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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 23:53
publié par roland (Dazibaouebmaster) Hier 08H20

Par JBB (Article 11)



Et si le temps virait à l'émeute ?


C'est une question centrale, affleurant largement dans le débat sur la séquestration des patrons ou sur les manifestations de Strasbourg et de Bastia. C'est surtout une question qui va devenir de plus en plus essentielle, tant l'autisme du gouvernement et l'exaspération croissante ne laissent guère entrevoir d'autre issue. Alors : bientôt un, deux, trois, cent émeutes ?


 

Vous sentez ?

Non ?

Mmmhhh…

Vous ne voyez rien monter ?

Non plus ?

Mmmhhh…

Vous êtes bouchés à l'émeri ?

Pas à votre connaissance ?

Mmmhhh…


Ok, reprenons rapidement.

Des salariés qui décident de faire prisonnier - un temps seulement, mais prisonnier quand même - leurs patrons, à tel point que Sarkozy s'est cru obligé d'y aller de son avertissement : « Qu'est ce que c'est que cette histoire d'aller séquestrer les gens ? On est dans un Etat de droit, je ne laisserai pas faire les choses comme ça », a tonné l'incontinent, doublé sur sa droite par un Jean-François Copé qui s'est dit « scandalisé » par le séquestration des patrons.

Des étudiants qui investissent leur université, à Rennes, Strasbourg et Orléans, ou s'invitent au Crous, à Paris.

Des barres de fer et des cocktails molotov qui ressortent de sous les manteaux, en Alsace ou en Corse.

Des forces de l'ordre qui pètent les plombs, usent de moyens disproportionnés et illégaux, laissent libre court à leur goût de la violence et se comportent en moins que rien, à Bordeaux, Strasbourg ou Bastia.

Un présidentiel meneur de revue qui a perdu tout contact avec ce peuple qui est censé l'avoir choisi comme représentant, seulement capable de pavoiser dans des sommets internationaux mais pas foutu de se déplacer en son royaume autrement que derrière une armée de policiers et de gendarmes, à tel point que même le très modéré journaliste Jean Quatremer constate qu'il y a un problème : « La République tchèque vient, à distance, de donner une bonne leçon de démocratie à la France. Alors que Barack Obama s'est déplacé durant deux jours dans une ville fantôme quadrillée par 10 000 policiers et vidée de ses habitants, il a pu se faire sans problème acclamer par 30 000 personnes à Prague, ce matin (…). Les Tchèques ont fait la tranquille démonstration que l'on peut assurer la sécurité d'un président américain sans décréter l'état de siège, comme les autorités françaises l'ont fait à Strasbourg pendant le sommet de l'OTAN. »

Des jeunes pour cibles de toutes les politiques étatiques, eux qui sont promis au chômage une fois sur le marché du travail et sont victimes d'un véritable harcellement législatif - qu'il s'agisse de les empêcher de picoler ou de télécharger - , certitude que la fracture générationnelle est désormais telle qu'elle ne pourra se régler autrement que dans la rue.

Et un président qui fait l'autiste, seulement capable face au chômage et à l'augmentation de la misère de dire son refus de toucher au paquet fiscal - « Je n'ai pas été élu pour augmenter les impôts, moi (…) moi, j'ai été élu pour réconcilier la France avec l'entreprise et avec l'usine » - et de prôner de nouvelles déductions pour les imposés à l'ISF, au prétexte que « ça va bien au-delà de la gauche, de la droite, c'est du bon sens ».


Je sais, je sais : vous connaissez cela aussi bien que moi.

Et il n'y avait nul besoin de ce récapitulatif pour vous convaincre que les choses vont de mal en pis et vous persuader que l'exaspération finira bien par se trouver un exutoire.

Mais quand même : un petit résumé n'est jamais inutile.

Tant mettre bout à bout ces données ne laisse guère entrevoir d'autre horizon que celui de la colère et de l'émeute.

Un avenir sombre et ardent qui conduit à relativiser largement tout le bruit soulevé - ces temps-ci - autour de la question de la violence, celle des black blocks, des Corses ou des ouvriers licenciés.

Puisque ce n'est qu'un début.

Que ce sera pire, forcément.

Et qu'il faut se rendre à l'évidence : jamais grand changement ne s'est opéré avec des petites fleurs et de douces paroles.

Bref, ce ne sera au fond que justice si, à la violence du gouvernement - dans sa police ou sa politique - , répond un jour celle des opposants




http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=3081



_______________________________________________________________________________






AFP
10/04/2009


Grèce : Violence contre des banques


Des jeunes cagoulés ont brisé aujourd'hui vers midi les vitrines de quatre banques dans le quartier de Pétralona, près du centre d'Athènes, a-t-on appris de source policière.

Armés de barres de fer et de masses, une dizaine de jeunes ont endommagé des agences de la Banque Nationale de Grèce, la première du pays, Millenium Bank, la Banque du Pirée et Eurobank avant de prendre la fuite, selon les employés des banques endommagées.

L'opération menée à une heure de grande affluence, n'a duré que quelques minutes, selon eux. Aucune arrestation n'a eu lieu jusqu'ici, la police est arrivée après la fin de l'opération.

Il s'agit de la seconde opération-commando des jeunes casseurs à Athènes dans un mois.

Le 13 mars, une cinquantaine de jeunes cagoulés avaient brisé plusieurs vitrines de banques et commerces, et endommagé des voitures dans deux rues commerçantes du quartier chic de Kolonaki, au centre d'Athènes.

Ils avaient pris la fuite avant que la police arrive sur place en laissant sur leur passage des tracts demandant la libération d'un jeune arrêté en 2007 pour un braquage de banque à Athènes, et considéré par la police comme appartenant à la mouvance anarchiste.

Les autorités grecques sont confrontées à une intensification de la violence contestataire depuis les troubles urbains déclenchés à travers le pays par la mort d'un adolescent de 15 ans tué à Athènes le 6 décembre dernier par les balles d'un policier.
(blog de Sly)

 

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 23:50
Article paru dans l’Humanité du 22 octobre 2008

L’urgence écologique
balayée par la crise financière


Aurélien BERNIER


Ces dernières années, l’Union européenne était presque parvenue à se construire une image de premier de la classe dans le domaine de la protection de l’environnement. Face à une position inflexible des Etats-Unis et de pays en développement qui refusent toujours la moindre contrainte de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, les négociateurs européens étalaient sommet après sommet leurs bonnes intentions. Le plan d’action de l’Union, appelé « paquet climat-énergie », prévoit d’atteindre un triple objectif d’ici 2020 : réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20%, gagner 20% d’efficacité énergétique et faire passer la part des renouvelables à 20% de la consommation totale. Applaudie par les médias, cette apparente conversion à l’écologie constituait un véritable tour de force : celui de masquer aux yeux du grand public la liste interminable des choix politiques de l’Union européenne contribuant à détruire la planète, qu’il s’agisse d’agriculture, de transport ou de commerce(1). Elle possédait par ailleurs l’immense avantage de redorer à peu de frais son blason. Le Président de la Commission en personne avouait en mars 2007 qu’il était possible ainsi de « réconcilier l’Europe avec les nouvelles générations qui parfois ne se reconnaissent pas dans notre action »(2). Autrement dit, nous étions les témoins d’un « green washing » digne des meilleures multinationales.

Mais, en dépit de ses atouts, cette imposture écologique a fait long feu. Il aura suffit que le système financier international tremble sur ses fondations pour que le climat redevienne le cadet des soucis de nos dirigeants européens. Même l’Allemagne, pays « vert » par excellence dans l’imaginaire collectif, préfère sauver la compétitivité de ses entreprises plutôt que réduire son empreinte écologique. Dès la fin septembre, Angela Merkel annonçait qu’elle ne cautionnerait pas « la destruction d’emplois allemands du fait d’une politique inappropriée sur le climat ». On appréciera que le programme de lutte contre le changement climatique soit d’un coup relégué au rang de « politique inappropriée » sous l’effet de la crise financière... Les polonais ont commencé par considéré qu’il n’y avait plus d’urgence à conclure un accord sur le paquet climat-énergie, avant de hausser le ton et de menacer d’opposer leur véto à ce plan. Ce chantage est particulièrement gênant, puisque la Pologne est le pays d’accueil du prochain sommet de l’ONU sur le climat, qui aura lieu en décembre à Poznan, et qui est censé permettre d’aboutir à un accord post-Kyoto dès la fin 2009. A la veille de la réunion des ministres de l’environnement des 20 et 21 octobre, les dernières discussions s’orientaient, sous la pression de l’Italie et des pays de l’Est, vers l’ajout d’une clause de révision permettant de revenir sur le paquet climat-énergie dès la fin 2009, et vers un vote à l’unanimité pour finaliser la position européenne. Des changements de nature à vider la proposition initiale du peu de substance qu’elle possédait, voire à l’enterrer si la « compétitivité européenne sur le marché mondial » se trouve menacée. Quant aux Etats qui demeurent plutôt discrets, il suffit d’observer l’actualité pour comprendre où se situent leurs vraies priorités.

Pour scandaleuse qu’elle soit, cette volte-face n’en était pas moins prévisible. Trente ans de dérégulation et de promotion du libre-échange ont organisé la mise en concurrence de pays aux niveaux de protection sociale et environnementale radicalement différents. Les grandes firmes ont pu délocaliser leurs activités, au point que 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont aujourd’hui le fait de produits fabriqués dans les pays en développement mais consommés dans les pays riches. La perte de pouvoir politique sur l’économie est très exactement proportionnelle à la progression de la « libre concurrence ». Dans ces conditions, toute contrainte environnementale au Nord devient une incitation supplémentaire à délocaliser. Angela Merkell ne dit pas autre chose lorsqu’elle oppose défense de l’emploi et protection de l’environnement.

Alors, que reste-t-il à faire, si ce n’est attendre les prochaines catastrophes ? Les événements que nous vivons ces dernières semaines rappellent à quel point il est urgent de traiter le mal à la racine. La finance, qui prétendait gérer jusqu’à la crise écologique au travers du marché des droits à polluer, montre une nouvelle fois toute sa capacité de nuisance(3). Le libre-échange apparaît chaque jour un peu plus comme une stratégie délétère, qui place les peuples en situation de concurrence permanente afin de permettre aux pouvoirs économiques de s’affranchir d’une démocratie trop encombrante. Enfin, en oubliant ses promesses écologique à la première occasion, l’Union européenne prouve que la protection de l’environnement ne résiste pas, elle non plus, à l’argument de la concurrence internationale. Le constat est clair. Il faut maintenant en tirer les conclusions politiques. La sortie du néolibéralisme est plus que jamais une priorité, et l’arrêt du libre-échange est la première des batailles à mener pour y parvenir.


Aurélien Bernier


Auteur du livre « Le climat otage de la finance », 2008, éd. Mille-et-une-Nuits.

Co-auteur du livre « En finir avec l’eurolibéralisme », sous la direction de Bernard Cassen, 2008, éd. Mille-et-une-Nuits.

Secrétaire national du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP)


http://abernier.vefblog.net


(1)Lire « En finir avec l’eurolibéralisme », sous la direction de Bernard Cassen, éd. Mille-et-une-Nuits.

(2)Le plan d’action de la Commission européenne, 13 mars 2007, http://www.touteleurope.fr

(3)Lire « Le climat otage de la finance », Aurélien Bernier, éd. Mille-et-une-Nuits.


http://www.legrandsoir.info/spip.php?article7366

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 23:37
Etat sioniste, réactionnaire à l’échelle mondiale
ISRAEL, agent de la contre-révolution mondiale.

COMAGUER

L’État sioniste n’est pas seulement le bourreau du peuple palestinien, il est aussi un rouage important de la contre révolution mondiale orchestrée par les USA. La lutte acharnée du peuple palestinien contre l’Etat sioniste, qu’elle commence à faire vaciller, est un point clé de la lutte mondiale contre la catastrophe capitaliste en cours


En confirmant à Gaza, de la plus sinistre manière, que l’Etat sioniste n’a jamais eu qu’une politique : éliminer toute présence palestinienne de la terre de Palestine, il révèle au monde entier sa réalité d’Etat guerrier, raciste et réactionnaire. Les souffrances qu’il inflige au peuple palestinien expriment l’horrible réalité de cet Etat (fondé par l’ONU et qui insulte l’ONU en permanence)

Etat guerrier

En guerre permanente, Israël - 6 millions d’habitants soit 1 millième de la population mondiale - est un important acteur de l’économie mondiale des armes : 6° importateur et 12° exportateur. Encore ces chiffres sont-ils sujets à caution dans la mesure où l’extrême imbrication du complexe militaro-industriel étasunien et de son petit frère israélien (imbrication voulue et organisée par le pouvoir étasunien) peut brouiller les chiffres. Par exemple : General Dynamics, un des grands producteurs d’armes US, est propriété à 25 % d’ELBIT, second producteur d’armes israélien. Faut-il imputer 25 % des ventes d’armes du premier à l’Etat du second ? Armes de destruction massive : Israël possède autant d’armes nucléaires que l’Inde et le Pakistan réunis. Israël dispose d’armes chimiques et bactériologiques, Israël consacre 9% de son PIB à la guerre : un des chiffres les plus élevés du monde.

Etat réactionnaire à activité mondiale

En guerre depuis 60 ans contre les Palestiniens et contre les Etats voisins qui, à un moment ou à un autre, ont essayé de les soutenir, Israël a développé des techniques et des industries de guerre qu’il vend dans le monde entier. Cette activité permanente et constitutive de l’Etat sioniste prend diverses formes :

- vente de matériel de guerre ou de surveillance policière ou d’espionnage

- formation de personnel pour la lutte antiguérilla

- encadrement de milices paramilitaires dans des pays où le régime en place est menacé par des révoltes populaires.

Quelques exemples parmi de nombreux autres :

- Colombie : le savoir faire sioniste a été mis au service du narco-président URIBE pour l’aider à détruire la guérilla des Farc

- Géorgie : les conseillers militaires israéliens ont préparé l’armée géorgienne à l’attaque de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie et ont installé sur le sol géorgien des bases de missiles pouvant atteindre l’Iran

- Azerbaïdjan : entraînement des officiers en Israël

- Inde : Israël est le second fournisseur d’armes de l’Inde et des groupes hindous fondamentalistes sont formés par des agents israéliens pour organiser des actions terroristes meurtrières contre la population musulmane

- Pakistan : l’opération actuelle de déstabilisation du pays a pour objectif final la destruction de l’armement nucléaire pakistanais que les sionistes ont baptisé : « la bombe atomique islamique » et les services secrets israéliens y jouent un rôle très actif

- Sri-lanka : des conseillers israéliens aident le gouvernement de Colombo dans sa lutte d’extermination des rebelles tamouls

- Soudan : les conseillers israéliens ont formé les rébellions du Sud du pays pour les aider à faire tomber le régime de Khartoum qui a toujours soutenu les palestiniens

- Etats-Unis : la surveillance du mur de 3500 kms séparant les USA du Mexique est assurée par du matériel israélien.

Il arrive souvent qu’Israël fasse en coulisse la sale besogne d’armer des contre-révolutionnaires quand les USA veulent « garder les mains propres ». On se souvient que dans l’opération secrète de l’Iran-gate, des intermédiaires israéliens fournirent des armes US à l’Iran pour éviter que l’Irak ne gagne la guerre et qu’avec l’argent de la vente ces mêmes intermédiaires, à la demande des Etats-Unis, livrèrent des armes aux contre révolutionnaires nicaraguayens.

Ce commerce de la mort est d’autant plus florissant, ces outils et ces techniques s’exportent d’autant mieux qu’elles ont été expérimentées sur cibles palestiniennes vivantes.

Seule la défaite de l’Etat sioniste peut mettre un terme à ce commerce sanglant.

L’État sioniste n’est pas seulement le bourreau du peuple palestinien, il est aussi un rouage important de la contre révolution mondiale orchestrée par les USA.

La lutte acharnée du peuple palestinien contre l’Etat sioniste, qu’elle commence à faire vaciller, est un point clé de la lutte mondiale contre la catastrophe capitaliste en cours.

comaguer@orange.fr

Comité comprendre et agir contre la guerre, Marseille

http://www.legrandsoir.info/spip.php?article7861

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 23:16

Lutte des classes,
société de consommation,
Obama, McCain...

"Il y a toujours une lutte des classes, prête à exploser" - interview mai 2008
 
Noam CHOMSKY

"En fait, les Etats-Unis sont loin d’être un pays fasciste, ça c’est une mauvaise analogie. Mais la similitude avec les techniques de propagande fasciste est frappante et n’est pas fortuite. Les Nazis, explicitement, consciencieusement et ouvertement ont adopté les techniques de la publicité commerciale étatsunienne. Ils ne s’en sont pas cachés. Ils ont pris quelques idées simples pour les marteler sans cesse tout en leur donnant un côté « glamour » - c’était la technique employée par la publicité commerciale aux Etats-Unis dans les années 20 et ce modèle fut explicitement adopté par les Nazis. Et c’est sur ce même modèle qu’est basée la propagande commerciale aujourd’hui."

Vicenç Navarro : Merci beaucoup de nous accueillir.

Noam Chomsky : C’est un plaisir.

VN : nous sommes ici au nom de l’université d’été progressiste de Catalogne. Comme je vous l’ai dit, l’objectif de cette université est la réappropriation de l’histoire de la Catalogne, comme une réminiscence des années 30, lorsque ouvriers et universitaires se retrouvaient pendant l’été pour discuter de différents sujets d’intérêt. Bien sûr, c’était interdit sous la dictature de Franco. Lorsque les partis de gauche ont reconquis le gouvernement de la Catalogne en 2003, ils se sont engagés à relancer cette Université d’été progressiste. Nous aurions aimé vous avoir pour prononcer le discours inaugural. Je regrette que vous n’ayez pu venir. Espérons que ce sera pour une autre fois.

NC : J’espère.

VN : j’aimerais que nous parlions de vous et des Etats-Unis. A l’extérieur des Etats-Unis, vous êtes l’intellectuel étatsunien le plus connu, et la plupart des gens à l’extérieur ne se rendent pas vraiment compte de ce que cela signifie le fait que le plus célèbre des intellectuels US soit rarement présent dans les médias étatsuniens. Vous n’êtes jamais présent dans les grandes chaines de télévision, CBS, NBC, et autres. Beaucoup de gens ne le comprennent pas parce que les Etats-Unis sont souvent idéalisés et présentés comme une démocratie extrêmement active et dynamique, et ils ne réalisent pas vraiment à quel point la gauche fait l’objet d’une discrimination aux Etats-Unis. Cette discrimination se produit y compris au sein de la gauche des milieux libéraux (« liberals » terme usuel aux US pour désigner les « progressistes » - NDT) de la classe politique. Comment réagissez-vous à cela ? Comment expliquez-vous cet ostracisme dans la plupart des forums de discussion ?

NC : Je dois dire que c’est probablement dans les cercles intellectuels libéraux de gauche que je suis le plus craint et le plus méprisé. Si vous voulez un exemple, jetez un coup d’œil à une de mes couvertures préférées de magazine, qui est encadrée et accrochée à ma porte. Il s’agit de la revue plus ou moins officielle des intellectuels libéraux de gauche, « The American Prospect », et la couverture décrit les terribles conditions dans lesquelles ces milieux tentent de survivre, les énormes forces qui seraient en train de les mener à leur perte.

On y voit deux visages, sévères, coléreux. D’un côté, on voit Dick Cheney et le Pentagone. De l’autre côté, moi. Les intellectuels libéraux de gauche seraient donc coincés entre ces deux énormes forces… Cette illustration montre le degré de paranoïa qui règne et la peur qu’une petite fissure se produise dans l’orthodoxie ambiante. Les intellectuels libéraux (pas uniquement aux Etats-Unis) sont typiquement les gardiens du temple : on peut jusqu’à là, mais pas un millimètre de plus ; et l’idée que quelqu’un puisse franchir cette ligne les terrifie. C’est pareil pour les grands médias. Alors, oui, les Etats-Unis sont un pays très libre. C’est en fait le pays le plus libre au monde. Je ne crois pas qu’il y ait un pays dans le monde entier où la liberté d’expression, par exemple, soit mieux protégée qu’ici. Mais c’est aussi une société soigneusement gérée, comme une entreprise pourrait être gérée, avec un règlement intérieur strict et qui ne tolèrerait aucune déviation, ce qui serait trop dangereux.

Une des raisons de ce danger est que la classe dirigeante, les deux partis politiques et la classe politique, sur de nombreuses questions, est bien plus à droite que la population. Sur la santé, par exemple, la population se situe à gauche de la classe dirigeante, et l’a toujours été. Et c’est la même chose pour de nombreux autres sujets. Laisser libre cours aux débats sur certains sujets représente donc un danger et toute déviation par rapport à une sorte de ligne officielle représente une menace et doit être soigneusement contrôlée.

Alors oui, ce pays est très libre mais dans le même temps il y règne une idéologie très rigide.

VN : C’est surprenant parce que, vue de l’extérieur des Etats-Unis, on a l’impression que le pays jouit d’un système politique très sûr et stable. On pourrait penser qu’avec un système politique et médiatique si puissant, ils pourraient tolérer plus de voix dissidentes dans les médias.

NC : C’est vrai !

VN : On dirait qu’ils ont peur des opinions critiques, comme la votre.

NC : Oui, je crois qu’ils ont peur. Ils ont peur qu’une petite déviation puisse mener à un désastre. C’est une mentalité typiquement totalitaire. Il faut tout contrôler. Si quelque chose échappe au contrôle, c’est un désastre. Mais en fait, la stabilité de la société US n’est pas si évidente que ça. Cela demande beaucoup de censure – à cet égard, les Papiers du Pentagone sont très intéressants. Les Papiers du Pentagone ne sont pas des documents déclassifiés. Y avoir accès c’est comme réussir à cambrioler des archives secrètes. L’information qu’on trouve dans ces documents n’était pas destinée au grand public.

Il y a certaines choses intéressantes dans les Papiers du Pentagone qui sont censurées – pas formellement, mais dans la pratique. La plus intéressante est le compte-rendu de la fin de la période – les documents couvrent une période qui s’achève vers le milieu de l’année 1968, juste après l’offensive du Tet en janvier 1968 (nom d’une offensive militaire majeure lancée par les troupes Vietnamiennes contre l’armée US – NDT). L’offensive avait fini par convaincre les milieux économiques que la guerre était devenue trop couteuse. Mais dans les mois qui suivirent, le gouvernement a voulu d’envoyer 200.000 troupes supplémentaires au Vietnam, pour atteindre prés de 750.000 hommes. Il y a eu des discussions, comme décrit dans les Papiers du Pentagone, et ils ont finalement renoncé. La raison invoquée était la crainte d’un manque de troupes en cas de désordres sociaux à l’intérieur des Etats-Unis. Ils craignaient un soulèvement sans précédent parmi les jeunes, les femmes, les minorités, les pauvres, etc. Ils arrivaient à peine à contrôler la situation dans le pays et toute nouvelle mesure pouvait provoquer un soulèvement. Et ça n’a pas changé. Ils ne peuvent permettre que la population échappe à tout contrôle. Celle-ci doit être étroitement canalisée.

Une des raisons de cette pression extraordinaire exercée par la société de consommation, qui date des années 20, c’est que le monde des affaires a compris qu’elle doit atomiser les gens, les orienter vers ce qu’il appelle « les choses superficielles de la vie, telles que la consommation », sinon la population pourrait se révolter. Par exemple, actuellement, environ 80 % de la population aux Etats-Unis pense que le pays, selon leurs propres termes, est dirigé par « quelques gros qui ne servent que leurs propres intérêts », pas les intérêts de la population. Environ 95 % de la population pense que le gouvernement devrait régulièrement prêter attention à l’opinion publique. Le niveau de rupture avec les institutions est énorme. Tant que les gens sont éparpillés, préoccupés par le solde de leurs cartes de crédit, isolés les uns des autres, et n’entendent jamais un véritable discours critique, les idées peuvent être contrôlées

VN : Un autre phénomène à l’extérieur est l’idéalisation du système US dans les médias européens. Par exemple, les primaires aux élections présidentielles ont été décrits dans les médias européens comme le signe de la vitalité de la démocratie étatsunienne. Et le phénomène Obama est présenté comme la cause d’une mobilisation des masses. C’est faux. Mais comment expliquez-vous cette idéalisation de la scène politique étatsunienne, si courant en Europe ?

NC : Les gens ont effectivement de telles illusions et la question qu’il faut se poser est : d’où viennent ces illusions ? Mais les choses sont claires et la classe dominante les comprend parfaitement. Par exemple, pendant une journée, qu’on appelle « Super Tuesday » (super mardi – ndt), le 5 février, se déroulent quelques dizaines de primaires, il y a donc toute une agitation autour. Examinez le quotidien The Wall Street Journal : sa première page sur Super Tuesday, avec un gros titre, proclame « les enjeux passent au deuxième plan en 2008 tandis que les électeurs privilégient la personnalité ». Peu de temps après, un sondage a été effectué, et qui n’a pas été diffusé, qui montrait que 75% de l’opinion publique voulait une couverture sur les positions respectives des candidats sur les enjeux. Exactement le contraire de la doctrine officielle annoncée en première page. Ceci n’a rien d’exceptionnel. On a connu le même phénomène lors de précédentes élections. Mais les enjeux sont soigneusement tenus à l’écart par les dirigeants des partis politiques. Dire que les électeurs s’intéresseraient plus aux personnalités des candidats qu’à leurs programmes, c’est faux.

Les électeurs seraient très heureux de pouvoir voter en faveur d’un système de santé, chose qu’ils réclament depuis des dizaines d’années. Mais il se trouve que ça ne fait pas partie des options proposées. Les dirigeants des partis, ou plutôt l’industrie des relations publiques qui vend des biens de consommations à la télévision, vend les candidats comme elle vend les biens de consommation. Lorsque vous regardez une publicité à la télévision, vous ne vous attendez pas à apprendre quelque chose. Si nous avions réellement un marché libre, comme celui dont les économistes parlent, un marché où des consommateurs informés feraient des choix raisonnés, alors General Motors présenterait à la télévision les caractéristiques techniques des voitures qu’ils veulent nous vendre. Ce n’est pas ce qu’ils font. Ils essaient de créer des illusions en faisant appel à des graphiques compliqués, à une actrice célèbre qui vous emmène au ciel, ou quelque chose comme ça. L’objectif est de duper le public et de le marginaliser afin que les consommateurs, qui ne sont pas informés, fassent des choix irrationnels. Lorsqu’un candidat fait l’objet d’un marketing, c’est la même chose. Il faut évacuer les enjeux parce que c’est trop dangereux, parce que le public n’est pas d’accord avec ses positions. Il reste quoi ? Sa personnalité, quelques détails insignifiants, des questions personnelles – un Pasteur fait une déclaration, (Hillary) Clinton commet une erreur en parlant de la Bosnie…

La fondation de recherche Pew a publié une étude sur la couverture des primaires par les médias. Le sujet principal abordé était les sermons du pasteur Jeremy Wright. Ensuite venait le rôle joué dans le scrutin par les « super-délégués ». En troisième position, il s’agissait de savoir si Obama s’était mal exprimé lorsqu’il a parlé « d’amertume » de l’électorat vis-à-vis de l’économie. Et ainsi de suite, jusqu’à la dixième place où on trouve la bourde de Clinton sur la Bosnie. Ainsi, tous les principaux thèmes abordés se rapportaient à des questions marginales et hors sujet. Aucun n’abordait la position des candidats sur un sujet quelconque, alors que la vaste majorité du public demande à les entendre. On parlera de tout, sauf des véritables enjeux. Du coup, et c’est assez évident, la population ignore quels sont les véritables enjeux.

L’opinion publique des Etats-Unis a fait l’objet d’études très complètes, d’abord parce que les milieux d’affaires, qui dirigent le pays, veulent connaître le pouls de la population dans un but de contrôle et de propagande. Il faut très bien connaître les gens si on veut contrôler leurs réactions et leurs opinions. Du coup nous connaissons très bien notre opinion publique. Lors de la dernière élection, en 2004, la plupart des électeurs de Bush se trompaient sur ses positions sur des sujets importants – pas parce qu’ils sont stupides ou qu’ils ne s’y intéressent pas, mais parce que les élections ne sont qu’un système de marketing commercial. Cette société est dirigée comme une entreprise : on commercialise des biens de consommation, on commercialise des candidats. Le public en est la victime, et il le sait. C’est pourquoi 80% de la population pense, avec plus ou moins de justesse, que le pays est dirigé par quelques gros qui ne servent que leurs propres intérêts. Les gens ne se font donc pas d’illusions, c’est juste qu’ils ne voient pas d’alternatives.

Le phénomène Obama est une réaction intéressante. Ceux qui sont derrière Obama, ceux qui gèrent sa campagne, ont crée une image qui n’est, pour l’essentielle, qu’une page blanche. Sa campagne s’appuie sur des termes comme « espoir », « changement », « unité » - autant de slogans creux prononcés par quelqu’un de gentil, qui présente bien, qui cause bien - ce que les commentateurs appellent une « rhétorique gagnante » - et du coup chacun est libre d’interpréter cette page blanche. Nombreux sont ceux qui croient y lire leurs espoirs d’un changement progressiste. Lors de la campagne, comme l’a très bien souligné le Wall Street Journal, les enjeux n’ont pratiquement pas été abordés. C’est la personnalité des candidats qui compte et qui est mis en avant.

Il est vrai que le soutien à Obama est un phénomène populaire, et je crois que ce phénomène montre la désaffection de la population pour les institutions. Les gens s’accrochent à l’espoir que quelqu’un pourrait défendre leurs idées. Et même si Obama ne l’a jamais confirmé, il ressemble à ce « quelqu’un ».

Il est intéressant d’examiner les comparaisons qui sont faites. Obama est comparé à John F. Kennedy et Ronald Reagan – Kennedy et Reagan furent inventés par les médias, surtout Reagan. Ce dernier ne savait probablement même pas de quelle politique il s’agissait, mais il était un produit des médias. Et, soi-dit en passant, il n’était pas particulièrement populaire mais les médias avaient crée cette image du merveilleux cow-boy qui allait nous sauver et tout le tralala.

L’administration Kennedy contrôlait plus les choses ; ce fut le premier groupe dirigeant à comprendre le pouvoir exercé par la télévision et ils ont crée une sorte de charisme par le biais d’une bonne campagne de relations publiques : l’image de Camelot, un endroit merveilleux, où se déroulaient de grands événements, avec un grand président. Mais lorsque nous examinons les choses de près, ça devient grotesque.

Kennedy est le président qui a envahi le Sud Vietnam et lancé une guerre terroriste majeure contre Cuba, et on pourrait continuer à en énumérer ainsi pendant des heures. C’est son gouvernement qui instaura la dictature néonazie au Brésil. Le coup d’état eut lieu juste après l’assassinat de Kennedy, mais le terrain avait été préparé par les Kennedy et déboucha sur une terrible vague de répression dans toute l’Amérique latine, et ainsi de suite. Mais l’image de Camelot était là, et l’image est très importante lorsqu’il s’agit de contrôler une population dissidente.

En fait, les Etats-Unis sont loin d’être un pays fasciste, ça c’est une mauvaise analogie. Mais la similitude avec les techniques de propagande fasciste est frappante et n’est pas fortuite. Les Nazis, explicitement, consciencieusement et ouvertement ont adopté les techniques de la publicité commerciale étatsunienne. Ils ne s’en sont pas cachés. Ils ont pris quelques idées simples pour les marteler sans cesse tout en leur donnant un côté « glamour » - c’était la technique employée par la publicité commerciale aux Etats-Unis dans les années 20 et ce modèle fut explicitement adopté par les Nazis. Et c’est sur ce même modèle qu’est basée la propagande commerciale aujourd’hui.

Donc, oui, je crois que le phénomène Obama reflète la désaffection de la population que l’on retrouve dans les sondages : 80 % pensent que le pays est dirigé par une poignée de gros intérêts. Obama annonce qu’il va tout changer, mais il ne donne aucun élément précis pour indiquer en quoi consistera le changement. En fait, les institutions financières, qui sont ses principaux bailleurs de fonds, trouvent qu’il est très bien. Il n’y a donc aucune indication de changement. Mais si vous prononcez le mot « changement », les gens vont s’y raccrocher ; si vous prononcez les mots « changement » et « espoir », les gens vont s’y raccrocher et se dire « bon, c’est peut-être lui le sauveur qui appliquera enfin la politique que nous voulons », même s’ils n’ont aucune raison précise de le penser.

VN : C’est certain.

NC : Donc, je pense que le phénomène Obama et celui de la désaffection vont de pair et sont intimement liés.

VN : Quelle serait la différence entre une administration McCain et une administration Obama ?

NC : McCain est un autre exemple de la redoutable efficacité de la machine propagandiste pour créer une image.

Par exemple, imaginez un pilote de chasse russe en train de bombarder des objectifs civils en Afghanistan. Imaginez que son avion soit abattu et qu’il soit fait prisonnier et torturé par les terroristes islamiques soutenus par les Etats-Unis. Qui le qualifierait de « héro » de la guerre ? Qui le qualifierait d’expert sur des questions stratégiques, de sécurité, parce qu’il bombardait des objectifs civils ? Certainement pas nous. C’est pourtant l’image qu’on a crée pour McCain. Son héroïsme, son expertise, son sens stratégique, sont basés sur le fait qu’il bombardait des civils à 30.000 pieds d’altitude et qu’un jour son avion a été abattu. Oui, il a été torturé, ce qui est condamnable, ce qui constitue un crime, etc. Mais ça ne fait pas de lui un héro de guerre ou un spécialiste en affaires internationales. Tout cela n’est qu’une image créée par une opération de relations publiques.

L’industrie de relations publiques est une industrie énorme, très sophistiquée. Quelque chose comme le sixième de notre Produit Intérieur Brut est dirigé vers le marketing, la publicité, et ainsi de suite, c’est un noyau de la société. C’est ainsi que l’on arrive à isoler les gens, à les subjuguer, à détourner leur attention. Et comme je le dis, ceci n’est pas un secret, ce sont des choses qui sont ouvertement abordés dans les documents de l’industrie.

VN : Verriez-vous une différence entre McCain et Obama en matière de politique étrangère ?

NC : Oui. McCain pourrait être pire que Bush. Il ne dit pas grand-chose, parce qu’on n’est pas censé aborder les vrais sujets, mais le peu qu’il a déjà dit fait plutôt peur. Il pourrait faire des dégâts.

VN : Pourriez-vous expliquer la sympathie qu’Obama suscite en Europe ?

NC : Je suppose que les Européens sont aussi en train d’interpréter à leur manière la page blanche. Ce n’est pas un secret que de dire qu’ils craignaient Bush et que celui-ci leur faisait peur. La classe dirigeante étatsunienne elle-même avait peur de Bush. Bush a fait l’objet de critiques sans précédent, y compris de la part d’anciens officiels de l’administration Reagan et de l’ensemble des médias dominants en général. Par exemple, lorsque sa stratégie de sécurité nationale fut annoncée en septembre 2002, appelant à la guerre préventive et annonçant ainsi la guerre contre l’Irak, immédiatement, dans les semaines qui ont suivi, un article important fut publié dans la revue Foreign Affairs (principale revue de la classe dirigeante). Cet article condamnait ce qu’ils qualifièrent de Nouvelle Grande Stratégie Impériale – la condamnation ne portait pas sur le principe de cette stratégie, mais sur le fait qu’elle risquait de nuire aux Etats-Unis.

L’administration Bush a reçu aussi beaucoup de critiques pour son extrémisme, pour ne pas dire son nationalisme radical extrémiste, et McCain est probablement sur les mêmes positions. Obama reviendra très probablement à une politique de centre-droite, comme l’administration Clinton.

En tant que tel, la doctrine de Bush, celle de la guerre préventive – vous savez, le mépris non dissimulé envers nos alliés, etc – est un exemple intéressent. Cependant, cette doctrine n’était pas une nouveauté. Celle de Clinton était encore pire, littéralement. La doctrine officielle de Clinton était que les Etats-Unis avait le droit de recourir à la force pour protéger leurs accès aux marchés et aux ressources naturelles et ça, ça va plus loin que la doctrine de Bush. Mais l’administration de Clinton l’a présenté poliment, posément, d’une manière qui préservait les relations avec nos alliés. Les Européens ne pouvaient pas faire semblant de ne pas comprendre. Ils avaient évidemment compris et même, probablement, les dirigeants européens l’approuvaient. Mais l’arrogance, le culot, l’extrémisme et l’ultranationalisme de l’administration Bush a offensé le centre des classes dominantes aux Etats-Unis et en Europe. Il y a donc des manières plus polies pour mener la même politique.

VN : Voyez-vous un espace pour la gauche aux Etats-Unis ?

NC : Je crois que ce pays représente un énorme potentiel pour des organisateurs. On le constate si on examine l’opinion publique, qui a été largement étudiée. Nos propres enquêtes d’opinion montrent que la population veut un système de sécurité sociale aux Etats-Unis. Si notre démocratie fonctionnait réellement, un tel système aurait vu le jour aux Etats-Unis il y a des années. La population l’a toujours demandé.

C’est pareil en politique étrangère. Prenez par exemple l’Iran, le prochain sujet brûlant. Chaque candidat, y compris Obama, affirme que nous devons persister à brandir la menace d’un recours à la force contre l’Iran, qu’il ne faut pas exclure une telle option. Il se trouve que c’est là une violation de la Charte des Nations Unies. Mais les élites considèrent comme acquis le fait que les Etats-Unis se placent au-dessus des lois, alors personne ne dit rien. Mais ce n’est pas ce que veut l’opinion publique.

Une large majorité de la population pense que nous ne devrions pas brandir des menaces, que nous devrions emprunter des voies diplomatiques. La grande majorité de la population, environ 75%, pense que l’Iran a les mêmes droits que n’importe quel signataire du traité de non prolifération des armes nucléaires : le droit d’enrichir de l’uranium pour produire de l’énergie nucléaire, mais pas pour produire des armes nucléaires. Et, de manière étonnante, une très large majorité de la population pense que nous devrions soutenir le projet d’une zone dénucléarisée dans la région, incluant l’Iran, Israël et les troupes étatsuniennes basées là-bas. Et il se trouve que c’est justement, aussi, la position officielle de l’Iran. En fait, c’est aussi la position officielle des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, mais il ne faut pas le dire.

Lorsque les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont tenté de fabriquer un semblant de couverture légale à leur invasion de l’Irak, ils ont invoqué la résolution 687 de 1991 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui demandait à l’Irak d’éliminer toutes ses armes de destruction massive, et ils ont affirmé que l’Irak ne l’avait pas fait. On connait cette partie de l’histoire mais pas celle où cette même résolution engage ses signataires à œuvrer en faveur de la création d’une zone dénucléarisée au Moyen Orient (article 14). Mais aucun candidat ne peut se permettre de mentionner une telle possibilité. Si les Etats-Unis étaient une véritable démocratie, avec une opinion publique qui aurait son mot à dire, la confrontation très dangereuse avec l’Iran pourraient peut-être être réglée pacifiquement.

Prenez aussi le cas de Cuba. Depuis 45 ans, les Etats-Unis se consacrent à punir les Cubains – il existe des documents internes de l’administration Kennedy et d’autres pour le prouver. Nous devons punir les Cubains pour leur « défi victorieux » de la politique des Etats-Unis qui remonte à la Doctrine Monroe de 1823. La Doctrine Monroe affirmait le droit des Etats-Unis à gérer l’ensemble du continent. Les Cubains réussissent à défier cette politique et la population, par conséquence, doit être punie par une guerre tout à fait réelle, une guerre terroriste. Cet objectif n’a pas été caché. Arthur Schlesinger, le biographe quasi-officiel de Robert Kennedy et conseiller des Kennedy, dit que Robert Kennedy fut chargé de faire abattre « toutes les misères du monde » sur Cuba. C’était sa mission principale. Ils étaient obsédés par cette tâche – y compris celle d’étrangler Cuba économiquement et de punir sa population pour sa mauvaise conduite.

Qu’en pense la population étatsunienne ? Dans les sondages effectués depuis 1970, environ 75 % de la population dit que nous devrions établir des relations diplomatiques normales avec Cuba, comme le reste du monde. Mais le fanatisme règne dans toute la classe dirigeante – de tous bords, les Kennedy, qui ont commencé, mais tous les autres aussi. Aucun candidat n’oserait en parler. Et c’est la même chose sur tout un ensemble de sujets.

Donc, comme je le disais, les Etats-Unis devraient être un paradis pour des organisateurs. Je pense que les possibilités pour la gauche sont extraordinaires et c’est aussi une des raisons pour lesquelles les questions politiques sont évacuées du débat. En réalité, la population du pays est plutôt militante. Il y a probablement aujourd’hui plus de gens engagés pour une cause ou une autre qu’il n’y en avait dans les années 60. Mais cet engagement est plutôt retenu, et éparpillé. Il y a de nombreux mouvements populaires qui n’avaient jamais existé auparavant.

Prenez par exemple les mouvements de solidarité avec le tiers monde : c’est quelque chose de totalement nouveau dans l’histoire de l’impérialisme européen, et cela a surgi de la base dans les années 80. Des églises rurales, des évangélistes, des gens ordinaires, des milliers de personnes, se rendaient en Amérique centrale pour vivre avec les victimes des guerres terroristes menées par Reagan, pour les aider, pour tenter de les protéger, etc. Nous parlons de milliers ou de dizaines de milliers de personnes. Une de mes filles est encore là-bas, au Nicaragua. Un tel phénomène ne s’était jamais produit auparavant dans l’histoire de l’impérialisme. Personne en France n’allait vivre dans un village algérien pour aider peuple, pour le protéger des atrocités françaises. Ce n’était même pas envisageable, pendant la guerre d’Indochine non plus, à part pour quelques très rares individus isolés. Mais dans les années 80, le phénomène s’est développé spontanément, non pas à partir des centres des élites, comme Boston, mais à partir du Kansas rural ou de l’Arizona. Et à présent le mouvement s’étend dans le monde entier. C’est ainsi que l’on retrouve des pacifistes chrétiens, que sais-je.

Un autre mouvement très important et en développement est celui du mouvement international pour une justice globale qu’on qualifie, d’une manière assez ridicule, d’antimondialiste. La propagande affirme que le soi-disant mouvement antimondialiste a commencé à Seattle. C’est faux. Il a commencé dans le tiers-monde. Mais lorsque des centaines de milliers de paysans en Inde prennent d’assaut un parlement, ça ne fait pas la une des journaux. Il faut que cela se passe dans une ville du Nord pour mériter une mention dans les médias. C’est ainsi que les mouvements populaires de masse au Brésil et en Inde, et ailleurs, n’ont commencé à exister que lorsqu’une ville du Nord s’est trouvée mêlée. A présent le mouvement se répand aussi bien dans le Nord que dans le Sud.

VN : le mouvement « antimondialisation » a été un mouvement splendide. Mais parfois on a l’impression qu’il n’avance plus et se retrouve paralysé. Que pensez-vous de l’idée de créer une 5eme internationale, une forme d’organisation qui pourrait représenter une alternative dans le système mondial actuel ?

NC : j’ai fait des interventions lors des Forums Sociaux Mondiaux, qui se tiennent toujours dans le Sud, et j’ai dit que ce mouvement pouvait peut-être être le premier pas vers la constitution d’une véritable Internationale et même, à mon avis, de la première véritable Internationale. Ce qu’on a appelé la 1ere International fut très important, mais c’était quelque chose de très localisée, uniquement en Europe. L’organisation fut détruite par Marx qui n’arrivait pas à la contrôler. La 2eme Internationale s’est effondrée avant la 2eme guerre mondiale. La 3eme devint un appareil de propagande de l’Union Soviétique. Et la 4eme devint trotskyste et marginale.

Mais ceci est la première véritable Internationale, ou du moins ça en a l’air. Je ne parle pas seulement du Forum Social Mondial mais aussi par exemple de Via Campesina. La dernière fois que je me suis rendu à Puerto Alegre au Brésil, pour assister au Forum Social Mondial, le premier endroit que j’ai visité fut la réunion de Via Campesina, une organisation internationale de paysans. C’était très vivant, très enthousiasmant. Elle représente la majeure partie de la population dans le monde, et c’était très excitant d’être là. Le Forum Social Mondial, aussi. Il s’agit là d’une authentique globalisation. Ce sont des gens qui viennent de partout dans le monde, de toutes les couches, qui échangent, qui discutent, puis qui rentrent chez eux pour tenter de mettre en œuvre les idées sur le changement social.

La nouvelle Internationale sera peut-être un échec, je ne sais pas. Mais un échec rehaussera la barre du niveau des actions à mener pour une nouvelle tentative. Ce que vous dites a donc un sens. Nous pourrions voir les prémisses de la première véritable Internationale, constituée par les classes populaires de partout, qui tenteraient de surmonter l’aliénation extraordinaire que les gens ressentent partout, aux Etats-Unis comme ailleurs, le sentiment que les institutions n’agissent pas pour nous mais pour quelqu’un d’autre. Ces groupes pourraient mobiliser et organiser, profiter des libertés dont nous jouissons. C’est une perspective très importante.

VN : une chose qui est très préoccupante est l’américanisation de la politique européenne que l’on constate partout, je crois. Même la gauche européenne a perdu son langage. Par exemple, même les dirigeants de gauche ne parlent plus de classe ouvrière, mais de classe moyenne. La lutte des classes a complètement disparu du discours de gauche. C’est une tendance très préoccupante. Le langage politique étatsunien fait son apparition en Europe en même temps que la gauche connait un énorme affaiblissement. Cette américanisation de la vie politique européenne paraît paradoxale parce qu’elle intervient au moment où l’influence des Etats-Unis est en déclin dans le monde. L’Europe devient de plus en plus comme les Etats-Unis. Les partis politiques, par exemple, ont perdu leur puissance et leur utilité. Plutôt que des partis politiques, on voit plutôt des réseaux médiatiques autour de dirigeants. Et la politique devient un spectacle, du théâtre. Comment expliquer, alors que l’influence des Etats-Unis est en déclin, que les valeurs culturelles et politiques de la classe dirigeante US deviennent de plus en plus dominantes en Europe ?

NC : C’est un vaste sujet. Mais examinons-en quelques aspects. Si vous examinez les choses sur une période plus longue, l’Europe a été, pendant des siècles, la région la plus sauvage et brutale du monde. L’instauration du système d’état-nation en Europe s’est accompagnée de meurtres et de destructions en masse. Au 17eme siècle, 40 % probablement de la population en Allemagne avait disparu à cause des guerres.

Dans ce processus de sauvagerie et de brutalité, l’Europe a crée une culture de sauvagerie et de sauvagerie technologique qui lui a permis de conquérir le monde. Par exemple, la Grande Bretagne est une petite île au large de l’Europe, mais elle a dominé le monde. Et le reste des pays de l’Europe n’avaient pas à proprement parler des pratiques politiques très gentilles. Un petit pays comme la Belgique a été capable de tuer probablement 10 millions de personnes au Congo. Ceci, bien sûr, était associé à une arrogance raciste des plus extrêmes, pour finalement culminer par deux guerres mondiales.

Depuis la 2eme guerre mondiale, l’Europe est en paix. Pas parce que les Européens sont devenus des pacifistes, mais parce qu’ils ont réalisé que s’ils continuaient à jouer au jeu traditionnel de massacres réciproques, c’est le monde entier qui risquait de disparaître. Ils ont crée une telle culture de sauvagerie et une technologie de destruction qu’il leur a fallu arrêter de jouer.

La seconde guerre mondiale a aussi vu un transfert du pouvoir mondial. Les Etats-Unis étaient déjà la plus puissante économie du monde, depuis longtemps déjà, bien plus que l’Europe, mais ne jouaient pas un rôle majeur dans les affaires internationales. Les Etats-Unis dominaient le continent et avaient quelques positions dans le Pacifique, mais étaient derrière l’Angleterre et même la France.

La deuxième guerre mondiale a tout changé. Les Etats-Unis ont énormément profité de la guerre alors que le reste du monde s’est retrouvé sérieusement abîmé. La guerre mit fin à la Dépression et la production industrielle quadrupla. A la sortie de la guerre, les Etats-Unis se retrouvèrent en possession de la moitié des richesses du monde et des forces militaires et de sécurité incomparables. Les décideurs le savaient. Ils décidèrent d’imposer une domination globale où l’expression de souveraineté des autres pays ne serait pas tolérée.

Les plans furent développés et mis en œuvre. En Europe, à la fin de la guerre, il y eût une vague de démocratie radicale, d’antifascisme, de résistance, de contrôle par les travailleurs – et certains n’étaient pas insignifiants – et la première tâche des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, les vainqueurs, furent d’écraser ces mouvements.

C’est ainsi que, un pays après l’autre, y compris au Japon, la première tâche des libérateurs fut d’écraser la résistance au fascisme et de restaurer l’ordre traditionnel. Peut-être pas sous le même nom, mais souvent avec les mêmes dirigeants. Cela ne se fit pas du jour au lendemain. Par exemple, l’Italie fut probablement la principale cible de la subversion de la CIA, au moins jusqu’aux années 70 selon les documents disponibles. Il fallait empêcher l’expression de la démocratie en Italie parce que le monde du travail risquait d’y tenir un rôle important, ce qui était intolérable.

Petit à petit, les élites européennes ont finit par intégrer l’idée qu’ils devaient céder aux Etats-Unis le rôle de diriger le monde par la sauvagerie et la barbarie, et se contenter d’une partie des bénéficies tirées de la domination mondiale par les Etats-Unis.

Les démocrates radicaux n’avaient pas totalement perdu en Europe car ils ont gagné une dose de social-démocratie. En fait, par bien des aspects, les Européens vivent mieux que les étatsuniens : ils sont en meilleur santé, ils sont plus grands, ils ont plus de loisirs. Les Etats-Unis, surtout depuis les années 70, ont en gros la plus longue durée du travail du monde industrialisé, les salaires les plus bas, le moins d’avantages sociaux, le plus mauvais système de santé. Si on ne tient compte que de la taille, la première chose qui frappe un étatsunien en Europe c’est la taille des gens, et c’est vrai. L’Europe a donc largement tiré profit de sa position de subordonnée - laissant aux Etats-Unis le soin de prendre la tête des destructions, des massacres, etc. L’Europe s’est en quelque sorte confortablement adaptée à sa position. Il y a pratiquement eu un soupir de soulagement car, après des siècles de sauvagerie et de barbarie, l’Europe pouvait se détendre et suivre quelqu’un d’autre qui ferait le travail, et se contenter de profiter de la situation. Ce qui ne dérange pas la moins du monde les classes politiques, les milieux d’affaires, etc. Ce que vous appelez « américanisation » est en réalité une extension du contrôle exercé par les milieux d’affaires. Ces derniers sont tout à fait heureux. Même s’il y a quelques conflits, ils sont étroitement intégrés aux Etats-Unis.

Il est intéressant d’examiner ces conflits. La doctrine officielle nous dit que nous avons un marché libre. En fait, nous avons un système basé sur une économie d’état. Le dynamisme de l’économie Hi-Tech est largement généré par le secteur public, dans des endroits comme celui-ci où nous sommes (Massachusetts Institute of Technology), puis on en fait cadeau au secteur privé qui l’exploite. Parfois ça frise le comique. Un de nos principaux secteurs d’exportation est l’aviation. L’industrie aéronautique est actuellement dominée par deux compagnies, Airbus et Boeing, qui se livrent constamment des batailles au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce pour savoir qui reçoit le plus de subventions. En réalité, les deux compagnies sont des branches du pouvoir d’état. Aux Etats-Unis, l’aviation commerciale est largement une branche de l’armée de l’air et de l’industrie spatiale, et n’existerait pas sans ces dernières.

En Europe, l’industrie aéronautique civile reçoit massivement des aides de l’état. Aux Etats-Unis récemment, on a entendu des cris d’horreur lorsqu’Airbus a remporté un contrat pour le ravitaillement des avions de l’Armée de l’air US. En examinant le contrat on se rend compte qu’il s’agit d’une opération conjointe entre une entreprise US et Airbus. Et c’est ça que nous appelons un marché libre : des industries d’état intégrés les unes aux autres. Mais pour les milieux d’affaires européens et étatsuniens, cet arrangement est acceptable et puisqu’ils dominent largement leurs sociétés, tout va bien. C’est ce que la propagande et la doctrine officielle nous disent aussi.

Je pense que, sous la surface des apparences, il y a toujours une lutte de classes en cours, qu’elle est bien comprise comme telle, et qu’elle est prête à exploser à tout moment. Il est vrai qu’on n’est pas censé en parler. Une de mes filles enseigne dans un établissement scolaire public et ses étudiants sont originaires de milieux relativement modestes. La plupart ont comme aspiration de devenir infirmière ou policier, ou quelque chose comme ça.

Lors de la première journée, elle leur demande de s’identifier, d’indiquer leur « classe » d’origine, de la qualifier. La plupart n’en avaient jamais entendu parler. On n’est pas censé utiliser ce mot. La plupart des réponses sont « classe défavorisée » ou « classe moyenne ». Si le père travaille comme agent d’entretien, la réponse sera « classe moyenne ». S’il est en prison, ce sera « classe défavorisée ». Voilà les deux classes. C’est un piège idéologique. La relation entre classes et rapports de pouvoir - qui donne les ordres et qui les reçoit - est une idée qui a été totalement effacée des consciences, du moins en apparence. Mais elle est toujours présente, sous la surface. Dés que vous parlez à des gens de la classe ouvrière, ils réagissent parce qu’ils la ressentent.

VN : Merci. J’avais promis de ne pas prendre trop de votre temps. Une dernière question personnelle. De nombreuses personnes dans le monde vous sont reconnaissantes pour le travail que vous faites, mais d’où tirez vous toute cette énergie ? Comme faites vous ? Vous êtes ici, au centre de l’Empire, vous parlez clairement aux puissances, tout en étant réduit au silence, ostracisé, marginalisé. Pendant ce temps, dans le reste du monde, les gens vous admirent, lisent vos travaux et les trouvent extrêmement utiles.

NC : je ne me sens pas marginalisé aux Etats-Unis. En arrivant à la maison ce soir je vais passer cinq heures à répondre aux courriers, dont plusieurs dizaines seront probablement des invitations.

VN : je voulais dire marginaliser par les structures du pouvoir.

NC : peu m’importent les structures de pouvoir, ce n’est pas là où je vis. Si je n’étais pas leur ennemi, je penserais que quelque chose ne va pas. C’est pour cela que j’ai cette couverture de magazine que je vous ai décrite affichée en bonne place.

VN : c’est la meilleure manière de savoir que vous ne faites pas fausse route.

NC : Oui, que je fais ce qu’il faut faire. C’est cela, en partie. Mais ce qui me fait avancer ce sont certaines choses illustrées par ces photos là-bas [il les désigne]. Une d’entre elles montre ce qui fut peut-être le pire massacre de travailleurs de l’histoire. Au Chili, il y a un siècle, a Iquique, les conditions de travail dans les mines étaient indescriptibles. Les travailleurs et leurs familles ont marché environ 30 km jusqu’à la ville pour demander une légère augmentation de salaire. Les propriétaires britanniques des mines les ont accueillis, les ont dirigé vers la cour d’une l’école, les ont autorisé à tenir un meeting. Puis ils ont fait venir des soldats et les ont tous fait mitrailler : hommes, femmes, enfants. Personne ne connait le nombre de morts – nous ne comptons pas le nombre de gens que nous tuons – peut-être des milliers. Il a fallu attendre un siècle pour voir la première commémoration de cet événement. Ca [dans la photo], c’est un petit monument, que j’ai vu l’année dernière. Il fut érigé par de jeunes gens qui commencent tout juste à se sortir de la poigne de fer de la dictature. Je ne parle pas uniquement de la dictature de Pinochet. Le Chili a une triste histoire de violence et de répression. Mais ils commencent à s’en libérer. Oui, cette atrocité a eu lieu, et ils commencent maintenant à en parler.

L’autre image là-bas [pointant du doigt] – vous savez ce que c’est bien sûr – est une peinture qui m’a été donnée par un prêtre jésuite. D’un côté, l’archevêque Romero, qui fut assassiné en 1980. Devant lui, six intellectuels éminents, des prêtres jésuites, qui furent abattus en 1989 par des forces terroristes dirigées par les Etats-Unis, des forces qui avaient déjà un palmarès macabre de massacres des victimes habituelles. Et puis il y a l’Ange de la Mort qui se tient au-dessus. L’ensemble résume Reagan – pas vraiment le joyeux luron qu’on nous présente.

Ca, c’était la réalité des années 80. Je l’ai mise là pour me souvenir du monde réel. Mais c’est un test de « Rorschach » intéressant car pratiquement personne aux Etats-Unis ne sait de quoi il s’agit. Nous ne sommes pas au courant du massacre parce que nous en sommes responsables. En Europe, ils sont peut-être 10 % à le savoir. En Amérique du Sud, je dirais que tout le monde le sait. Jusqu’à récemment. A présent, les jeunes sont souvent ignorants parce qu’à eux aussi on leur vide la tête de toute histoire. L’Histoire et la réalité sont trop dangereuses. D’un autre côté, elles sont en train de revenir. La commémoration d’Iquique fut principalement une initiative de jeunes, qui commencent à bouger, qui veulent retrouver le passé, retrouver un idéalisme, et faire quelque chose. C’est suffisant, je dirais même plus que suffisant, pour me faire avancer.

VN : Merci. C’était super. Vous êtes notre invité à Barcelone et en Catalogne, quand vous voulez. Merci au nom de millions de gens.

Interview with Noam Chomsky by Vicenç Navarro, at M.I.T., Cambridge, Massachusetts,

May 13, 2008

http://www.vnavarro.org/wp/?p=497

traduction VD pour le Grand Soir

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http://www.legrandsoir.info/spip.php?article6938
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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 22:58

François Ruffin : « Il se déroule un bras de fer entre le Capital et le Travail, la force du premier qui fait plier le second. » - Interview par Article11

François RUFFIN
« La lutte des classes existe, et c’est la mienne qui est en train de la remporter. » Warren Buffet, milliardaire.


Ce livre, vous devriez l’acheter. Parce qu’il fait un bien fou. Parce qu’il démontre combien les jocrisses et les tartuffes nous ont enfumés pour mieux nous plumer. Parce qu’il est comme un long coup de poing, aussi brutal que travaillé en profondeur, venant secouer tant de positions acquises et de discours convenus.

Pour mieux vous en convaincre, Article11 a interviewé François Ruffin. Un long entretien, accordé dans un troquet de la Gare du Nord. Le voici :


Dans ton livre, tu te définis comme « un social-démocrate à l’ancienne », mais ton propos semble en réalité beaucoup plus ancré à gauche.


Le discours que je développe dans le livre, celui qui tient pour central le conflit entre le travail et le capital, a longtemps été un discours tenu par toute la gauche, de Jaurès au Mitterrand des années 1970. Les diatribes de Mitterrand sur les « maîtres de l’argent » étaient plus violentes que les prises de position actuelles de Besancenot. Et si je remonte plus loin en arrière, Jaurès, que Peillon ou Strauss-Kahn s’évertuent aujourd’hui à présenter comme un centriste, regardait Gracchus Babeuf ou Robespierre comme les premiers émancipateurs du prolétariat français. Alors qu’ils sont aujourd’hui figures interdites…

Bref, la gauche a glissé à droite, les sociaux-démocrates sont devenus sociaux-libéraux. Ce qui, au fond, n’est pas l’essentiel. L’important, c’est ce constat : le Parti Socialiste ne parle plus de confrontation de classe. Et je pose que ce silence est une dénégation du réel : la lutte des classes existe évidemment toujours.


Ton livre s’appuie notamment sur une formule étonnante du milliardaire américain Warren Buffett : « La lutte des classes existe, et c’est la mienne qui est en train de la remporter. » C’est important, que ce soit lui qui l’énonce et pas Arlette Laguillier ?


Ce sentiment d’une guerre des classes à l’oeuvre, je le partage avec de nombreuses personnes. Mais celles-ci ont peur de l’évoquer, par crainte d’être taxées de gauchisme démagogique. Que ce soit Warren Buffett qui en parle permet en partie de passer outre cette accusation.

Plus largement : c’est toujours chez l’adversaire qu’on trouve les armes les plus contondantes. Citer Warren Buffett plutôt qu’Arlette, le Financial Times plutôt que l’Humanité Dimanche rend mon discours plus percutant. Avec une question : si même eux, gens et médias de droite, reconnaissent l’existence de la lutte des classes, pourquoi la gauche de gouvernement ne l’énonce plus ?

A la fin du livre, je cite un article du Financial Times de mai 2008, expliquant notamment que « l’inégalité de revenus a émergé comme une question politique hautement conflictuelle dans beaucoup de pays, pendant que la dernière vague de mondialisation créait une superclasse de riches ». Un article paru alors même que le PS adoptait une nouvelle déclaration de principe, aussi indolore qu’incolore. C’est révélateur.


Tu vis à Amiens, une ville ouvrière, depuis toujours, ou presque. Tu penses que ça joue dans ton analyse ?


Il ne faut pas se tromper : Amiens reste traditionnellement ancrée à gauche, mais la ville a changé, notamment à cause de la volonté de l’ancien maire, Gilles de Robien, de gentrifier le centre et d’y attirer les cadres. Mais je crois, en effet, qu’il existe un clivage essentiel entre les principaux pôles urbains français et le reste du territoire. La campagne et la grande majorité de la province sont des mondes sous-représentés, sans visibilité et qui n’exercent aucun pouvoir. Pourtant, ils existent.

Plus précisément : quand je viens à Paris, je ne rencontre pas d’ouvrier et je peux facilement croire que les usines ont disparu. Je pense que ce n’est pas sans influence sur le discours des médias et des politiques, qui résident ici dans leur grande majorité.


Il y a un oubli du monde réel ?


Exactement. Jaurès disait qu’il fallait « partir du réel pour aller à l’idéal », que c’était une nécessité politique. Aujourd’hui au Parti Socialiste, il n’y a plus ni sens du réel ni idéal. On peut prendre l’exemple de Peillon, que je cite longuement dans le livre : il a tenté de se faire élire dans le Vimeu, terre traditionnellement ouvrière, mais n’y a jamais habité, non plus qu’il n’a mis les pieds à la bourse du travail locale. Il n’a pas été élu, mais ça ne change pas grand chose : de toute façon, il truste sans cesse les médias. La démocratie médiatique a remplacé la démocratie représentative.

On pourrait citer Ségolène Royal aussi, qui a débuté très jeune sa carrière d’apparatchik, sous l’aile de Mitterrand. Au fond, le PS n’est plus rien d’autre qu’un parti d’apparatchik…

Pour revenir à Jaurès : il n’aurait jamais été si à gauche s’il n’avait pas fréquenté les ouvriers et mineurs de Carmaux. Ça lui a filé la rage, d’être aux côtés de ces gens. On est très très loin de Peillon, qui a pourtant écrit un ouvrage incroyable et illisible sur Jaurès, usant d’une grille de lecture philosophique totalement anachronique.


Tu démontres aussi comment a été gommée toute figure représentative du capital : si la lutte des classes semble obérée, c’est parce que l’adversaire n’est jamais nommé en tant que tel


C’est frappant : on nous montre en permanence les vaincus, les victimes, qu’ils soient salariés en colère, licenciés économiques, etc… Mais il n’y a jamais personne pour dire que ce qui leur est pris profite à d’autres. Il y a pourtant un lien d’évidence, très logique, que les médias et les politiques s’emploient à rendre complexe. Ce n’est rien d’autre qu’un vaste enfumage.

Un exemple : au moment de l’annonce du plan Power 8 chez Airbus et de ses 10 000 licenciements, personne n’a dit qu’il s’agissait de délocaliser pour que Lagardère gagne davantage d’argent. Par contre, on a entendu qu’il fallait se caler sur Boeing ou que c’était un contre-coup de l’Euro. C’était des mensonges autant qu’une manière d’habiller les mots de coton, de départir la réalité de sa violence. C’est pour ça qu’il faut le dire et le redire : ce qui va en plus aux actionnaires est pris aux salariés. Toujours.

De même, quand Bernard Arnault, grand patron de LVMH et l’une des plus grosses fortunes françaises, voit son assemblée d’actionnaires troublée par l’intrusion de salariés sur le point d’être licenciés [4], il ne dit pas les choses, botte vaguement en touche. Quand, comme lui, on a pour soi la force des choses, on n’a pas besoin d’avoir en plus la force des mots. Le silence suffit.

Tu expliques aussi comment de faux coupables en viennent à être désignés…

Cet affrontement du capital et du travail est tellement habillé de mots et d’euphémismes que les victimes de la guerre des classes ne voient plus la massue qui s’abat sur elles et se cherchent d’autres responsables. Je cite Patrick Lehingue, professeur de sciences politiques à Amiens, qui explique qu’il « n’y a pas 40 façons, pour les gens, de classer en juste/injuste. Soit c’est le riche contre le pauvre (…), soit c’est le dedans contre le dehors, les Français contre les étrangers, les jeunes contre les vieux ». A partir du moment où la gauche abandonne le conflit principal, celui des classes, ce sont les conflits secondaires qui sont réanimés. Et la droite en joue à merveille, par exemple en opposant à propos de la question des retraites jeunes et vieux, salariés du public contre ceux du privé.

Chronologiquement, cette substitution des responsables se vérifie parfaitement : en 1983 Mitterrand abandonne la dialectique de classe, en 84 Le Pen se taille la vedette à la télé et cartonne à plus de 10% des voix aux élections européennes. Il y a un lien évident de cause à effet : les gens ne se disent plus qu’ils sont au chômage à cause des patrons, mais à cause de l’arabe qui bosse en bas de chez eux…


Le livre a été publié alors même qu’éclatait la crise financière. Elle conforte ton constat ?


Bien sûr. Pendant la crise, la guerre des classes continue. Alors même qu’il injecte des dizaines de milliards d’euros pour sauver les banques, le gouvernement procède en catimini au déremboursement de médicaments pour économiser quelques millions. C’est la même chose pour le travail le dimanche… On va utiliser la crise pour justifier les réformes, ce qui va contribuer à alimenter la guerre des classes.


Rien ne change, donc. Et le PS ?


Je constate qu’avec la crise, il passe une couche de vernis anti-libéral sur son discours. Il y a quelques jours, Ségolène Royal a osé déclarer : « Depuis le temps que les socialistes disent que le capitalisme va finir par s’auto-détruire, eh bien, nous y voilà. » [5] C’est faux, bien entendu : ni elle ni ses collègues ne l’ont jamais dit… De la même façon que Strauss-Kahn n’avait jamais dénoncé « l’anarchie financière » auparavant, qu’Hollande n’avait pas non plus pointé « la faillite du système libéral »…

Je note aussi que ce discours est à nouveau marqué de l’absence d’adversaires, qu’il reste englobant et généralisateur. Il fait surtout l’impasse sur la responsabilité de ceux qui ont installé le système en cause : la libéralisation est pourtant l’oeuvre de Bérégovoy, les privatisations ont été effectuées par Jospin… Et ceux-là même qui avaient contribué à mettre en place ce système, les Lamy, Minc ou DSK, prétendent maintenant qu’ils en avaient toujours été les adversaires. Je trouve cela très inquiétant, comme si ces gens se nourrissaient de tout et de son contraire sans jamais risquer de perdre leurs places.

C’est aussi lourd d’enseignement sur notre capacité d’amnésie…

Oui, c’est comme si l’absence de pensée du PS, sorte d’animal mou qui encaisse tous les coups (21 avril 2002, 29 mai 2005, 6 mai 2007), était complètement acceptée. Il y a une amnésie permanente produite par le système médiatique contre laquelle personne ne peut lutter. Un événement chasse l’autre. La crise financière aura largement fini de faire les gros titres dans trois mois, alors même que ses effets commenceront réellement à se faire sentir. La crise est aussi un produit médiatique.


Ton bouquin, tu le vois comment ?


C’est un livre écrit à la masse, au hachoir, qui ne fait pas de détails. C’est un livre fait pour cogner, pas pour proposer. C’est une arme, qui peut moisir dans les stocks de Fayard et ne plus en sortir ou bien aider des gens à formuler ce qu’ils pensent, ce qu’ils pressentent. J’espère que ce livre sera utile aux militants communistes qui s’interrogent sur Marie-Georges Buffet, laquelle ne prononce plus jamais les mots de lutte des classes, ainsi qu’à quelques socialistes et aux militants du Nouveau Parti Anticapitaliste.

Je voudrais souligner que c’est un livre populiste, aussi. Pas au sens où ils l’entendent, mais à celui qu’en avaient les démocrates américains : jusque dans les années 1970, ceux-ci opposaient le « little guy » au « big business », une rhétorique nommée « populiste », mais sans forcément de connotation négative. Au sens, aussi, qu’en donne Le Petit Robert : « Ecole littéraire qui cherche, dans les romans, à dépeindre avec réalisme la vie des gens du peuple. »

C’est très révélateur, d’ailleurs : dans les éditos de Jacques Julliard, dans la bouche des militants des Verts ou socialistes, dans la petite bourgeoisie culturelle, le mot populisme est devenu péjoratif après que la gauche ait abandonné la référence à la lutte des classes. Comme s’il s’agissait d’en faire une insulte créant un clivage politique entre les classes populaires et la petite bourgeoisie… Moi, j’assume : j’ai un discours très clivé sur les peuples travailleurs et les maîtres du Cac 40 et je le revendique !

Pour finir, on pense quand même avec son époque... Tu sais, j’avais 18 ans en 1993. Et ça a vraiment été le creux de la vague politique : c’était la fin du communisme, les socialistes se prenaient une déculottée et se noyaient dans les affaires, les grandes idéologies s’effondraient… A cette époque, tu étais un incroyable has-been si tu parlais du rapport capital-travail. Et en toute honnêteté, je n’aurais pas écrit ce livre alors, pas comme ça.

Quinze années se sont écoulées depuis, une nouvelle histoire peut s’écrire, des mots retrouvent leur sens et leur force. Et cette évidence d’une guerre des classes en cours, que pointe Warren Buffett, que je démontre à mon tour, c’est une intuition qui traîne maintenant dans bien des têtes. Il faut ne plus craindre de l’énoncer, de nommer les ennemis, pour bâtir une gauche décomplexée. L’occasion nous est offerte : ces jours-ci, les esprits mûrissent à vitesse grand V.


PUBLIE PAR ARTICLE11 :
http://www.article11.info/spip/spip.php?article154



http://www.legrandsoir.info/spip.php?article7315
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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 22:52

L’insoluble problème
de la répartition des profits
 
Patrick MIGNARD

La répartition des profits des entreprises et une question qui refait régulièrement surface dans la polémique sociale, et la crise actuelle la remet bien évidemment au goût du jour.

L’urgence, toujours repoussée, d’une réponse à fait dire dernièrement au « turbo président », une énormité une de plus - qui en dit long soit sur son incompétence, soit sur sa démagogie,… peut-être sur les deux.

Dans ce que certains ont appelé une « règle des trois tiers », il a tout simplement suggéré « un partage égal des profits entre salaires, investissement et dividendes » ( ???).

La pire des choses qui pourrait lui arriver c’est que les salariés lui disent « chiche ! » et enclenchent un mouvement social sur cette base,… chose dont les syndicats complaisants se sont bien gardés de faire.

EFFET D’ANNONCE ET QUESTION ESSENTIELLE

Disons le tout de suite, cette règle n’est qu’un effet d’annonce un de plus sans conséquence concrète, mais elle pose un problème très intéressant.

- « effet d’annonce » parce qu’il est évident que le pouvoir n’a absolument pas l’intention de procéder à ce changement. Pourquoi ? Parce que ce changement touche de fait, et de droit, aux « fondamentaux » du système marchand dont il est le garant.

- Le point fondamental abordé par cette question est celui de la « répartition de la richesse dans le système ».

Dire que « le tiers du profit doit aller aux salariés… en plus de leur salaire » a fait immédiatement réagir le MEDEF dont la porte parole a dit clairement toute la divergence qu’elle avait de tels propos en précisant que « seul l’actionnaire peut décider du montant des dividendes », car cela relève du « droit de propriété », ajoutant pour faire bonne mesure qu’il « n’était ni du ressort de l’Etat, ni des salariés d’en décider ». Madame PARISOT n’a fait que rappeler ce qu’est le capitalisme et en rappelant ces règles élémentaires, et tout à fait exactes, elle a implicitement signifié que cette question ne relevait pas d’une simple arithmétique de gestion, mais était fondamentalement politique.

Le fondement du capitalisme c’est, rappelons le une fois encore, le « rapport social fondé sur l’investissement du capital dans un processus de production en vue de création de valeur,… et pour se faire, l’embauche de salariés (seul le travail étant créateur de valeur) qui, en échange de leur force de travail reçoivent un salaire équivalent à la valeur estimée de celle-ci ».

Etablir dans ce système une « répartition du profit aux salariés et ce de manière « inégalitaire » par rapport aux actionnaires (le tiers du profit en plus du salaire) » est bien évidemment inacceptable pour les actionnaires… pire à leurs yeux, elle remet en question le fondement même du système marchand.

LES RAPPORTS PROFITS / SALAIRES : MYTHES ET REALITES

Avant d’être quantitative, la question est, comme le souligne la représentante du MEDEF qualitative… Il s’agit d’un principe d’organisation sociale que l’on pourrait résumer lapidairement par : l’actionnaire est tout, le salarié rien ! Ce n’est pas une affirmation provocatrice mais la réalité du système marchand.

Que seul le travail humain crée de la valeur est une affirmation difficilement contestable… en effet, même les machines sont issues du travail humain ! Ce n’est que dans cette mesure que la force de travail est acceptable et acceptée… Mais créer une entreprise n’a pas pour objectif de créer de l’emploi, seulement de valoriser un capital, le travail n’étant, d’une certaine manière, qu’un « mal nécessaire ». La preuve en est que l’entreprise essaye de se passer de plus en plus de travail en rentabilisant le peu qu’elle utilise. L’objectif de l’entreprise est de faire du profit, un point c’est tout.

On comprendra dès lors que le salarié n’a aucun droit sur le profit, qui ne lui appartient juridiquement pas. Il a reçu son salaire, équivalent valeur de sa force de travail,… le reste ne lui appartient pas.

Vouloir attribuer, en plus, au salarié, une part du profit est vécu, à juste titre, comme un déni juridique par l’actionnaire. Une négation même de l’ordre social marchand.

Résultat des sociétés non financières en 2006 en pourcentage du bénéfice après impôt :

Revenu distribué aux actionnaires : … 74,6 %
Intéressement et participation :……….. 15,9 %
Reste à l’entreprise : ……………………. 9,5 %

Source ALTERNATIVES ECONOMIQUES-mars 2009

Mais me direz vous, les salariés touchent déjà, dans certains cas une part du profit sous la forme de « participation » ou d’« intéressement » ! C’est exact, mais ça été imposé par les salariés et accepté par le patronat pour s’acheter la « paix sociale » dans l’entreprise, ça demeure tout de même limité et exceptionnel… la règle étant que le profit appartient aux actionnaires et à eux seuls. L’ordre économique et social marchand n’est absolument pas remis en question.

Que le profit soit important, là n’est pas la question.

LA SEULE ET VRAIE QUESTION

C’est celle des conditions de production des richesses et de leur la répartition dans notre société. Or ce problème n’est pas du tout technique,… il est essentiellement politique. Autrement dit, qui décide ce que l’on produit, comment on le produit et comment on le réparti ?. L’Histoire humaine n’est en fait que la succession des formes d’organisations sociales censées répondre à ces questions.

On imagine ainsi difficilement, le chantre du libéralisme en France, le porte parole présidentiel du MEDEF, le liquidateur des services publics, des régimes de retraites par répartition et de la protection sociale,… oser s’attaquer à cette question essentielle.

La gauche et l’extrême gauche qui sont incapables de poser correctement la stratégie de changement de ce fonctionnement, comment un représentant de ce système marchand le pourrait-il ?

Toucher à la répartition des profits c’est toucher au statut même du capital et du travail et à son corollaire, le droit de propriété sur les moyen de production. On est là au cœur de la véritable problématique du changement social. Le MEDF l’a immédiatement vu,… Sarkozy, emporté par sa démagogie et son incompétence n’a pas mesuré, une fois encore, la portée de ses propos… Quand aux syndicats de salariés ils se sont empressés de regarder ailleurs montrant en cela où sont leurs véritables préoccupations.

Le partage des profits du surproduit social est réglé une bonne fois pour toute dans le système marchand et en constitue son essence… Il n’y a rien d’autre à espérer en son sein.

La question du partage de la richesse est, et demeure, le vrai problème de toutes les sociétés depuis l’origine des hommes, ça constitue toujours la question essentielle du présent et de l’avenir.


Patrick MIGNARD
mars 2009

http://www.legrandsoir.info/spip.php?article8172

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 22:43
Les révoltes de la faim,
conséquences naturelles
de la mondialisation

 
Aurélien BERNIER

Dès le XVIIIème et le début du XIXème siècle, les économistes Adam Smith et David Ricardo avaient décrit un phénomène d’une logique imparable : la baisse du prix des denrées alimentaires permet d’augmenter le pouvoir d’achat des salariés sans avoir à augmenter leurs salaires. Par voie de conséquence, cette baisse est vivement souhaitable pour les propriétaires des grands moyens de production. Règle numéro un du parfait libéral : la nourriture doit être bon marché.

Dans ses travaux, le même Ricardo élabore la théorie des avantages comparatifs, qui conclut à l’intérêt qu’aurait chaque pays à se spécialiser dans les types de production pour lesquels il se montre le plus performant. Peu importe que cette spécialisation rende dépendant d’autres pays producteurs, le libre-échange permet aux marchandises de circuler et aux peuples de satisfaire leurs besoins. Règle numéro deux : il faut renoncer à la souveraineté alimentaire et industrielle pour se convertir au libre-échange.

La stratégie de mondialisation permise par le développement fulgurant des réseaux de transport et de communication n’est jamais que la mise en oeuvre à marche forcée de ces principes par les puissances économiques. Tous les moyens auront été bons pour y parvenir. Le GATT puis l’OMC (1) propageront le libre-échange un peu partout sur la planète, y compris dans le domaine agricole. Lorsque les négociation patinent à l’OMC, comme c’est le cas depuis quelques années, des accords régionaux ou bilatéraux prennent le relais et appliquent les mêmes recettes. Sans oublier les Plans d’ajustement structurels imposés aux pays emprunteurs du Fonds monétaire international (FMI), qui déclinent encore la doctrine néolibérale. En bout de course, les vrais bénéficiaires de ce libre-échangisme débridé sont les grandes entreprises, qui peuvent profiter des conditions sociales, fiscales et environnementales les plus avantageuses et niveler par le bas les législations grâce à l’argument massue de la concurrence internationale.

De plus, la financiarisation croissante de l’économie démultiplie les conséquences de cette réorganisation. Le pouvoir exorbitant des marchés généralise la spéculation, y compris sur les produits alimentaires. Le « marché mondial » fixe les prix, fonction de l’offre et de la demande... mais aussi (et de plus en plus) des perspectives de rendement financier. Pour s’en convaincre, on peut admirer la transparence de la banque belge KBC qui, pendant les révoltes de la faim, vante les performances d’un produit financier investi dans les matières premières agricoles (2).

Ainsi, on comprend mieux comment cette mondialisation qu’on nous prédisait heureuse a pu conduire à la situation de pénurie alimentaire vécue en ce moment même par de nombreux pays. Spéculation provoquant une hausse brutale des prix, répartition totalement inéquitable des richesses, dépendance des pays du Sud vis-à-vis du Nord...voilà les ingrédients de la crise. On peut bien-sûr ajouter un choix technologique désastreux comme celui des agro-carburants, qui confirme l’hérésie du système économique mondial en détruisant des aliments pour produire de l’énergie.

Face à la révolte de populations qui ne parviennent plus à payer leur nourriture, les institutions sont dans l’embarras. Elles accusent la hausse de la population, la croissance de la Chine et de l’Inde ou le changement climatique, et préconisent d’augmenter l’aide alimentaire. Les plus téméraires reconnaissent tout juste des effets pervers dans la stratégie internationale et se souviennent que les subventions des pays riches à leur agriculture provoquent un dumping terrible dont sont victimes les pays en développement. Egale à elle-même, la Banque Mondiale s’oppose à l’arrêt des exportations de produits alimentaires par les Etats les plus touchés par la famine au motif... que cette mesure provoquerait une nouvelle augmentation des cours sur les marchés ! En d’autres termes, pour sortir de la crise, laissons mourir les pauvres.

On applaudira enfin la commissaire européenne à l’agriculture, Mme Mariann Fischer Boel, qui estime que les prix élevés sont « une bonne chose pour les producteurs » (3) et qu’un développement plus rapide des organismes génétiquement modifiés (OGM) limiterait la crise. Toutes les démonstrations ont pourtant été faites et maintes fois répétées pour tordre le cou à ce dernier argument. Protégés par brevets et conçus pour une agriculture intensive basée sur la chimie, les OGM sont un désastre de plus pour les pays en développement. Environ 80% des surfaces cultivées dans le monde avec ces variétés sont d’ailleurs destinés à la nourriture du bétail consommé dans les pays riches. Et, à supposer que certains OGM apportent une amélioration en terme de rendement (ce qui reste à prouver), les faits démontrent que les causes de la malnutrition sont bien politiques, et qu’augmenter la production ne modifiera en rien la situation.

Une diversion aussi ridicule n’a visiblement qu’un objectif : celui d’occuper le terrain médiatique. Car, pour les tenants de l’ordre économique international, le risque que les citoyens tirent les véritables conclusions de cette situation est grand. Et ces conclusions sont sans appel. Le libre-échange est un désastre au Sud comme au Nord. Reconstruire la souveraineté alimentaire et industrielle des Etats est la seule voie possible pour sortir d’une logique de concurrence et s’engager dans une logique de coopération et de solidarité. Pour cela, il faut fermer la bourse, contrôler les importations et les investissements, taxer les profits... bref, remettre l’économie sous contrôle politique. Si elle était analysée pour ce qu’elle est, cette crise alimentaire devrait signifier la mort clinique de l’idéologie néolibérale.


Aurélien BERNIER


http://abernier.vefblog.net/


(1) GATT : Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, signé le 30 octobre 1947 pour harmoniser les politiques douanières des parties signataires. Cet accord multilatéral de libre-échange entra en vigueur en janvier 1948 et aboutira en 1994 à la création de l’Organisation Mondial du Commerce (OMC).

(2) Courrier International, 7 mai 2008, http://www.courrierinternational.co...

(3) « Hausse des prix agricoles : bonne chose pour les producteurs », AFP, 18 avril 2008.

http://www.legrandsoir.info/spip.php?article6840

___________________________________________________________



Je voudrais simplement ajouter qu’en plus de la crise financière, il y a un drame au moins aussi important, sinon plus, qui touche des millions de malheureux : celui de la faim.  La spéculation sur les produits de base nécessaires à la vie et la  politique criminelle des grands trusts alimentaires a ruiné beaucoup d’agricultures locales et de grandes parties du monde sont trop pauvres pour acheter de quoi se nourrir.

http://alexandrelatsa.blogspot.com/2009/04/louis-dalmas-sur-dissonance.html

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 22:38

Oser la désobéissance européenne

Aurélien BERNIER

photo :
greenpeace

Alors que tous les regards sont fixés sur la crise financière, il s’opère en coulisses une nouvelle offensive pro-OGM au niveau européen, menée tambour battant par la Commission. A quelques semaines du début des semis et à quelques mois du renouvellement du Parlement, cette dernière multiplie les pressions pour autoriser de nouvelles variétés de maïs génétiquement modifié, et surtout, pour empêcher des États comme l’Autriche, la Hongrie ou la France de s’opposer aux cultures transgéniques.

La première autorisation de mise en culture de plante génétiquement modifiée en Europe fut accordée fin 1997. Moins de deux ans plus tard, un moratoire européen a été instauré afin de compléter la législation communautaire. La publication en 2003 des règlements relatifs à la traçabilité et à l’étiquetage des produits alimentaires contenant des OGM mit fin à cette interdiction temporaire et permit d’éviter les foudres de l’Organisation mondiale du commerce. Dans l’intervalle, les surfaces d’OGM ont progressé insidieusement, mais lentement. Elles dépassaient à peine les 100 000 hectares en 2008, ce qui équivaut à moins de 1% de la production européenne de maïs et marque donc un véritable échec commercial.

En fait, le vent a tourné, et la situation n’est plus aussi favorable aux biotechnologies qu’à la fin des années 1990. Un pays comme l’Autriche a engagé très tôt une guérilla juridique pour interdire les OGM sur son territoire, entraînant dans son sillage d’autres États. Si les mesures nationales d’interdiction se sont heurtées au mur des institutions européennes, la Commission réclamant leur annulation de façon systématique, les arguments ont pourtant fait leur chemin. De plus en plus sceptiques, les États membres peuvent à présent réunir une majorité contre les positions pro-OGM de la Commission. Ainsi, le 2 mars, le Conseil des ministres de l’environnement rejetait par 282 voix sur 345 la demande de levée des moratoires hongrois et autrichiens sur le maïs MON810 de la firme Monsanto.

Si cette stratégie défensive a permis de gagner du temps, elle n’est pourtant pas viable sur le long terme. Après avoir simplifié les procédures d’autorisation de mise en culture d’OGM avec les règlements adoptés en 2003, après avoir introduit une tolérance de 0,9% d’OGM dans les produits biologiques en janvier 2009, la prochaine étape pour la Commission européenne devrait être une refonte des procédures d’évaluation de nature à évacuer tout débat politique, laissant à la science officielle le soin de trancher en faveur des biotechnologies.

Cette situation sur le cas emblématique des OGM est à rapprocher du scandale du traité de Lisbonne. Les deux affaires prouvent en effet que l’actuelle construction européenne vise tout simplement à abolir la démocratie pour préserver le libre-échange, principal outil du capitalisme néo-libéral. Le peuple peut bien dire « non » à un traité, il peut tout aussi bien refuser à plus de 80% une technologie écologiquement et socialement dangereuse, l’Union européenne ne déviera pas sa trajectoire d’un centimètre.

Puisque chaque texte qui sort du Parlement, chaque décret ou arrêté se doit absolument d’être euro-compatible, la conclusion est évidente. Un véritable gouvernement de Gauche arrivant au pouvoir en France n’aurait d’autre solution que de pratiquer la désobéissance européenne pour mettre en oeuvre ses politiques. Sur la seule question environnementale, la désobéissance s’impose dans de nombreux domaines. Il faut dénoncer la directive 2001/18 et le règlement 1829/2003 pour interdire les OGM dans les champs et dans l’alimentation. Il faut dénoncer la directive 2003/87 instaurant le système de Bourse du carbone pour démanteler le marché des droits à polluer et mener des politiques de lutte contre le changement climatique sérieuses. Il faut refuser d’abonder le budget de la Politique agricole commune tant que celle-ci financera une agriculture intensive détruisant la paysannerie et les écosystèmes. Il faut dénoncer les directives sur les marchés publics afin d’imposer la prise en compte de critères sociaux et environnementaux au lieu de se soumettre à la libre-concurrence, plus que jamais synonyme de dumping. Bien sûr, le raisonnement est tout aussi valable sur les questions sociales.

En 2005, la formidable campagne d’éducation populaire qui a accompagné le référendum sur le Traité constitutionnel européen a permis aux citoyens de prendre conscience d’une chose fondamentale : l’Europe qui se construit vise à déposséder les États de tout pouvoir d’opposition aux politiques libérales, qu’elle impose envers et contre tout. Cette Europe-là ne fera plus machine arrière. Les stratégies visant à changer le cours de la construction européenne ayant échoué, il s’agit maintenant de changer d’Europe, c’est à dire la reconstruire du sol au plafond. Changer d’Europe, c’est oser à nouveau dire « non ». Au quotidien. Chaque fois qu’une mesure de gauche se heurtera aux tables de loi de l’euro-libéralisme. Changer d’Europe commence par la désobéissance. Alors, soyons prêts à désobéir, et affirmons-le !


Aurélien BERNIER

Secrétaire national du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP – www.m-pep.org)

Blog : http://abernier.vefblog.net/


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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 22:31


Cultures & Dépendances
 
Sur le développement durable

Aurélien BERNIER


Il y a tout juste vingt ans, une commission créée par l‘O.N.U et baptisée « Commission mondiale sur l’environnement et le développement » publiait le « Rapport Brundtland ». Ce document restera connu comme celui qui allait populariser la notion de développement durable. Aurélien Bernier, auteur de plusieurs livres aux éditions mille et une nuit (1), collaborateur du Monde Diplomatique et militant altermondialiste, donne son point de vue sur cette notion que tout le monde s’approprie aujourd’hui.

Développement durable : Interview dans le magazine CRASH

Quelle est l’origine du développement durable ?

L’expression « développement durable » (sustainable development), voit discrètement le jour dans les années 80. Lorsque la commission Bruntland décide de la reprendre à son compte, elle lui donne la définition suivante : « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Pour la première fois, on se soucie de transmettre aux prochaines générations suffisamment de ressources pour qu’elles puissent vivre correctement. En tout cas en théorie. Et on entérine quasiment aussitôt ce concept, lors de la Conférence des Nations Unies pour l’Environnement et le Développement qui a lieu à Rio en 1992.

Cette définition est-elle satisfaisante ?

Il existe en fait un problème avec la notion de développement durable telle que la formalise le Rapport Bruntland. Comme il n’est pas question pour les rédacteurs de remettre en cause la croissance telle que nous la connaissons, ces derniers posent comme axiome le principe d’une compensation des atteintes à l’environnement par des développements technologiques. La technologie guérira tout pour peu qu’on y mette les moyens. L’essentiel sera donc maintenant de découpler croissance et pollution (dit autrement, peu importe que la pollution augmente si elle augmente moins vite que la croissance)… et de le faire savoir à grand renfort de communication.

Concrètement que risque-t-il de se passer ?

Comme chacun le sait, les entreprises s’engouffreront dans la brèche et seront promptes à se repeindre aux couleurs du développement durable à peu de frais. L’électricien EDF, par exemple, puisque le nucléaire permet de limiter les rejets directs de gaz à effet de serre. L’agrochimiste Monsanto, puisque certaines de leurs plantes transgéniques permettent d’éviter des épandages de pesticides… Et les cas similaires se multiplient à l’infini.

Comment une telle supercherie est-elle possible, alors que dans le même temps, tout le monde ou presque s’accorde sur le constat d’une dégradation alarmante de l’environnement ?

Le développement durable est censé s’intéresser aux interactions entre l’économique, le social et l’environnemental pour y rechercher un optimum.

Or, les profits de l’économie néolibérale s’engraissent de spéculation sur les marchés financiers, mais aussi d’externalités. C’est-à-dire de la différence entre le coût global et le coût supporté par le producteur. Une paire de chaussure fabriquée en Chine coûtera une somme dérisoire à la multinationale qui la fabrique. Les ouvriers de l’usine sont traités et payés comme on le sait : mal. L’usine rejette des quantités importantes de polluants. L’activité génère des millions de kilomètres de transport. Tout ceci est au final payé par quelqu’un. Puisqu’il ne s’agit pas de la multinationale, il s’agit de la collectivité, qui dépollue ou se protège de la pollution, qui fournit plus ou moins d’aides sociales pour compenser la précarité des salariés, qui soigne les maladies professionnelles…

Comment entrevoir une solution ?

Une façon sérieuse de traiter le développement durable aurait été de poser la question suivante : comment réintégrer progressivement les externalités dans le coût de production ? Comment faire en sorte que le prix de la tonne de maïs cultivé en intensif contienne le coût social de l’irrigation, de l’épandage de pesticides, du séchage fortement consommateur d’énergies fossiles, etc. ? La réponse est évidemment complexe, mais une chose est certaine. De tels changements ne pourront jamais s’effectuer en conservant des règles de libre échange qui mettent en concurrence des Etats aux législations sociales et environnementales totalement disparates. C’est pourquoi le développement durable restera une décoration offerte aux entreprises tant qu’il ne s’attaquera pas à la mondialisation néolibérale. Encourager les bonnes pratiques sur la base du volontariat sans rien changer aux lois du commerce international relève de l’arnaque pure et simple.

Est-il vraiment crédible de vouloir faire coexister croissance économique et préservation de l’environnement ?

Tout dépend de ce que l’on met dans le terme « croissance économique ». S’il s’agit d’une croissance des services de santé, d’aide aux personnes âgées, du service public de la petite enfance... il n’y a aucun problème à soutenir cette croissance-là. Mais quand les gouvernements parlent de croissance aujourd’hui, ils défendent une production de biens de consommation qui impacte lourdement l’environnement. Et ces biens sont souvent fabriqués dans des conditions sociales très critiquables. La croissance est une notion fourre-tout qu’il faut absolument redéfinir. A l’heure actuelle, consommer du pétrole crée de la croissance, et dépolluer les plages après une marée noire également. Nous avons besoin d’autres indicateurs que le seul PIB.

Y-a-t-il des voies concrètes déjà ouvertes ? (décroissance douce… ?)

Il faut prendre les choses dans l’ordre. La première question à se poser est comment mieux répartir les richesses entre les Etats. Le système néo-libéral repose sur une logique finalement très simple : en autorisant les entreprises à produire où elles veulent et à vendre comme elles le veulent, on favorise les pays les plus attractifs pour les firmes, avec le coût du travail le plus faible, les réglementations environnementales les plus laxistes et les régimes fiscaux les moins contraignants. Cette concurrence tire tous les pays vers le bas. Il faut absolument casser ce cercle vicieux, par exemple en instaurant des droits de douane en fonction de critères sociaux et environnementaux. A partir de là, on peut reconstruire un système plus durable, en choisissant collectivement les priorités économiques. Il faut donner la priorité à la satisfaction des besoins sociaux, favoriser les productions locales et les circuits courts, et arrêter la production de biens inutiles qui impactent fortement l’environnement.

Difficile pour le consommateur, aujourd’hui, d’y voir clair.

Le développement durable est une notion tellement floue qu’elle est récupérée par tous les grands groupes, y compris ceux qui polluent le plus. Dans ce contexte, la meilleure garantie reste les labels officiels, comme le label Agriculture Biologique dans l’alimentation. Mais il faut aussi être vigilants à ce que les cahiers des charges de ces labels ne soient pas progressivement revus à la baisse, comme c’est aujourd’hui la tendance. Il faut donc une implication des citoyens dans leur mise en place et leur suivi, implication d’autant plus efficace que les circuits de production et de distribution sont des circuits courts.

Quel rôle peut-il jouer ?

Le consommateur a du poids lorsqu’il consomme puisque c’est lui qui tient en mains le carnet de chèques. Mais le citoyen a un rôle à mon avis encore plus important, car il peut obliger le politique à prendre des décisions de véritable rupture. Si un grand mouvement citoyen réclamait une taxe sur l’importation de biens produits dans des conditions sociales et environnementales désastreuses, comme par exemple les textiles asiatiques ou les OGM du continent américain, on obtiendrait un changement radical. Avec un effet multiple : on oriente la production vers des solutions plus durables, on favorise la relocalisation de l’économie, et on limite fortement les intérêts que peuvent avoir les entreprises à délocaliser.

Quelle serait votre définition du développement durable ?

Un problème de la définition du développement durable est qu’on n’a fait aucune hiérarchie entre le social, l’environnemental et l’économique. Dans la pratique, c’est donc toujours l’économique qui domine, et les entreprises font un peu d’environnement pour donner le change, le social passant à la trappe. Il faut redéfinir le développement durable en mettant des priorités : l’objectif ultime, c’est le bien-être social et rien d’autre. Mais ce bien-être doit devenir transmissible d’une génération à l’autre, et donc la contrainte environnementale doit absolument être prise en compte. Alors, l’économique doit se mettre au service du social et se plier à la contrainte environnementale. Dans ce cas seulement, on peut parler de développement durable.

Propos recueillis par Amandine Geers et Olivier Degorce
www.whats-for-dinner.info

http://abernier.vefblog.net/5.html#...

(1)
"Les OGM en guerre contre la société" (Attac, 2005, éd. Mille et une nuits")
"Transgénial !" (Attac, 2006, éd. Mille et une nuits)


http://www.legrandsoir.info/spip.php?article6155

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 22:22
Chroniques du Venezuela N° 5

Venezuela : la "révolution verte"

Ron RIDENOUR

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http://mrzine.monthlyreview.org/harnecker051205.html


Je voulais voir comment fonctionnaient les nouvelles coopératives agricoles, et j’avais également besoin de m’éloigner un peu de la maison où j’habitais et de la vie citadine. J’habitais dans une chambre à l’étage, où vivait également une jeune femme qui passait le plus clair de son temps cloîtrée à regarder la télévision. Ma chambre était sommairement meublée de mobilier rustique. Les ressorts en métal du matelas étaient saillants. La salle de bains avait une chasse d’eau à l’ancienne et le tuyau de douche un seul orifice. Le plâtre et la peinture dans la cuisine et le séjour en bas au rez-de-chaussée s’écaillaient et tombaient. Il y avait de la crasse incrustée sur tous les appareils et sur les étagères. A 50 mètres de la maison, il y avait un concessionnaire automobile bruyant. Bien que ce soit une petite ville, La Victoria est très bruyante : alarmes de voitures, klaxons, radios cassettes portables, enfants et adultes braillards (la "bulla", le raffut) .

Les bourgeois prétendent que le gouvernement de Chavez a limité le nombre d’importations de véhicules, même si au cours des deux années précédentes 600.000 voitures particulières ont été importées. Le gouvernement cherche à réduire les importations et à privilégier la production nationale dans tous les domaines. Le pays produit déjà un grand nombre de ses propres modèles de véhicules militaires et de tracteurs. Et il vient de se lancer dans la production de voitures destinées à la vente aux particuliers en coopération avec l’Iran. La "voiture du peuple" se vendra pour la modique somme de 7000 dollars (les voitures neuves importées se vendent au minimum 4 fois plus). Les 20.000 premières voitures devraient sortir en 2009. De plus, les millions d’automobilistes vénézuéliens ont le privilège d’avoir l’essence la moins chère au monde. Alors qu’un litre d’eau en bouteille coûte l’équivalent d’1,40 dollars, le litre d’essence nationalisée coûte aujourd’hui environ 0,04 cents (100 centavos en monnaie nationale), c’est-à-dire 35 ou 40 fois moins cher que le prix de l’essence dans les Etats-Unis de-la-Guerre-pour-le-pétrole.

Un matin de février, Diego a emprunté la voiture de sa copine et m’a conduit vers une petite chaîne de montagnes peu élevées où se trouve la coopérative agricole de Quebrada Seca. Il m’a raconté une partie de son histoire et, moi, de mon côté, j’avais également effectué des recherches.

J’avais lu les chiffres de la Banque Centrale, qui indiquent que le gouvernement avait augmenté les subventions de la production agricole de 738% entre 2004 et 2007. Environ 5 millions d’hectares de terres cultivables, sur les 30 millions que compte le pays, ont été confisqués à leurs propriétaires pour être attribués à environ 200.000 personnes, dont la plupart n’étaient pas agriculteurs. Dans de nombreux cas, les titres de propriété des terrains faisaient l’objet de contestations. Les habitants de la région qui avaient le pouvoir et les armes s’étaient purement et simplement approprié certaines terres des dizaines, voire des centaines, d’années auparavant.

Le gouvernement de Chavez avait hérité d’une économie de "monoculture" dépendante du pétrole et dont la majorité des exploitants étaient des sociétés américaines et britanniques.

En 1935, 60% de la main d’oeuvre était rurale et travaillait en majorité dans le secteur agricole. En 2000, il ne restait plus que 12% de la population rurale. En 1998, seuls 6% du PIB provenaient de la production agricole, le taux le plus bas de toute l’Amérique Latine. Et 3/4 des terres étaient détenues par 5% de propriétaires terriens. Sous Chavez, la production agricole a doublé mais la demande a aussi augmenté, dépassant même les réserves nationales. Et donc, il a fallu accroître les importations de denrées alimentaires, essentiellement en provenance des nouvelles communautés économiques des pays d’Amérique latine, le Mercosur et l’Alba (Alternative Bolivarienne pour l’Amérique latine et les Caraïbes, NDT) qui comprend Le Venezuela et Cuba. Et qu’ont rejoint récemment quatre autres pays.

Le fait que le gouvernement ait augmenté plusieurs fois les salaries et les retraites de façon importante explique cette augmentation de la demande et de la consommation. Le jour de la fête du travail, le 1° mai 2008, Chavez a annoncé que le salaire et la retraite mensuels minimum seraient fixés à l’équivalent de 560 dollars, les revenus minimum des Vénézueliens devenant alors 2,6 fois plus élevés que la moyenne sur tout le Continent latino-américain.

Diego m’a raconté qu’il y a trois ans environ 150 personnes habitaient cette région montagneuse de 1.000 hectares que possédait une famille allemande très riche. Les Vollmer s’étaient installés au Venezuela il y a longtemps et étaient devenus les propriétaires terriens les plus importants de l’état d’Aragua. Comme pour beaucoup de riches planteurs, une grande partie de leurs terres était en friche. Qui possède la terre et comment elle est utilisée indique clairement si on est dans une société conçue sur le modèle de marché capitaliste ou celui de la solidarité socialiste. Et les riches propriétaires terriens constituaient l’essentiel des classes dirigeantes depuis des centaines d’années avant l’arrivée de Chavez. Sa nouvelle assemblée nationale a voté une loi permettant au gouvernement de récupérer les terres en friche et de les attribuer aux paysans sans terre et à d’autres. En octobre 2005, une large réforme agricole était mise en œuvre sous le nom de Mission Zamora. Cette réforme a eu lieu après le premier discours public du Président Chavez où il préconisait un modèle socialiste. C’était au Brésil, à Porto Alegre, lors du Forum social mondial de 2005.

"Je suis chaque jour plus convaincu … qu’il est nécessaire de se placer au-delà du capitalisme. Mais le capitalisme ne peut pas être transcendé dans le cadre du capitalisme, mais par le socialisme, le véritable socialisme, qui implique justice et égalité. Mais je suis également convaincu qu’il est possible d’agir dans une démarche démocratique, mais pas le modèle de démocratie qu’impose Washington" a-t-il dit.

"Il est impossible dans le cadre du système capitaliste de résoudre les problèmes sérieux de pauvreté de la majorité de la population mondiale. Il nous faut dépasser le modèle capitaliste. Mais il ne faut pas le remplacer par un capitalisme d’état, ce qui mènerait aux mêmes perversions qu’en Union Soviétique. Nous devons réformer le socialisme en tant que thèse, que projet, que voie … un nouveau modèle de socialisme, un modèle humaniste, un modèle qui place les êtres humains, et non pas les machines ou l’Etat, avant tout le reste. Ca, c’est un débat que nous devons proposer dans le monde entier".

Diego m’a présenté le (la ? NDT) secrétaire de la coopérative et un des deux conseillers cubains. Grâce à ses recommandations et à mon expérience de 8 années passées à Cuba, j’ai été chaleureusement accueilli et autorisé à circuler partout et discuter avec qui je voulais. Diego est reparti et j’ai fait le tour tout seul. A l’entrée de la propriété, il y avait un énorme panneau sur lequel était inscrit " Quebrada Seca. Cité libre. Peuple agriculturellement productif. Avenir socialiste. "

Au bout de deux kilomètres de marche essentiellement dans le maquis, j’ai rencontré une équipe de la coop. Trois femmes et un homme qui cultivaient un bout de terrain. C’est Juleen qui a pris la parole pour les autres.

"Cette année, nous avons testé de nouvelles méthodes de travail en espérant que cela nous permettra d’améliorer notre rendement. L’an dernier, je cultivais des poivrons, mais nous avons perdu toute la récolte. Nous n’avons rien gagné. Ce qui nous a permis de survivre, c’est une allocation annuelle du Ministère de l’agriculture – supprimée cette année - plus un prêt pour l’achat de semences et d’outils agricoles. Mais maintenant nous labourons la terre avec nos ongles, parce que nos trois tracteurs sont en panne et que nous n’avons pas l’argent pour les réparer. Alors, vous vous demandez comment nous faisons pour manger ?" rigole la rondelette Juleen.

"Nous sommes aidés par nos familles qui habitent et travaillent à la ville. Et ici, tout le monde s’entraide et nous mettons en commun ce que nous avons. Il y a un homme et une femme à la tête de la plupart des familles, et l’un des deux travaille généralement le week-end à l’extérieur, au moins un jour par semaine. Mon mari et moi, nous alternons. Il effectue des tâches manuelles, et moi, je fais la lessive et je repasse à Quebrada Seca. Nous gagnons chacun 30BF par jour. Nous n’avons pas d’argent pour autre chose que pour les produits de première nécessité, pas d’argent pour partir en vacances, parce qu’à ce moment-là, nous travaillons pour gagner de l’argent en ville".

C’était presque l’heure du déjeuner, et donc, nous avons commencé à gravir la colline escarpée jusqu’au groupement d’habitations. Les horaires de travail sont : 7H- 11h, pause de trois heures pour le déjeuner, puis reprise à 14h jusqu’à 18H. En chemin, les quatre nouveaux agriculteurs m’ont raconté ce qu’ils ont vécu ces trois dernières années. Quand la Mission Zamora a été mise en place, presque tous les planteurs ont contesté les expropriations. Ils ont intenté des procès, ce qui gelait la question de la propriété des terres pendant des années.

Ces trois dernières années, Chavez est souvent intervenu pour persuader les propriétaires de céder les terres en friche, proposant parfois des compromis de façon à ce que les petits agriculteurs et les citadins déplacés puissent démarrer leur exploitation. Cela a été le cas ici. Le gouvernement a offert une aide de crédit à long terme avec des taux d’intérêts zéro ou très bas pour faire démarrer l’exploitation agricole. Ce qui impliquait également la construction de nouveaux logements pour ceux qui comptaient s’installer. Les maisons, qui ont une superficie d’environ 80 mètres carrés, sont construites en béton et bois, avec des toits en tuiles et des sols carrelés.

Il faut normalement environ un an pour construire une maison dans une coopérative pour un coût allant de 80000 à 120.000 BF. Les cinq premières années, le logement est gratuit. Une fois passée cette période, il est décidé de la somme que doit payer chaque famille. L’objectif est que les familles puissent devenir propriétaires de leur maison au bout de 20 ans.

"Ca, c’est la meilleure chose que nous ayons ici, nos maisons" dit la volubile Juleen, le visage rayonnant. "Vous allez voir".

Les nouveaux exploitants agricoles ont expliqué que la façon de procéder avait changé trois fois en trois ans. Au début, tout le monde travaillait pour un seul collectif, mais il était difficile de pousser tout le monde à travailler au même rythme. La plupart n’avaient jamais travaillé la terre. L’année suivante, ils se sont divisés en dix équipes de 4 à 6 personnes. Cela non plus, ça n’a pas marché. Maintenant, chaque équipe est indépendante et est responsable de sa propre production. Il ne reste plus que 57 résidants et 25 agriculteurs sont répartis dans cinq équipes. Sept d’entre eux ont suivi un stage d’agriculture. En théorie, 30% du revenu de l’ensemble de la coop. devrait servir à rembourser les prêts de l’Etat. 70% sont partagés entre eux. Seulement, comme la production effective a été faible, pratiquement aucun remboursement de prêt n’a encore été effectué. Mais le gouvernement ne les bouscule pas.

"Nous avons des réunions de travail toutes les semaines. Il y en a une cet après-midi. C’est là que nous nous organisons et que nous apprenons des techniques ensemble. Avant, les réunions se passaient en palabres sur qui travaillait mieux que l’autre mais il n’était pas possible d’être objectifs sur le sujet. Puis, nous avons décidé d’attribuer un revenu de base à tous ceux qui venaient simplement travailler. Cela n’a pas marché non plus. Maintenant, dans chaque équipe, chacun a le même statut, la même responsabilité et le même revenu selon les recettes. Mais, en réalité, il n’y a pas de revenu à partager. Bien sûr, nous avons vendu le peu de production que nous avions dans les marchés locaux, à Mercal, mais cela ne nous permet pas de joindre les deux bouts", me disent-ils.

Mercal, c’est une mission qui cherche à accroître la souveraineté alimentaire du pays, en permettant d’acheter des produits de qualité, en particulier les céréales, les produits laitiers et la viande, à des prix subventionnés, à environ 40% des prix pratiqués par le système chaotique de l’offre et de la demande . Depuis sa mise en place, en 2002, le nombre de produits vendus dans les Mercal locaux, qui s’échangent en général chez des particuliers, est passé de 15 à 400. Les chiffres du Ministère de l’Agriculture indiquent que 12 millions de personnes achètent dans les 15.677 points de vente Mercal, ce qui répond aux besoins de 67% de la population. La propriétaire de la maison où j’habite est correspondante du Mercal local.

Il y a 27 nouvelles maisons sous le pic de la montagne. Semblables aux cinquante autres qui ont été construites dans la ville voisine et aux 10 000 dans tout le pays – un chiffre inférieur à l’objectif de construire des logements pour tous d’ici à 2021, à savoir plus d’un million. Ce projet, Mission Habitat, fait partie des avantages pour les néo-agriculteurs, et ce sont des constructions agréables.

Tandis que Juleen et une voisine préparent le repas pour leurs familles et pour moi, je visite cette maison qui sent bon le frais. La cuisine qui s’ouvre sur un patio possède l’essentiel : frigo, cuisinière à gaz, évier avec de l’eau potable qui provient des puits des environs, des éléments de cuisine et des tiroirs. Il y a deux chambres et six lits. Et une chambre d’appoint. Pour cette famille de six personnes, il y a deux salles de bains carrelées avec douche et WC. Dans le séjour il y a de la place pour que toute la famille puisse s’asseoir (un divan et deux fauteuils) et il y a une salle à manger. Le plafond est haut (à 5m environ) et recouvert de lambris de bois. Il y a beaucoup de fenêtres et une bonne aération. Tout est propre et bien astiqué. Chaque maison possède une petite cour. Certains ont planté quelques légumes et des fines herbes. Au centre du groupement d’habitations, il y a une aire de jeux avec des balançoires, un toboggan et une bascule.

Le mari de Juleen arrive. Il est réservé mais il répond à quelques-unes de mes questions. Les ustensiles de cuisine étaient fournis avec la maison mais les meubles ont été achetés à crédit, ou bien ils les ont reçus en cadeau. Ils ont la radio également. Il n’y a cependant ni télévision ni téléphone.

Après un bon repas composé de fruits, de deux légumes, de haricots, de pâtes et de poulet, nous nous rendons au bâtiment principal où ont lieu les réunions. En chemin, Juleen me dit regretter que les enfants soient obligés de faire une heure de marche pour aller à l’école.

"Certaines coopératives ont des minibus pour transporter les enfants à l’école et les adultes au marché, mais nous, non. L’avenir : je n’en sais rien. Nous ne travaillons pas autant ou aussi dur qu’il le faudrait. Nous avons des problèmes internes. Nous avons un comité de direction composé de cinq membres élus pour six mois. Ils ne gagnent pas d’argent pour çe qu’ils font et ce sont des producteurs comme nous. Ca a l’air bien en théorie, mais le premier président a volé de l’argent. Nous l’avons renvoyé, mais il n’a toujours pas été jugé. Notre nouveau président passe peu de temps ici. Il consacre la majorité de son temps à s’occuper de ses 500 poulets qu’il élève pour les œufs et la viande. Nous nous servons beaucoup chez lui."

Il y a à la réunion une vingtaine de producteurs et quelques enfants. Un conseiller du ministère de l’agriculture est venu parler de la "révolution verte", et de la lutte contre les fléaux par des méthodes biologiques. Un conseiller cubain a développé la réussite de Cuba sur ce point. Ils ont expliqué comment se procurer des produits biologiques élaborés dans les laboratoires publics pour éviter les bombes insecticides onéreuses. Avec le temps, la production augmenterait en quantité et en qualité.

Les gens écoutaient attentivement et posaient des questions. Brusquement, la réunion a été interrompue par une bataille de chiens et les rires qui ont suivi. La réunion s’est terminée avec un recensement des parcelles cultivées et de ce qui s’y produisait. Seul un quart des 100 hectares cultivables était ensemencé.

Je suis retourné à pied en ville pour prendre le car, un peu déprimé par ce que j’avais vu et entendu. Faire une "révolution verte" avec des citadins, cela n’allait pas bien vite, mais au moins, il y avait un début.

Ron Ridenour

http://www.ronridenour.com/articles...

Traduction des Bassines et du Zèle pour Le Grand Soir http://www.legrandsoir.info

Ron Ridenour est un militant qui a écrit de nombreux livres sur Cuba, dont ; "Cuba : Beyond the Crossroads" (2006) et "Cuba at Sea" (2008).


EN COMPLEMENT

8 aout 2008
Le Venezuela et la souveraineté alimentaire, par Joaquim Da Fonseca
http://www.hastasiempre.info/articl...

30 janvier 2005
Discours d’ Hugo Chavez à Porto Alegre
http://www.legrandsoir.info/spip.ph...

20 juin 2005
Le Venezuela avance à grands pas : la misère recule, par Romain Migus.
http://www.legrandsoir.info/article...

4 février 2005
Porto Alegre : Chávez appelle à l’unité, par Aram Aharonian.
http://www.legrandsoir.info/spip.ph...

17 octobre 2005 Où va Chavez ? par Manuel CABIESES DONOSO
http://www.alternatives.ca/article2...

http://www.legrandsoir.info/spip.php?article7309

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