d’abord pour installer Ségolène Royal à la tête du PS, puis ensuite pour présenter Sarkozy comme l’incarnation de la « rupture ». Mais la victoire de Sarkozy et de l’UMP s’explique avant tout par la faillite politique de la direction du Parti Socialiste. Royal soulignait son « accord sur l’essentiel » avec Bayrou, dont la politique, à son tour, ne se distingue de celle de Sarkozy que sur quelques détails. Cette dérive droitière flagrante a repoussé beaucoup de travailleurs, dont une partie est tombée dans les filets de Sarkozy. (...)

Sarkozy a délibérément créé des attentes exactement contraires à ses véritables objectifs. Il a fait appel à des aspirations allant directement à l’encontre des intérêts de la classe qu’il représente. Avec Sarkozy, « tout devenait possible ». Le pouvoir d’achat allait augmenter, le minimum vieillesse allait faire un bond de 25%, le chômage serait réduit de moitié en cinq ans. Il serait le président des opprimés, des humiliés, des chômeurs et des « sans-grade ». Les discours de Sarkozy étaient parsemés de références aux grandes figures de l’histoire du mouvement ouvrier (Jaurès, Moquet, Gramsci, etc.). Il a flatté « la France qui se lève tôt ». Il s’est posé en défenseur des travailleurs, allant jusqu’à dénoncer l’avarice du patronat et des spéculateurs. Au grand désarroi des dirigeants « ministrables » de l’UMP, il a annoncé son intention d’accorder une large place, dans le futur gouvernement, aux représentants de la gauche. Ainsi, pendant que le PS se déplaçait vers la droite, les engagements et la tonalité de la campagne de Sarkozy allaient dans le sens inverse, vers la « rupture ».

Ce phénomène n’est pas le fruit du hasard. Il ne tient pas non plus, en premier lieu, à la personnalité de Sarkozy, même s’il faut reconnaître que l’ambition sans bornes, la soif de pouvoir et l’hypocrisie flagrante de cet individu l’ont aidé à opérer ce virage. La politique dite d’« ouverture » s’explique par l’opposition massive soulevée par la politique de Raffarin et de Villepin, surtout contre le CPE.

L’ampleur du mouvement avait profondément ébranlé la droite. La classe capitaliste sentait le sol se dérober sous ses pieds. Les stratèges les plus sérieux du capitalisme ont compris qu’il n’était plus possible plus gouverner comme avant. Il fallait chercher des nouveaux points d’appuis dans la société. Le capitalisme ne peut pas se maintenir uniquement, ni même principalement, par la contrainte. Il a besoin d’une base sociale, de relais d’influence et de confiance dans la société. Par le passé, le capitalisme français trouvait cette base dans la paysannerie et la petite bourgeoisie urbaine. Mais aujourd’hui, la paysannerie a pratiquement disparu. Le poids écrasant du salariat, dans la société, est tel que la stabilité de l’ordre capitaliste dépend essentiellement du consentement passif des travailleurs, de leur inertie, de l’espoir qu’ils nourrissent dans une possible amélioration de leur condition. (...)

La nouvelle orientation de la droite est un développement d’une grande importance symptomatique. C’est une indication – parmi bien d’autres – du fait que la France est entrée dans une période de grande instabilité sociale et politique, marquée par des changements brusques et imprévus. La classe capitaliste cautionne l’« ouverture » et les autres facettes peu conventionnelles du « sarkozisme » dans l’espoir de prévenir une explosion sociale. Ceci pourrait bien fonctionner pendant quelques mois. Au demeurant, en cherchant une nouvelle orientation, au point d’adopter une posture en opposition radicale à ses intérêts réels, la droite encourt de graves dangers. Comme le disait Alexis de Tocqueville, « le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui où il commence à se réformer. » Pris au piège de sa propre démagogie, contraint désormais à un double langage flagrant – au point parfois de le rendre quelque peu ridicule – Sarkozy est en train de créer d’immenses difficultés pour lui-même et la classe qu’il représente. Un jour, le gouvernement menace les pêcheurs de sanctions pénales implacables en cas de violation des quotas. Deux semaines plus tard, Sarkozy se déclare favorable à la « remise à plat » des mêmes quotas. Devant des dizaines de micros et de caméras, Sarkozy se déclare favorable à la suppression des 35 heures. Dès le lendemain, il prétend n’avoir rien dit de la sorte. Sarkozy double son propre salaire, et dit que les caisses de l’Etat sont vides. Il prône les heures supplémentaires pour les travailleurs qui veulent gagner plus, mais ne paie pas les heures supplémentaires déjà travaillées dans les hôpitaux et ailleurs. Les flottements, l’instabilité, la nervosité au sommet de la société risquent fort de la remuer jusque dans ses profondeurs.

Au-delà des traits personnels de Sarkozy, le rapport qui s’est établi entre lui, le gouvernement et le parlement s’explique par l’impasse dans laquelle se trouve le système capitaliste, qui signifie nécessairement une crise du régime parlementaire. La démocratie bourgeoise est un régime sous lequel chacun est libre de dire et d’écrire ce qu’il pense, mais où toutes les décisions importantes sont prises par les capitalistes les plus puissants. Sa stabilité dépend de la capacité de la classe capitaliste à faire des concessions, aussi mineures soient-elles, aux travailleurs. (...)

Sarkozy se met en première ligne sur toutes les questions. Il n’hésite pas à contredire et humilier ses ministres. Ceci n’est pas sans danger du point de vue des capitalistes. Ce n’est pas pour rien que les chefs d’Etat, en général, préfèrent ne pas se mêler directement et ostensiblement des affaires du gouvernement. En France, le président est supposé être un recours possible, « en dehors du gouvernement », pour désamorcer une crise, comme ce fut le cas avec Chirac lors du mouvement contre le CPE. En cas de besoin, il peut remanier le gouvernement, comme s’il n’était pour rien dans la politique de ce dernier. En se mettant en première ligne, Sarkozy limite considérablement la possibilité et l’efficacité de cette manœuvre, en cas de crise sociale majeure.

Ce n’est pas pour rien, non plus, que les chefs d’Etat, en France comme ailleurs, cultivent une certaine réserve, pour ne pas dire un mystère, par rapport à leur vie personnelle, leurs loisirs et autres escapades. L’image « honorable » du président, les palais majestueux et imposants, le luxe de leurs décors, les cérémonies et le symbolisme qui émaillent la « vie de l’Etat » contribuent au prestige de ce dernier, à son pouvoir de fascination et d’intimidation. Sarkozy, à l’inverse, se comporte comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Grisé, intoxiqué même, par son ascension au sommet de l’Etat, il brise tous les tabous. Son allure de « nouveau riche », l’étalage sans vergogne de ses « amis » milliardaires, ses flatteries et courbettes devant les dictateurs et despotes du monde, la sollicitation des paparazzi pour le mettre en scène dans la presse à sensation, tout ceci pouvait amuser – ou en tout cas intriguer – la gallérie médiatique pendant quelques semaines. Cependant, encore une fois, cela finira par priver la classe capitaliste d’une arme importante, en détruisant le prestige personnel du principal représentant de leur Etat. Cette situation risque fort de contribuer à l’instabilité sociale, à la haine des possédants de la part de ceux qui ne possèdent rien. Il en était de même avec l’extravagance de Marie-Antoinette, à la veille de la révolution française. Il en était de même, aussi, dans les années précédant la révolution de 1870-1871, avec les amusements et les « horizontales » à la cour de Napoléon III.

N’oublions pas que c’est Sarkozy, par ses provocations et remarques brutales, qui avait allumé la révolte des banlieues, en 2005. Dans un contexte de tensions sociales grandissantes, il suffit parfois d’un incident, d’une offense ou d’un mot déplacé pour mettre le feu aux poudres. Alors que la précarité et la misère se généralisent, alors que l’inflation – dont le taux est très important pour bien des produits de première nécessité – plonge les travailleurs les plus mal payés dans la détresse, Sarkozy se prélasse et s’exhibe dans un luxe débridé, ce qui est vécu comme une provocation. Il répond avec un mépris ostensible aux journalistes qui, selon lui, voudraient le priver de son « droit au bonheur ». Ce côté incontrôlable et imprévisible de Sarkozy commence à inquiéter sérieusement la classe dirigeante. Et de leur point de vue, cette inquiétude est entièrement justifiée. (...)

Pour éviter une confrontation majeure avec les travailleurs, Sarkozy mise directement sur les directions confédérales des syndicats. La défaite de la grève des cheminots pour la défense des régimes spéciaux était la conséquence directe de la complicité de ces directions. Les dirigeants anciennement réformistes « accompagnent » aujourd’hui la contre-réforme. Ils se sont transformés en police économique pour le compte des ministères et des capitalistes. Le processus est particulièrement flagrant dans le cas de la CFDT. Chérèque est un agent conscient des intérêts capitalistes. Il parle et se comporte en conseiller stratégique du gouvernement et du MEDEF. Il les met en garde contre la tentation de mener des contre-réformes sur plusieurs fronts à la fois, car ceci, explique-t-il, exposerait le gouvernement au danger de mouvements généralisés. Il conseille au gouvernement de céder des contreparties susceptibles de diviser les différents corps de métier. Il signe systématiquement des accords se traduisant par une baisse des conditions de vie des travailleurs. Mailly et la direction de FO emboîtent le pas de la CFDT. La seule différence est que FO adopte une posture – purement formelle et verbale – plus « combative » dans un premier temps, avant de signer.

C’est la CGT qui constitue, de loin, l’organisation syndicale la plus puissante en France. Sa capacité de mobilisation dépasse très largement ses effectifs. Plus que toute autre structure syndicale, elle regroupe les éléments les plus combatifs et les plus conscients de la classe ouvrière. C’est précisément en raison de son enracinement social que la CGT connaîtra une série de crises internes dans la période à venir.

Le comportement de la direction confédérale de la CGT suscite l’hostilité – ou, au moins, la profonde inquiétude – de nombreux militants, surtout depuis la défaite de la grève pour la défense des régimes spéciaux (défaite que Thibault présente comme une victoire !). Déjà, lors de l’arrivée au pouvoir de Sarkozy, au lieu de sonner l’alarme et d’œuvrer pour mobiliser les travailleurs, pour les inciter à préparer la résistance aux attaques inévitables de la part du nouveau gouvernement, Thibault a voulu les endormir en déclarant qu’il n’y avait aucune raison, a priori, de craindre la politique du gouvernement, et qu’il ne fallait pas lui faire un « procès d’intention ». Il fallait « attendre pour voir » si les engagements de ce dernier – et quels engagements ! – seraient tenus. Il fallait « juger son action sur pièce ». Dans la grève contre la réforme des régimes spéciaux, Thibault, Le Reste et la direction confédérale ont joué un rôle scandaleux. Il considéraient la réforme comme justifiée, et ne demandaient qu’à en négocier les « modalités ». Ils ont fait une concession impardonnable lorsque, quelques heures avant le début de la grève et sans consulter les grévistes, ils ont accepté des négociations séparées, au niveau de chaque entreprise, ce qui ne pouvait que semer la confusion chez les travailleurs et affaiblir la mobilisation.

Compte tenu du déclin du capitalisme français, qui, pour préserver les profits et le pouvoir de la classe capitaliste, doit impérativement imposer des sacrifices aux travailleurs, augmenter le taux d’exploitation de ces derniers et extraire toujours plus de profit de chaque heure de travail, il est tout simplement impossible d’obtenir des améliorations significatives par la négociation « à froid ». Les employeurs ne feront des concessions que s’ils sont pris à la gorge par une grève – ou, dans le meilleur des cas, par la menace imminente d’une grève. Avec plusieurs millions de chômeurs et la généralisation de l’emploi précaire et de la misère, les capitalistes sont en position de force. (...)

Lire l’ensemble du document sur le site de La Riposte www.lariposte.com



http://www.legrandsoir.info/article6008.html
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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 02:48


Bibliographie
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Les caisses noires du patronat

Gérard FILOCHE

À quoi servent les 600 millions d’euros des caisses noires du patronat, et où vont les 2 millions d’euros distribués chaque année en liquide par l’UIMM et le Medef ?

Gérard Filoche dénonce ce scandale du siècle au coeur du patronat français. Il soulève toutes les questions posées par ce trafic d’argent liquide qui circule depuis si longtemps au Medef et montre comment le patronat se servait de cette caisse anti-grève pour briser la fameuse concurrence libre et non faussée.

Denis Gautier-Sauvagnac, ayant agi au nom de tous, se voit contraint de « porter le chapeau » que Laurence Parisot, fausse vraie repentie, lui attribue par spectacle médiatique interposé. Pas une feuille de papier à cigarette ne les sépare. Pas une mallette d’argent liquide non plus. Laurence Parisot l’a reconnu : « beaucoup savaient inconsciemment », c’est un « secret de famille honteux ». Elle « se sent salie ». À l’heure où est écrit ce livre, aucun des membres de la bande n’est sous les verrous !

Editeur : Jean-Claude Gawsewitch

www.jcgawsewitch.com

ISBN : 978-2-35013-133-7 - 14,90 €

Gérard Filoche est inspecteur du travail, militant syndical et politique, socialiste. Il est rédacteur en chef de la revue Démocratie et Socialisme.

 

 

 

http://www.legrandsoir.info/article6282.html

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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 02:42


Faces cachées & Apparences
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Flexi-sécurité = foutaise

Loi de modernisation du contrat de travail =
loi de régression sociale

 
Gérard FILOCHE
métro, boulot Mac Do, dodo

Accord prétendument majoritaire de 4 syndicats sur 5 le 11 janvier 2007 = mensonge

Nous voilà, dans tous les médias, dans le langage officiel, en présence d’un mot fabriqué, quasi grotesque car aussi paradoxal qu’incompréhensible : « flexisécurité ».

Allez dire aux millions de salariés qu’ils vont être « flexisécurisés » par une « loi de modernisation du contrat de travail », vous éveillerez la certitude légitime qu’on va les rouler dans la farine. Alors autant utiliser des mots simples, que les communicants ne pourront renier : flexicurité = foutaise !

Tout ce qui est dit sur la loi que François Fillon et Xavier Bertrand font voter au Parlement repose sur des manipulations, de la désinformation volontaire, pour masquer une offensive scélérate anti droit du travail !

Il ne s’agit pas d’une loi de modernisation mais de régression sociale ;

Première foutaise : qu’on ne nous dise pas qu’elle a été approuvée par 4 syndicats sur 5. Car là commence la foutaise : il existe 8 syndicats d’importance et non pas 5. Et les 4 syndicats signataires sont-ils majoritaires ? Contrairement à ce que dit toute la vulgate médiatique, ce n’est pas certain.

En France, à cause d’une loi Fillon du 4 mai 2004, on prétend qu’un accord est « majoritaire » quand il obtient la signature d’une majorité de syndicats même si ces syndicats représentent une minorité de salariés par rapport à ceux qui ne signent pas l’accord. En fait c’est un vote « par ordre » et non pas « par tête » comme avant la Révolution française. C’est comme au temps où le clergé et la noblesse l’emportaient par deux voix contre une, contre le tiers-état. C’est la procédure antidémocratique que Fillon a imaginé pour fausser les négociations syndicales : c’est purement archaïque, scandaleux, mais c’est hélas, comme cela que la droite fait fonctionner notre pays. C’est comme si, pour adopter une loi au Parlement, on comptait le nombre de groupes parlementaires qui la votent et non pas le nombre de députés. Dans la métallurgie, par exemple, FO, CFTC et CGC signent les accords avec l’UIMM, tandis que CGT et CFDT les refusent : ces accords sont réputés « majoritaires » alors que FO, CGC, CFTC représentent moins de 20 % des voix aux élections professionnelles de la branche et CFDT et CGT qui représentent 80 % sont minoritaires.

Pourquoi parle-t-on de 4 syndicats sur 5 alors qu’il y en a huit dans le pays ? Pas parce qu’ils ont obtenu plus de voix de la part des salariés ! Justement non, ça n’a rien à voir avec les voix qu’ils ont obtenues, ni avec l’audience réelle qui est la leur. C’est seulement parce qu’ils figurent sur une « liste » d’un vieil « arrêté » datant de 1966 ! À l’époque, cinq syndicats ont été retenus sur une liste officielle : CGT, CFDT, FO, CFTC, CGC. La liste de ces cinq syndicats qui sont seuls à bénéficier d’une « présomption irréfragable de représentativité » n’a jamais été mise à jour : ainsi ni la FSU, ni l’UNSA, ni Solidaires n’y figurent. Pourtant ces syndicats sont devenus plus représentatifs que la CFTC ou la CGC par exemple. S’en tenir aux « cinq » syndicats « officiellement représentatifs » de la liste pour déterminer si un accord est majoritaire ou non, est donc une fiction. Mais ça ne fait rien, la mystification est reprise sans le moindre état d’âme, la moindre honnêteté par les rédac’s chefs des médias officiels.

On vous ment sciemment : puisque quatre syndicats ont signé l’accord du 11 janvier 2007, le pouvoir prétend qu’il devrait automatiquement devenir une loi que chaque élu du peuple au Parlement est censé voter, et les salariés devraient s’incliner puisque cela provient d’une « majorité de leurs syndicats ». Foutaise encore !

Il n’y a pas de légitimité à cet accord, et les quatre syndicats qui l’ont signé ne peuvent pas prouver qu’ils représentent une majorité. Et, de surcroît, leur propre base n’a même pas été consultée : on pourrait gager que si elle l’était, une telle régression serait rejetée.

De quoi s’agit-il ? De 4 grandes régressions et de 17 capitulations moindres mais tout aussi défavorables aux salariés :

Quatre grandes régressions :

a) Commençons par un des aspects les moins soulignés mais les plus choquants : il y aurait un plafonnement des indemnités de licenciement pour les salariés. Le chiffre de 9 mois de salaires aurait été avancé. Comment peut-on oser proposer cela dans un pays où les émoluments des patrons incluent des retraites chapeaux, des parachutes dorés, des stocks options parmi les plus élevés d’Europe ? Dans un pays où il y a de telles fraudes en matière de licenciements abusifs que des salariés se voient spoliés gravement toute leur carrière, parfois toute leur vie ? Dans un pays ou il y a des centaines de milliers de licenciements abusifs, sans cause réelle et sérieuse, pendants aux prud’hommes ? Des employeurs sans scrupule, seulement pour hausser leurs profits, pourront donc mieux « virer » des salariés ayant 20 ou 30 ans de bons et loyaux services sans le payer trop cher !

b) Des ruptures de contrats individuelles pourront avoir lieu en échappant à tout droit collectif du licenciement : l’employeur et le salarié pourront négocier des ruptures individuelles de gré à gré. Ce qui caractérise le contrat de travail est un « lien de subordination juridique permanente ». Dans ce cadre d’employeur à subordonné, c’est toujours le salarié qui sera dans un rapport de forces défavorable. C’est « la séparabilité » comme aime à le dire Laurence Parisot : un « divorce à l’amiable » ! Sauf que c’est toujours le même qui part avec les meubles ! Et la loi prétend que, passé 15 jours après la signature de l’accord, celui-ci sera « homologué » par les autorités administratives, et il n’y aura plus aucun recours, pas de prud’hommes, pas de regret, pas d’appel. Spectaculaire recul du droit protégeant les salariés : licenciement sans encadrement juridique et sans recours.

c) Les périodes d’essai seraient « allongées ». Depuis que la droite a perdu sur le CNE (contrat nouvelle embauche) et le CPE (contrat première embauche), elle ne cesse de regretter ces projets inhumains (condamnés par toutes les déclarations des droits de l’homme et la convention n° 158 de l’OIT) ou l’employeur pouvait licencier sans motif. Alors elle allonge au maximum les périodes d’essai d’un mois ou de quatre mois, jusqu’à huit mois, presque la moitié d’un CNE. Qu’est ce qui justifie qu’un employeur vous garde huit mois « à l’essai » ? Rien, absolument rien, sauf la volonté de vous laisser plus longtemps à merci, soumis, « virable » du jour au lendemain, sans motif !

d) D’incroyables contrats de 18 à 36 mois, « CDD à termes incertains » soumis à une obligation jusqu’à 18 mois, mais pouvant être rompus comme un CNE pendant 18 autres mois, vont être imposés aux cadres. C’est une vie de précarité qui attend ainsi des centaines de milliers de cadres : la fin du contrat dépendra de la fin de la mission, de la tâche, de l’objectif à atteindre, et elle pourra être anticipée dans la deuxième partie de ce contrat atypique. Longue certitude mais sans avenir pendant 18 mois, incertitude quotidienne et fragilité pendant 18 autres mois… et l’on recommence. Façon d’empêcher les cadres de défendre leurs droits, leurs carrières, de les empêcher de s’organiser, de se syndiquer en les vulnérabilisant au maximum. De tels contrats dérogatoires au CDI, seront-ils exportés à d’autres populations de salariés que les cadres ?

17 capitulations petites et grandes contenues dans l’accord du 11 janvier 2007 :

La liste des renoncements que les quatre organisations syndicales de salariés ont osé signer est encore plus vaste :

1/ Acceptation du principe de l’utilité des emplois précaires (article 1 de l’accord)

2/ Acceptation du principe que ce sont les freins au licenciement qui freinent les embauches ! (article 12)

3/ Acceptation d’interventions « plus systématiques » des patrons dans les écoles (article 2)

4/ Acceptation du principe selon lequel l’insuffisance de ces interventions serait source de l’échec scolaire (article 2)

5/ Acceptation du remplacement du service public de l’orientation professionnelle par les patrons (article 2)

6/ Acceptation de la transformation des stages pédagogiques en « périodes d’essai » (article 3)

7/ Acceptation du remplacement progressif des qualifications (sanctionnées par des diplômes nationaux) par des « compétences » individuelles que le salarié ou futur salarié essaiera de vendre (« passeport formation », « VAE », « bilan d’étape professionnel ») (articles 3, 6, 7)

8/ Acceptation de la disparition progressive du contrat d’apprentissage comme contrat de travail réduit à la seule composante formation professionnelle (article 3)

9/ Acceptation de l’individualisation et de la culpabilisation des futurs licenciés et des déjà licenciés, demandeurs d’emploi. Le chômage et la précarité c’est votre faute, pas assez de compétences, pas assez souples, pas assez mobiles, pas assez motivés pour rechercher le travail absent (articles 3, 6, 7, 8, 18)

10/ Acceptation du démantèlement des statuts (et des garanties qui vont avec) en effaçant les frontières entre eux (privé/public, salarié/indépendant) (article 8)

11/ Acceptation de la suppression d’une des garanties essentielles du contrat de travail : désormais, ce qui n’est pas écrit dans le contrat de travail, le patron pourra le modifier unilatéralement sans l’accord du salarié ; acceptation, cela va ensemble, que soit réduite l’obligation d’information actuelle des salariés, dès leur embauche, sur ses droits issus de la convention collective (article 11)

12/ Acceptation que le reçu pour solde de tout compte signé soit libératoire au bout de 6 mois, ce qui retire au salarié des possibilités de recours aux prud’hommes (article 11) 13/ Acceptation d’un préavis du salarié avant de saisir les prud’hommes, ce qui permettra toutes les pressions, comme pour le droit de grève (article 11)

14/ Acceptation du principe de non-responsabilité de l’entreprise pour les licenciements des salariés pour cause de maladie. (article 13)

15/ Acceptation de considérer que la démission d’un salarié est établie dès qu’il ne répond pas à une demande de l’employeur de reprendre le travail. Ainsi un employeur ne serait plus responsable de la rupture du contrat de travail lorsque qu’un salarié qui refuse de ne pas être payé ou d’être harcelé ne reprendra pas le travail. (article 16)

16/ Acceptation d’une indemnisation individualisée du chômage (article 16)

17/ Acceptation de l’illégalité des sociétés de portage et acceptation du marchandage organisé dans ce cadre, qui permettra aux entreprises d’intérim (encore elles) le retour à l’esclavage (des « salariés » « à leur compte », où la durée légale du travail a disparu, les tarifs minimums - SMIC et salaires conventionnels - auront disparu, que du bonheur). (article 19)

Ces régressions ne sont exigées par rien dans notre pays ni par les nécessités de l’emploi, ni par celles de la productivité, ni par celles de l’économie : le pays n’a jamais été aussi riche, le taux de productivité horaire est le plus élevé au monde, les bénéfices n’ont jamais été aussi faramineux ! C’est par pur fanatisme idéologique des partisans du Medef et de la droite néo-libérale conservatrice au pouvoir, dans leurs efforts pour démanteler progressivement, pan par pan, le droit du travail. Cela vise uniquement à baisser le coût du travail en affaiblissant les capacités juridiques des salariés de se défendre.

On nous vend l’idée que les 4 syndicats qui ont signé ce maudit accord, l’ont fait pour empêcher que cela ne soit encore pire sous les coups de boutoirs des députés ultra-libéraux. Cette excuse ne vaut rien : « je collabore un peu avec la droite pour empêcher les effets les plus néfastes de sa politique », c’est un raisonnement vieux comme les vaincus qui affaiblit les mobilisations, nourrit les renoncements. Mais gageons que les salariés, trompés, pas consultés, trouveront quand même la voie de la résistance sinon de la contre-attaque : il y a de l’explosion sociale dans l’air.

L’autre « foutaise » autour de cet accord et de cette loi de « modernisation du contrat de travail », c’est de nous vendre une pseudo idéologie trés curieusement nommée « flexisécurité » : certains manieurs d’idées creuses croient avoir trouvé au Danemark un « modèle » pour cela.

C’est totalement faux, le Danemark n’a rien, mais absolument rien à voir avec les récits qui en sont faits, et aucune transposition avec la France, contrairement aux clichés qu’on entend ici et là, n’est possible.

D’abord, parce que l’économie danoise n’a pas grand-chose à voir avec l’économie française. La population active y est dix fois moins importante qu’en France, et, à l’exception de Lego et de Karlsberg, l’économie danoise est une économie de PME. Le Danemark compte 9 millions d’habitants, parmi lesquels 600 000 à 700 000 salariés changent effectivement d’emploi chaque année, soit 30 % en 2003. Or, en France, la mobilité est déjà supérieure à celle du Danemark puisque 40 % des salariés changent d’emploi chaque année…

Ensuite, parce que si l’on compare le taux d’emplois supplémentaires entre 1994 et 2004 – 10,7 % en France contre 5,5 % au Danemark – on constate que la « flexisécurité » n’a pas favorisé la création d’emplois. Si le chiffre du chômage a été divisé par deux, c’est sous l’effet des modalités de comptabilisation du nombre de chômeurs qui a diminué au rythme de l’augmentation du nombre de préretraités, de stagiaires en formation, de salariés déclarés « inaptes » ou en congés sabbatiques. Le Danemark dénombre ainsi 190 000 chômeurs officiels, soit 4,6 % de la population active, mais au total ce sont 475 000 personnes (16 %) qui sont « retirées » de l’emploi. Si l’on adoptait cette méthode, cela voudrait dire 2,25 millions de préretraités en France au lieu de 79 000 !

Enfin, parce que le budget de l’État danois atteint 49,8 % du PIB contre 45,7 % en France en 2003 et que le patronat danois acceptait, jusqu’alors et contrairement au Medef, de véritables compromis sociaux. C’est ce qui explique que si les entreprises ont la liberté de licencier (quasiment sans préavis et sans indemnités), les salariés qui ont perdu leur emploi peuvent bénéficier pendant quatre ans d’une allocation (plafonnée à 22 900 euros) égale à 90 % de leur salaire. Pour cela, ils doivent répondre à des obligations de recherche d’emploi, sinon l’allocation est réduite ou supprimée. Si Nicolas Sarkozy entend transposer cette dernière clause en envisageant « deux refus d’emploi maximum » à capacité professionnelle égale, la différence réside toutefois dans les 21 000 agents chargés de former et accompagner les chômeurs au Danemark, soit un pour neuf chômeurs. Pour atteindre le même rapport en France, il faudrait 250 000 agents alors que l’ANPE n’en a que 28 000. Ce système coûte 4,49 % de son PIB au Danemark qui dépense 2,7 fois plus que la France pour chaque chômeur. À effort comparable, cela représenterait 7,84 % du PIB français, soit trois fois plus qu’aujourd’hui…

Alors pourquoi ces stupides emballements autour de la promotion du « modèle » danois ? Dans un seul but : faire accepter aux salariés français d’être licenciés abusivement sans protester en échange d’un hypothétique droit au reclassement que le gouvernement n’a aucunement la volonté de mettre en place.

Gérard Filoche, inspecteur du travail depuis 1985, est militant syndical et politique, socialiste. Il a notamment publié "Pour en finir avec le chômage de masse" (La Découverte), "Carnets d’un inspecteur du travail" (Ramsay), "La vie, la santé, l’amour sont précaires. Pourquoi le travail ne le serait-il pas ?" (Jean-Claude Gawsevitch).

Il est rédacteur en chef de la revue Démocratie et Socialisme.

http://www.legrandsoir.info/article6285.html

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Published by Eva R-sistons - dans Alerte - danger ! - SOS
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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 02:31

Actualité
32 commentaires  27 juin 2008

Il faut rompre avec le "dialogue social".
C’est tous ensemble qu’il faut faire grève
et se rassembler contre le MEDEF
et Sarkozy-Fillon.

Vincent PRESUMEY

Ce qui s’est passé à partir de la "position commune" élaborée et signée par le MEDEF, la CGPE, la CGT et la CFDT est éloquent : ce texte a servi de base à l’attaque frontale par Sarkozy de la réglementation du temps de travail, en faisant primer les accords d’entreprise contre les conventions collectives et le droit du travail.

Vendredi 27 juin


Vers le Tous ensemble et en même temps.

En France, grande est l’interrogation des militants aprés la "journée" du 17 juin dont on ose à peine rappeler que Bernard Thibault lui avait fixé l’objectif d’ "un million de manifestants". C’était impossible, non pas tant parce que notamment FO, ainsi que l’UNSA, la CGC et la CFTC, refusaient d’y appeler (et que l’unité CGT-CFDT, décidémment, ce n’est pas l’unité syndicale ! ), mais parce que de toute façon, on ne réussit pas une journée de grèves et de manifestations pour défendre le "dialogue social" avec en prime le soutien de Madame Parisot ! D’ailleurs les manifestants qui étaient là, essentiellement de la CGT, n’étaient pas là pour le "dialogue social", mais pour les retraites et la limitation légale du temps de travail.

Tous ensemble et en même temps : voila le besoin qui est ressenti en profondeur par de trés larges couches sociales, qui ont pris part ou ont observé, depuis des mois, les combats massifs mais dispersés dans les entreprises, dans la jeunesse, dans le secteur public. Voila aussi la conclusion à laquelle parviennent des dizaines de milliers de militants syndicaux. Cette conclusion mène à la question du débouché politique, et là c’est le vide : le PS est ailleurs, le PC ne sert à rien, (et le NPA et le POI récemment créés ne le sont pas pour combler ce vide mais pour occuper un petit espace dit "de contestation"). Pour autant, impossible de baisser les bras (et ce qui vient d’être dit du PS, du PC et de leurs petits frères ne signifie d’ailleurs pas qu’on doive se désintéresser de ce qui s’y passe) : on est poussés par le réel à agir, on n’a pas le choix. Donc il est nécessaire que les militants, syndicalistes, socialistes, communistes, s’associent pour reconstruire une vraie représentation politique du monde du travail, autant que pour le Tous ensemble et en en même temps : les deux vont de pair. Par l’un, nous combattrons et nous battrons Sarkozy, par l’autre, nous aiderons la majorité à s’ouvrir une issue politique.

Ce qui se prépare dans les profondeurs, c’est la recherche active du Tous ensemble le même jour, à grande échelle, cet automne. Il faut le préparer consciemment et ouvertement. Cela est incompatible avec le "dialogue social". On ne prépare pas le Tous ensemble en signant un accord sur la "modernisation du marché du travail", depuis transposé en loi, qui permet aux patrons de commencer à licencier "à l’amiable" (accord signé en janvier par FO et la CFDT). On ne prépare pas le Tous ensemble en signant une "position commune" qui détermine avant tout dans le cadre de "l’entreprise" ce qu’il en est de la "représentativité syndicale" ("position commune" signée par CGT et CFDT en avril et ayant servi de base, dans sa transposition en loi, aux attaques aggravées contre les conventions collectives, le Code du travail et la loi en matière de temps de travail). On ne prépare pas le Tous ensemble en allant signer sans condition un texte sur le "dialogue social dans la Fonction publique" qui prétend améliorer les conditions de présentation et d’existence des syndicats dans la fonction publique au moment précis où sont adoptées les lois sur la "mobilité" introduisant licenciement déguisé et intérim et la loi anti-grève dans les écoles primaires (accord signé par les fédérations FSU, CGT, UNSA, CFDT, Solidaires, de la fonction publique fin mai). On ne prépare pas le Tous ensemble à la rentrée en signant des "points de convergence" indiquant sur quoi une "discussion" (ou ne dit même plus "négociation") avec le ministère de l’Education nationale doit déboucher (à savoir : autonomie renforcée des établissements, rétribution différenciée des enseignants selon leurs activités et le type d’heures devant élèves, etc.), avant même que celle-ci ait commencé (ce que viennent de faire les syndicats FSU, CGT, UNSA et CFDT des lycées et collèges).

Par contre le Tous ensemble au même moment se prépare bel et bien, comme une besoin dans la masse, comme un souhait chez des dizaines de milliers de militants, comme un projet conscient dans une minorité organisée encore trop petite.

Aggrandissons-la : voila la tache la plus urgente.


- A tous les militants syndicaux.

Ce qui s’est passé à partir de la "position commune" élaborée et signée par le MEDEF, la CGPE, la CGT et la CFDT est éloquent : ce texte a servi de base à l’attaque frontale par Sarkozy de la réglementation du temps de travail, en faisant primer les accords d’entreprise contre les conventions collectives et le droit du travail.

D’un coté, le gouvernement attaque le droit de grève, dans les transports et maintenant à l’école. En même temps, par le "dialogue social", il passe une camisole de force aux organisations syndicales, mais cela dans la mesure où leurs dirigeants sont consentants !

"Position commune", "protocole de dialogue social", "protocole sur les objectifs de la négociation", "diagnostics partagés" ... Tout cela, ce n’est pas de la négociation, c’est l’association de l’Etat et du capital avec le travail pour le ligoter. Non à la camisole de force, oui au rapport de force !

Salaires, retraites, services publics : ça suffit ! Dans toutes les entreprises, dans la jeunesse, chez les personnes âgées, monte la protestation contre la baisse du niveau de vie. C’est tous ensemble le même jour qu’il faut faire grève et se rassembler contre le patronat et le gouvernement.

Mais pour cela, il faut rompre avec le "dialogue social", facteur d’affaiblissement et de division. On ne gagnera pas sur nos revendications si l’on craint de combattre et de battre Sarkozy !

Il est nécessaire que les militants syndicaux se relient les uns aux autres, formant un réseau pour s’informer mutuellement, pour empêcher nos syndicats d’être ligotés dans la camisole et pour être prêts quand viendra l’heure de l’action.


Vincent Présumey

http://www.legrandsoir.info/article6847.html



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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 02:22

Analyses
2 commentaires 17 mars 2008

De  la  crise  financière
à la crise de l’humanité.

Vincent PRESUMEY

La terre promise de la nouvelle jeunesse du capital est désormais gangrenée par les contradictions du capital. Les Etats-Unis n’arrivent plus à être ce qu’ils sont, le coeur du système mondial, et celui-ci ne présente pas d’alternative. La fin de l’URSS les avait privés de leur partenaire-adversaire. Pour arriver à être seuls la "superpuissance", il leur a fallu le terrorisme, Ben Laden et la "guerre sans fin". Celle-ci ne leur a pas rendu leurs capacités : ils ne sont plus le principal foyer de développement de la productivité du capital et le gendarme du monde s’est affirmé comme premier foyer de désordre mondial, craint et méprisé par les chefs des puissances capitalistes secondaires. La crise des subprimes et sa combinaison présente avec la crise politique du leadership US et du leadership mondial montre qu’ils sont en train d’arriver dans le mur annoncé. Allumer de nouvelles guerres peut être une tentation pour en sortir mais ni une attaque en Iran, ni une attaque de la Colombie contre ses voisins, ni un éclatement de la Bolivie, ni une réoccupation de Gaza par l’armée israélienne, ni une java humanitaire au Darfour, ni une apocalypse dans les zones tribales du Pakistan, ni ... , n’offrent les moyens réels de réaffirmer le leadership, tout au contraire -à moins d’envisager des guerres de bien plus grand calibre à l’issue totalement incertaine !



Du mardi 11 au vendredi 14 mars : répétition aggravée d’un scénario rebattu.

Il y a quelques semaines, G.W. Bush avait annoncé un "plan de relance" de l’économie nord-américaine qui, aprés avoir été salué par Sarkozy, faisait flop. Ce plan ne faisait que répéter les recettes appliquées depuis des années (baisses d’impôts et hausses des dépenses militaires) qui ont précisément construit toutes les conditions techniques de la crise financière et bancaire actuelle en Amérique et en Europe. Une forte baisse des taux d’intérêts de la Fed (la Banque centrale US) le complétait pourtant. Il n’empéche, c’était le flop, les "marchés" ne retrouvaient pas la "confiance". Ces messieurs réunissant leur forum de Davos au même moment, un cri unanime en émanait, qui pourrait passer pour original de la part de financiers "libéraux" : " De l’Etat ! de l’intervention ! de la protection ! de la régulation ! de la gouvernance ! et même de la morale, s’il-vous-plaît ! ". "Les marchés ont besoin d’une seule chose : d’un leadership, que ce soit au niveau régional ou mondial. Mais il semble faire cruellement défaut ces jours-ci." (John Studzinsky, conseiller en chef de Blackstone, probablement le plus puissant fonds d’investissement du monde).

L’intérêt de la deuxième semaine de ce mois de mars 2008, dans la marche de cette crise, est que "les marchés" et leurs augures ont une fois de plus tenté, avec apparemment une grande force de conviction, d’affirmer que cette fois-ci, ça y était, la gouvernance était au rendez-vous. Le nouveau flop est venu en ... trois jours.

Mardi 11 mars, était annoncée la bonne nouvelle faisant repartir les bourses à la hausse : la Fed décidait des mesures de refinancement des banques "à guichet ouvert", d’un montant supérieur à toutes les interventions précédentes opérées depuis un an (environ 400 milliards de dollars), le message, éminemment politique, étant : le refinancement des mauvaises créances par l’Etat, le rachat des dettes, l’injection massive dans les circuits financiers de liquidités par les Etats, leurs interventions, via les banques centrales, comme prêteurs en dernier ressort, ne manqueront pas à l’appel. La nationalisation de la banque Northern Rock en Grande-Bretagne, pour faire payer par l’Etat et les contribuables les créances de ces messieurs, était d’ailleurs intervenue quelques semaines plus tôt. Pour conforter le retournement espéré de la "confiance", John Lipsky, directeur général adjoint (de Dominique Strauss-Kahn) au FMI (Fonds Monétaire International) déclarait explicitement à Washington que le FMI monterait en première ligne avec en perspective "l’utilisation potentielle de fonds publics pour conforter les systèmes financiers".

Dans ce genre d’opérations, les augures, gourous et autres sorciers ont un rôle à jouer. C’est ainsi qu’Edmund Phelps, prix Nobel d’économie, jusque là critique de la Fed, proclamait que cette fois-ci, le message politique (au delà du montant des sommes engagées) donnait le signal du retour en force du leadersphip perdu (La Tribune du 14 mars). Méthode Coué. Mais quand un gourou pessimiste répond au gourou se voulant optimiste, on reste dans les mêmes recettes, car ils n’en ont pas d’autres : Patrick Arthus, sceptique français répondant à l’américain dans La Tribune, estimait que ces mesures ne suffiraient pas et préconisait que non seulement les banques centrales fassent "préteurs en dernier ressort", mais aussi "acheteurs en dernier ressort" en achetant les actifs pourris des banques "à leur valeur économique", sans décôte. Ce qui revient au même : c’est toujours de l’injection de moyens monétaires "en dernier ressort" pour "sauver" puis "rassurer" ces pauvres, si pauvres, marchés financiers. Car en somme, Patrick Arthus voudrait que les banques centrales des Etats soient encore plus généreuses envers ces pauvres banques, alors que c’est ce que fait déjà la Fed en échangeant des bons du Trésor US contre les titres douteux et en mettant des fonds similaires à disposition de la Banque Centrale Européenne (BCE) de Francfort et des banques centrales suisse, britannique et canadienne pour qu’elles en fassent autant envers les filiales étrangères des banques nord-américaines.

Au moment où le quotidien économique français publiait cet échange, la chose était de toute façon en train d’être réglée sur le terrain.

La bonne nouvelle datait donc de mardi. Mercredi le dollar remontait, ou disons qu’il stoppait provisoirement sa chute. Mais Jeudi, le fonds d’investissement Carlyle Capital Corporation (CCC), récemment créé (2006) pour spéculer sur les crédits immobiliers nord-américains, annonçait sa faillitte avec une dette de 17 milliards de dollars. La "confiance" en prenait un coup. Puis, le vendredi, on apprenait que la Fed avait mis des fonds d’urgence à disposition de Bear Stearns, la cinquième banque d’investissement nord-américaine fondée en 1923, et deuxième émetteur de crédits hypothécaires en 2007, menacée de faillitte et dont l’action venait de s’effondrer de 46%. Ces fonds étaient mis à disposition par la médiation de la banque JP Morgan dont l’action perdait elle-même 4%, son rôle d’intermédiaire dans cette affaire suscitant des inquiétudes. Lehman Brothers, une vénérable institution de la finance nord-américaine, voyait aussi son action perdre 14,6%.

Ces deux faillittes ou presque faillittes viennent de loin : la crise est remontée des subprimes aux banques et des banques aux entreprises financières spécialisées dans le rehaussement des crédits, pour atteintre le saint du saint du capital financier, les fonds d’investissements tels qu’ils se sont rénovés et sophistiqués encore plus depuis le début des années 2000.

La faillitte de CCC est caractéristique de la dimension de "confiance" de la crise, "confiance" non seulement financière, mais aussi, et même de plus en plus, politique.

Elle met en effet en cause la fiabilité du géant mondial qui est derrière CCC, le groupe Carlyle, même si celui-ci rappelle que le CCC n’est que l’un des 60 fonds gérant ses 81 milliards de dollars d’actifs (oui mais ce petit "soixantième" avait dit-on 17 milliards de pertes ...). Carlyle, créé en 1987, a systématiquement associé -et arrosé- des pointures du pouvoir politique dans de nombreux pays, à commencer par les Etats-Unis où les intérêts de la famille Bush lui sont étroitement liés. Au coeur de la connexion entre finance mondialisée et complexe militaro-industriel US, il est présidé par l’ancien patron d’IBM aprés l’avoir été par l’ancien directeur adjoint de la CIA. Il a un petit peu fait parler de lui (dans le film de Mickey Moore Fahrenheit 9/11) pour avoir réuni, le 11 septembre 2001, dans une même salle, ses grands investisseurs dont Bush senior et Shafik Ben Laden, demi-frère d’Oussama. Il fait aussi dans la spéculation immobilière sur les tours et les bureaux des centre-villes et des quartiers d’affaires, et a acheté à la France les locaux de l’Imprimerie nationale en 2003 pour 85 millions d’euros, y faisant faire pour 120 millions de travaux et revendant le tout à l’Etat, pour en faire les locaux des Affaires étrangères, 376,5 millions en 2007 (cf. L’Humanité du 17 juillet 2007). La réalité est comme une mauvaise fiction, n’est-ce pas ? Cerise sur ce gâteau douteux : un autre demi-frère, de Nicolas Sarkozy cette fois-ci, Olivier Sarkozy, est devenu co-directeur financier du groupe début mars 2008. Les supersticieux pourront en déduire que le nom de Sarkozy s’est mis à porter la poisse ...

A chaque jour son affaire. Jeudi Carlyle, vendredi Bear Stearms.

Ce qui est intéressant dans ce dernier cas, c’est que la "confiance" des "marchés" a en fait été cassée par la mise en oeuvre, apparemment déterminée, le vendredi, de l’orientation politique annoncée le mardi et censée avoir jusque là "rassuré" les mêmes marchés. G.W. Bush avait même trouvé moyen de féliciter au passage la Fed pour son intervention du vendredi. En fait il s’agit d’une intervention en catastrophe pour éviter une panique : Alan Schwarz, directeur de Bear Stearns, blufait encore en début de semaine en affirmant n’avoir aucun problème de liquidité, alors que sa faillitte menace d’une réaction en chaine dans le secteur de la finance la plus sophistiquée, celui des produits dérivés de crédit, les Credits Defaults Swaps, qui représentent -pense-t’on- environ 42 500 milliards de dollars. Cette intervention répond donc au principe Too big to fall (trop gros pour tomber) et fait écho à la dernière grande intervention de ce type, celle d’octobre 1998 lorsque la Fed avait secouru le fond LTCM (Long Term Capital Management). Cela avait correspondu à la fin, à l’époque, de la "crise asiatique" et amorçait le " boom de l’an 2000".

Or, l’intervention actuelle semble ne pas devoir marquer de retournement de tendance. La pyramide mondiale des crédits apparaît comme rongée jusqu’à la moelle par les créances douteuses massivement diffusées partout à partir des Etats-Unis. On pourra toujours essayer de faire croire que c’est la faute aux prolétaires et petites gens d’Amérique, emprunteurs et gogos imprévoyants ; en fait, toute la "croissance" des 7 dernières années a été construite sur l’endettement des ménages nord-américains, et son dégonflage par pétarade et dégazage doit logiquement durer plusieurs années : ceci ouvre au plan mondial la perspective d’une crise de crédit et d’un krach rampant de l’immobilier assortis de scandales et de coups bas analogues à ce que le seul Japon a connu pendant la plus grande partie des années 1990. L’analogie a justement pour limite le fait qu’il s’agissait alors du Japon et que là il s’agit de la planète entière, ce qui change tout.

Dernière minute, ça s’accéléère : JP Morgan a finalement racheté Bearr Stearns, pas sur que ce soit une bonne affaire. Ce dimanche la Fed, dont la décision n’était annoncée que pour mardi, a encore baissé d’un quart de point son taux d’intérêt. Le dollar a accéléré brutalement sa chute, l’euro passant à 1,59 dollar et les bourses asiatiques décrochent à l’ouverture ...



Christine Lagarde, ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, août 2007.



Finance et crise politique mondiale.

Le développement de la crise n’est pas linéaire et ne saurait être résumé seulement par les reculs boursiers, qui eux-mêmes avancent par à-coups séparés de pauses voire de hausses. Il prend de plus en plus la forme d’un processus à la fois financier et politique.

Car c’est bien, comme le disait John Studzinsky à Davos, de "leadership" qu’il est question.

Remarquons que la France tient une place particulière dans ce développement : les opérations de la Société Générale et les questions autour de la tentative de tout mettre sur le dos d’un trader "de base" (auquel on a laissé prendre des positions entraînant la perte de plus de 4 milliards d’euros ! ), Jérome Kerviel, ont rythmé l’accélération de la crise en Europe, mais la crise conjointe de l’exécutif sarkozyste "bling-bling" et de la puissante et lucrative organisation patronale qu’est le Medef en guerre apparente avec sa maison-mère historique, l’UIMM (Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie) ne forment certes pas son maillon le moins intéressant, le moins bariolé ... et le moins opaque.

Mais la connexion entre Etats, gouvernements, banques et machineries financières marque aussi les étapes de la crise en Grande-Bretagne, autour de Northern Rock, et en Allemagne, où une guerre intestine et peu transparente sévit pour restructurer les relations entre Länder et banques, la Dresdner Bank, autre vieille institution menacée, tentant de séparer sa branche mouillée dans les subprimes de ses autres activités, séparation vertueuse mais tardive qui va dans le sens des recommandations des moralisateurs des marchés financiers (cf. ma critique des propositions "antilibérales" de séparation entre banques commerciales et banques d’investissement dans Retour sur la crise financière, www.legrandsoir.info). Les révélations sur les systèmes organisés (et dont l’existence ne faisait aucun doute) de fraude fiscale basée au Liechtenstein entrent dans ce cadre (au fait, elles touchent aussi la France, nous dit-on : Md. Lagarde a juré que sur les 200 fraudeurs français aucun n’est un "grand nom" et personne semble-t’il n’a émis de doute ! ...).

Mais c’est finalement au niveau international, donc au sommet, que la crise se concentre comme crise du leadership nord-américain. A cet égard, le parallélisme pertinent entre sphère politico-médiatique et sphère financière est le suivant : la marche de la crise, rythmée par les "gestes" de la Fed suivis inexorablement de reculs toujours plus approfondis, offre un rythme cyclique que l’on retrouve dans l’aggravation régulière, de caucus en super thuesday et de super thuesday en caucus, d’une véritable impasse politique pour la sortie de l’ère Bush lors des présidentielles aux Etats-Unis. Le candidat républicain Mac Cain veut continer Bush sans en assumer l’héritage et les deux candidatures démocrates se neutralisent l’une l’autre, entre le faux et impossible retour à l’avant-Bush, l’avant 11-septembre (Hillary Clinton) et la fuite en avant vers l’inconnu, peut-être le retrait d’Irak mais la guerre ailleurs, au Pakistan par exemple (Obama), aucune faction capitaliste états-unienne n’offrant de perspective politique qu’il s’agisse de continuer ce qui a commencé sous Bush -la "guerre sans fin", la croissance par la dette ...- ou qu’il s’agisse de rompre avec elle, parce qu’ils n’ont pas d’alternative.

La terre promise de la nouvelle jeunesse du capital est désormais gangrenée par les contradictions du capital. Les Etats-Unis n’arrivent plus à être ce qu’ils sont, le coeur du système mondial, et celui-ci ne présente pas d’alternative. La fin de l’URSS les avait privés de leur partenaire-adversaire. Pour arriver à être seuls la "superpuissance", il leur a fallu le terrorisme, Ben Laden et la "guerre sans fin". Celle-ci ne leur a pas rendu leurs capacités : ils ne sont plus le principal foyer de développement de la productivité du capital et le gendarme du monde s’est affirmé comme premier foyer de désordre mondial, craint et méprisé par les chefs des puissances capitalistes secondaires. La crise des subprimes et sa combinaison présente avec la crise politique du leadership US et du leadership mondial montre qu’ils sont en train d’arriver dans le mur annoncé. Allumer de nouvelles guerres peut être une tentation pour en sortir mais ni une attaque en Iran, ni une attaque de la Colombie contre ses voisins, ni un éclatement de la Bolivie, ni une réoccupation de Gaza par l’armée israélienne, ni une java humanitaire au Darfour, ni une apocalypse dans les zones tribales du Pakistan, ni ... , n’offrent les moyens réels de réaffirmer le leadership, tout au contraire -à moins d’envisager des guerres de bien plus grand calibre à l’issue totalement incertaine ! C’est d’ailleurs pour cela que quoi qu’ils y pensent beaucoup, ils ne se sont pas (encore) lancés, aprés l’Afghanistan et l’Irak et aprés l’échec de l’opération israélienne au Liban de l’été 2006, dans une opération guerrière d’importance majeure. C’est que cela fait déjà plusieurs années qu’ils pratiquent la fuite en avant pour sortir de l’impasse. Et la fuite en avant les ramène à l’impasse, à un niveau supérieur.


La question monétaire.

Tout ce qui précède se concentre donc logiquement dans la question du cours du dollar, puisque celui-ci est à la fois la monnaie des Etats-Unis, la principale monnaie des échanges internationaux, dans laquelle sont libellés les principales réserves des banques centrales de tous les pays "qui comptent". Les pertes de la crise des subprimes sont le plus souvent facturées en dollars. La baisse du dollar est la manifestation directe, mais atténuée -jusque là- de la crise de leadership de l’impérialisme nord-américain. La force militaire et la pompe à crédit ne peuvent pas tout éternellement ; ils finissent pas se retourner en leurs contraires. Nous n’en sommes pas à la fuite généralisée devant le dollar, mais bien envers lui à l’inquiétude, voire la panique (titre de The Economist datant déjà du 29 novembre 2007).

Selon François Chesnais (La chute du dollar, un aspect peu discuté de la crise en cours, in La lettre de Carré rouge de janvier 2008) cette baisse a commencé avant la crise dite des subprimes qui l’amplifie, dés 2006, et ne saurait être comprise sans lien avec le déficit commercial abyssal des Etats-Unis que renforce et qui entraîne le transfert "vers l’Asie et vers la Chine en particulier d’une partie de la base manufacturière des Etats-Unis", leur domination technologique ne subsistant plus que "dans les télécommunications et dans certains secteurs de la chimie et de la biotechnologie", Microsoft par exemple créant en Chine ses nouveaux centres technologiques. Tout récemment, le choix de l’armée des Etats-Unis de passer commande à EADS plutôt qu’à Boeing pour 35 milliards de dollars d’avions ravitailleurs confirme cette situation nouvelle dont on n’a pas encore pleinement pris conscience.

Le déficit commercial US est à l’origine de la présence d’importantes réserves de bons du Trésor US dans les mains de nombreuses banques centrales et en particulier de celle de Chine.

L’hypothèse d’une vente massive de ces avoirs, de leur remplacement par d’autres devises notamment l’euro, est régulièrement évoquée. Il convient ici d’écarter toute vision fantasmatique dans laquelle la Chine, quelque part encore "communiste", pourrait préparer l’emploi de cette bombe atomique financière remplaçant celle de Mao, contre le tigre de papier et de subprimes de Wall Street. En réalité les hiérarques du "parti communiste chinois" n’ont pas la moindre envie de couper la branche sur laquelle eux-mêmes sont assis et ils coopéreraient volontiers au sauvetage du dollar à condition bien sûr de ne pas devoir payer un prix trop élevé. C’est là que se pose le vrai problème, non seulement au pouvoir chinois, mais aux autres banques centrales des pays asiatiques, aux fonds d’Etat des pays du golfe, et aux grands investisseurs extérieurs aux Etats-Unis d’une façon générale : "... comment procéder au regard d’une monnaie de réserve qui a perdu plus de 25% de sa valeur en cinq ans" (Chesnais, op. cit.), ce qui constitue déjà -déjà- "la plus grande annulation de dette jamais pratiquée dans l’histoire du capitalisme depuis la révolution industrielle" (les emprunts franco-russes jamais remboursés par les méchants bolcheviks, c’est une goutte d’eau à côté ! ) ?

Autrement dit il existe bel et bien un seuil, que personne ne connaît, où c’est non pas l’ardeur anti-américaine de tel régime post-communiste ou nationaliste qui peut pousser à couler le dollar, mais bien la crise du capitalisme mondial concentrée aux Etats-Unis elle-même qui pourrait contraindre les possesseurs de réserves en devise dollar à chercher à s’en défaire. Cependant la Chine ou quelque autre Etat que ce soit ne se résoudrait qu’en ultime recours à faire imploser ses propres réserves de change. En attendant elle soutient de fait le dollar, comme tout le monde depuis 1971.

Vendredi 14 mars, le dollar repartant à la baisse, franchissait les seuils de plus de 1,56 euro et de la parité avec le franc suisse, passant même en dessous de ce dernier, des 100 yens japonais et d’un peu moins des 7,1 yuans chinois. Ce ne sont pas les autres monnaies qui montent mais bien le dollar qui baisse.

La réévaluation du yen d’environ 19% par rapport au dollar depuis juin 2007 pose la question du "yen carry trade", l’un des grands circuits financiers mondiaux qui consiste dans l’achat d’actifs financiers en yen pour les revendre en dollars, américains mais aussi australiens ou néo-zélandais, pour profiter de l’important différentiel de taux d’intérêts. La sous-évaluation du yuan chinois -qui vaut beaucoup plus que le yen aujourd’hui- est beaucoup moins importante que dans les accusations proférées par les Etats-Unis.

Au niveau des réserves de change, les chiffres montrent que seul l’euro peut en fait rivaliser avec le dollar : il y a probablement au moment présent environ 64% de dollars dans les réserves des banques centrales, en légère baisse car les 66,4% avaient été atteints en 2006, prés de 27% d’euros, en hausse tendancielle, 4% en livres sterling, 3 à 4% en yens.

Mais de là à dire, comme on l’entend souvent, que l’euro est appelé à remplacer le dollar, il y a une marge. "La récente progression de l’euro face au dollar et aux autres principales devises ne reflète pas la solidité relative des économies concernées", déclarait un connaisseur, le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker le 3 mars dernier.

La conséquence réelle de la hausse de l’euro par rapport au dollar, c’est-à-dire de la baisse du dollar par rapport à l’euro, c’est la pénalisation des exportations des pays de la zone euro. Il ne faut d’autre part jamais oublier, comme c’est généralement le cas, que la zone euro est une juxtaposition d’Etats et de bourgeoisies nationales dont les principales sont celles d’Allemagne et de France, et dont les intérêts ne coïncident pas nécessairement. De plus, l’impérialisme britannique, dont la place financière londonienne de la City reste, associée aux Etats-Unis -et aux places asiatiques de Singapour et Hong-Kong qu’elle a historiquement couvées- le coeur du cirtuit financier mondial, n’en fait toujours pas partie. Le fond du problème est que cette unification, pour ne pas coûter trop cher aux bourgeoisies européennes, devrait être payée par l’achévement de la destruction des systèmes de protection sociale et des services publics et une réduction encore drastique des salaires dans les principaux pays d’Europe. La mise en concurrence des salariés d’Europe occidentale avec ceux des pays d’Europe centrale et orientale doit y concourrir mais, au moment où des grèves éclatent dans les usines Renault en Roumanie et où les électeurs hongrois repoussent massivement par référendum les mesures de privatisation de la santé et de l’école, on voit que ce n’est pas si simple.

On doit d’ailleurs remarquer que malgré tout, les bons du Trésor US quand la bourse baisse sont encore des valeurs refuges plus recherchées que ceux d’Europe : en 2007, selon l’indice obligataire de Merryl Linch, ils auraient rapporté 9% contre seulement 3% pour les emprunts d’Etat allemands qui font référence dans la zone euro, soit moins que l’inflation dans cette zone.

Pour toutes ces raisons, si l’on rencontre de plus en plus dans les commentaires de la presse économiques des comparaisons entre le lent et inexorable déclin de la livre sterling du début du XX° siècle à Bretton Woods (1944) et la situation du dollar aujourd’hui, on peut aussi constater que ces commentaires ne sont pas en mesure d’affirmer quelle monnaie de réserve dominante pourrait lui succéder comme lui-même avait fini par le faire par rapport à la livre, mais s’orientent vers une hypothétique répartition des rôles entre dollar et euro plus les monnaies asiatiques avec la Chine en "régulateur". Autrement dit, sans bien s’en rendre compte, ils sont incapables de définir un ordre impérialiste mondial stable et unifié faisant suite à la crise du leadership actuel. Ce qui reflète l’impasse.


Le retour de l’or.

"Cette crise est plus profonde que les autres, elle remet en cause tout le système." (Dominiqué Sénéquier, présidente d’Axa Private Equity). Un aspect particulièrement spectaculaire, un symptôme manifeste qu’il "se passe quelque chose", c’est le cours de l’or. Selon Eric Israelewitz (édito de La Tribune du 14 mars 2008), "L’once d’or à 1000 dollars, ce n’est pas seulement un record, ni un nouveau seuil qui est franchi, c’est aussi le reflet d’un tournant dans la crise que vit la finance mondiale depuis l’été dernier."

Ce prix élevé ne peut en effet pas être expliqué par le marché de l’or en tant que tel. Le dernier pic de l’or, je vais y revenir, remonte à 1979-1980. Depuis il a baissé jusqu’à la fin des années 1990,est encore tombé à 253 dollars l’once en 2001, puis il est reparti à la hausse à partir de 2002, montant d’environ 300 dollars l’once jusqu’à atteindre les 700 en 2006, fluctuant à nouveau légèrement à la baisse et repartant résolument à la hausse à partir de mi-2007. Ces variations étaient expliquées d’une part par le marché proprement dit, les "classes moyennes" chinoise et indienne ayant, conformément à une tradition ancienne, une forte tendance à thésauriser dans les bijoux, d’autre part par un rôle persistant de "valeur refuge" comparable aux vieilles pierres ou aux oeuvres d’art. Ce genre d’explication ne tient plus avec la hausse qui se produit depuis un semestre. Le 25 février dernier, le Trésor US a donné son feu vert à une vente massive d’or du FMI, cela n’a pas fait baisser les cours, qui ont atteint les 1045 dollars l’once le 13 mars. Ajoutons qu’en 2007 la Chine est devenue le premier producteur, passant devant l’Afrique du Sud dont les mines sont de plus en plus coûteuses à exploiter et dangereuses.

"Il se passe quelque chose".

Il se passe que nous avons affaire à quelque chose de plus qu’une "valeur refuge" parmi d’autres.

Historiquement, l’or a été l’incarnation sociale de la valeur sur le marché mondial lorsque le mode de production capitaliste s’est imposé à l’échelle de la planète, à l’époque de l’ "étalon or" à la fin du XIX° siècle. Ce rôle de l’or, accompagné de l’argent à un rang beaucoup plus secondaire, découlait de sa place historique remontant à l’Antiquité, et plus précisément s’inscrivait dans le système monétaire fondé sur la convertibilité en or des monnaies dominantes, d’abord la livre sterling, convertibilité assurée par les banques centrales dont le modèle était la Banque d’Angleterre fondée en 1694, coordonnant leurs interventions. Ce système se généralise aprés 1870 dans la période d’affirmation de l’impérialisme et du colonialisme ; la haute finance (Karl Polanyi, La grande transformation, 1944) semble le régenter. La circulation monétaire et la conversion des monnaies, au plan mondial comme européen, n’ont jamais été aussi faciles -infiniment plus qu’aujourd’hui malgré tout ce que l’on entend sur l’Europe et sur la mondialisation ...

Marx a écrit Le Capital dans le contexte de cette affirmation internationale, alors que les sphères nationales de la circulation monétaire, elles, devenaient celles des signes de valeur ou numéraires, les billets à cours forcé garantis par l’Etat, et la petite monnaie d’appoint en cuivre, d’une part, des papiers de crédit d’autre part, tous suppléants des marchandises monétaires véritables qu’étaient les métaux précieux. Ce qui lui permettait d’écrire :

"A sa sortie de la sphère intérieure de la circulation, l’argent [au sens de monnaie, pas de métal] dépouille les formes locales qu’il y avait revêtues, forme de numéraire, de monnaie d’appoint, d’étalon des prix, de signe des valeurs, pour retourner à sa forme primitive de barre ou lingot. C’est dans le commerce entre nations que la valeur des marchandises se réalise universellement. C’est là aussi que leur figure valeur leur fait vis-à-vis, sous l’aspect de monnaie universelle -monnaie du monde (Money of the world) comme l’appelle James Steuart, monnaie de la grande république commerçante, comme disait aprés lui Adam Smith. C’est sur le marché du monde que la monnaie fonctionne dans toute la force du terme, comme la marchandise dont la forme naturelle est en même temps l’incarnation sociale du travail humain en général. Sa manière d’être y devient adéquate à son idée." (Le Capital, livre I, première section, 1867).

Cette affirmation ne doit pas être comprise de manière fétichiste, comme si l’or, ou l’or et l’argent, par on ne sait quelle vertu magique, devaient nécessairement en tout temps et tout lieu être l’ "incarnation sociale de la valeur" dans le mode de production capitaliste. Il s’agit plutôt du constat de ce qui était en train de se produire au moment même où Marx écrivait : le marché mondial capitaliste réalisait concrétement, pour son bon fonctionnement, l’essence de la monnaie comme marchandise spéciale dressée comme équivalent en valeur des autres marchandises dont les fonctions, de plus en plus assurées par des substituts garantis par l’Etat ou fournis par les banques au niveau national (crédit commercial), étaient unifiées dans les métaux précieux au plan international, leur permettant d’être les étalons des monnaies nationales.

L’époque des guerres et des révolutions à partir de 1905-1914 a mis fin à ce système en un peu plus de deux décennies. La non convertibilité de la livre sterling (1931) et la fragmentation du marché mondial en zones dominées chacune par telle ou telle puissance impérialiste, conduisant à la guerre, marquent cette dislocation. La seconde guerre mondiale conduit à la reconstitution du marché mondial unifié (sauf le "bloc soviétique" et la Chine) avec le système de Bretton Woods (1944), dans lequel le dollar nord-américain devient la monnaie nettement dominante des échanges internationaux tout en restant la monnaie nationale américaine, étalonnée en or au ratio de 35 dollars l’once. Depuis les Acts pris par Roosevelt à partir de 1932, suite à la débâcle du système mondial de l’étalon or, ce dollar est à la fois un signe de valeur à cours forcé et un instrument de crédit (la Fed l’émet pour ré-escompter les chèques rapportant un intérêt aux banques commerciales). L’on est donc sorti de l’époque de Marx et de Bagehot (le penseur de la Banque d’Angleterre vers 1870) où le moyen des réglements internationaux était par excellence monnaie, et l’on est entré dans l’époque où cet argent est, de plus en plus, du capital-argent. Le dollar est en partie un signe de valeur à cours forcé, cette fois au niveau international, et en partie un titre de crédit (plus exactement un signe de valeur représentant des titres de crédit) et pour partie un suppléant de la marchandise monétaire or, maintenue comme référence ultime.

Cette situation prend à son tour officiellement fin le 15 août 1971, quand le président Nixon annonce la suppression de la convertibilité du dollar en or, donc achève d’imposer le cours forcé du dollar à l’échelle mondiale, et ouvre la phase de flottement des monnaies qui va profiter de manière décisive à la finance et aux politiques bientôt dites "néolibérales". Ce tournant s’achève à la fin de la décennie. Celle-ci voit justement une explosion du cours de l’or, qui culminera à 850 dollars l’once le 1°janvier 1980. Cette ascension suivait avec un décallage l’inflation des engagements à court terme en dollars et pouvait donc être interprétée comme une chute du dollar et une réaffirmation du rôle de l’or comme marchandise monnaie représentant "le travail humain en général". Mais elle fut brisée, par une lutte âpre qui dura plusieurs mois, lancée comme un véritable coup d’Etat monétaire par Paul Volcker, le patron monétariste et néolibéral de la Fed, qui le 6 octobre 1979 déserte sans explication l’assemblée inquiète du FMI, qui se tenait à Singapour, pour annoncer, de Washington, qu’il instaure un nouveau régime monétaire pour casser l’inflation quel que soit le prix à payer. La hausse brutale des taux d’intérêts lancée alors par la Fed arrive à stopper l’ascention de l’or, à redresser le dollar, à donner le cadre des politiques monétaires de tous les pays capitalistes, notamment de la vague de "réformes" lancées par Margaret Thatcher et par Ronald Reagan, qui reprend la politique de la Fed et des Chicago boys qui fut donc imposée avant même son élection le 4 novembre 1980.

Les années 1979-1980 ont donc vu une certaine "fièvre de l’or" s’emballer et s’échouer. Elles présentent aussi ce point commun avec le moment présent que la dite "fièvre" s’est communiquée à l’argent et même à d’autres métaux, comme le cuivre (qui est historiquement le troisième métal monétaire) et aux pierres précieuses -c’est l’époque de l’affaire des diamants de Bokassa donnés au président français Giscard d’Estaing ! La spéculation des milliardaires texans Hunt, qui tentèrent d’accaparer les réserves mondiales d’argent, qui s’achève en krach, faillites et scandale le 27 mars 1980 à Wall Street, peut être considérée comme l’épilogue de cet épisode.

C’est donc le "coup" de 1980 qui inaugure véritablement ce que l’on appellera ensuite la "globalization" et en français "mondialisation" (termes dépourvus de toute exactitude et dont la fonction est idéologique). Les moyens de paiement internationaux étaient du capital-argent, et poursuivant leur évolution ils vont de plus en plus être du capital fictif. Les métaux précieux dans tout cela semblent être refoulés aux oubliettes de l’histoire à côté des pendeloques préhistoriques. Ainsi semble prendre corps la ligne définie lors des accords monétaires de la Jamaïque en 1976, où les nouveaux statuts adoptés pour le FMI, remplaçant l’accord de Bretton Woods, interdisaient explicitement de définir les parites monétaires en or. Le fait d’une telle interdiction (nouvel article 4 des statuts du FMI) montre pourtant bien, comme par antithèse, que l’or est toujours là ...

Toujours est-il qu’officiellement et dans tous les commentaires courants, idées reçues et cours d’économie, on ne se posait pas plus de questions : depuis les années 1970, qu’on date la chose du 15 août 1971, des changes flottants, des accords de la Jamaïque, ou du coup de Paul Volcker, les monnaies ont, parait-il, une valeur qui se définit "les unes par rapport aux autres". Conception, il faut le dire, tout aussi fétichiste que celle qui voudrait que les monnaies "reposent sur l’or". Au fétichisme de la chose dure et touchable se substitue le fétichisme du flux de signes impalpables garantis soit par la volonté des Etats souverains, soit par la magie des marchés.

Ce passage avait été conceptualisé précédemment par le jeune Milton Friedmann, dans un article d’une incontestable audace théorique, The case for flexible exchange rate (1951), plaidoyer pour des changes flottants, pour un "système" monétaire international comparable en fait à ce que serait un système de crédit intérieur sans banque centrale, avec une création monétaire totalement privée (ce qui n’a jamais existé, puisque même le système actuel de changes flottants international repose sur les Etats et leurs banques centrales). Friedmann permettait à l’orthodoxie monétaire bourgeoise, opposée au keynésianisme, de se dégager de son fétichisme de l’or.

En termes psychanalytiques, on passe d’une représentation excrémentielle (les pièces comme petites crottes) à une représentation urinaire (les "flux" financiers et la "liquidité" du marché) ...

En France nous avons la variante non "néolibérale" de cette conception désormais dominante : la monnaie reposerait, non plus sur une "chose", et une "chose" extérieure comme l’or, mais sur la combinaison de confiance et de violence qu’engendre la société prise comme un tout, totalité que représente l’Etat :

"En se détachant complétement du métal, les sociétés ont coupé toutes les amarres symboliques qui pouvaient encore arrimer la confiance à des croyances dans un garant universel extérieur au système monétaire. La monnaie poursuit sa trajectoire vers une représentation conforme à son essence : un opérateur social objectivé dans des nombres. Le système qui le fait fonctionner est une construction institutionnelle ..." (Michel Aglietta, André Orléan, La monnaie entre violence et confiance, Odile Jacob, 2002).

Une société fondée sur la généralisation de la marchandise, dans laquelle les produits du travail doivent donc tous prendre la forme de marchandises, ne peut cependant pas représenter la valeur de celles-ci, le temps de travail socialement moyen nécessaire à leur production, dans des "opérateurs sociaux objectivés dans des nombres", des symboles politiques, en somme, pas plus qu’elle ne le peut dans des "bons du travail" qui supposent en fait que la production ne soit plus marchande, ni non plus d’ailleurs que dans un "garant universel extérieur" qu’il s’agisse d’or ou de n’importe quoi. Elle doit la représenter, pour l’échange entre producteurs indépendants et isolés les uns des autres, dans une marchandise équivalent, la monnaie, qui par là devient plus et autre chose qu’une simple marchandise, et par laquelle les autres marchandises sont des marchandises. L’évolution historique de la monnaie dans le capitalisme, depuis l’étalon or jusqu’au dollar et aux produits dérivés de crédit, traduit certes une tentative factuelle, inconsciente, de sortir de ce cadre, de même que le crédit traduit une tendance impuissante à s’émanciper de la contrainte de la valeur reposant sur le travail moyen socialement nécessaire, mais l’obligation de manifester la valeur dans une marchandise équivalent est inhérente aux relations sur lesquelles repose ce mode de production de la vie sociale et qu’il reproduit.

D’où le statut particulier de l’or, qui n’est certes pas automatiquement et magiquement l’ "incarnation sociale de la valeur" mais qui, on le voit, encore en 2008, 28 ans aprés le coup d’Etat monétaire de Paul Volcker, 31 ans aprés sa "démonétisation" officielle, 37 ans aprés l’instauration de sa non-convertibilité en dollar, a décidemment de beaux restes !

Pour qu’une chose pareille se passe, et paraisse devoir s’accentuer, il fallait non seulement que le dollar baisse et que le leadership nord-américain soit en crise, mais il fallait qu’il n’y ait pas d’autre monnaie ou système de coopération entre monnaies, susceptible de s’installer pacifiquement sur les ruines de l’ordre actuel, et qu’à moyen terme les bons du Trésor US apparaissent de moins en moins comme des valeurs refuges. Le pied de nez du métal jaune est un symptôme fort de l’impasse du mode de production.




L’inflation du XXI° siècle a commencé.

Nous l’avons dit au passage, à la hausse de l’or est associée celle d’autres matières premières métalliques. Son caractère historiquement monétaire et sa fonction de réserve de valeur se retrouvent à un degré moindre avec l’argent, le cuivre et occasionellement d’autres métaux ou pierreries. Mais la hausse des métaux en général participe d’un autre phénomène, qui marque lui aussi le moment présent : la hausse de toutes les matières premières, métalliques, énergétiques et alimentaires. Il s’agit là d’un fait d’une extrême importance, d’une donnée structurelle.

La combinaison actuelle des paramêtres rend les analyses parfois embrouillées. Il est facile de dissocier les facteurs et beaucoup ne s’en privent pas : ainsi, il y aurait d’un côté l’affaire des prêts hypothécaires nord-américains, malencontreuse spéculation ; d’un autre côté la lutte monétaire entre grandes puissances (dollar, euro, yuan, yen, livre sterling) ; et par dessus tout cela la hausse des matières premières dûe à des causes écologiques (le réchauffement climatique) et démographico-économique (l’apparition de grands marchés de consommation en Chine, en Inde et au Brésil). Si l’on ajoute au tableau le fait que cette "inflation" apparaît sur un terrain globalement déflationniste, les exportations de produits manufacturés et la formation de marchés du travail géants en Chine et en Inde tirant à la baisse, au plan mondial, les prix industriels et les salaires, il finit par sembler singulièrement embrouillé. Ainsi s’expliqueraient les hésitations des banques centrales, tiraillées entre des exigences contradictoires, "lutte contre l’inflation" d’un côté (censé appeler la hausse des taux d’intérêts), déflation latente de l’autre, phénomènes spéculatifs, etc.

Tout est en réalité lié. La crise financière et bancaire renvoie à la croissance par l’endettement et les déficits commercial et budgétaire nord-américains, aboutissant à une étape qualitativement nouvelle dans la crise de l’ordre impérialiste mondial et du leadership des Etats-Unis. Le poumon de ce système en crise depuis une décennie a été fourni par la plus-value produite par les prolétaires chinois surtout, indiens et ceux des pays dits "émergents". Cet essor n’a pas été celui d’un capitalisme rajeuni ou nouvellement apparu, mais il a été une formidable expansion du parasitisme financier, des prélévements rentiers et fonciers, de la collusion voire de l’identité fréquente, dans le cas chinois surtout, entre capitalistes chefs de l’appareil d’Etat et maîtres des terrains et des bâtiments, de la suffocation urbaine et de la dévastation environnementale. C’est simultanément, dans un double mouvement combiné qui a rythmé toute l’année 2007, qu’il produit la crise de crédit actuelle et la hausse structurelle des prix des matières premières de toutes sortes.

Cette hausse est structurelle car il ne s’agit pas d’une inflation causée au départ par la création monétaire, mais bien de la combinaison entre l’effet sur les prix d’une demande accrue, par la démographie et surtout par les marchés chinois et indien, et d’une hausse de la valeur due à plusieurs difficultés de production, conséquences de la crise climatique et des pénuries d’eau dans le cas des produits agricoles, et du coût plus élevé de l’extraction pour répondre à la demande dans le cas des produits miniers. Mais sur ces bases, elle est fortement accrue par la "spéculation". Le doute justifié sur un nombre croissant de produits financiers pousse les "investisseurs" (ce terme ne désigne plus les "entrepreneurs" mais les agences d’investissement de capital sur les marchés financiers) à "diversifier leurs actifs" dans le cadre même de la recherche de "valeurs refuge" et de "qualité" et à introduire à côté des obligations d’Etat, de l’or et des matières premières, y compris agricoles (même le bétail bovin vient d’apparaître dans cette utilisation).

Rien de "naturel" et d’inéluctable dans tout cela. Mais rien de rassurant, au contraire. La perspective de pénuries alimentaires -on appelle ça, historiquement : la famine- et énergétiques dans un climat de plus en plus chaud avec des zones de désertification justifierait un tournant radical dans la production, d’abord, au lieu de culpabiliser les consommateurs : une réduction drastique de la consommation pétrolière que le mode de production capitaliste, qui a fait jouer à la combustion énergétique un rôle clef dans les économies de capital constant, ne peut pas opérer, bien qu’elle n’ait rien d’impossible en soi. (N.d.l.r Une réponse à la crise mondiale des prix alimentaires : l’agriculture familiale durable peut nourrir le monde.)

A la place, l’anticipation des difficultés à venir alimente un mouvement spéculatif qui pousse les prix des produits de consommation de base à la hausse. Le délire pyromane est atteint avec la production de biocarburants au Brésil, qui aggrave l’effet de serre, réduit les surfaces nourricières et pousse les prix alimentaries à la hausse. Dans cette situation, le plus écologique des mots-d’ordre, c’est le blocage des prix du blé, du riz, du maïs, du lait et de la viande, et la hausse des salaires, car ce n’est pas la satisfaction des besoins humains qui détruit la planête, mais leur négation par la dynamique d’auto-accroissement continue du capital.

Vincent Présumey, 17 mars 2008.



http://www.legrandsoir.info/article6185.html
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Published by Eva R-sistons - dans Alerte - danger ! - SOS
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