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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 01:39



1 Toute personne a droit au travail,
au libre choix de son travail,
à de conditions équitables et
satisfaisantes de travail
et à la protection contre le chômage.

3 Quiconque travaille a droit à
une rémunération équitable et
satisfaisante lui assurant ainsi qu'à
sa famille, une existence conforme
à la dignité humaine et complétée,
s'il y a lieu, par tous autres moyens
de protection sociale.


Extraits de l'article 23
De la Déclaration Universelle
des Droits de l'Homme. 


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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 01:26


Initiatives & Résistances
15 commentaires 

50 économistes lancent la pétition : "Spéculation et crise : ça suffit !"

Frederic LORDON

[ Texte et adresse de la pétition + un entretien avec Frédéric Lordon ] La thèse de la « folie » vaut à peu près ce que vaut celle de « l’immoralité », c’est-à-dire rien. On peine à croire d’ailleurs que la cécité intellectuelle ou l’entêtement idéologique puissent aller jusqu’à une telle nullité de pensée, spécialement au moment où les destructions financières se produisent là, sous nos yeux, révélant leurs causes les plus évidentes. Le plus étonnant dans cette affaire ne tient presque plus aux événements eux-mêmes - pourtant ô combien spectaculaires ! - mais à l’acharnement de la croyance libérale et à la force du déni.
PETITION

La finance déréglementée détruit les sociétés. Silencieusement, au quotidien, quand les actionnaires pressurent les entreprises, c’est-à-dire les salariés, pour en extraire davantage de rentabilité, au Nord comme au Sud. A grand spectacle et avec fracas dans les crises aiguës où se révèlent brutalement les invraisemblables excès de la cupidité spéculative et leur contrecoup sur l’activité et l’emploi. Chômage, précarisation, accroissement des inégalités : les salariés et les plus pauvres sont voués à faire les frais soit de la spéculation, soit des nuisances du krach qui s’ensuit.

Depuis deux décennies, le cours de la finance mondiale n’est qu’une longue suite de crises : 1987, krach boursier ; 1990, crise immobilière aux Etats-Unis, en Europe et au Japon ; 1994, krach obligataire américain ; 1997 et 1998, crise financière internationale ; 2000-2002, krach internet ; 2007-2008 enfin, crise immobilière et peut-être crise financière globale.

Pourquoi une telle répétition ? Parce que toutes les entraves à la circulation des capitaux et à l’« innovation » financière ont été abolies. Quant aux banques centrales qui ont laissé enfler la bulle, elles n’ont plus d’autre choix que de se précipiter au secours des banques et des fonds spéculatifs en mal de liquidités.

Nous n’attendrons pas la prochaine crise sans rien faire et ne supporterons pas plus longtemps les extravagantes inégalités que la finance de marché fait prospérer. Parce que l’instabilité est intrinsèque à la déréglementation financière, comment les dérisoires appels à la « transparence » et à la « moralisation » pourraient-ils y changer quoi que ce soit - et empêcher que les mêmes causes, de nouveau, produisent les mêmes effets ? Y mettre un terme suppose d’intervenir au coeur du « jeu », c’est-à-dire d’en transformer radicalement les structures. Or, au sein de l’Union européenne, toute transformation se heurte à l’invraisemblable protection que les traités ont cru bon d’accorder au capital financier.

C’est pourquoi nous, citoyens européens, demandons :

- l’abrogation de l’article 56 du Traité de Lisbonne, qui, interdisant toute restriction à ses mouvements, offre au capital financier les conditions de son emprise écrasante sur la société. Et nous demandons également

- la restriction de la « liberté d’établissement » (art. 48) qui laisse l’opportunité au capital de se rendre là où les conditions lui sont le plus favorables, et permettrait ici aux institutions financières de trouver asile à la City de Londres ou ailleurs.

Si par « liberté » il faut entendre celle des puissances dominantes, aujourd’hui incarnées dans la finance, d’asservir le reste de la société, disons immédiatement que nous n’en voulons pas. Nous préférons celle des peuples à vivre hors de la servitude de la rentabilité financière.

POUR SIGNER :
www.stop-finance.org


Entretien avec Frédéric Lordon

" Les gens comprennent très bien que l’harmonie du marché a quelques sérieux ratés quand la Société générale voit s’évaporer 7 milliards d’euros d’un coup."

L’économiste et philosophe Frédéric Lordon appelle à mettre en cause les traités européens qui sanctuarisent la liberté de mouvements des capitaux.

De nombreux commentateurs et éditorialistes mettent la crise financière sur le compte d’une « folie » qui se serait emparée des marchés. Que pensez-vous de ces interprétations ?

Frédéric Lordon. La thèse de la « folie » vaut à peu près ce que vaut celle de « l’immoralité », c’est-à-dire rien. On peine à croire d’ailleurs que la cécité intellectuelle ou l’entêtement idéologique puissent aller jusqu’à une telle nullité de pensée, spécialement au moment où les destructions financières se produisent là, sous nos yeux, révélant leurs causes les plus évidentes. Le plus étonnant dans cette affaire ne tient presque plus aux événements eux-mêmes - pourtant ô combien spectaculaires ! - mais à l’acharnement de la croyance libérale et à la force du déni.

Si même des catastrophes de cette magnitude ne parviennent pas à dessiller l’escouade des « experts » et des précepteurs de service, on se demande quel degré de convulsion il faudra atteindre pour obtenir d’eux le premier doute… Il faut bien se mettre à leur place cependant : la « folie » et « l’immoralité », c’est tout ce qui leur reste avant d’en arriver à l’indicible mise en question, celle des structures. Car tel est bien, malheureusement pour eux, l’enseignement à vif de la crise : jusque dans l’effondrement, la libéralisation financière demeure parfaitement conforme à son concept. Ce à quoi nous assistons est le déploiement nécessaire d’une mécanique inscrite au coeur des structures libéralisées de la finance. UBS a perdu 18 milliards de dollars, Merril Lynch, 19 et Citigroup, 21, sans opérations frauduleuses ni Jérôme Kerviel local. Bref, elles ont perdu en jouant, strictement, le jeu de la finance tel qu’il est configuré actuellement. C’est bien cette configuration qui est intrinsèquement l’origine du problème.

Comment peut-on imaginer un seul instant que des opérateurs financiers pourraient renoncer à poursuivre d’extraordinaires opportunités de profit dans un univers qui les démultiplie et leur donne des proportions sans commune mesure avec les gains de l’économie réelle ? Par quel miracle de vertu la Société générale qui, en 2006, tire 23 % de rentabilité des capitaux propres de sa banque de détail pourrait-elle s’abstenir de saisir les 48 % ( !) que lui offre sa banque d’investissement ? Laissez l’économe d’une congrégation bénédictine libre d’aller placer les excédents de la chartreuse sur les marchés et il finira avec des CDO de subprimes…

La crise présente n’a donc rien d’exceptionnel ?

Entre « trader fou » et hypothèse de « l’accès de folie », tout est fait pour donner à l’événement actuel un statut d’aberration exceptionnelle, un égarement incompréhensible sur fond de parfait bon sens. Mais la « folie » est le régime permanent et nécessaire de la finance libéralisée.

Dans quels mécanismes s’enracine ce fonctionnement de la finance ?

La finance de marché a la propriété de faire voir, par une sorte d’expérimentation en vraie grandeur, les résultats catastrophiques d’une situation où tous les agents sont simultanément laissés libres de poursuivre frénétiquement leurs intérêts de profitabilité maximum et placés sous de féroces contraintes de concurrence et d’évaluation - mesure du mérite individuel par l’argent, saine concurrence, évaluation permanente : un rêve sarkozyste…

Dans le champ de la finance, la concurrence est sauvage. C’est le domaine qui a porté le plus loin l’obsession de l’évaluation comparée des performances de tous : annuaires professionnels de toutes sortes multiplient les classements et les hit-parades pour tous les métiers et tous les types d’actifs. Avec des effets de grande ampleur puisque des mandats de gestion, c’est-à-dire des masses financières considérables, vont être déplacés vers les vedettes du moment.

Du fait même de cette concurrence infernale, dont les tables sont remises à jour sur une base trimestrielle, les agents vivent dans un état d’hystérie permanente. Tout ce qui en réalité, ou en imagination, offre une perspective de rentabilité accrue, et surtout de rentabilité différentielle, sera poursuivi avec acharnement. Cette pression concurrentielle s’articulant à la pleine libération de la pulsion cupide, les efforts désespérés de tous pour dépasser tous entraînent une accumulation collective de risques dont nul n’a le souci puisque chacun n’est préoccupé que de ses intérêts individuels. Seule une pensée indigente - ou complice - peut s’obstiner de voir là un problème de moralité alors qu’il n’est question que de structures.

Comment comprendre la répétition de ces crises financières depuis vingt ans ?

J’hésite entre deux stratégies : dénoncer l’indigence conceptuelle du couple « moderne » -« archaïque » - sans lequel l’éditorialiste libéral réformateur de base n’est plus capable de construire une seule phrase -, ou bien le retourner contre ses utilisateurs. Car seule une formidable inversion rhétorique peut donner la régression libérale pour un « progrès ».

Sitôt installée, la déréglementation des marchés de capitaux nous a fait faire un bond en arrière de soixante ans puisque le krach de 1987 a non seulement égalé en importance celui de 1929 mais a constitué le premier événement du genre survenu depuis lors. Quant à la panique bancaire de la Northern Rock, il faut carrément remonter à 1866 pour en retrouver l’équivalent. On juge du « progrès » et de la « modernité »… Or la croyance libérale n’en démord pas.

On reste sidéré du bilan dérisoire de la réunion européenne tenue à Londres le 29 janvier. « Tout en préférant des solutions de marché, si les acteurs de marché s’avèrent inaptes à traiter ces problèmes, nous sommes prêts à considérer des solutions de remplacement réglementaires », déclare sans rire le communiqué officiel. Mais cette inaptitude est avérée depuis vingt ans ! La preuve en est cette infernale récurrence de la crise des marchés puisque, depuis 1987, nous n’avons pas la paix plus de quatre ans d’affilée.

Quoique touchant des compartiments différents, et avec sans doute des effets économiques différents, la similitude formelle des crises de 2007 et 2001 est frappante. Même délire spéculatif, mais aussi même carence des agences de notation, même prolifération des structures hors bilans échappant aux contrôles comptables réguliers, et jusqu’au parallélisme des « entités spéciales » - entre les SPV (Special Purpose Vehicle) qui ont coulé Enron en 2000 et les SIV (Special Investment Vehicle) gavés de subprimes de 2007, l’identité est presque parfaite.

Et, bien sûr, les mêmes recommandations de « réintégration des hors-bilans », les mêmes solennelles promesses de transparence et de moralité. Recommandations jamais suivies, promesses jamais tenues, paroles envolées sitôt commencée la bulle d’après.

Vous avez formulé, il y a quelque temps, des propositions pour, dites-vous, « affamer la finance »…

Il faut bien avoir conscience qu’une fois la formation d’une bulle lancée, il est trop tard. D’abord elle est vouée à crever. Et lorsqu’elle le fera, elle armera instantanément la prise d’otages qui contraindra le banquier central à venir au secours des institutions financières en détresse.

C’est là toute la perversité de la crise financière qui, au-delà d’un certain stade de gravité, crée une situation dite de risque systémique. La densité des engagements croisés entre les banques est en effet telle qu’un défaut individuel peut être propagé de manière foudroyante, au risque de provoquer un collapsus général. Devant l’énormité des conséquences possibles, le banquier central, quelle que soit sa volonté de sanctionner les imprudents, n’a pas d’autre choix que d’intervenir pour leur sauver la mise. Pour sortir de cette situation, il n’y a pas d’autre moyen que… d’éviter qu’elle ne se forme !

Pour asphyxier la bulle ab initio, il faut la priver (d’une partie) de son oxygène : le crédit. À ceci près qu’élever les taux d’intérêt risque de tuer l’économie réelle en même temps que la spéculation. D’où l’idée de taux d’intérêt dédoublés, l’un à destination des seuls agents de l’économie productive, et qui pourra être maintenu aussi bas qu’on veut, pendant que l’autre, à destination des seuls agents de la finance, pourra être relevé aussi haut que nécessaire.

Vous proposez aussi d’instaurer un plafonnement de la rémunération des actionnaires.

J’ai donné à cette proposition le nom de SLAM - Shareholder Limited Authorized Margin. Il s’agit de plafonner par un écrêtement fiscal la rémunération des actionnaires pour désarmer les incitations du capital actionnarial à intensifier indéfiniment l’exploitation des salariés. Nous ne sommes plus là dans la problématique de la crise de crédit, mais dans celle, plus permanente, de l’emprise de la finance actionnariale sur l’économie. En faire mention ici vaut donc surtout pour dire que, contrairement aux usuelles fins de non-recevoir du genre «  il n’y a pas d’alternative » et « de toute façon vous n’avez rien à proposer », des idées pour arraisonner la finance, il commence à y en avoir.

Comment imposer de tels outils de régulation ?

Toutes les propositions « techniques » sont nulles et non avenues tant qu’elles restent sans force politique. Or, pour sinistre qu’elle soit à bien des égards, la conjoncture présente a au moins l’avantage d’offrir une opportunité sans pareille au rassemblement de cette force et à l’installation de la question financière dans le débat politique. Car c’est au coeur de la crise, et au spectacle de ses formidables destructions de valeur, que les esprits sont frappés.

Les gens comprennent très bien que l’harmonie du marché a quelques sérieux ratés quand la Société générale voit s’évaporer 7 milliards d’euros d’un coup. Il y a là une configuration politique extraordinaire dont il faut impérativement tirer parti. C’est peut-être le seul bénéfice de ces crises que d’offrir des invalidations en actes et, il faut le dire, à grand spectacle, des thèses libérales de parfaite autorégulation des marchés. Ne pas l’exploiter serait une faute politique qui nous condamnerait à attendre passivement la prochaine secousse - puisque des causes inchangées produiront à coup sûr des effets semblables.

Or, il est temps de dire que cette succession métronomique des séismes financiers - sans doute jusqu’ici rattrapés, mais jusqu’à quand, et à quel prix en termes de croissance et d’emploi ? - nous n’en voulons plus. « Ne plus vouloir », c’est donc viser les causes, c’est-à-dire les structures, et affirmer que leur transformation profonde doit être un enjeu majeur de notre débat politique.

Quelle forme donner concrètement à ce « ne plus vouloir » ?

J’ai hautement conscience de mes risibles compétences en matière d’action politique. Mais l’idée de regarder bras ballants le manège repartir pour un tour exactement à l’identique me rend malade, c’est pourquoi je ne peux pas m’empêcher de lancer au moins une idée et même, pourquoi pas, de la poursuivre.

S’il s’agit de refaire l’agenda du débat public et d’y faire figurer en haut de liste la question financière, ne faut-il pas jouer dans l’opinion un coup « catalytique » pour faire précipiter les multiples réactions individuelles en une idée collective claire et distincte - et en un programme d’action politique ? Je ne vois guère de meilleur moyen pour cela que la pétition. Il faudrait qu’elle soit portée par une pluralité de médias. Mais, surtout, cette pétition devrait impérativement être européenne, et relayée par des titres amis en Allemagne, en Italie, en Espagne et ailleurs. Car c’est bien l’Europe le niveau pertinent où poser de nouveau la question de la libéralisation financière.

Et cela d’autant plus que, honte suprême pour tous les faux-culs qui chantent les louanges de l’Europe « bouclier contre la mondialisation », ce sont les traités européens qui sanctuarisent la liberté de mouvement des capitaux et s’opposent à toute modification significative des structures de la finance. Cette obscénité démocratique - je rappelle que la liberté de mouvement des capitaux s’était trouvée inscrite dans la charte des droits fondamentaux du traité constitutionnel de 2005… -, qui nous prive de la possibilité de remettre la finance à la place que, politiquement, nous voulons lui assigner, donne du même coup son objectif évident à cette pétition : l’article III-56 du traité européen consolidé.

« Toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites » : voilà ce dont nous ne voulons plus. Mettre à bas cet article III-56 est le préalable à toute reconstruction des structures de la finance, c’est-à-dire à tout projet politique de sortie de la configuration présente du capitalisme. Si la présente crise nous en donne l’opportunité et la force, alors elle n’aura pas eu lieu pour rien.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui paru dans l’Humanité du 21 mars 2008


EN COMPLEMENT, voir le site
http://www.redistribution.fr
Combattre le chômage et la précarité par une nouvelle forme de redistribution interentreprises



http://www.legrandsoir.info/article6251.html

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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 01:10


Analyses
 
Les interviews radio de Pascale Fourier (Frédéric Lordon, 6 mars 2009)

Crise :
La nécessaire nationalisation intégrale
des banques (1/4)

Pascale FOURIER, Frederic LORDON


[Transcription] Pascale Fourier : Frédéric Lordon, vous êtes directeur de recherche au CNRS, et notre président va pouvoir être très content, parce que visiblement vous avez trouvé quelque chose... Vous m’avez dit tout à l’heure que, tel Popeye avec ses petits muscles, vous aviez trouvé en octobre un magnifique plan pour sauver l’ensemble de l’économie de la planète.

Frédéric Lordon : Du système solaire plutôt... C’est très bien. C’est un lancement extraordinaire : je suis dans les meilleures conditions possibles pour ne pas avoir l’air d’un âne.... Je vous remercie beaucoup Pascale Fourier.... Alors, il se trouve qu’au mois d’octobre, une idée m’est passée par la tête, ce qui est rarissime pour un chercheur.

Octobre 2008 : ce qui a été fait....

A ce moment-là quel est le problème ? On a un problème de dette des ménages, de dette immobilière des ménages. Le paquet de mauvaises dettes est rondelet, mais il est quand même assez bien circonscrit : on pourrait encore s’en tirer à la rigueur, pourvu qu’on fasse la chose qu’il faudrait faire. Et la chose qu’il faudrait faire, c’est précisément ce que n’ont pas fait les autorités des États-Unis, ce qui est quand même très intéressant d’ailleurs : ce qui me frappe, c’est la très médiocre qualité de la réponse des pouvoirs publics depuis cet automne. Ce n’est pas qu’ils ont tout faux sur toute la ligne, ce n’est pas ça : les pouvoirs publics ont appris en 80 ans. Depuis la crise de 29, ils ont un peu appris et donc il y a des bêtises qui n’ont pas été faites cette fois-ci, et ça, ça vaut quand même le coup d’être noté. Deux bêtises en particulier ont été évitées. En 1929, la Réserve fédérale avait conduit une politique monétaire très restrictive - il s’en était suivi un désastre pur - et, dans les premières années de la récession en tout cas, l’orthodoxie voulait qu’on ne relance pas par le budget : ce n’était pas bien. Ça, ce sont deux sottises-là n’ont pas été faites. La Réserve fédérale, comme la Banque Centrale Européenne - il faut leur accorder cela, les banques centrales en général ont ouvert leurs robinets à liquidités et pas qu’un peu. Les gouvernements mobilisent leurs finances publiques pour des volumes qu’on n’avait pas vus depuis très très longtemps. Donc tout, ce n’est pas mal...

... et ce qui aurait dû être fait pour arrêter la crise.

Ce n’est pas mal, mais ça ne fait pas le job, à mon avis. Et en particulier, ça ne fait pas le job du nettoyage des écuries bancaires. Il y a un plan qui avait été prévu, qui avait été lancé quelques semaines après le naufrage de Lehman Brothers qui est connu sous le doux nom de TARP, Troubled Asset Releve Program, qui était un moyen pour racheter les mauvais actifs qui plombaient les bilans des banques. Et c’est le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, qui avait eu cette fameuse idée. Il avait mis sur la table un petit paquet tout de même : il a mis 700 milliards de dollars. Ce n’est pas rien ! Mon impression à l’époque, c’est que ces 700 milliards de dollars n’étaient pas adéquatement dépensés. Disons que, déjà, il aurait fallu arrondir à 1000 pour faire plus simple, mais surtout ce n’est pas aux banques qu’il fallait les donner. Il fallait renflouer les ménages pour renflouer les banques. Ca semble être une étape supplémentaire qui n’a aucun intérêt puisque à la fin des fins cet argent va bien revenir aux banques et pourtant cette étape supplémentaire changeait tout.

Elle changeait tout pour les raisons suivantes. La première chose, c’est que, si on faisait ça, on lissait la charge pour les finances publiques sur les calendriers initiaux des dettes immobilières, c’est-à-dire 20 ou 30 ans. Et sortir 700 milliards ou 1000 milliards de dollars sur 20 ou 30 ans ou bien les sortir sur trois mois, ça fait une sacrée différence pour les finances publiques ! Ça c’était le premier point. Le deuxième point surtout, c’est qu’à partir du moment où on subventionnait les ménages, on les restaurait dans leur situation d’emprunteur solvable, et donc surtout on rétablissait la continuité des paiements d’intérêt principal, la continuité des remboursements sur toutes ces dettes immobilières. Et ce faisant, on rétablissait instantanément à leur valeur initiale tous les actifs qui ont été dérivés par les mécanismes de ce qu’on appelle la « finance structurée », plus connue simplement sous le nom de « titrisation » et qui sont devenus des actifs extraordinairement toxiques du seul fait que précisément les remboursements étaient interrompus. Si les remboursements sont rétablis, alors les actifs retrouvent instantanément toute leur valeur puisque leur valeur repose sur cette continuité-même des flux de paiement. On effaçait donc d’un coup les pertes bancaires, on restaurait leurs bases de capitaux propres et les banques étaient instantanément remises en état de recommencer à prêter.

Je ne parle même pas des effets de légitimité politique de cette manœuvre. On a bien vu ce qui s’est passé lorsque que le premier plan Paulson a été lancé : il a été rétorqué en première lecture à la Chambre des représentants pour une raison extrêmement simple, c’est que les électeurs étaient vent debout. Les banques les ont surendettés, les ont foutus à la porte de leurs baraques, et voilà maintenant qu’elles appellent au secours avec l’argent des contribuables !... C’était un peu beaucoup.... alors que là, si l’on sortait les ménages de la mouise, évidemment, du point de vue de la légitimation politique, c’était d’une puissance absolument imbattable.

Novembre 2008 : la récession, machine à produire de la mauvaise dette

Cette idée-là à mon avis avait de grandes vertus, mais elle avait une date limite de fraîcheur. A partir de la moitié ou de la fin du mois de novembre, c’était fini, ça ne marchait plus, et pour une raison simple, c’est qu’on est passé d’une situation où on avait juste des banques qui était en très très mauvais état - c’était gravissime , mais c’était encore gérable -, à une situation où le choc financier se propage dans tout le tissu de l’économie réelle. Et là on entre en récession franche.

Là, c’est une toute autre histoire pour une raisons extrêmement simple, c’est que la récession est une machine usine à produire endogènement de la mauvaise dette. Donc on avait à l’origine un stock de mauvaises dettes qui étaient de 700 milliards,des stocks de mauvaises dettes, des dettes immobilières, et puis les cartes de crédit, les prêts auto, les prêts étudiant... : on avait un stock relativement bien circonscrit, mais la récession le fait gonfler gonfler dans des proportions absolument incroyables et qu’on ne voit pas s’arrêter pour une raison très simple, c’est que d’abord la récession met des gens au chômage et ces gens-là sont encore moins capables de payer leur dette qu’ils ne l’étaient auparavant et surtout la récession met tout un tas d’entreprises sur le flanc ! Par conséquent, d’anciens business qui étaient tout à fait viables roulent au fond du ravin simplement du fait de la contraction générale de la demande, de l’impossibilité de renouveler les crédits, etc., etc. C’est comme une espèce de glissement de terrain, et sur le front du glissement de terrain, ça pousse des quantités de boue absolument extravagantes, et ça nous fait un talus de boue qui croît et embellit...

Et c’est la raison pour laquelle les gouvernements sont systématiquement à la ramasse, c’est-à-dire que leurs plans sont toujours à la rue parce qu’ils ont toujours un ordre de grandeur de retard. Il faut voir la dérive, c’est très impressionnant. Au mois d’octobre, le TARB, c’est 700 milliards de dollars ; le plan qui a été lancé pour sauver les banques, le plan de Timothy Gardner, le nouveau secrétaire au Trésor de l’administration Obama, c’est 2500 milliards de dollars, et les gens pensent que ça ne va pas suffire.

C’est là qu’il y a quelque chose qui est tout à fait gravissime et qui frappe d’inefficacité les plans publics. Et ce qui est formidable d’ailleurs, c’est que là aussi, au moment où on parle, début mars 2009, il y a encore quelque chose à faire me semble-t-il, mais à quoi les gouvernements résistent pour la même raison générale qu’ils ont résisté au mois d’octobre à faire ce dont je viens de parler, et ce sont des résistances idéologiques. Au mois d’octobre, il était hors de question pour quelqu’un comme Henry Paulson, ex-président de Goldman Sachs, ministre des finances d’une administration républicaine, donc homme de droite jusqu’au bout des ongles, de sauver des agents économiques qui ne soient pas des banques. Les banques, on les sauve parce qu’ils ont bien compris tout de même que si ça crève, on crève tous derrière ; les ménages, ça peut crever la gueule ouverte tout seuls. Ça, tout le monde s’en fout ! Il y a un impensé vraiment radical dans la psyché économique aux États-Unis : si quelqu’un doit aller à la faillite, après tout, c’est plus ou moins de sa faute ! Après tout, ces ménages, ils n’était pas forcés de s’endetter comme ça ! Ils l’ ont voulu, eh bien ils l’ont eu ! Et maintenant ils en supporteront les conséquences. Donc il n’est pas question que, ceux-là, on vienne les aider.

L’urgence de la nationalisation intégrale des banques

Actuellement, on se heurte à une autre sorte de réticence idéologique qui tient au fait que, à mon sens, la clé de la sortie de crise ou au moins de l’amélioration des choses, c’est la nationalisation - mais la nationalisation intégrale du système bancaire ! Et pour une raison simple qui est la suivante, c’est que tout le monde se scandalise, gouvernement en tête, qu’on donne plein d’argent aux banques à seule fin de le voir reprêté et elles ne prêtent rien - j’exagère, elles prêtent toujours un peu, mais elles prêtent beaucoup moins que ce qu’on attendrait. Et on met ça sur le compte du mauvais vouloir bancaire. C’est une erreur totale ! Je mets de côté quelques cas de crapuleries avérées... Aux États-Unis, il y a quelques affaires bien crapoteuses qui sont sorties et qui concernent des banques de premier rang : je pense à J. P. Morgan en particulier... Mais laissons ça de côté. Même pour des banques qui voudraient jouer le jeu rubis sur l’ongle, on peut les supplier autant qu’on veut, elles ne prêteront pas, pour la raison que, confrontées à un environnement économique aussi puissamment adverse, se mettre à reprêter tout seul pour soutenir la conjoncture avec ses petits bras musclés, c’est une entreprise qui est vouée à l’échec. Elle est vouée à l’échec parce qu’elle est à peu près certaine de voir ces nouveaux crédits mis en circulation tourner en mauvaises dettes, tout simplement par le mécanisme que je mentionnais tout à l’heure, par le fait que la récession écrabouille absolument tous les agents économiques.

En revanche, il y a une manœuvre qui serait possible et qui pourrait être couronnée de succès, ça serait que les banques se mettent toutes à prêter simultanément. Si elles le faisaient, évidemment elles créeraient les conditions de possibilité de leur succès collectif : à partir du moment où elles se remettraient toutes à prêter, alors toute l’économie serait à nouveau irriguée de ses volumes de crédit habituel et donc tous les cycles de production repartiraient de nouveaux, toutes les dynamiques offre-demande seraient ré-enclenchées, etc. Et toute cette affaire a des propriétés d’auto-validation, c’est-à-dire que les nouvelles dettes qui seraient émises par ce mouvement-là resteraient dans le statut de bonnes dettes et ne tourneraient pas instantanément en mauvaises dettes comme c’est le cas actuellement lorsque ce sont des banques séparément qui essaient de faire un petit quelque chose dans un coin.

Et donc voilà le problème : le problème, c’est que, pour réussir, la manœuvre nécessite d’être parfaitement coordonnée à l’échelle de l’ensemble du système bancaire, pour que ça ait un impact macro-économique bien sûr. Or la coordination à l’échelle macro-économique, c’est ce que par construction, par définition, l’économie de marché ne sait pas faire. C’est la définition même de l’économie de marché : l’économie de marché, c’est une économie dans laquelle les agents prennent leurs décisions sur une base privative totalement autonome et hors de toute coordination centrale. Donc, pour chaque banque séparément, la solution rationnelle, c’est d’attendre que les autres fassent le premier pas pour suivre à son tour. Et comme toute les autres banques font le même raisonnement, alors chacun reste les deux pieds dans le même sabot et il ne se passe rien.

La conclusion qui s’ensuit, c’est que ce que la main invisible du marché ne peut pas faire, une main visible peut le faire, elle. Et des mains visibles capables de produire cet effet de coordination à une échelle pareille, il n’y en a pas 36, il n’y en a qu’une : c’est celle de l’État. Conclusion : prise des commandes, prise des commandes de la totalité du système bancaire. Et pour prendre les commandes de la totalité du système bancaire, il n’y a pas 36 formules non plus, c’est la nationalisation, mais intégrale.

... et les réticences idéologiques.

Et c’est là qu’on revient la réticence idéologique. Je pense que les États-Unis vont devoir nationaliser, mais ils vont le faire la pire des manières et avec vraiment la mauvaise logique en tête. Ils vont le faire parce qu’ils escomptent que la nationalisation sera l’instrument pour sauver des banques de l’insolvabilité à laquelle elles courent à vitesse grand V. City Group va être nationalisé : il est déjà à hauteur de quasiment 40 %, comme Northernrock l’a été, comme Bradford... On y va tout droit. Mais ça va être des nationalisations de banque, c’est-à-dire des banques au cas par cas. Et celles qui sont saines, ou celles qui sont moins sub-claquantes, on les laissera au secteur privé souverain et triomphal...Or si on ne nationalise que quelques banques dans cette pure logique de sauvegarde, pour les tirer de l’insolvabilité, etc., etc., alors on loupe tout de l’effet dont je suis en train de parler, c’est-à-dire de cet effet de coordination à l’échelle d’un secteur tout entier.

Cette idée de la nationalisation intégrale, la pensée économique américaine y est absolument rétive. Il faut voir en ce moment ce qui est en train de se passer aux États-Unis : il y a un débat qui est absolument surréaliste. C’est un mot qui leur fait tellement peur qu’ils n’osent même pas le prononcer... Comme toujours aux États-Unis, quand on n’ose pas prononcer un mot, on dit juste la première lettre... Ils disent le « N word », le mot qui commence par N. « Nationalisation », c’est tellement moche ! ... Et les débats sont invraisemblables ! Ben Bernacki va devant le Congrès pour jurer qu’on ne va pas nationaliser. Timothy Gardner le contredit en même temps. Enfin, prendre des participations dans des banques, c’est nationaliser, il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt ! Il y a un débat sur le thème de savoir si nationaliser est conforme aux valeurs américaines. Mais c’est un débat... de mormons ! On a l’impression de voir des mormons en train de se demander s’il faut transfuser le grand blessé... Le gars saigne à gros bouillons, mais peut être que le bouche-à-bouche suffira... C’est complètement dingue ! Par exemple, Paul Krugman fait sa chronique habituelle dans le New York Times et il dit : « Non, nationaliser, il faut le faire, d’ailleurs nationaliser ce n’est pas « unaméricain », ça n’est pas contraire aux valeurs américaines, c’est aussi américain que la tarte aux pommes ». Vous voyez où on en est.

Et ce que je crains, c’est que d’abord les forces de la crise vont leur tordre les bras, ils devront donc le faire, mais il le feront mal, et ils le feront trop tard. Et on voit bien ce que ça fait les occasions loupées. On a vu ce que ça faisait avec le plan Paulson première manière au mois d’octobre. Les fenêtres se referment et l’histoire ne repassent pas les plats. Ou alors si elles se rouvrent et c’est avec un problème qui a doublé ou triplé de taille. Donc à force de les voir passer sans réagir, ça risques de finir assez mal cette histoire... C’est pour ça qu’il s’agirait que ce débat progresse un peu plus vite.


Frédéric Lordon
directeur de recherche au CNRS
Interview du 6 Mars 2009

Thème : la crise ! Partie 1/4

Référence : "J’ai dû louper un épisode..." les interviews de Pascale Fourier (avec son aimable autorisation)


http://www.legrandsoir.info/article8411.html

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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 03:03
Vendredi 17 avril 2009
La Cyber-résistance


Faut-il geler le prix des loyers ?



Cette question est aujourd'hui posée de façon publique par la CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie). En 10 ans, les loyers ont augmenté de 40%, voire 60% dans certaines zones comme la région parisienne. Ces hausses ne correspondent en rien à l'inflation. En moyenne, les ménages consacrent au logement 25% de leur budget. Certains ménages font grimper ce pourcentage jusqu'à 50% !


La CLCV (voir ci-dessous), demande pour l'année 2009 le gel des loyers. Cette mesure ne fait malheureusement pas l'unanimité alors qu'elle correspond à un réel besoin. Les locataires se répartissent à 40% dans le secteur social et à 60% dans le privé.

Il y a des enjeux financiers énormes et des propriétaires peu scrupuleux n'hésitent pas à profiter de la situation pour en tirer profit.

Les couches populaires succombent sous la pression patronale qui jette de plus en plus de salariés à la rue, qui tire les salaires vers le bas et qui asphyxie petit à petit la société toute entière.

La question du logement est un élément crucial d'un minimum de confort pour vivre, de la reconnaissance par la société et d'une dignité maintenue.

Mais obtenir un logement n'est pas suffisant quand celui-ci est vétuste et que les loyers restent élevés.

C'est la raison pour laquelle le blocage des loyers constituerait un des freins à la spirale de l'appauvrissement des familles.

Si Christine Boutin, ministre du logement et de la ville, s'oppose au gel des loyers proposés par la CLCV, c'est avant tout pour laisser le marché de l'immobilier « s'épanouir » sans aucune intervention de quiconque... hormis des propriétaires eux mêmes!

Plus intéressante est la prise de position de Pierre Quercy, délégué général de l'Union sociale pour l'Habitat, qui représente plus de 800 organismes HLM.

Il n'est pas non plus d'accord avec la CLCV pour des raisons d'équilibre budgétaire. Un blocage des loyers, dont le poids dans le budget général des HLM est important, limiterait les moyens financiers pour leur fonctionnement. Mais Pierre Quercy révèle que l'État a fortement diminué ses subventions depuis des années. En bref, tout revient à des choix économiques. Il est donc question de mieux utiliser les moyens financiers dégagés par le travail de tout un pays pour le bien de tous plutôt que de laisser se développer des pratiques où prime la loi du plus fort. Mais ce n'est pas cette orientation qui est choisie par le gouvernement.

Pourtant, en Guadeloupe, le LKP a réussi à faire plier les pouvoirs publics et les loyers des logements HLM sont gelés pour cette année. Comme quoi, c'est le rapport de force qui compte.

Ne nous laissons donc pas endormir par des explications « techniques » alors que ce sont des choix politiques à engager pour l'avenir qui font défaut et dont ont besoin les plus larges couches de la société.


La CLCV demande le "gel" des loyers en 2009



PARIS, 2 fév 2009 (AFP) - L'association de consommateurs CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie) a réclamé lundi le "gel" des loyers en 2009, qui ont selon elle augmenté de près de 60% depuis 10 ans. "Aujourd'hui, la part du budget que consacrent les ménages pour se loger atteint en moyenne 25% avec des réalités bien supérieures pour les plus modestes", souligne la CLCV dans un communiqué, pour justifier sa demande.

Or, pour l'association, "le contrecoup de la crise économique sera sans nul doute désastreux pour certains locataires déjà en situation difficile". "Il est du devoir des pouvoirs publics d'anticiper cette situation et de prendre des mesures d'urgence visant à prévenir des situations où de nombreux locataires, de bonne foi, connaîtront des retards de paiements", déclare la CLCV.

Aussi la CLCV demande-t-elle "la mise en place d'une véritable Garantie du Risque Locatif (GRL) universelle et mutualisée au bénéfice tant des bailleurs que des locataires".


source
 : Pouvoir d'achat, bulletin d'échange des signataires du texte «défendons notre pouvoir d'achat »


http://eldiablo.over-blog.org/article-30366584.html 

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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 02:54

Emeute, Daumier


On pouvait lire dans le journal financier « Les Echos » du 15 avril :

A la question de savoir si elles trouvent justifiées les actions sociales radicales, voire violentes comme des blocus d'usines, de routes ou même des séquestrations de cadres et de patrons, 55% des personnes interrogées ce week-end par BVA ont répondu oui, contre 39% non. Et les cadres et professions libérales les approuvent autant que les ouvriers et les employés.

Plus instructif encore, près de deux sondés sur trois (64% contre 30%) ont estimé que ces méthodes  «  ne doivent pas être sanctionnées par la justice car elles sont souvent le seul moyen dont disposaient les salariés pour se faire entendre' . Un point de vue que partagent même majoritairement les sympathisants de droite (à 50% contre 45%).

« Ces résultats confirment, si besoin était, la montée du mécontentement social, voire d'une certaine forme de radicalisation en France » souligne Gaël Sliman, directeur général adjoint de BVA.

source : « communistes 

http://eldiablo.over-blog.org/article-30367725.html



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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 02:47




L’UTOPIE OU LA MORT. Un peu de théorie


« L’utopie ou la mort » est le titre d’un livre de l’agronome René Dumont publié au début des années 70 et qui est à l’origine du développement de l’écologie politique. Il fait écho aux avertissements lancés par le Club de Rome en 1969 et qui mettait l’accent sur la finitude des ressources de la planète et prévoyait l’explosion démographique qui s’est produite depuis. Un cri, un appel : il est urgent de changer nos modes de production et nos modes de consommation ! Changer nos conceptions du monde ! Quarante ans ont passé et nous n’avons rien fait d’autre qu’aller vers le pire !


Ce livre a été déterminant pour l’évolution de ma conception du monde personnelle. C’est de conception du monde dont il sera question dans cet article. Qu’est-ce qu’une conception du monde ? Qu’est-ce qu’un système de valeur ? Qu’est-ce qu’un projet de monde ? Qu’est-ce que la notion de compossibilité ? Qu’est-ce que cela implique ?


Tout être humain a une conception du monde. Cette conception peut être vague, inconsciente, bourrée de contradictions, nourrie d’évidences ou mûrement réfléchie, éprouvée en théorie comme en pratique, sans cesse soumise à l’épreuve de la remise en question, elle n’en existe pas moins. Et toute conception du monde s’accompagne d’un système de valeurs discriminatoires entre « bien » et « mal », avec plus ou moins de cohérence et de sens de la nuance entre ces deux extrêmes.


Tout humain est également porteur d’un projet de monde qui est la manière dont il désire voir se dérouler son avenir. Que ce soit la réalisation d’un plan de carrière avec famille à l’avenant, que ce soit le désir de cocooner devant la télévision pour le restant de ces jours, que ce soit devenir maître du monde ou bâtisseur d’utopie, il s’agit de projets de monde. Deux projets de monde ont ensemble un haut degré de compossibilité quand leur réalisation est possible simultanément sans que l’un nuise à l’autre. Soit parce qu’ils sont complémentaires et la réalisation de l’un contribue à la réalisation de l’autre, soit parce qu’ils n’empiètent pas l’un sur l’autre, ils n’occupent pas le même territoire et ne se rencontrent pas.


Qu’est-ce que cela implique ? Pour le comprendre dans le contexte actuel, il faut faire appel à d’autres notions, issues d’un autre ouvrage déterminant pour la construction de ma conception du monde, il s’agit de « La nouvelle alliance » de Stengers et Prigogine. Je ferai une étude approfondie de cet ouvrage en tant qu’il amène des outils indispensables à la critique de l’économisme dans sa prétention à se vouloir science héritière des sciences exactes, avec toutes les aberrations qui en résultent. Les premiers de ses outils permettant de définir les domaines fort limités dans lesquels quelle que science que ce soit peut prétendre à une relative exactitude et domaines qui ne concernent certainement pas le vivant et encore moins les complexes sociétés humaines. Ici je me bornerai à sortir trois notions de ma boite à outils : la notion d’irréversibilité, la notion de point de bifurcation et celle d’horizon temporel de Liapounov.


Pour illustrer les fondements de la mécanique classique (La Science Exacte par excellence), je prendrai cette assertion mécaniste de Descartes : « Je prends le chien, je démonte le chien, je remonte le chien et c’est toujours le même chien ».  Bien sûr, c’est absurde et cela fait rigoler et pourtant, pour les adeptes du mécanisme il y avait là un idéal potentiellement réalisable que seule notre imperfection nous empêchait d’atteindre. Mais la mécanique classique va plus loin puisque ses équations impliquent l’existence d’un temps absolument réversible. Autrement dit tout phénomène soumis aux équations de la mécanique classique est sensé pouvoir remonter le temps. Le vieillard pouvoir revenir vers la jeunesse, la bille remontera la pente qu’elle a descendu, la bougie fondue se reconstituera, etc… Il n’en va pas ainsi dans la réalité, les phénomènes qui font notre quotidien sont irréversibles, il y a la grande marche en avant de l’évolution sans retour en arrière possible.


La notion de point de bifurcation et celle d’horizon temporel sont deux notions intrinsèquement liées. Je prendrai comme exemple une prévision lue dans un journal (que je ne citerai pas) et qui prenait l’évolution du taux de croissance de la population de ces dernières années pour prédire qu’en 2050 le nombre d’habitants de la planète serait de…je ne me rappelle plus, cela n’a aucune importance, car de telle prédiction n’ont aucune valeur, elles sont parfaitement absurdes et dénuées de tout intérêt.  Techniquement cela s’appelle des projections linéaires et s’accompagne du postulat implicite « toutes choses égales par ailleurs… ». Autrement dit s’il n’y a pas plus de guerres, pas plus de famines, pas de manque d’eau, pas plus de besoins fondamentaux non satisfaits,  pas plus d’épidémies, etc… la population devrait être en 2050…Regardez autour de vous, chaque jour les « choses cessent un peu plus d’être égales par ailleurs ». Et l’horizon temporel est ce point limite qui marque le moment où la projection linéaire cesse d’être valable parce que « les choses ne sont plus du tout égales par ailleurs» et que leurs influences conjuguées ont fait bifurquer le système : l’ont fait entrer dans un autre régime de fonctionnement à priori imprévisible, seulement évaluable en termes de probabilité. Le système est alors en état d’instabilité, il obéit à d’autres lois que celle d’actions-réactions des forces de la mécanique, c’est le moment où le battement de l’aile d’un papillon à Madagascar peut provoquer une tempête à Honolulu.


Pourquoi est-ce que j’introduis toute cette théorie qui peut sembler rébarbative ? Parce qu’elle est indispensable pour comprendre la situation concrète qui est celle de notre planète et de ses habitants, là, présentement. Parce qu’il s’agit pour nous de devenir les papillons qui battent des ailes au bon endroit, au bon moment. Autrement dit il s’agit de comprendre comment avec un minimum de force produire un maximum d’effets, autrement dit encore comment créer des phénomènes de résonance efficaces, susceptible de changer le cours des choses. C’est le moment où jamais, il nous reste fort peu de temps pour comprendre où agir, comment et avec qui ?


Je vous laisse digérer cela, mon prochain article sera une tentative de mettre ces notions en perspectives dans les circonstances concrètes du monde contemporain. Je ne promets rien, je n’ai qu’une vision parcellaire –comme tout un chacun- de cette situation. J’essayerai cependant de tirer le meilleur de cette vision limitée, en espérant que d’autre viendront la compléter et l’enrichir de leur connaissances et de leurs expériences.


Anne


http://les-etats-d-anne.over-blog.com/article-30375290.html

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 21:57
Vendredi 17 avril 2009


Texte trouvé sur le blog 
http://livres-et-cin.over-blog.com/article-30301872.html


Des hommes et des femmes sur la route, à la recherche d’un eldorado que chacun imagine différemment. Un jeune cadre, après avoir déménagé des machines dans une usine française, se rend à Budapest pour préparer l’arrivée du matériel. Une jeune femme, caméra DV à la main, sillonne la campagne allemande en train, en orientant son regard sur les marginaux. Des kurdes  traversent l’Europe pour tenter de rejoindre la Grande-Bretagne. Dans tous les cas, des individus déracinés, à la recherche d’un lieu où ils seront mieux, mais ils vont se confronter à l’adversité.


Nulle part, terre promise n’est pas un film évident. Peu de paroles, des choix de mises en scène intrigants, une narration alternée entre les protagonistes principaux, le tout sur fond de situations sociales inquiétantes et de migrations : ce n’est pas forcément très enthousiasmant, mais Emmanuel Finkiel instaure une atmosphère particulière, un mystère qui embarque le spectateur du début à la fin.


Le début est très social : entre les kurdes dans le camion qui tentent d’échapper aux contrôles à la frontière allemande et ce jeune cadre qui encadre le déménagement des machines avec en fond les banderoles et les slogans des ouvriers qui manifestent, on a l’impression d’entrer dans un film sombre, pessimiste. Si le ton n’est jamais enjoué, des détails réussissent à ne pas faire sombrer le film dans une noirceur trop appuyée.


Finkiel prend trois groupes de personnes très différentes : une personne installée, qui fait un boulot dont on sent qu’il a honte, et dont il essaie de se déculpabiliser à peu de frais. Cette jeune femme, voyageuse, curieuse, en prise avec le monde, qui se lie facilement et fait des rencontres improbables, comme ce vagabond dans un train, mais qui est piégée par sa naïveté. Toujours en attente qu’on réponde à ses appels téléphoniques, elle divague dans ce monde qu’elle n’ose regarder que par le biais de son écran de caméra. Et il y a ces kurdes, qui ont tout quitté pour tenter de traverser la Manche, qui sont abandonnés en rase campagne par leur chauffeur pour des raisons qu’on ignore, et qui décident coûte que coûte de rejoindre leur objectif.

 
Films sur plusieurs sujets, il m’a fait penser à Welcome, pour l’immigration (ici, on a ce qui précède l’arrivée des étrangers à Calais), à Ressources humaines de Laurent Cantet ou Violences des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc Moutout sur le libéralisme qui broie les plus jeunes, à De l’autre côté de Fatih Akin sur le mélanges des cultures, l’arrivée dans des pays étrangers. De par ces différents niveaux, Nulle part, Terre promise n’arrive pas forcément à aller au fond de tous ses sujets, mais l’ensemble est très pertinent. En rapprochant des thèmes qu’on pourrait penser éloignés (délocalisation à l’est, immigration à l’ouest), Emmanuel Finkiel réalise un film cohérent, en touches légères, qui dessine un prtrait de nos sociétés actuelles, mondialisées, en prise avec le monde, mais où l’humain se trouve souvent seuls face à ses rêves. Ce film m’a touché, et si ce n’est pas le film de l’année, je vous invite vraiment à tenter cette expérience cinématographique très intrigante. Une jolie réussite, sur un sujet vraiment pas évident.


http://livres-et-cin.over-blog.com/article-30301872.html

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 03:21



Les gouvernements de plusieurs petits pays européens tombent, les uns après les autres, en raison de la crise financière mondiale. L'Islande a été le premier Etat à voir sa monnaie s'effondrer. C'était en janvier. Le premier ministre letton a remis sa démission en février, et le gouvernement tchèque vient également de jeter l'éponge. Fin mars, le premier ministre hongrois a annoncé sa démission et celle du gouvernement bulgare est à l'ordre du jour. En Ukraine, la démission du président et du gouvernement est revendiquée par la force la plus importante de l'opposition: le Parti des régions. La raison principale pour laquelle les gouvernements de plusieurs petits pays d'Europe s'écroulent comme des châteaux de cartes est le défaut de paiement, que certains d'entre eux peuvent annoncer à tout moment.

Les causes de cet éventuel défaut de paiement de plusieurs Etats sont à rechercher dans les conditions draconiennes auxquelles le Fonds monétaire international (FMI) leur avait apporté jusqu'à présent une aide financière. Ils ne pouvaient utiliser cette aide que pour maintenir le cours de leur monnaie, solidement rattachée, en règle générale, au dollar ou à l'euro, et pour résorber leur déficit budgétaire. Ce faisant, il était catégoriquement interdit aux banques nationales de ces pays de recourir à la planche à billets pour maintenir la demande intérieure. Selon le FMI, les actions de ce genre peuvent aggraver l'inflation et saper encore plus la stabilité financière des Etats concernés.


On est en présence d'une politique à géométrie variable. Personne n'empêche le président américain Barack Obama et le président de la Réserve fédérale américaine Ben Bernanke d'émettre 800 milliards de dollars supplémentaires pour stimuler les producteurs américains.


Alors même qu'une telle initiative risque non seulement d'entraîner l'inflation aux Etats-Unis, mais aussi de déprécier les actifs en monnaie américaine à l'étranger, y compris ceux détenus par les banques centrales de pays tiers.

Dans ce contexte, la nécessité de réformer le FMI est mise de plus en plus souvent en avant ces derniers temps. Le FMI a du reste reconsidéré la semaine dernière les conditions d'accès à ses crédits, en vue de les assouplir considérablement. La principale nouveauté réside dans l'introduction d'un nouveau mécanisme de prêt: la ligne de crédit souple (ou modulable - LMC).

Comme l'a déclaré le FMI, la ligne de crédit modulable ne prévoit aucune condition à respecter pour recevoir un prêt: elle permet aux Etats emprunteurs d'utiliser cette ligne de crédit comme un "mécanisme préventif". La LMC sera accessible à tout moment. Mais le FMI s'est empressé d'émettre une réserve: la LMC n'est destinée qu'aux Etats ayant une économie bien gérée, de bons indices fondamentaux et une stratégie économique solide. Bref, elle n'est pas destinée aux pays qui sont sur le point de se déclarer en défaut de paiement.

Mais aujourd'hui, les pays émergents les plus puissants, tels les Etats du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), se prononcent pour une réforme radicale du FMI, lequel reflète en premier lieu les intérêts des Etats-Unis. Ils proposent de revoir le rôle du FMI, de telle sorte que ce fonds soit conforme à une nouvelle architecture financière mondiale. Ils demandent que le système de répartition des voix au sein du FMI soit modifié au plus vite, en faveur des pays qui se développent avec le plus de dynamisme et qui ont acquis un certain poids dans l'économie mondiale. Cela permettrait d'augmenter le capital du FMI et assouplirait le mécanisme d'octroi des prêts aux pays qui en ont besoin. Outre les pays du BRIC, la réforme du FMI est préconisée par la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Indonésie, l'Arabie Saoudite, le Canada et le Mexique.

On voit s'accroître également le nombre des partisans d'un remplacement du dollar US, en tant que devise mondiale de réserve, par une nouvelle monnaie supranationale, qui serait contrôlée par un FMI réformé. Cette proposition a été avancée par la Russie, la Chine et le Kazakhstan.

Mais, tandis que les pays les plus développés tentent toujours de s'entendre sur la réforme du système financier global, pour de nombreux Etats "périphériques", l'annonce du défaut de paiement de leurs engagements extérieurs peut s'avérer le moyen le plus rapide de sortir de l'impasse.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

Défaut de paiement: une menace pour plusieurs pays d'Europe

 
Défaut de paiement: une menace pour plusieurs pays d'Europe
19:53 | 0804/ 2009
Version imprimée
http://www.marcfievet.com/article-30166919.html



Par Oleg Mitiaïev, RIA Novosti

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 03:09



Lundi 13 avril 2009



À la demande des lobbyistes corporatistes, le Congrès a inscrit dans la législation des lois permettant aux compagnies de délocaliser les emplois à l’étranger, de réduire les salaires réels, et autorisant des pratiques financières risquées. C’est en cela que s’enracine l’origine de cette crise.
Philip Tetlock, professeur de l'Université de Californie à Berkeley, a passé vingt ans à suivre 82.000 prévisions faites par 284 experts. Ses conclusions, présentées dans son livre, Expert Political Judgment (Avis d’expert en politique), sont des prédictions d'experts à peine mieux, en moyenne, que ne l’auraient été des pronostics faits au hasard. Il écrit : « Que les participants aient un doctorat, soient économistes, politologues, journalistes, historiens, aient une expérience politique ou accès à des informations privilégiées, de nombreuses ou quelques années d'expérience, ne fait quasiment aucune différence. »
Le seul facteur constant était la renommée, l’à-propos étant à l’inverse. Les spécialistes les plus célèbres font des pronostics plus mauvais que les inconnus.
Dean Baker, a souvent fait remarquer que les médias, quand ils rapportent une prévision d’économiste éminent, devraient (mais ne font jamais) montrer sa qualité prédictive avec la liste de ses prédictions fausses faites auparavant. Mais, même quand leurs prévisions sont justes, les économistes ont le don de les établir sur de pures âneries.
Par exemple,
Roger Altman prévoit qu’il n’y aura aucune reprise cyclique habituelle. Même s’il est vraisemblable que ce soit juste, son article est un méli-mélo d'absurdités.
Altman écrit que,
nous avons vu un effondrement du marché du logement et du crédit, ce qui a engendré d'énormes pertes dans les ménages et les banques. La conséquence fut une forte baisse des dépenses de consommation et la cessation du prêt. Pour voir à quel point la récupération sera longue, nous pouvons examiner les dommages du bilan. Pour les ménages, le revenu net est passé à son apogée en mi-2007, à 64.400 milliards de dollars (47.750 milliards d’euros, 43.449 milliards de livres [et 2.227.780 milliards de roubles, ndt]), mais est tombé à 51.500 milliards de dollars fin 2008, une chute rapide de 20 pour cent. Avec une moyenne de 50.000 dollars de revenu par famille, et diminuant en termes réels depuis 2000, une chute de 20 pour cent de la valeur nette est grave ; en particulier quand la dette des ménages atteint 130 pour cent du revenu en 2008.
Venant du fait que les Étasuniens dépensaient plus que leurs revenus, cette dette renvoyait une impression positive de richesse. Les ménages se sentaient plus riches, en dépit de la compression des revenus, parce que la valeur de la maison et des actifs financiers étaient en hausse. Maintenant que l’impression de richesse s'est inversée pour de bon, la crise et le chômage effrayent les ménages, qui ont augmenté leur taux d'épargne pour la première fois depuis des années. Il stagnait entre 1 et 2 pour cent du revenu, mais a bondi à près de 5 pour cent. Avec des revenus réduits, diminuer seulement les dépenses discrétionnaires peut produire une plus grande épargne. Cela explique pourquoi les dépenses de consommation personnelles sont tombées à un taux record fin 2008.
Où et quand Altman et les autres économistes ont attrapé la faculté de lire dans l'esprit des gens est énigmatique.
Un jour, dans le passé, quelque charlatan a apparemment vendu à la spécialité économique un wagon de conneries de boules de cristal. Ainsi, au lieu de demander aux gens pourquoi ils ont dépensé plus que ce qu'ils gagnaient, ces économistes scrutent le cristal et ne voient qu’un reflet d’eux-mêmes.
Même mon expérience anecdotique contredit Altman. Tout au long de la décennie écoulée, lors de conversations avec des collègues, voisins, amis et parents, pas une seule fois je n’ai entendu quelqu'un se vanter d’une impression d’élévation de sa richesse. Ils se sont plaint toutefois de la montée du prix des articles et services essentiels et de la baisse de la valeur réelle de leurs revenus. Ils n'ont pas emprunté parce qu'ils se sentaient plus riches ; ils ont emprunté pour suppléer à la baisse de leurs revenus dans une économie en inflation. Et les banquiers le leur ont permis, les ont encouragés à le faire, en avançant des prêts faciles avec de faibles remboursements, sans jamais révéler leur coût véritable. Les consommateurs n’ont pas emprunté parce qu'ils se sentaient plus riches, ils ont emprunté parce qu’ils avaient besoin d'argent. Et, quand le système de Ponzi des banquiers a fait crouler l'économie, le remboursement des prêts est devenu impossible, les pertes d'emplois ont blackboulé les revenus, et les achats des consommateurs ont périclité. À moins que soient créés des emplois assortis d’un revenu suffisant pour faire renaître l’économie de consommation, il n’y aura pas de reprise cyclique spontanée.
La réapparition de ce genre d’emplois n'est toutefois pas assurée. Au cours du dernier quart de siècle, les firmes étasuniennes ont déménagé une foultitude d’emplois hautement rémunérés dans des pays étrangers, qui dépendaient de l’achat par le consommateur étasunien de leurs produits, fabriqués pour des compagnies étasuniennes qui ont déplacé leur fabrication chez eux. Même Obama dit que ces emplois ne reviendront pas. L'infrastructure pour les recréer n'existe plus aux États-Unis. Les entreprises qui continuent à offrir ce genre d’emplois demandent, dans certains cas exigent, que les employés travaillent pour un salaire inférieur. La perte des emplois et la diminution des salaires impliquent la baisse de la consommation dans un avenir imprévisible. Quand les trois grandes compagnies automobiles ont réduit leurs effectifs et versé des salaires plus bas, elles ont en réalité réduit le marché, non seulement de l’automobile, mais aussi des articles et services de toutes sortes. Comment, dans ces conditions, les banquiers peuvent-ils espérer augmenter les prêts ? Qui sera un emprunteur digne du crédit ? Certainement pas les gens sans emploi ou dont le revenu est étriqué ou, du fait des récentes défaillances de remboursement, grâce à l’allégement des conditions de crédit. Certainement pas les entreprises
avec moins de ventes et des profits plus maigres. Le prêt ne reprendra pas, peu importe comment sont recapitalisées les banques en faillite. Par ailleurs, le nombre d'emplois qui doivent être créés pour la reprise est un multiple du nombre perdu si le salaire des nouveaux postes est inférieur à celui des jobs perdus. Il n’y aura donc pas de reprise cyclique naturelle.
Certains économistes commencent à parler d'un nouveau « redressement du chômage. » Je ne peux même pas imaginer ce que cela peut signifier ? Environ les trois quarts de l'économie étasunienne étaient tirés par la consommation. Sans régénération du niveau de consommation nécessaire à la marche de cette partie de l'économie, rien de ce qui peut véritablement être qualifié de redressement ne peut arriver. L’issue de sortie de cette crise n'est pas dans la recapitalisation des banques, mais plutôt dans celle des consommateurs. Compte tenu de l'idéologie politique soufflant sur les États-Unis d'Amérique, je doute que cela n’arrive jamais. Après tout, les affaires aux États-Unis sont du business, ça ne concerne pas le bien-être de la population.
Les économistes et les politiciens mettent cette crise sur le compte des vilaines pratiques financières. Et personne n’a indiqué comment les plans d'investissement de retraite, du style 401(K), ont régulièrement injecté de l'argent dans le marché boursier et ont contribué à la bulle. Ces pratiques pourraient avoir précipité la crise, mais, étant donné l’offensive contre le salaire du travailleur étasunien et le déménagement à l'étranger des jobs les mieux payés, la débâcle économique était tôt ou tard inévitable. Quiconque capable d’effectuer de simples calculs arithmétiques aurait dû le savoir.
Quand une nation confine sa population dans le travail insuffisamment rémunéré, sa prospérité est condamnée. Le Congrès, à la demande des lobbyistes corporatistes, a inscrit dans la législation des lois permettant aux compagnies de délocaliser les emplois à l’étranger, de réduire les salaires réels, et autorisant des pratiques financières risquées. C’est en cela que s’enracine l’origine de cette crise. Les gens ne font que ce que permet la loi. Sans peuple prospère, les États-Unis ne peuvent être une nation florissante. Alors, bienvenue aux États-Unis dans le tiers monde.
 
Article original en anglais:  The Economic Crisis: No, this will not be a Normal Cyclical Recovery, publié le  12 avril 2009.
Traduction : Pétrus Lombard.


Kozy John est professeur de philosophie et de logique retraité. Il écrit des blogs sur la vie sociale, politique et économique. Après avoir servi dans l’US Army pendant la guerre de Corée, il a consacré 20 ans au professorat universitaire et encore 20 ans au job d'écrivain. Il a publié un précis de logique commerciale formelle dans des revues universitaires et un petit nombre de magazines commerciaux, et a écrit un certain nombre d’éditoriaux occasionnels pour les journaux. Ses articles et son adresse électronique se trouvent sur son site Internet http://www.jkozy.com/
 http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=13159


Article original en anglais:  
The Economic Crisis: No, this will not be a Normal Cyclical Recovery, publié le  12 avril 2009.


http://panier-de-crabes.over-blog.com/article-30217927.html

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 03:02

Par Stefan Steinberg
14 avril 2009

Les chiffres les plus récents d’Eurostat, l’Office des publications officielles des Communautés européennes, révèlent l’ampleur du déclin de l’économie européenne en raison de la crise économique et financière.

Selon les chiffres publiés par Eurostat au début du mois d’avril, l’économie des 16 pays européens faisant partie de la zone euro a rétréci de 1,6 pour cent au cours des trois derniers mois de 2008 par rapport au trimestre précédent. En comparaison avec la période de 2007, le PIB de la zone euro s’est contracté de 1,5 pour cent.

Les économies combinées de l’ensemble des 27 pays de l’Union européenne se sont aussi contractées, accusant une baisse de 1,5 pour cent à la fin de 2008 par rapport au trimestre précédent, et de 1,4 pour cent rapport aux trois derniers mois de 2007.

La principale raison de ce déclin des économies de la zone euro en 2008 fut une grosse chute des recettes d’exportation des principaux exportateurs européens. De par la zone euro, les exportations ont baissé de 6,7 pour cent alors que les investissements des entreprises ont baissé de 4.0 pour cent. L’Allemagne tout particulièrement a connu un déclin économique supérieur à la moyenne au cours du dernier trimestre de 2008, de 2,1 pour cent.

Les exportations allemandes en chute libre

Les chiffres les plus récents de l’Allemagne, le premier exportateur européen et de loin l’économie la plus importante du continent, révèlent que son déclin est en train de s’accélérer au moment où un nombre de rapports constatent que les exportations du pays se trouvent « en chute libre ».

Les chiffres publiés mardi par l’Office fédéral allemand de la statistique révèlent que les exportations ont reculé de 23 pour cent en février par rapport à l’année précédente. Les exportations à destination des pays communautaires (deux tiers des exportations totales) ont baissé de 24,4 pour cent, contre un recul de 20,6 pour cent des exportations vers des pays non communautaires. La baisse brutale des exportations allemandes durant les deux premiers mois de 2009 représente la baisse la plus spectaculaire depuis les années 1950.

En raison de la chute des exportations, la balance extérieure de l’Allemagne a presque été réduite de moitié en passant de 17,1 milliards d’euros il y a un an à 8,9 milliards d’euros en février 2009.

Cette baisse des exportations en février est pratiquement identique au déclin enregistré en janvier indiquant clairement une dégringolade de la demande mondiale pour nombre de produits allemands de qualité, mais chers, tel les voitures, les machines et les produits manufacturés. La fédération du commerce de gros et du commerce extérieur allemand (Bundesverband des deutschen Groß- und Außenhandels, BGA) a déclaré que les plus récents chiffres reflétaient une récession mondiale massive et qui entraînerait pour ses membres des pertes énormes de profit.

L’économie allemande est fortement tributaire des recettes dues à l’exportation. Ses exportations correspondaient en 2008 à plus de 47 pour cent de son PIB. Ce qui est plus du double de la valeur totale de ses principaux concurrents. Le chiffre comparable du Japon est moins de 20 pour cent et environ 13 pour cent pour les Etats-Unis.

Les chiffres émanant du ministère allemand de l’Economie montrent que les entrées de commandes de produits manufacturés avaient reculé de 38 pour cent en février par rapport au même mois en 2008.

Les problèmes auxquels l’économie allemande est confrontée ont été soulignés par les chiffres que vient de publier le constructeur automobile Daimler.

Mercredi, lors de la réunion des actionnaires, le président du groupe Daimler Benz, Dieter Zetsche, a révélé que les ventes mondiales du groupe avaient plongé de 23 pour cent durant les trois premiers mois de cette année. Alors que certains constructeurs automobile allemands produisant des voitures meilleur marché ont été en mesure de bénéficier du généreux plan de la prime à la casse, subventionné par le gouvernement allemand au profit de l’industrie automobile, la demande pour des voitures Mercedes-Benz, Smart deux places et camions gros tonnage, a chuté considérablement. Le groupe n’a vendu que 244 800 véhicules contre 318 000 il y a un an.

Zetsche a déclaré que l’entreprise réagirait au recul des ventes de ses produits par un programme d’austérité draconien. Un grand nombre de salariés de l’entreprise ont déjà été mis au chômage partiel sans compensation de salaire et l’entreprise n’écarte plus des suppressions d’emploi obligatoires.

Le même jour où Daimler faisait son annonce, la société Karmann d’Osnabrück, annonçait qu’elle demandait l’ouverture d’une procédure de dépôt de bilan. Karmann est un équipementier automobile indépendant et un fournisseur de services qui existe depuis 1901. L’entreprise est poussée à la faillite en raison du recul des demandes de ses produits, notamment de la part de Daimler et d’Audi.

Considéré autrefois comme le « fleuron » de son économie, la confiance de l’Allemagne dans les exportations se transforme de plus en plus dans son talon d’Achille. Les banques allemandes ont amassé moins de « crédits toxiques » que les banques américaines et britanniques et le pays n’a pas été exposé autant à la bulle immobilière et au boum de la consommation que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et les pays communautaires, tel l’Espagne, mais plus la récession mondiale se prolonge et se creuse et plus douloureuses seront les conséquences pour l’économie allemande orientée vers l’exportation.

L’on estime déjà que l’économie allemande souffrira d’un déclin économique bien plus fort que ce ne sera le cas cette année pour les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Les chiffres les plus récents provenant de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) anticipent une contraction de 5,3 pour cent de l’économie allemande en 2009, contre 4 pour cent pour les Etats-Unis et 3,7 pour cent pour le Royaume-Uni. Certaines sources allemandes considèrent qu’un déclin encore plus prononcé est possible. « Notre destin dépend des exportations », a dit Jörg Krämer, le chef économiste de la Commerzbank de Francfort, qui pense que le PIB allemand pourrait chuter de jusqu’à 7 pour cent en 2009.

Les implications sociales et politiques d’un tel déclin économique sont soulignées par le fait que depuis la Seconde Guerre mondiale, l’économie allemande ne s’est jamais contractée de plus de 1 pour cent par an.

La récession des économies allemande et européenne a inévitablement conduit à une hausse significative du chômage. Aux dires de l’économiste Howard Archer d’IHS Global Insight : « Une contraction économique prolongée et sévère maintenant, plus une confiance extrêmement basse et une rentabilité qui se dégrade sont en train de peser de plus en plus lourdement sur les marchés de l’emploi. »

Jusqu’à présent, l’Allemagne a pu dans une certaine mesure contrôler une hausse massive du chômage parce que de nombreuses usines ont recouru au chômage partiel. Et pourtant le taux de chômage en Allemagne est passé d’un niveau bas record en seize ans de 7,6 pour cent en septembre dernier à 8,1 pour cent en mars parce que de nombreuses entreprises ont soit mis la clef sous la porte soit ont réduit considérablement leur personnel.

Le président de la Banque centrale allemande (Bundesbank), Axel Weber, a prévenu la semaine passée que la gravité de la récession avait continuellement été sous-estimée et que « le marché du travail pourrait être sérieusement touché si les attentes des entreprises continuent d’être anéanties ».

Le chômage en Union européenne

La hausse du chômage en Allemagne va de pair avec la hausse du chômage en Europe. Après avoir baissé progressivement ces dernières années à un niveau record bas et inférieur à 7 pour cent au début de 2008, le taux de chômage officiel dans l’Union européenne des 27 nations (qui exclut diverses formes de chômage cachées) a augmenté pour atteindre 7,9 pour cent en février, soit une hausse de plus d’un pour cent par rapport à février 2008 (6,8 pour cent).

Selon Eurostat le nombre de chômeurs en UE était évalué en février à 19,2 millions, dont 13,5 millions pour la zone euro. Ce dernier chiffre représente 8,5 pour cent de l’ensemble de la population active des pays membres de la zone euro.

L’on s’attend à ce que les chiffres du chômage approchent un taux à deux chiffres dans les mois à venir lorsque des pays tels l’Allemagne abandonneront leurs formes de chômage technique pour imposer des licenciements en masse.

Jennifer McKeown chez Capital Economics s’attend à ce que « compte tenu du retard habituel existant entre les développements du marché de l’emploi et ceux de l’économie dans son ensemble, le taux de chômage augmente de 10 pour cent d’ici le milieu de cette année. »

La combinaison entre le ralentissement économique, le faible niveau de dépenses des consommateurs et un taux de chômage croissant risque d’attiser des confrontations politiques explosives partout en Europe. Comme le montre clairement le cas de l’Allemagne, la crise qui a démarré l’année dernière avec l’effondrement des principales banques et institutions financières s’est étendue depuis longtemps à « l’économie réelle » en ayant des conséquences catastrophiques pour de vastes couches de la population laborieuse.

La crise économique a déjà eu raison des gouvernements de Lituanie, d’Islande et de Belgique et a déjà produit de graves soubresauts en Hongrie ainsi que d’importantes manifestations ou émeutes dans un nombre d’autres pays, y compris la Bulgarie, la Grèce, l’Irlande, la Lituanie et pour l’heure, la Moldavie. La France et l’Italie ont connu des protestations et des manifestations de masse et une série de grèves se sont déroulées récemment en France.

Compte tenu des élections européennes qui vont avoir lieu début juin et des élections législatives allemandes de septembre, des politiciens allemands influents mettent d’ores et déjà en garde contre les menaces pesant sur la paix sociale et le danger « de conflits politiques massifs ».

Ce sont là les paroles du président du syndicat allemand IG Metall, Berthold Huber, prononcées dans une interview accordée cette semaine au Stuttgarter Zeitung et dans laquelle il précise clairement que la bureaucratie syndicale fera tout son possible pour stabiliser la situation. Dans la même interview, Huber a réclamé une collaboration plus étroite entre les syndicats et le Parti social-démocrate (SPD) en appelant les travailleurs à faire des sacrifices en ces temps de crise.

La bureaucratie syndicale peut compter sur une réponse de la part des principaux partis politiques allemands. Dans un rapport paru récemment, le magazine économique hebdomadaire Wirtschaftswoche a écrit : « Dans l’année électorale 2009 particulièrement chargée pour l’Allemagne, les syndicats sont recherchés comme jamais auparavant. Quiconque veut gagner des élections, choisit de se positionner cette année aux côtés des permanents syndicaux, plutôt que des patrons. Depuis des mois le SPD et La Gauche n’ont cessé de courtiser le lobby syndical. Entre-temps, les partis conservateurs et le Parti libéral démocrate (FDP, partisan du libre-échange) sont aussi infectés. »

(Article original paru le 10 avril 2009)
http://www.wsws.org/francais/News/2009/avr09/decl-a14.shtml


http://panier-de-crabes.over-blog.com/article-30227714.html

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