Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 07:07
19 août 2011, 4:14 Auteur : Maurice Gendre 43 commentaires
   Share

Nombre d’observateurs en Occident totalement (auto)-intoxiqués par la propagande anti-Kadhafi ne parviennent pas à comprendre comment le dirigeant libyen conserve toujours l’appui de sa population malgré une campagne inique de bombardements menée par l’OTAN depuis mars 2011.(1) Comment les Libyens ne soutiennent-ils pas plus les “courageux” insurgés du CNT ? (2)

La lecture de l’article intitulé “Quelques vérités sur la Libye” rédigé par Helen Shelestiuk et publié dans le n°165 du mois de mai 2011 de la revue B.I (ex-Balkans Infos) aurait très probablement éclairé leur lanterne.
Que dit Helen Shelestiuk : “Lorsqu’on a demandé à l’ex-ambassadeur russe en Libye, Vladimir Chamov, si Kadhafi opprimait ses concitoyens, il a répondu : “Quelle oppression ? Les Libyens bénéficiaient d’un crédit de 20 ans sans intérêts pour construire leurs maisons, un litre d’essence coûte environ 14 cents, la nourriture est gratuite, et on peut acheter une jeep KIA sud-coréenne neuve pour 7500 dollars“.
Et Helen Shelestiuk de poursuivre : “Quels sont les autres faits et chiffres que nous connaissons de la Libye et de son leader ?
Le PIB est de 14192 dollars. Chaque membre d’une famille reçoit une subvention de 1000 dollars par an. Les chômeurs sont payés 730 euros par mois. Le salaire d’une infirmière d’hôpital est de 1000 dollars. Pour chaque nouveau-né, on reçoit 7000 dollars. Les nouveaux mariés reçoivent 64000 dollars pour acheter un appartement. Pour créer une affaire privée, on bénéficie d’une aide financière de 20000 dollars. Les taxes et impôts lourds sont interdits.

L’éducation et la médecine sont gratuites. L’éducation et la formation médicale à l’étranger sont payés par le gouvernement. Il y a des supermarchés pour les familles nombreuses avec des prix symboliques pour l’alimentation de base. La vente des produits au-delà de leur date de consommation est punie de fortes amendes, parfois même de prison. Beaucoup de pharmacies offrent des fournitures gratuites. Diffuser de faux médicaments est un crime majeur. La population ne paie pas l’électricité. La vente et la consommation d’alcool sont interdites, la “prohibition” est une loi. Les prêts d’achats d’une voiture ou d’un appartement sont accordés sans intérêts. Les affaires immobilières sont interdites. Si quelqu’un veut acheter une voiture, jusqu’à 50% du prix est réglé par l’État, 65% pour les miliciens de la garde. L’essence est moins chère que l’eau. Un litre coûte 0,14 dollar. Les bénéfices de la vente du pétrole sont consacrés au bien-être de la population et à l’amélioration des conditions de vie. Beaucoup d’argent a été dépensé pour irriguer le pays avec l’eau des aquifères souterrains. Par son échelle, le système a été appelé “la huitième merveille du monde”. Il fournit cinq millions de mètres-cube par jour à travers le désert et a considérablement augmenté le territoire irrigué. 4000 Kms de pipelines sont profondément enterrés pour les protéger de la chaleur. Tout ce qui a été nécessaire au projet a été accompli par la seule Libye.

Et Helen Shelestiuk vante également les mérites de la “réelle démocratie” libyenne : “La propagande occidentale a diabolisé Muammar Kadhafi en le décrivant comme un tyran pathologique et un ennemi implacable des aspirations démocratiques de son peuple. Ce n’est pas vrai. Il existe en Libye des mécanismes de contrôle populaire et de démocratie : des conseils élus de citoyens et des communautés autonomes (communes). Tout cela sans une nomenklatura de parti de style soviétique, sans bureaucratie pléthorique, mais avec un haut niveau de vie et de sécurité sociale pour les citoyens. Une sorte de société qui par beaucoup d’aspects ressemble au communisme.
Question pertinente d’Helen Shelestiuk : “Est-ce pour cela que la Libye a été diabolisée et attaquée par les vieilles puissances impérialistes?
Et cette dernière de conclure : “Permettez-moi de citer un passage de l’article de Sigizmund Mironin “Pourquoi la Libye est-elle bombardée?” : La Libye, qu’on décrit comme une dictature militaire de Kadhafi est en réalité l’Etat le plus démocratique du monde. En 1977 y a été proclamée la Jamhiriya qui est une forme élevée de démocratie où les institutions traditionnelles du gouvernement sont abolies, et où le pouvoir appartient directement au peuple à travers ses comités et congrès. L’État est divisé en de nombreuses communautés qui sont des “mini-États autonomes” dans un État ayant autorité sur leur district, y compris l’allocation des fonds budgétaires. Récemment Kadhafi a émis des idées encore plus démocratiques : distribuer les revenus du budget directement et de façon égalitaire aux citoyens… Ces mesures selon le leader de la révolution libyenne, devant éliminer la corruption et la bureaucratie parasite.”
Il n’est évidemment guère étonnant que les média dominants ne fournissent au public aucune de ces données extrêmement révélatrices sur la nature réelle du régime libyen car il est probable que tous les “indignés” à travers l’Europe réclameraient des avancées sociales calquées sur la Libye du colonel Kadhafi.
Ce qui serait pour le moins embarrassant pour les si “brillants” et si “compétents” dirigeants du Vieux Continent.
Maurice Gendre
(1) La diabolisation du colonel Kadhafi en Occident a pris une nouvelle dimension après les attentats de Lockerbie et du DC-10 d’UTA.
L’Occident continue d’accuser la Libye d’avoir perpétré ces attaques terroristes, alors que l’excellent journaliste Pierre Péan a définitivement démonté cette fable.
(2) Les Libyens n’ignorent pas que le CNT est composé d’islamistes ayant servi en Irak, de personnages tels que Mahmoud Jibril connu des lecteurs de Wikileaks comme l’un des interlocuteurs favoris des Etats-Unis, de nostalgiques de la monarchie, des Senussi, ainsi que des membres de la tribu Harabi, une tribu connue pour sa déloyauté vis-à-vis de Tripoli et pour sa négrophobie.

 

 

 

http://www.enquete-debat.fr/archives/pourquoi-les-libyens-aiment-le-colonel-kadhafi

Partager cet article
Repost0
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 06:59
Stopper l’américanisation de la France !

 

http://www.dailymotion.com/video/xmvllg_stopper-l-americanisation-de-la-france_news#from=embediframe

 

 

Stopper l’américanisation de la France, stratégie de domination

 

 

http://www.alterinfo.net/L-UPR-stoppera-la-Mondialisation-l-Americanisation-_a71528.html

Partager cet article
Repost0
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 06:52
Grèce: Face à la crise les ouvriers récupèrent l'Hopital

 

Grèce: l’hôpital de Kilkis passe à l’autogestion

 


Traduit par  Fausto Giudice فاوستو جيوديشي

 


Le personnel de l’hôpital général de Kilkis, en Macédoine centrale, au nord de Thessalonique, vient de l’occuper (Grèce) et de le déclarer en autogestion.
Les travailleurs ont rendu publique la déclaration suivante le 4 février dernier :
1. Nous reconnaissons que les problèmes actuels et durables  du Système national de santé et desorganisations apparentées ne peuvent pas être résolus par des revendications spécifiques et isolées ou pour nos intérêts particuliers, car ces problèmes sont le résultat d'une lutte plus générale contre la politique antipopulaire du gouvernement et du néolibéralisme globalisé.
2. Nous reconnaissons également qu'en insistant sur la mise en avant de ce type de revendications, nous participerions au jeu implacable du pouvoir, qui, afin de répondre à son ennemi – c’est-à-dire le peuple fragilisé et divisé -, essaye d'éviter la création d’un Front populaire universel au niveau national et mondial, avec des intérêts communs et des revendications contre l'appauvrissement social provoqué par la politique du pouvoir.
3. Pour cette raison, nous plaçons nos intérêts particuliers dans le cadre des revendications politiques et économiques exprimées par une grande partie du peuple grec souffrant aujourd'hui de l'attaque brutale du capitalisme ; ces revendications, pour connaître le succès, doivent être portées jusqu’au bout, en coordination avec les classes moyennes et inférieures de notre société.
4. Le seul moyen d’y parvenir est la remise en cause, par l'action, non seulement de la légitimité politique, mais aussi la légalité de l’arbitraire autoritaire et antipopulaire d'une hiérarchie qui se dirige à grande vitesse vers le totalitarisme.


 Hôpital général de Kilkis    
 Ici accès gratuit aux soins de santé
 La santé publique gratuite est une obligation constitutionnelle
5. Nous travailleurs de l'Hôpital général de Kilkis, nous répondons à ce totalitarisme par la démocratie. Nous occupons l'hôpital public et le mettons sous notre contrôle direct et total. Dorénavant l’Hôpital général de Kilkis aura un gouvernement autonome et la seule autorité légitime pour prendre les décisions administratives sera l'Assemblée générale des  travailleurs.
6. Le gouvernement n'est pas dégagé de ses obligations financières en ce qui concerne la dotation et l’approvisionnement de l'hôpital, mais s’il continue à ignorer ces obligations, nous devrons informer le public à ce sujet et nous nous tournerons vers l'administration locale et, surtout, vers la société tout entière pour qu’elles nous soutiennent de toutes les manières possibles en vue de: (a) la survie de notre hôpital, (b) un soutien général au  droit aux soins de santé publics et gratuits, (c) le renversement, par une lutte populaire commune, du gouvernement actuel et la cessation de tout autre politique néolibérale, quelle que soit sa source et (d) une démocratisation profonde et substantielle, à savoir que ce soit la société, et non des tiers, qui soit responsable des décisions sur son avenir.
7. À partir du 6 février, le Syndicat des travailleurs de l'hôpital de Kilkis limitera le travail aux seules urgences jusqu'au paiement intégral des heures travaillées et le retour aux niveaux de salaires antérieurs à l'arrivée de la Troïka ( CE, BCE et FMI). Entretemps, bien conscients que nous sommes de notre mission sociale et de nos obligations morales, nous veillerons à la santé des citoyens qui viennent à l'hôpital en fournissant des soins gratuits et un hébergement aux nécessiteux et nous continuerons à exiger que le gouvernement prenne ses responsabilités et mette fin à sa politique cruelle, excessive et antisociale.

 
8. Nous avons convenu de tenir une nouvelle assemblée générale le lundi 13 Février dans l'auditorium du nouveau bâtiment de l’hôpital à 11 heures, où nous déciderons des procédures nécessaires pour mettre en œuvre efficacement l'occupation des services administratifs et mener à bien l’autogestion de l’hôpital, qui commencera ce jour-là. Nous tiendrons chaque jour une assemblée générale, qui sera l'instrument fondamental de prise de décisions sur les employés et fonctionnement de l'hôpital.
Nous appelons à la solidarité du peuple et des travailleurs de tous les secteurs, avec la collaboration de tous les syndicats et organisations progressistes et le soutien de tous les médias qui choisissent de dire la vérité. Nous sommes déterminés à continuer jusqu'à ce que les traîtres qui ont vendu notre pays s’en aillent. C'est eux ou nous!
Les décisions ci-dessus seront rendues publiques lors d'une conférence de presse à laquelle sont invités tous les médias (locaux et nationaux), le mercredi 15/2/2012 à 12h 30. Nos AG quotidiennes débuteront le 13 février. Nous informerons les citoyens de tous les événements importants qui se déroulent dans notre hôpital par des communiqués et des conférences de presse. En outre, nous utiliserons tous les moyens disponibles pour faire connaître ces faits afin que cette mobilisation réussisse.
Nous appelons
a) nos concitoyens à manifester leur solidarité avec notre effort,
b) tous les citoyens qui reçoivent un traitement injuste de notre pays à la contestation, à s'opposer à leurs oppresseurs,
c) nos camarades travailleurs d'autres hôpitaux à prendre des décisions similaires,
d) les salariés dans d'autres branches des secteurs public et privé et les adhérents des organisations de travailleurs et progressistes, à agir dans le même sens, afin que notre mobilisation devienne une résistance ouvrière et populaire universelle et une insurrection, jusqu’à notre victoire finale sur l'élite économique et politique qui aujourd'hui opprime notre pays et le monde.
http://espoirchiapas.blogspot.com/2012/02/grece-face-la-crise-les-ouvriers.html



Merci à Tlaxcala
Source: http://efimeridadrasi.blogspot.com/2012/02/blog-post_04.html 
Date de parution de l'article original: 04/02/2012
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=6794
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Partager cet article
Repost0
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 06:40
siteon0-c7449.jpg
Accueil du site > >> Français > Dial, revue mensuelle en ligne > 2. Février 2012 > ARGENTINE – Travailleurs d’une autre classe : une hypothèse (...)

DIAL 3181 - Dossier « Entreprises récupérées »

ARGENTINE – Travailleurs d’une autre classe : une hypothèse sans patron

Revue Mu

lundi 13 février 2012, mis en ligne par Dial

Les trois premiers articles de ce numéro font retour, dix ans après, sur les processus de récupération d’entreprises en faillite par leurs salarié-e-s, en Argentine – à partir de la crise de 2001 – et au Brésil, et aux expériences autogestionnaires qui s’ensuivent. Les trois textes sont issus du numéro 48 de la revue Mu (septembre 2011).


Nous avons commencé il y a une décennie à accompagner le processus de récupération d’entreprises ayant fait faillite à la suite des politiques néolibérales mises en œuvre sous l’impulsion de l’État et du marché. En 2003, nous évoquions cette hypothèse sur ce qu’elles représentent : la naissance d’un changement de paradigme dans les modes de production, mais également celle d’une nouvelle identité, celle du travailleur autogéré. Aujourd’hui, dans le contexte de la crise financière mondiale et du point de vue de la conjoncture locale, la lecture de ce phénomène a pris un nouveau sens. Quelles sont les leçons et les clés de cette manière d’être et de faire qui permettent de mettre en marche des projets qui démocratisent les liens sociaux ? Pourquoi cette forme communautaire de gestion continue à être ignorée par les universités publiques ? Quelles nouvelles obligations découlent d’une organisation des biens communs qui rompt avec les schémas traditionnels et s’affranchit des patrons ?

Lorsque les temps sont favorables aux simulateurs, l’information rencontre un terrain fertile pour déguiser en opinion les intérêts. Le trafic de nouvelles est obstrué par les lobbies qui font le piquet, et ce qui n’est pas représenté se conforme au rythme arithmétique de l’exclusion : il se passe plus de choses en dehors de l’agenda médiatique que dans celui-ci. Et le peu qui reste finit défiguré.

C’est ainsi que l’on nous dépeint notre époque : perverse et cruelle.

Et c’est ainsi que fonctionnent les médias commerciaux pour que nous les acceptions : comme une pilule pour générer de l’impuissance.

Nous voyons tout ce qui va mal.

Et, aveuglés par l’horreur, il ne nous reste ni l’énergie ni la patience nécessaires pour avoir confiance.

Voici l’histoire d’un changement.

Ou comment produire un changement en vient à transformer un paradigme. Un processus dont l’intensité ne dépend pas de la quantité, mais de la constance. Au goutte à goutte.

Mais comme tout péché ne laisse pas une leçon mais une pénitence, nous évitons les pronostics : toute prévision trouve sa limite dans ce que nous, en tant que personnes, sommes capables de faire.

Ce n’est pas le hasard, mais le courage qui rend l’avenir imprévisible.

C’est de cela que parlent cette histoire et ce changement.

Le nouveau

Si nous partons d’une compréhension du capitalisme non comme un système qui produit et distribue des biens de telle ou telle façon, mais comme un producteur et distributeur d’identités, alors chaque changement sera marqué par une transformation des paradigmes qui modifient les perspectives de ces identités. Mais comment les détecter ?

Adam Smith en a identifié un : la richesse d’une nation dépend exclusivement de l’habileté au travail et de la proportion entre le nombre de travailleurs utiles et inutiles.

Marx a signalé le facteur définitoire : la propriété des moyens de production.

Pour l’un comme pour l’autre, les moyens de production d’une société ont constitué l’axe principal de leurs théories.

Aujourd’hui, ce sont les récits historiques qui nous permettent de reconstruire les fondations du capitalisme industriel. Toutefois, les changements rapportés dans ces récits ne furent pas évidents jusqu’à ce qu’ils le deviennent. Autrement dit, la première chose que nous pouvons apprendre des anciens maîtres est qu’il n’est absolument pas certain que les nouvelles idées, les nouvelles valeurs ou les nouveaux processus soient authentiquement décisifs dans l’histoire sociale.

Jusqu’au jour où ils le seront.

L’ancien

La division classique de l’économie déterminait jusqu’à une époque relativement récente l’existence de trois secteurs : primaire (agriculture et élevage), secondaire (industries) et tertiaire (services). Cette division donnait lieu, selon le degré de développement de chaque secteur, à une pyramide sociale correspondante, avec ses différentes classes et identités. L’ensemble formait un même corps économique et une même organisation sociale : l’État-nation.

Le capitalisme mondial a mis fin à ces schémas traditionnels et, avec eux, aux implications politiques et culturelles qui découlaient de cette structure.

Il a poignardé les bourgeoisies locales en plein cœur, écartelé la division des tâches en éparpillant les morceaux aux quatre coins du monde et, ce faisant, assassiné tous les systèmes théoriques de soutien et d’opposition au capitalisme industriel.

Vers la fin du XXe siècle, la scène s’est compliquée, comme dans ces jeux vidéo où les différents niveaux de jeu imposent de plus en plus de difficultés. Pour les systèmes théoriques qui ont analysé le capitalisme industriel, le travail déterminait la classe sociale d’appartenance, mais aussi le pouvoir de changement et l’importance des conflits, entre autres. La mondialisation a détruit l’interaction entre ces forces au point de les réduire à ce qu’elles étaient par essence : de simples relations d’exploitation. Le pouvoir n’est plus un lieu, mais une capacité. Zygmunt Bauman la définit en ces termes :

C’est le crayon qui trace la ligne séparant le légitime de l’illégitime. Le droit de tracer la limite entre la coercition légitime (admissible) et la coercition illégitime (inadmissible) est le premier objectif de toute lutte pour le pouvoir.

La classe

En premier lieu – et uniquement pour donner la priorité à ce qui nous intéresse pour cette histoire – le travail salarié s’est transformé en travail flexibilisé ou travail poubelle, créant ainsi une nouvelle catégorie sociale. Une non-classe. On ne possède aucun droit et on n’a aucune possibilité d’en acquérir quand on s’efforce, jour après jour, de garantir sa simple subsistance.

Pierre Bourdieu, en collaboration avec une équipe de sociologues, a dressé, mot pour mot, le portrait de l’extinction du prolétariat industriel traditionnel. Il l’a intitulé La misère du monde et, dans son effort pour rendre compte de la « profonde désintégration de l’ordre industriel et, par conséquent, de l’ordre social », il a interrogé ceux qui étaient sur le point de devenir des pièces du musée social. Il s’agit du récit de « toute la distance qui sépare le prolétaire – même déchu ou en déclin, avec ses revenus réduits, mais réguliers, ses comptes en règles, son avenir malgré tout relativement assuré – de l’ancien ouvrier que la chute dans le chômage, sans protections ni garanties, renvoie à la condition de sous-prolétaire, démuni, désorganisé, hanté par le souci de survivre, tant bien que mal, au jour le jour, entre les loyers impayés et les dettes impayables ».

Le chômage, c’est-à-dire le non-emploi, est ainsi devenu une nouvelle catégorie sociale, mais aussi une solution de rechange.

Le territoire de l’exclusion du marché du travail et, avec lui, des identités de classe, est si large, si profond et si vaste qu’il en vient à se transformer en un autre monde.

Un univers parallèle qui doit créer, à partir de rien, tout ce qui lui est refusé.

Misère planifiée

Le capitalisme industriel n’est pas décédé de mort naturelle. Encore moins en Amérique latine.

Premièrement, parce que, comme nous le rappelle Raúl Zibechi, « c’est la révolte des ouvriers et des secteurs populaires du tiers monde qui a provoqué l’effondrement de toute la trame construite après la crise de 1929 ».

Deuxièmement, parce que ces rébellions ont semé des vagues immenses de conquêtes et de pertes de droits. L’Argentine, qui possédait une législation du travail modèle, est devenue sans transition un modèle de précarisation de l’emploi et de chômage sans précédent.

Le basculement de l’un à l’autre s’est produit au moment de la dictature militaire.

L’écrivain Rodolfo Walsh fut le premier à le dénoncer dans la lettre qu’il écrivit quelques jours avant d’être enlevé et assassiné par la junte militaire argentine. Dans cette lettre, il dénonçait les tortures, les enlèvements et les exécutions, juste un an après le coup d’État, mais il constatait également que « c’est dans la politique économique de ce gouvernement qu’il faut chercher non seulement l’explication de ses crimes, mais aussi une atrocité plus grave encore qui frappe des millions d’êtres humains condamnés à la misère planifiée ».

Au lendemain de la chute de la dictature militaire après la débâcle de la guerre des Malouines, la démocratie était faible à la naissance. Le gouvernement de Raúl Alfonsín (1983-1989) oscillait, hésitant, entre victime et complice de cette économie reconcentrée aux mains de quelques puissants. Il ne parvint pas au terme de son mandat. Arriva ensuite Carlos Menem pour terminer le sale boulot. Le plan que Walsh dénonçait dans sa lettre, Menem le mena à bien entre 1989 et 1999 en le corrigeant, en l’améliorant et en respectant la démocratie : l’Argentine était entrée dans l’ère de la pensée unique. Il n’était plus nécessaire d’avoir recours au terrorisme d’État pour l’appliquer. La stratégie de la répression avait été remplacée par celle du chômage et de l’exclusion sociale : la disparition économique des personnes. En trente ans, le taux d’emploi industriel chuta de près de 50 %, ce qui représenta, entre autres, la perte de plus de 600 000 emplois. À la fin de l’année 2000, selon une étude réalisée par le ministère de l’économie, parmi les dix plus gros employeurs du pays figuraient quatre supermarchés, une chaîne de fast-food et une entreprise de sécurité privée. Autrement dit, des emplois de mauvaise qualité et peu stables. Le secteur industriel, à l’exception des cas de la sucrerie Ledesma et de l’entreprise agro-alimentaire Arcor, ne figurait pas dans le groupe des trente premières entreprises créatrices d’emplois. Un exemple : McDonald’s embauchait deux fois plus d’employés que la société pétrolière Repsol-YPF.

Ainsi, la classe moyenne a commencé à tomber massivement en-dessous du seuil de pauvreté.

Et les pauvres, en-dessous du seuil d’indigence.

Ce fut ensuite au tour de Fernando de la Rúa, qui caricatura le pire d’Alfonsín et le pire de Menem. Il finit par décréter l’état de siège et entendit le tonnerre des casseroles.

En résumé, l’Argentine avait en 1974 une distribution de la richesse comparable à celle de nombreux pays développés. L’écart entre le décile le plus pauvre et le décile le plus riche [1] était de douze. Les chiffres de 2003 indiquent que l’écart entre le secteur le plus riche et le plus pauvre est aujourd’hui de cinquante. Autrement dit, selon l’explication du spécialiste Artemio López, « le gros de la population a transféré à la tranche la plus élevée l’équivalent annuel de 15 milliards de dollars ».

Le gourou

Aux cris de « Tous dehors ! » en musique de fond et dans le décor d’un pays réduit à des décombres institutionnels, nous pouvons commencer à donner des noms à cette histoire.

Voici le premier : Juan Navarro.

Pendant les années 1990, il faisait figure de modèle de réussite. Les médias commerciaux le consacrèrent entrepreneur de l’année en 1997, en lui associant trois qualités : succès, ambition et audace. Il fut également qualifié de gourou, de financier talentueux et de cadre brillant. On disait de lui qu’il était en train de créer une nouvelle culture d’entreprise. Son empire : le groupe Exxel, un fonds d’investissement qui gérait le destin de 73 entreprises et 40 000 employés.

« Sans fortune propre ni héritée, on peut dire qu’il a construit à la vitesse de l’éclair le troisième groupe économique privé le plus puissant d’Argentine, avec un chiffre d’affaires de 3,8 milliards de dollars à la fin de l’année 1999 », résument les journalistes Silvia Naishtat et Pablo Maas dans El cazador, la biographie qu’ils écrivirent sur Navarro.

La légende raconte que, le 17 mars 1992, Juan Navarro réussit à convaincre la banque Oppenheimer & Co de l’aider à bâtir un fonds d’investissement. Quelques mois après, la banque lui envoya 47 millions. Il en dépensa 22 pour l’acquisition des entreprises Ciabasa, Poett (dans la province de San Juan) et la division des aérosols de la compagnie pétrolière nationale YPF. En moins de soixante-dix jours, il revendit ces entreprises à la multinationale Clorox pour 95 millions.

Pour son deuxième fonds, il collecta 155 millions et racheta des entreprises de médicaments prépayés et des compagnies électriques de l’intérieur du pays. Pour les fonds suivants, il se passa d’Oppenheimer. Dès lors, on ne sut plus jamais clairement d’où provenait l’argent. « Lorsque la Commission contre le blanchiment d’argent demanda aux fonds états-uniens que Navarro avait présenté comme ses investisseurs s’ils étaient effectivement bailleurs de fonds d’Exxel, la plupart démentirent ou préférèrent garder le silence », affirma la députée Graciela Ocaña, alors membre de cette commission législative.

Un fait à prendre en compte : l’ancien ambassadeur états-unien en Argentine, Terence Todman, fit partie de l’équipe de direction du groupe Exxel.

Question :
Comment faisait le groupe Exxel pour racheter autant d’entreprises ?

Réponse :
Grâce à l’effet de levier.

Explication :
« Les entreprises s’endettaient excessivement, profitant des faibles taux d’intérêt aux États-Unis. Il s’agissait de prêts-relais destinés à payer leur propre acquisition. Une fois en possession de l’entreprise, la compagnie émettait des obligations garanties par les biens de la société. Grâce à la vente de ces obligations, elle annulait les crédits. »

Qu’est-ce que cela signifie ?

Que Navarro obtenait un virement ou une avance bancaire de plusieurs millions pour acheter les entreprises. Les entreprises à peine acquises, cette avance se transformait en un crédit que les entreprises rachetées étaient obligées d’acquérir en offrant leurs actifs en garantie. De cette manière, la nouvelle administration de ces entreprises, auparavant en bonne santé, était accablée dès le début par une dette flambant neuve de plusieurs millions. Et impossible à rembourser.

Le mode opératoire du groupe Exxel était décrit en ces termes dans le rapport parlementaire de la Commission d’enquête sur le blanchiment d’argent :

« Lorsque le groupe Exxel se dispose à racheter une entreprise, il s’assure de deux choses : trouver des investisseurs extérieurs apportant des capitaux et trouver une banque disposée à lui avancer une partie du prix d’acquisition, sous la forme d’un crédit à court terme. Une fois la société en sa possession, le groupe Exxel émet des obligations au nom de l’entreprise en quantité substantielle (le surendettement) et hypothèque tous ses biens comme garantie du paiement de l’obligation. En résumé, le groupe achète une entreprise – en grande partie – avec l’argent qui appartient à celle-ci. »

La grande question

On dit que Navarro détestait la gestion d’entreprise familiale, presque artisanale, des entreprises qu’il rachetait. C’est pourquoi sa première mesure consistait à démanteler l’organigramme. Il asseyait en haut de la pyramide des cadres jeunes et agressifs, qui ne devaient en aucun cas – disait-il – rester plus de trois ans à ce poste. De ce fait, il les payait plus.

Dans son rapport, la Commission d’enquête tente de répondre à la question à un million :

« Beaucoup de gens se demandent d’où provient l’argent du groupe Exxel. Les spéculations les plus diverses ont été avancées quant à l’origine des fonds : qu’il est l’héritier de l’empire économique de Yabrán, ou encore qu’il gère l’argent de l’ancien président Carlos Menem. Dans le cadre de cette enquête, aucune de ces hypothèses n’a pu être vérifiée. Mais une chose est sûre : au moins une partie sort de la poche des contribuables. […] Les entreprises qui sont acquises par les fonds, lesquels les endettent ensuite et hypothèquent leurs biens, cessent de payer l’impôt sur les bénéfices grâce à des lois fiscales permettant de déduire les versements d’intérêts. Le coût fiscal de ces déductions, c’est-à-dire la perte de recettes pour le Trésor public du fait du recouvrement moins élevé, incombe donc à l’ensemble des contribuables, qui ne bénéficient pas d’un avantage similaire. »

Ainsi, avec la complicité de l’État et des banques, en 2000, le groupe Exxel accumula 4,5 milliards de dollars d’actifs. Deux ans après, la valeur de son portefeuille d’entreprises atteignait à peine 300 millions de dollars. L’« entrepreneur de l’année » les avait, littéralement, vidées.

Glaces

Parmi toutes les entreprises rachetées par le groupe Exxel, celle qui nous intéresse dans cette histoire est la plus petite : le fabricant de glaces Freddo.

Fondée par un immigrant italien, l’entreprise Freddo dominait le marché depuis cinquante ans en proposant des produits de qualité par l’intermédiaire de six succursales. Ses cinq associés reçurent du groupe Exxel une offre impossible à refuser : 82 millions de dollars.

La première mesure de l’administration Navarro fut de réaménager tous les locaux.
La deuxième, d’abaisser la qualité des matières premières.
La troisième, d’augmenter les prix.
Pas besoin de quatrième mesure : l’entreprise avait déjà fait faillite.

C’est ainsi qu’au printemps 2001, le fabricant de glaces fut intégré aux actifs de la banque Galicia, afin de capitaliser les 30 millions de dollars de dettes qu’il avait accumulées. La banque convoqua l’ancien propriétaire, Juan José Guarracino, pour qu’il sauve l’entreprise, inaugurant avec cette formule une modalité qui se répèterait ensuite dans plusieurs entreprises en faillite passées aux mains des banques. Les requins de la finance la baptisèrent « modèle Freddo ».

Occuper

La tornade de Navarro emporta sur son passage, par un effet domino, l’un des fournisseurs de matières premières des usines de glace Freddo. Les ajustements des coûts de la nouvelle administration laissèrent la société Ghelco, dans le quartier de Barracas, sans un seul client. Quelque temps après, poussée dans ses derniers retranchements par la récession et la spéculation financière, l’entreprise déposa le bilan.

Pour les quarante ouvriers de Ghelco, la manœuvre se traduisit tout d’abord par un rationnement des salaires, puis par des mois sans toucher un centime et, enfin, par la fermeture définitive, qui les laissa sur le pavé sans aucune possibilité de réclamation ; en effet, la Loi sur les faillites avait été modifiée à l’époque de Carlos Menem et les travailleurs n’étaient plus considérés comme les créanciers privilégiés.

Les banques passaient avant.

À cette époque, dans la rue, le taux de chômage atteignait 22 %.

Et tous savaient ce qui les attendait : ils avaient en moyenne 40 ans, ils étaient ouvriers spécialisés et ils avaient des familles à nourrir, des dettes à payer et des besoins qui ne pouvaient pas être repoussés à plus tard.

Ils n’avaient nulle part où aller et, forts de cette conviction, ils restèrent là.

Une tente verte de camping les abrita pendant des mois à la porte de l’usine fermée. Deux patrouilleurs et une douzaine d’agents en uniforme les surveillèrent.

Ce fut un policier, justement, qui leur raconta que, quelques mois auparavant, ils avaient dû déloger à coups de bâton les ouvriers d’une usine voisine. « Mais ils sont revenus, leur dit-il. Ils ont formé une coopérative et sont entrés. »

Les ouvriers de Ghelco allèrent le jour même faire connaissance avec les autres ouvriers – de Lavalán – qui, à leur tour, leur présentèrent un avocat, lequel rédigea sur le champ les 84 articles des statuts d’une coopérative de travail : ils l’appelèrent Vieytes.

L’histoire se termine ainsi :
L’usine fut expropriée.
Les ouvriers, organisés au sein de la Coopérative de travail Vieytes, se chargèrent de la réouverture.
Et l’on n’entendit plus parler de Navarro.

Produire

Aujourd’hui, les ouvriers de l’ancienne société Ghelco gagnent le double de leur salaire de l’époque. « Le jour où nous sommes entrés dans l’usine, nous n’avions même pas de quoi payer un paquet de sucre. Les gars de l’autre coopérative – Unión y Fuerza [Union et force] – nous ont prêté de quoi acheter les matières premières et payer l’électricité, et c’est comme cela que nous avons commencé. À la première paie, la première chose que nous avons faite a été de leur rendre l’argent. Nous n’avions même pas de quoi manger, mais les dettes passent avant tout, et nous étions fiers de pouvoir les rembourser. »

C’est ici que commence une autre histoire.

Si vous entrez maintenant dans la coopérative Ghelco, voici le décor que vous verrez dans la salle des machines :
En cercle, alignés contre le mur, se trouvent les mélangeurs et les broyeurs tournant à plein régime.
Au centre sont disposés sur trois rangées quarante pupitres d’écolier.

« C’est pour les assemblées. On nous disait que nous ne pouvions pas tout résoudre par assemblée parce que, sinon, nous arrêterions le travail. Alors quelqu’un a suggéré que le mieux serait de nous réunir dans la salle des machines, pour que ceux qui sont de quart puissent à la fois travailler, donner leur avis et voter. »

Les ouvriers montrent avec orgueil leur œuvre : machines et démocratie directe. Ils sourient, on les sent détendus, sûrs d’eux, heureux, entiers.

Voilà le changement.

Le coût patronal

La viabilité économique des coopératives de travail est une question à analyser au cas par cas. En principe, elle dépend de leur situation de départ. Pour beaucoup de coopératives, elle s’est limitée au travail à façon, une modalité qui consiste à ce que le client avance les capitaux nécessaires pour que la coopérative acquière les matières premières afin de fabriquer la commande. Il s’agit là de la proposition qu’elles ont inventée pour surmonter les limites que leur imposait le manque de crédit et de financement.

Ces entreprises ont ainsi réussi à se mettre à produire, grâce à leurs propres efforts, même dans un contexte difficile marqué par le manque de formation aux compétences administratives ou commerciales, la méfiance de leurs anciens clients et le harcèlement politico-judiciaire. Avec le temps, certaines entreprises ont même réussi à exporter leur production ou à dominer le marché.

Dans tous les cas, à partir de l’expérience de la gestion ouvrière, les travailleurs ont pu identifier les véritables causes de la faillite de leurs entreprises. Et ils sont parvenus à une conclusion : c’est le coût patronal qui en est à l’origine.

Le coût patronal ne désigne pas seulement la grande part que s’attribuent les patrons, mais également toute la série de dépenses que la production doit amortir : les salaires élevés et les prébendes de gestion, les commissions, les viatiques, les déplacements et les chauffeurs, sans oublier le paiement de cabinets d’audit embauchés pour réaliser des ajustements et qui, inévitablement, concluent que le coût salarial est responsable du déficit.

Ce nouveau concept forgé par les travailleurs – et qui décrit une réalité que la science économique évoque peu – place la responsabilité à l’autre extrémité. L’idée de coût patronal met à jour ces gaspillages rendus inutiles sous contrôle ouvrier, attribuant donc clairement la faute de la faillite à la gestion de l’entreprise. Ce qui est curieux, c’est qu’aujourd’hui, plusieurs de ces usines sont en train d’être analysées par des experts en management, dans le but de reformuler les concepts de gestion que les années 1990 ont imposés comme mode d’emploi incontestable.

Résister

Toute entreprise autogérée sait que sa survie dépend de la légitimité et des liens sociaux qu’elle saura établir. Sa défense se fonde sur la conviction de ses travailleurs, mais également sur l’appui qu’ils arriveront à recueillir auprès de voisins, d’assemblées de quartier, d’organismes de soutien aux droits humains et de partis politiques, dans cet ordre. Il est même arrivé qu’une fois récupérées, et du fait de leur constante précarité juridique, certaines usines reprennent l’expérience de la société IMPA, pionnière du mouvement, pour installer dans les espaces vides un centre culturel destiné à la communauté. La société IMPA l’avait fait comme moyen d’autodéfense : face à la menace d’une expulsion par la force, elle avait ouvert ses portes à des activités telles que le théâtre, la vidéo, des cours, du soutien scolaire et des débats, pour la plupart dispensées gratuitement par des étudiants universitaires ou par des membres des assemblées de quartier. Elle s’était ainsi assurée qu’aux horaires considérés comme les plus vulnérables – la nuit et le week-end –, il y aurait du monde dans les locaux de l’usine. Les travailleurs de l’usine IMPA sont également les créateurs d’une forme réussie de récupération de l’éducation : les baccalauréats populaires.

Autogérer

On a ainsi tiré un trait sur des questions que le pouvoir consacre comme des vérités incontestables :

- 1. La suprématie de la propriété privée, à n’importe quel coût.
- 2. L’État comme seul cadre possible pour régler les conflits sociaux.
- 3. La nécessité de compter sur une classe de dirigeants pour organiser la production.

Chaque fois que les ouvriers racontent leur expérience, ils nous confirment une fois de plus qu’aucune de ces propositions n’est inévitable. À l’usine Grissinopoli, par exemple, un des ouvriers se souvient que le plus difficile pour lui n’a pas été de résister dans la rue, ni de supporter la faim, ni de défier la police, ni de discuter avec le juge, ni d’émouvoir les conseillers municipaux. Le plus difficile pour lui a été de convaincre ses camarades qu’ils étaient parfaitement capables de relancer la production de l’usine.

Être leurs propres patrons leur a donné une autre image d’eux-mêmes.
Ils ont su, à ce moment, qu’ils ne seraient plus jamais les mêmes.
Qu’ils n’avaient pas changé de vie, mais de destin.

Le défi

Ces usines représentent pour les faibles institutions de la démocratie argentine un dilemme politique et social auquel elles ne savent pas répondre. Les réponses qu’elles ont données ont été provisoires et leur ont été arrachées par la ténacité des luttes, la validité des réclamations, l’illégalité flagrante des situations qui en sont à l’origine et l’abandon des mesures pour la création authentique d’emplois. Ce ne sont donc ni les fonctionnaires, ni les juges, ni les experts, ni les universitaires qui ont appris à ces travailleurs à formuler clairement leurs réclamations ni à présenter les solutions pour y répondre. C’est leur propre expérience accumulée qui leur a dicté au fur et à mesure les issues à leurs problèmes.

Néanmoins, on pourrait dire que le destin des ouvriers des quelque 200 usines récupérées en Argentine était déjà écrit :

La séparation de la société entre une mince couche immensément riche et une vaste classe ne possédant rien, fait que cette société s’asphyxie elle-même dans sa propre richesse. Cette situation est chaque jour plus absurde et moins nécessaire. On peut et on doit en finir avec elle.

Ainsi parlait Friedrich Engels le 30 avril 1891.

Cent treize ans plus tard, les ouvriers de Zanon, au sud de l’Argentine, en ont fini avec quelque chose.
Ils ont baptisé leur création d’un nom de rêve : Fábrica Sin Patrón [Usine sans patron].
C’est d’eux et d’autres comme eux que parlent cette histoire et ce changement.

Nous devons à ces ouvriers, entre autres choses, la manière d’organiser la production que nous avons adoptée pour éditer cette revue, mais surtout, les interrogations sur notre identité (sommes-nous des travailleurs de presse, des journalistes, des communicateurs ?) et nos doutes quant à comment faire croître la revue – et même sur la question de savoir si cela est bien nécessaire.

Nous leur devons enfin, de pouvoir lire la phrase suivante :

Au-delà de nos croyances diverses, souvent si différentes, et parfois violemment opposées, nous désirons tous vivre avec dignité et sans peur, qu’on ne nous humilie pas et qu’on nous permette de chercher le bonheur. Cela constitue un terrain d’entente suffisamment ferme et vaste sur lequel commencer à construire la solidarité d’action. »

Et de la comprendre.

Avec énergie, patience et confiance.


- Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3181.
- Traduction de Cécile Rousseau pour Dial.
- Source (espagnol) : revue Mu, n° 48, septembre 2011.

En cas de reproduction, mentionner au moins la source, la traductrice, la source française (Dial - http://enligne.dial-infos.org) et l’adresse internet de l’article.

Les opinions exprimées dans les articles et les commentaires sont de la seule responsabilité de leurs auteur-e-s. Elles ne reflètent pas nécessairement celles des rédactions de Dial ou Alterinfos. Tout commentaire injurieux ou insultant sera supprimé sans préavis.

 

Notes

[1] Les 10% des plus pauvres et les 10% les plus riches – note DIAL.

 

http://www.alterinfos.org/spip.php?article5279

 

__________________________________________________________________________

 

 

DIAL 3183 - Dossier « Entreprises récupérées »

ARGENTINE - Toujours là et en pleine forme : visite de quelques usines autogérées, dix ans après

Revue Mu

lundi 13 février 2012, mis en ligne par Dial

Les trois premiers articles de ce numéro font retour, dix ans après, sur les processus de récupération d’entreprises en faillite par leurs salarié-e-s, en Argentine – à partir de la crise de 2001 – et au Brésil, et aux expériences autogestionnaires qui s’ensuivent. Les trois textes sont issus du numéro 48 de la revue Mu (septembre 2011).


Un regard sur le présent et l’avenir des usines les plus emblématiques gérées par les travailleurs et les défis qu’ils ont à relever. Qu’est-ce qui manque, qu’est-ce qui, au contraire, ne manque pas, quels sont les problèmes les plus difficiles à résoudre maintenant que le minimum vital est assuré.

Est-ce qu’on peut changer le destin ? Est-ce qu’on peut inventer quelque chose de nouveau ? Ou bien ce sont les autres qui ont raison : ceux qui défendent ces milliers de doctrines, de philosophies, d’opinions, de sciences, de religions, ces gens qui ont du mal à digérer, ces habitués des plateaux télévisés qui soutiennent que les choses sont comme elles sont.

Les questions sur ce que l’on appelle les usines récupérées par les travailleurs ou usines sans patron, sans aucun doute, ont à voir avec le secteur de l’économie, de la production, de la politique mais aussi de la culture, de la personne humaine et de sa capacité – ou pas – à transformer la réalité. Ce ne sont pas des discours de comptoir ou de barricade qui prétendent refaire le monde, mais une étape concrète qui transforme la réalité de chacun.

Formule provisoire :
Désespoir + une idée différente + une tentative pour la mettre en pratique = un espace nouveau.

Tout peut être réinventé

La plus grande réussite c’est d’avoir mis en place une nouvelle façon de lutter et de s’organiser. Aujourd’hui, tous les travailleurs savent qu’ils peuvent faire tourner une usine, affirme Murúa de l’IMPA [1], l’une des premières usines récupérées et qui, durant ces treize dernières années est passée par toutes sortes de problèmes : des manifestations hostiles, des menaces, des problèmes internes, des crises – tout allait mal.

« Mais nous sommes toujours là. Nous sommes 56 camarades et nous gagnons 3600 pesos [623 euros] chacun par mois. Et si l’État ne nous avait pas coupé l’électricité – nous dépensons 40 000 [6926 euros] pesos par mois pour un générateur – nous en gagnerions 4400 [762 euros]. Si l’on nous mettait dans des conditions semblables à n’importe quelle entreprise capitaliste, nous serions meilleurs. Je ne le dis pas par orgueil mais parce que le système de coopérative est meilleur que celui de la concurrence capitaliste. »

Sur les 280 usines argentines sans patron, Zanon, à Neuquén [2], est également une entreprise emblématique. Dans l’effort pour la conserver, les travailleurs ont pris la tête du syndicat des céramistes mais Raúl Godoy et Alejandro López ont fait au moins deux choses inhabituelles dans le contexte argentin : ils ont renoncé à leur poste pour favoriser le renouvellement des cadres et ils sont retournés travailler à l’usine (!).

Godoy, de la branche émail : « Les usines sans patron sont une alternative à la crise, depuis 2001. C’est une grande et belle idée qui peut s’accompagner de nombreuses difficultés et qui sort des modèles imposés. Tout peut être réinventé. Nous avons croqué la pomme du Paradis et une fois qu’on y a goûté... »

Ernesto Lalo Paret, de la coopérative Tous ensemble pour la chaussure (l’ancienne Gatic, produisant pour l’allemande Adidas) : « Ce processus présente tous les problèmes que tu peux imaginer mais il a rendu viables des usines qui pour les patrons ne l’étaient plus. Et d’ailleurs, qu’est-ce que ça veut bien dire la viabilité d’une usine dans une société de merde ? Qu’un économiste vienne me dire combien vaut en cash-flow (flux d’entrées et sorties de caisse) le fait qu’un type retrouve l’estime de soi, se revalorise, se fasse confiance et prenne une usine en charge ? À combien estime-t-on le fait que cet homme soit devenu un exemple pour son gosse, en tant que travailleur ? À combien évalue-t-on la récupération d’une usine pour la communauté, pour les familles, pour la société ? »

Écoutez le bruit

Le système distribue des biens, des services, mais surtout une identité sociale, rappelle le prologue du livre Sin Patrón (« Sans patron ») [3]. L’identité des travailleurs était très dépréciée. « Et on peut ajouter à cela la faim et le désespoir » renchérit Lalo vivement.

Comme une traînée de poudre, dans de nombreux endroits éloignés les uns des autres – comme par contagion culturelle –, les travailleurs ont pris une décision : ils ont cessé d’utiliser les canaux syndicaux pour leurs revendications (car, sauf quelques exceptions, ceux-ci ont fait le jeu des patrons). Mais les travailleurs, au lieu de quitter le navire, ont délibérément rompu leurs chaînes et ont pris les usines. Confrontés à la peur, ils ont agi au lieu de rester paralysés. C’était des gens ordinaires comme l’avaient été les Mères et les Grands-mères de la Place de mai. Comme elles, ils ont inventé quelque chose qui n’avait jamais eu lieu, nulle part. Lalo : « Quand ça a commencé, les ouvriers ne croyaient en rien. Et maintenant ils croient que tout est toujours possible... Que toute situation peut trouver une issue. »

Murúa : « Ici, c’est tout le contraire de ce qui se passe dans les entreprises capitalistes où ceux qui accèdent à des postes importants sont des vendus, des magouilleurs qui exploitent les autres et qui travaillent le moins. Ici, les camarades essaient de porter les meilleurs à la tête de l’usine. Et celui qui a des responsabilités est aussi celui qui travaille le plus. » Pour ce qui est de l’horizontalité : « C’est ce que l’on recherche mais cela ne fonctionne que si tout le monde en sait autant, parce que si dans une assemblée c’est toujours nous, les mêmes grandes gueules, qui parlons, ça ne sert à rien, on reste comme des papes. »

L’horizontalité est donc un but vers lequel on tend, non une fausse illusion, ni une idée de marketing. Godoy : « Notre force, c’est l’assemblée. On discute à fond mais après, chacun garde à l’esprit l’objectif de la production et on dit : qu’est-ce qu’on peut améliorer ici ou là ? Le travailleur investit là toute son énergie ». Ils ont repris le gouvernail d’un bateau qui était en train de couler. « Eh oui, on se met à écoper pour le maintenir à flot et on se met à ramer à contre-courant. Regarde : à côté de nous il y a l’entreprise Céramique Neuquén qui reçoit automatiquement des crédits pour la rénovation technologique. Ils ont un Mercedes et nous un Fitito. Mais nous, nous avons multiplié par deux le nombre de travailleurs et nous sommes en train de démontrer que l’on peut fonctionner sans capital et sans capitalistes. C’est pour cela que nous ne recevons aucune aide car nous représentons une menace pour eux. »

Celia et Gustavo

Celia Martínez est une des actrices de la Coopérative 18 décembre (date à laquelle ils ont pris l’usine textile Brukman, en 2001). « Je vois tout ce qu’il y a de positif. Le ministère du travail nous a donné des subventions, presque un million de pesos. Le Développement social nous a choisis comme fournisseur des vêtements de leurs employés, la compagnie aérienne Aerolíneas argentinas, nous a commandé 14000 uniformes et c’est au tour de la compagnie Austral, maintenant. Je ne dirais pas que nous allons super bien, mais nous n’allons pas mal du tout ». En moyenne, elles reçoivent 400 à 600 pesos [entre 69 et 104 euros] par semaine. Celia ne milite plus dans un parti comme elle l’a fait brièvement pendant le conflit Brukman où les femmes étaient 50 sur 73 salariées [4]. « Ça va faire 10 ans que nous fonctionnons et personne n’aurait osé y croire. Nous avons des relations d’égal à égal. Nous avons changé sur un point : avant, nous étions obéissantes et soumises. Maintenant c’est fini ». Alors, patron ou pas ? « Même les plus anciennes d’entre nous n’arrivent plus à concevoir un patron. C’est évident que nous avons eu la chance de recevoir le soutien de l’État, ce qui n’a pas le cas pour d’autres. Ça doit être parce que nous sommes beaucoup de femmes et qu’on nous a beaucoup frappées ». Les salariées attendent que l’expropriation de l’usine soit effective.

Gustavo Ojeda de l’entreprise Gráfica Patricios : « Plutôt que des subventions, nous voulons du travail. Il faut créer de l’emploi. Nous aussi, on ne fait pas toujours ce qu’il faudrait parce qu’on pourrait s’associer davantage entre usines pour faire des choses ensemble, sans disperser nos forces, comme par exemple faire des achats en commun ou créer des lieux collectifs. Mais, quand même, nous avons créé un précédent en Argentine : il est possible de récupérer une usine et de l’autogérer. La différence, c’est qu’avant, c’était un seul bonhomme qui empochait les bénéfices alors que maintenant, on les partage entre tous les travailleurs ». Gráfica Patricios a ouvert aussi un collège dans son usine et une radio communautaire.

Contre la Loi sur les faillites

Et que dire de la nouvelle Loi sur les faillites ?

Murúa : « Elle est faite pour l’establishment. Elle nous oblige à assumer la dette des patrons et cela va porter tort aux PME les plus faibles. Le piège, c’est que le patron peut créer une coopérative avec quelques complices de l’administration, tandis que lui s’occupe de la commercialisation. Nous, nous réclamons une Loi d’expropriation, que l’immobilier appartienne à l’État et qu’il le cède à la coopérative tout le temps où celle-ci est en activité. Et que quand elle s’arrête, tout revienne à l’État. Personne n’y perd et on génère de l’emploi ». Godoy : « Ils ont fait cette loi pour éviter les expropriations et faire payer les pots cassés de la faillite aux travailleurs. L’État s’en lave les mains et il continue à financer les chefs d’entreprise ». Lalo Paret : « La Loi défend le crédit et les avocats mais en aucun cas les travailleurs. Et comme aucune entreprise n’est capable de fournir un plan de redressement en trois mois, on lui impose le fameux capital national Brito, Moneta, etc... Derrière tout ça, il y a les fonds d’investissement qui cherchent à s’emparer des usines. Avec la Loi d’expropriation, par contre, l’État conserverait les murs pendant que nous, de l’intérieur, nous continuerions à générer du travail, des projets éducatifs et tout le reste ».

Production

Les usines sont un symbole à la fois de la culture et de la production. Si l’on considère les deux usines les plus complexes, IMPA et BAUEN, avec 40 millions de pesos [6 900 000 euros], on consolide 250 postes de travail et un centre populaire de préparation au baccalauréat pour 200 personnes. Alors qu’aujourd’hui, créer un poste de travail digne de ce nom, en Argentine coûte 1 200 000 pesos [208 000 euros]. Ici, on garantit 250 postes de travail avec le dixième de cette somme. Autre exemple : l’IMPA possède un centre de santé gratuit pour tout le quartier, en coordination avec l’État.

Godoy : « On peut avoir une dimension politique mais si cela ne sert pas dans la pratique, ça n’a aucun sens. On entend beaucoup de discours, de témoignages, de théories, de baratin, mais si on ne les confronte pas aux problèmes concrets, on est hors du coup. Le plus important que l’on a obtenu tous ensemble est de ne pas être esclaves de la loi. On vit dans un réseau qui nous protège comme l’oignon est protégé par le nombre de ses pelures. Bien que ça semble idiot, la façon de penser de beaucoup de gens a changé quand on a expliqué la différence entre ce qui est légal et ce qui est légitime. Ça nous a donné un regard plus libre pour nous définir et pour réfléchir à nos problèmes ». Godoy milite au PTS [Parti des travailleurs socialistes] et il a été élu avec le Front de gauche comme député de la province Neuquén, charge qu’il occupera avec les autres candidats de la liste de manière rotative. On ne va pas toucher les 17 000 pesos [2944 euros] que touchent les autres législateurs mais 4 200 [727 euros] comme on gagne chez Zanon. La différence sera versée à une caisse pour les grévistes et les camarades qui ont des problèmes ». Il annonce qu’il se rendra à l’Assemblée avec son bleu de travail. « C’est sûr qu’il va m’arriver la même chose que quand je vais dans les universités ; en me voyant, on me dit : « Monsieur, est-ce que vous pouvez nettoyer cette salle parce qu’il va y avoir une conférence sur Zanon ».

Lalo : « Cette expérience nous a permis de croire en nous-mêmes et par suite, de croire en autrui. L’idée, c’est que si nous le voulons, c’est possible ». Lalo a un point de vue différent de Celia. « Le gouvernement a engendré un effet contreproductif. La logique est la suivante : si ceci n’est pas à moi, alors ce n’est à personne. Mais pour moi, la classe politique est de papier. Et l’État aussi sous bien des aspects. Ce n’est pas donc l’État qui va réaliser des transformations, c’est la politique. Le pouvoir, ce n’est pas de t’asseoir avec le ministre. Le pouvoir, c’est nous qui l’avons. Il ne se transfère pas, tout au plus peut-on le vendre. Mais si tu l’as vendu, il ne vaut rien. Mais je suis super optimiste. Les usines récupérées créent des emplois, des centres scolaires, l’Université des travailleurs, des centres culturels, une préfiguration de ce que pourrait être un nouveau modèle de société. Est-ce qu’une société différente est possible ? Oui. Est-ce que nous le voulons vraiment ? Là est le problème. Moi je dis qu’on est comme une femme enceinte. Le père, c’est la faim. Mais quelque chose est en gestation. Ce qui est important maintenant, c’est de voir si le bébé va naître idiot, ou heureux et en bonne santé ».


- Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3183.
- Traduction de Michelle Savarieau pour Dial.
- Source (espagnol) : revue Mu, n° 48, septembre 2011.

En cas de reproduction, mentionner au moins la source, la traductrice, la source française (Dial - http://enligne.dial-infos.org) et l’adresse internet de l’article.

Les opinions exprimées dans les articles et les commentaires sont de la seule responsabilité de leurs auteur-e-s. Elles ne reflètent pas nécessairement celles des rédactions de Dial ou Alterinfos. Tout commentaire injurieux ou insultant sera supprimé sans préavis.

Notes

[1] Industrias Metalúrgicas y Plásticas Argentina (Industries métallurgiques et plastiques d’Argentine) – note DIAL.

[2] Au centre-ouest du pays – note DIAL.

[3] Sin Patrón : fábricas y empresas recuperadas por sus trabajadores, édition actualisée, Buenos Aires, Lavaca, 2009, 302 p. – note DIAL.

[4] Nous accordons selon la règle de la majorité – note DIAL.

 

http://www.alterinfos.org/spip.php?article5280

 

___________________________________________________________________________

 

 

 

 

  L’étincelle écosocialiste


logo CJF

Relations no 754
février 2012


 

Par Luis Martínez Andrad

L’auteur, doctorant en sociologie à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris, a récemment publié Religión sin redención. Contradicciones sociales y sueños despiertos en América latina (Éd. de Medianoche, Zacatecas, 2011)

L’Amérique latine se réveille, se soulève même. En cherchant à rompre avec le mode de production et de consommation dominant, elle brise le continuum de l’histoire et réclame la création d’un autre monde. Pour beaucoup, l’écosocialisme représente cette voie alternative.
 
Durant trois décennies (1970-2000), l’Amérique latine a souffert de l’expérience d’un système capitaliste à visage néocolonial. Certes, partout le système capitaliste se caractérise par le fétichisme du marché, l’accumulation du capital comme but en soi, l’appât du gain, la domination de la valeur d’échange de la marchandise, le productivisme et la logique du profit. Mais à la périphérie, comme en Amérique latine, la domination du capital prend des allures tragiques et grotesques, par le bouleversement des traditions et des identités, la rupture des liens sociaux et l’extinction des peuples et des cultures.
 
La modernité hégémonique masque le vrai visage du capitalisme : la marchandisation de la vie, le saccage des ressources naturelles, la pollution accrue des fleuves, des rivières et des mers, la déforestation – notamment l’agression de l’Amazonie –, bref, la destruction de la nature et la continuité sous bien des formes de l’exploitation humaine.
 
Mais en même temps, les groupes opprimés et les mouvements paysans et indigènes ont appris, essayé et développé des méthodes de résistance, voire des alternatives au modèle hégémonique. Ces pratiques à contre-courant se nourrissent non seulement d’éléments progressistes de la tradition (le respect de la nature, le primat du bien commun sur l’intérêt individuel, le lien avec la terre, l’éthique de la solidarité, l’économie morale), mais aussi des dimensions libératrices de la modernité. Parmi celles-ci, il y a la démocratie au sens non bourgeois du terme, c’est-à-dire la participation et la délibération populaires, et l’utilisation de la technologie en fonction des besoins de la société.
 
Résistances paysannes et indigènes
Au sein des luttes paysannes latino-américaines, nous assistons actuellement à une convergence du socialisme et de l’écologie. Cette alliance participe d’un courant politique contemporain : l’écosocialisme. Le philosophe français André Gorz, un des inspirateurs de l’écosocialisme en Europe, insistait sur la nécessité de reconsidérer le monde vécu comme une dimension essentielle de l’existence et de défendre son milieu de vie dans le cadre d’un processus d’émancipation à l’égard de la rationalité économique dominante. Pour lui, l’économie de la gratuité et l’autoproduction communale coopérative représentent des utopies concrètes pour une véritable écologie politique. À cet égard, les luttes sociales et politiques radicales de deux mouvements sociaux brésiliens sont emblématiques.
 
Pensons d’abord au combat initié par le syndicaliste Francisco Mendès Alves Filho, plus connu sous le nom de Chico Mendes, dans les années 1970-1980. Cette lutte montre bien le lien entre la défense de la forêt amazonienne et le refus du capitalisme agricole prédateur. Fondateur des syndicats ruraux de Basiléia et de Xapuri, dans l’État d’Acre au Brésil, Chico Mendes est l’instigateur d’une lutte non-violente contre la déforestation de la forêt amazonienne portée par les seringeiros – des paysans vivant de la récolte artisanale de latex tiré de l’arbre à caoutchouc amazonien. Avec leurs familles, ils formaient une chaîne humaine pour bloquer les bulldozers de l’agrobusiness et des latifundistes (grands propriétaires terriens). Bien vite, les seringeiros ont trouvé un allié dans les communautés indigènes d’Amazonie. Ensemble, ils ont fondé l’Alliance des peuples de la forêt, en mars 1989. Chico Mendes, qui sera assassiné peu de temps avant, en décembre 1988, par des tueurs à gage à la solde d’un latifundiste, a bien expliqué le sens de cette alliance contre un ennemi commun, le capitalisme prédateur qui envahit leurs terres : « ensemble, nous pouvons défendre la nature qui est le lieu où nos gens ont appris à vivre, à élever leurs enfants et à développer leurs capacités, en harmonie avec la nature, l’environnement et tous les êtres qui habitent ici ».
 
La figure de Chico Mendes illustre trois aspects caractéristiques de l’imaginaire sociopolitique des mouvements sociaux latino-américains : une lutte écologique des pauvres, dont l’enjeu est pour eux une question de vie et de mort; un christianisme de libération exprimé d’une manière particulière dans la théologie de la libération[1]; un marxisme latino-am
éricain (voir l’œuvre de José Carlos Mariátegui) sensible aux dimensions émancipatoires de la religion et des cultures indigènes.
 
Le Mouvement des sans-terre
Une autre lutte emblématique de l’alliance entre le socialisme et l’écologie, qui s’inscrit dans le sillage de l’héritage de Chico Mendes, est portée par le plus grand mouvement paysan de la lutte pour la terre au Brésil : le Mouvement des sans-terre (MST). Celui-ci devient le sujet de sa propre émancipation en pratiquant une politique offensive de réforme agraire, qui consiste à créer des assentamentos – parcelles de terre sur lesquelles s’établissent des paysans sans terre bénéficiaires de la réforme agraire. En 2009, on en dénombrait plus de 8000 dans tout le pays. Cependant, le combat du MST ne se limite pas à la possession de la terre; il vise aussi l’émergence d’une nouvelle société où l’agriculture paysanne, en tant que modèle opposé à celui de l’agrobusiness, sera en harmonie avec la nature. D’une façon générale, ce mouvement paysan essaie de détruire la triade latifundio-ignorance-capital, sur laquelle se fonde le système d’exclusion et de dépossession.
 
Il est vrai que pour effectuer une véritable réforme agraire, il faut changer les structures actuelles du pouvoir. En ce sens, le MST est conscient du rôle important du débat politique et de la lutte sociale. Contrairement à la logique capitaliste, qui est en train d’épuiser les ressources naturelles, une réforme agraire doit changer les paradigmes de production de l’énergie et des aliments, en lien avec la technologie. C’est ainsi que le MST récupère les exigences des ligues paysannes brésiliennes des années 1950 et 1960 et œuvre en faveur de la démocratisation de la société, en prenant au sérieux les rapports de pouvoir et les conflits de classes. Ces ligues paysannes avaient pour but non seulement la réforme agraire, mais également la défense des droits des paysans, l’amélioration de leurs conditions de vie et, bien entendu, la construction d’une société démocratique. Après le coup d’État de 1964, elles furent durement réprimées, démembrées et leurs leaders assassinés.
 
Par ailleurs, le MST a manifesté sa solidarité avec des groupes indigènes non seulement dans leur combat pour l’accès à la terre, mais également dans leur lutte contre l’agrobusiness et la monoculture. En appui à leurs revendications, il garde une distance très critique par rapport aux « projets pharaoniques » de construction de barrages hydroélectriques en Amazonie. Ces projets, qui bénéficient principalement aux élites du pays et aux grandes entreprises transnationales, ont des conséquences environnementales dramatiques. Les critères écologiques sont déterminants dans les prises de décision du MST. La notion de progrès, propre au capitalisme et à sa logique conduisant à la destruction des écosystèmes, ne guide pas les orientations du mouvement, ni celles de la plupart des autres mouvements sociaux. Le MST ne refuse évidemment pas la technologie. Mais il refuse d’en faire une fin en soi, comme le fait l’idéologie de la croissance. En somme, la convergence entre les préoccupations écologiques et les demandes sociales s’exprime autant dans le discours que dans les pratiques de ces mouvements.
 
Projet sociopolitique
Telles sont donc, brossées à gros traits, les étincelles écosocialistes des mouvements sociaux latino-américains. Il va sans dire que ces mouvements ne capituleront pas devant « l’eau glaciale du calcul égoïste » (Marx), dès lors que leurs rêves éveillés continueront à esquisser une société plus égalitaire, plus juste, plus démocratique. En ce sens, l’écosocialisme comme projet sociopolitique interpelle tous ceux et toutes celles qui rêvent d’un autre monde.
 
Car si on prend le cas du Brésil, en dépit de l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement « de gauche » comme celui du Parti des travailleurs de Lula, la réforme agraire reste une demande non satisfaite alors que la production d’éthanol ne cesse de croître. L’alliance que le gouvernement de Lula a établie avec l’agrobusiness a provoqué non seulement une hausse du prix des denrées alimentaires (en raison de la production de carburants à base de soja ou de sucre), mais aussi de terribles conséquences sur l’environnement. D’où l’urgence de pratiquer une démocratie radicale qui aura pour but de rompre avec le système hégémonique et de libérer la nature et les peuples opprimés.


[1] Voir « La théologie de la libération, d’hier à aujourd’hui », Relations, no 752, novembre 2011.
http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/impr_article.php?ida=2817
Partager cet article
Repost0
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 04:19
Accueil du site >
Vive la crise (de l’euro) !

« Ce n’est pas une crise, c’est une escroquerie », disent les indignés espagnols. Les plans de sauvetage grecs, portugais, irlandais, sont les symboles de cette invraisemblable escroquerie qui a cours actuellement en Europe. Les peuples paient, les banques ramassent. Sous fond d’une vieille rengaine : privatisation des profits... et socialisation des pertes.


Noël à la Banque centrale européenne : des cadeaux pour les banques, la rigueur pour les peuples Le 21 décembre, la Banque centrale européenne (BCE) a accordé le plus gros prêt de son histoire aux banques. Au total, 523 banques ont emprunté à la BCE près de 500 milliards d’euros pour 3 ans à un taux voisin de 1%. Il s’agit là d’un soutien exceptionnel de la BCE, qui est officiellement justifié par la nécessité d’aider les banques à faire face à leurs prochaines échéances de remboursement.
Décembre 2011

En image : le « pacte » Merkel-Sarkozy En attendant un article un peu plus fouillé sur l’accord intergouvernemental conclu lors du dernier sommet européen, voici en image une petite illustration de la politique économique menée par Sarkozy et Merkel en Europe. http://www.boursier.com/actualites/... Publié sur boursier.com, l’article explique les conséquences calamiteuses des politiques d’austérité en Grèce et au Portugal : récession de 5% du PIB en Grèce et de 1,7% en Grèce. Dans la colonne de droite, le rebondissement des bourses suite à (...)
Décembre 2011

Décidément, « il y a des limites désirables à l’extension de la démocratie politique » « Il y a des limites désirables à l’extension de la démocratie politique » expliquait en 1975 un rapport d’experts de la Commission trilatérale [1]. Il semble que cette leçon de bon sens soit désormais bien ancrée dans les têtes des dirigeants de l’Union européenne.
Novembre 2011

Avec le peuple grec, luttons ensemble contre la dictature des marchés ! Les Dessous de Bruxelles publient cet appel, lancé par un collectif d’étudiants et de travailleurs grecs, pour un rassemblement de solidarité une semaine après la mise en place du nouveau gouvernement, qui, comme le rappelle le texte, compte à sa tête l’ancien vice-président de la BCE, et inclut l’extrême droite.
Novembre 2011

Consulter le peuple grec ? Les gardiens autoproclamés de la démocratie s’insurgent (Acrimed) Une semaine après les négociations du sommet européen sur un nouveau « plan d’aide » à la Grèce, le Premier ministre grec Georges Papandréou annonçait mardi 1er novembre la tenue probable d’un référendum sur l’adoption du plan européen. Au moment où nous écrivons, rien n’est confirmé et il est possible que le projet soit abandonné (ou que des élections anticipées le remplacent). Mais la levée de boucliers médiatiques contre le projet de consultation du peuple grec laisse pour le moins songeur sur les rapports (...)
Novembre 2011

Sauver l’Europe en coulant les peuples ? (Attac France) Dans la nuit du 26 au 27 octobre, les participants du sommet européen ont abouti à un nouvel accord, censé pour une énième fois « sauver l’Europe ». A la baguette, Angela Merkel (et Nicolas Sarkozy), Christine Lagarde (pour le FMI) et, surprise… un représentant du secteur bancaire, Charles Dallara. Alors, qu’en est-il vraiment de cet accord – qui a déjà fait bondir les bourses ? On retiendra tout d’abord que la restructuration de la dette grecque est enfin mise à l’ordre du jour ; et malgré les (...)
Octobre 2011

Appel pour un audit citoyen de la dette publique

Écoles, hôpitaux, hébergement d’urgence… Retraites, chômage, culture, environnement... nous vivons tous au quotidien l’austérité budgétaire et le pire est à venir. « Nous vivons au-dessus de nos moyens », telle est la rengaine que l’on nous ressasse dans les grands médias.

 

 

Citation du jour

Les Dossiers

logo
Vive la crise !
logo
L'UE-topie des marchés
logo
Chronique des politiques européennes
logo
Histoire critique de l'UE
logo
Salon des lobbies

Des Lectures

L'Europe sociale n'aura pas lieu, par François Denord et Antoine Schwartz (2009)
L’Europe sociale n’aura pas lieu, par François Denord et Antoine Schwartz (2009)
L’Europe à quitte ou double, par Attac (2009)
L’Europe à quitte ou double, par Attac (2009)
Europe Inc. par Corporate Europe Observatory (2005)
Europe Inc. par Corporate Europe Observatory (2005)

Partager cet article
Repost0
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 04:13
Société
A-t-on atteint un pic des objets ?

REPORTERRE
Mo
http://www.lescommunistes.org/local/cache-vignettes/L200xH183/arton1199-af48c.jpghttp://www.lescommunistes.org/local/cache-vignettes/L200xH183/arton1199-af48c.jpg

inshttp://www.lescommunistes.org/local/cache-vignettes/L200xH183/arton1199-af48c.jpg de biens, plus de liens

 

Audrey Garric (lemonde.fr) - 19 février 2012

 


 

Si l’on devait la caractériser en des termes mathématiques, la trajectoire de notre civilisation serait une courbe exponentielle. Tout au long du XXe siècle, la consommation d’énergie et de ressources naturelles — et donc logiquement les émissions de gaz à effet de serre — s’est accrue de concert avec la démographie.

Mais aujourd’hui, serions-nous arrivés à un plateau ? Aurions-nous commencé à réduire notre consommation, ou du moins à la stabiliser ? La parcimonie serait-elle en voie de devenir le nouveau luxe ? C’est ce que pressent une récente étude, qui estime que la Grande-Bretagne, pays à l’origine de la révolution industrielle et l’une des nations les plus riches au monde, aurait atteint un seuil maximum d’objets possédés par chaque habitant, avant de voir cette quantité décliner. C’est le peak stuff ("pic des objets"), dans la veine du peak oil (pic pétrolier) ou du peak gas (pic gazier).

Au cours de la dernière décennie, et notamment avant la crise économique, la Grande-Bretagne a ainsi moins consommé, tous secteurs confondus : moins de matériaux de construction (- 4 % entre 2000 et 2007), moins d’eau, de papier (- 18 %), de nourriture (surtout de viande), moins de voitures et de trajets, moins de textiles ou encore d’engrais. La production d’énergie primaire a aussi suivi la même tendance à la baisse (- 3 %). Et le pays a aussi produit moins de déchets. Tout cela, alors que le PIB a continué de progresser, de même que la croissance de la population.

Au total, et alors que le volume de l’économie a triplé, le quantité totale de choses que chaque Britannique utilise chaque année — environ 30 tonnes — aurait retrouvé son niveau de 1989, après un "pic des objets" atteint entre 2001 et 2003, livre le site américain Fastcoexist, déniché par le mensuel Terra Eco.

Des tendances similaires auraient commencé à émerger à travers l’Europe, où la consommation d’énergie des ménages en 2009 était de 9 % inférieure au niveau de 2000. En France, en Suède et aux Pays-Bas, la baisse a même atteint 15 %.

 

Croissance et consommation découplées

A l’origine de ces données ? Chris Goodall, à la fois écologiste convaincu, expert des questions énergétiques et climatiques, candidat aux élections législatives de Grande-Bretagne pour le Parti vert, mais aussi ancien consultant de McKinsey, habitué à manier les statistiques.

"Mon propos n’est pas de nier que la planète va être confrontée à des défis environnementaux massifs. Mais les données que j’ai recueillies suggèrent que la croissance économique n’est pas nécessairement incompatible avec ces défis", déclarait-il au Guardian. Cela pourrait même être l’inverse. Pour l’auteur, l’exemple de l’Angleterre démontre même qu’à un certain niveau de PIB, plus la croissance économique s’accélère, plus elle entraîne une utilisation des ressources efficace, et moins le pays consomme de choses matérielles. Les deux notions pourraient donc s’avérer compatibles ou, du moins, découplées.

Naturellement, la thèse de Goodall a suscité un débat aussi animé, parmi les écologistes et économistes, qu’elle est décalée. D’un côté, les optimistes comme Jesse Ausubel, directeur du Programme pour l’environnement à l’université Rockefeller de New York, voit dans ces chiffres une tendance à long terme, irrépressible, qui est l’aboutissement logique de ce que les économistes appellent la courbe environnementale de Kuznets, du nom de son inventeur Kuznets Simon. Cette courbe suggère qu’à mesure que les pays s’industrialisent, ils passent par une phase précoce lors de laquelle ils gaspillent des ressources et génèrent une pollution massive avant d’atteindre un point de basculement au-delà duquel ils commencent à investir dans des ressources plus efficaces. Vient alors une diminution progressive de la quantité de matériaux et d’énergie nécessaire pour générer chaque dollar de produit intérieur brut. Ausubel appelle ce processus la "dématérialisation".

 

Délocalisation des industries consommatrices

"L’idée que la transition vers une économie durable émergera spontanément en donnant libre cours au marché est fausse", rétorque dans le Guardian l’économiste anglais Tim Jackson, auteur du célèbre ouvrage Prospérité sans croissance. "Il est réconfortant de croire que nous nous sommes sevrés de notre dépendance aux choses matérielles. Mais l’analyse historique montre que toutes les baisses de la consommation au Royaume-Uni sont pour la majorité assez faibles : quelques pour cent sur une décennie. Dans de nombreux cas, ces chiffres sont inférieurs aux marges d’erreur statistiques des mesures", poursuit l’expert.

Sans compter que l’étude de Goodall ne tient pas compte de la délocalisation des industries consommatrices de ressources vers les pays en développement. Ainsi, si la consommation de pétrole, charbon ou gaz est en baisse en Grande-Bretagne, les émissions totales de carbone, une fois réaffectés les rejets des usines étrangères produisant les ordinateurs portables, jouets ou vêtements britanniques, continuent d’augmenter régulièrement dans le pays.

Malgré tout, l’idée d’un "peak stuff" soulève des questions intéressantes : comment s’assurer que la consommation ne va pas augmenter de nouveau, et même plus fortement que par le passé ? Et si la Grande-Bretagne a réellement atteint un sommet, comment y est-elle parvenue ? S’agissait-il seulement du passage d’une économie basée sur l’industrie à une économie axée sur les services, et du poids croissant d’Internet ? Ou du fait que les îles britanniques sont à court d’espace pour les entreprises, logements et transports ? Ou encore d’une population plus interconnectée car vivant davantage dans les villes ?

Les chercheurs n’ont pas encore de réponses à ces questions. Mais nul ne doute que les raisons finiront pas être trouvées et aideront d’autres pays à atteindre leur "pic des objets". Pour faire passer un message primordial, dans un monde qui atteindra bientôt 9 milliards d’individus : moins peut être mieux.

 


 

Source : lemonde.fr

Lire aussi : Nous consommons 9 tonnes de matière par habitant et par an

 

http://www.reporterre.net/spip.php?article2619

REPORTERRE
Moins de biens, plus de lienshttp://www.reporterre.net/spip.php?article2619

Partager cet article
Repost0
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 04:02
Société
Les monnaies complémentaires ont rendez-vous en Provence

 

Les 23 et 24 février se tiendra à Salon-de-Provence un grand rassemblement autour des monnaies complémentaires.


"Si nous voulons éviter une catastrophe collective, il nous faut redonner le pouvoir localement aux institutions, aux industries, aux commerces et aux organisations de la société civile de taille réduite."

Festi’Fric - 17 février 2012


 


Deux jours pour faire connaître les monnaies complémentaires et les systèmes d’échanges au sein de nos structures, tisser des liens, faire émerger de tels projets en PACA, cela ne vous rappelle rien ? Non, ce n’est pas FestiSolies , FestiSol-Les Estivales, ni les Etats Généraux de l’ESS, mais un peu la continuité de tout cela ! Prévus les 23 et 24 février 2012, ces deux jours Festi’Fric seront là pour pour nous questionner sur nos richesses, nos échanges et nos liens.

 

Objectifs

Nous informer sur les trois dimensions du système financier : monétaire, économique et d’investissement - de sorte que nous puissions mieux comprendre la synergie entre toutes les composantes d’un même système, et être efficace dans la transformation de son fonctionnement et ses résultats ;

Faciliter et amplifier notre processus de développement collaboratif de projets ;

Et bien entendu apprendre à coopérer en travaillant sur ce projet de colloque participatif.


Autrement, c’est quoi Festi’Fric  ?

C’est un projet participatif porté par l’APEAS (Association pour l’économie alternative et soliaire) avec l’aide d’autres acteurs de la région PACA (Provence Alpes Côte d’Azur).

Constatant que si nous voulons éviter une catastrophe collective, il nous faut radicalement transformer le système qui sous tend le monde des affaires de façon à redonner le pouvoir localement aux institutions, aux industries, aux commerces et aux organisations de la société civile de taille réduite. Pour cela, il est urgent de revoir et réinventer nos systèmes d’échanges, monétaires ou non, qui sont le cœur du système actuel.

Avec cet objectif, certes très ambitieux, et “riches“ du succès rencontré par le cycle Festi’Sol, l’APEAS travaille depuis plus d’un an avec un réseau d’acteurs provençaux, nationaux et internationaux afin de favoriser l’émergence de systèmes d’échanges complémentaires dans le but de développer la résilience et l’innovation dans les champs économiques, environnementaux et sociaux.

La première étape a été la mobilisation d’acteurs régionaux autour de l’écriture commune d’un Cahier d’Espérance sur les monnaies complémentaires, sociales et locales à l’occasion des Etats Généraux de l’ESS en Région dans lequel vous vous êtes fortement impliqué. N’hésitez pas à relire ce rapport Cahier d’Espérance Région PACA spécial Monnaies Complémentaires et Systèmes d’échange. Très bonne lecture pour aller plus loin encore : tout le Cahier d’Espérance sur la Richesse et les monnaies sociales de portée nationale rédigé par le collectif FAIR.

Afin de continuer ce travail de mise en liens et d’émergence d’innovations monétaires et sociales, nous organisons Festi’Fric, des rencontres régionales sur les monnaies Complémentaires. Cet événement participatif, à destination du grand public, des acteurs institutionnels, des structures économiques et de la société civile vise à faire connaître, encourager, développer et mettre en lien ces nouveaux systèmes d’échanges qui émergent sur le territoire de la région Provence-Alpes-Côtes-d’Azur, dans d’autres régions et à l’étranger.

Nous souhaitons que vous, acteurs de la société civile, du milieu de l’économie sociale et solidaire, techniciens des institutions, élus, entrepreneurs puissiez être présents.

D’un point de vue financier, ce projet est soutenu par le FEDER [Fonds européen de développement régional] et la Région PACA et le CG 13 [Conseil général des Bouches-du-Rhône]. D’autres partenariats y compris en nature sont recherchés afin de mener à bien ce projet et permettre d’y réunir des initiatives et des intervenants de qualité.

 


 

Source : Festi’Fric

Illustration : AIIRE

Ecouter aussi : A quoi ça sert, une monnaie locale ?

 

 

http://www.reporterre.net/spip.php?article2610

Partager cet article
Repost0
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 03:56
Non les USA ne vont pas bien !
Un article de l’excellent site TECB (the economic collaps blog) qui s’intitule « Vous n’imaginez pas ce que les américains doivent faire pour survivre » [0] démonte toutes les thèses bidons de Télé-Bouygues ou du Figaro-Dassault (entre autres), selon lesquelles, il y aurait une reprise économique aux USA alors que le pays croule sous les dettes et que la paupérisation de la population gagne chaque jour plus d’espace. Il est tout de même curieux qu’un pays qui dépense 700 milliards de dollars pour faire la guerre au monde entier, ne soit pas en mesure d’assurer la survie de son peuple. L’article dont j’ai fait un résumé précise, que de nombreux étatsuniens ignorent dans quelles conditions vivent une grande partie de leurs concitoyens, comme ils ne savent pas à quoi ils sont réduits pour survivre. 
De nombreuses familles américaines vivent dans des égouts, dans des tunnels de drainage, sous des tentes, dans leur véhicule, se nourrissent de soupe au ketchup et vont jusqu’à cuisiner des rats ! Comme les sites d’hébergement sont combles ils n’ont d’autres solutions, que de proposer aux SDF de vivre dans les bois. Cinquante millions d’américains vivent en dessous du seuil de pauvreté et ce chiffre augmente régulièrement. On est loin des clichés hollywoodiens de Times Square ou de Sunset Boulevard, censés représenter la richesse et la prospérité des USA, quand ce ne sont en réalité que de vulgaires cache misère. Le déclin de l’économie américaine est en symbiose avec la paupérisation de la population, cependant les journaux du système, continuent à affirmer que l’économie américaine se porte bien ! Le site TECB propose un documentaire hallucinant [1] d’une demi-heure produit par la BBC dont le titre est « Pauvre Amérique », ce document vidéo est révélateur de la situation catastrophique du pays.
Les américains sont aujourd’hui des millions à avoir perdu tout espoir, chaque jour ils sont plus nombreux à rejoindre la masse des sans logis, le week-end qui vient quatre-vingt mille citoyens du Michigan [2] vont perdre le bénéfice de leur allocation chômage. Ces gens là sortent des statistiques en revanche ils n’ont guère d’espoir de retrouver un job, sinon un emploi à mi-temps ou à tiers-temps sous payé, bien entendu. Entre un travail et l’autre, ils dépensent le peu d’économies qu’ils possèdent pour survivre mais hélas ces maigres réserves d’argent on une fin ! L’auteur du texte rappelle qu’il a traité plus d’une fois des problèmes économiques des USA [3] qui croulent sous les dettes et qui ne peuvent plus assister les pauvres et les déshérités. Des millions de famille s’en tirent comme elles peuvent avec les emplois à temps partiel qui selon Gallup [4] se développent plus que jamais. Ainsi le nombre des travailleurs pauvres augmente régulièrement au mépris de ceux qui ont encore un emploi stable.[5]
Il est évident qu’avec un salaire de 8$ / h il est très difficile de joindre les deux bouts, d’autant plus que le cours de la vie augmente rapidement, le prix de l’essence à augmenté de 83% [6] depuis la venue au pouvoir d’Obama. Il semble qu’en 2011 la dépense moyenne pour l’achat d’essence de chaque famille fut de 4000$, ce qui représente beaucoup quand on ne gagne que quelques centaines de dollars par semaine [7]. L’auteur du blog insiste sur le fait qu’il n’aurait jamais fallu laisser des centaines d’entreprises et des millions de dollars sortir du pays. Une photo satellite permet de comparer le déclin de Detroit et la croissance de Shanghai [8] cette photo est emblématique de l’état de l’économie américaine, en dehors de toutes les fadaises que raconte la presse. L’éclatant développement de la Chine et le déclin des USA ne sont pas dus au hasard mais à l’application de politiques économiques démentes dont on nous fait l’apologie régulièrement. Les USA comptent des centaines de villes ou les habitants vivent dans les conditions du tiers monde. La vie à Maryvale dans la banlieue de Phoenix, qui est décrite par un blogueur [9] est un exemple parlant de ce déclin national. Les gangs sont en pleine expansion, ceux qui ont encore la chance d’avoir une maison la réparent avec des matériaux de récupération et les piscines verdâtres sont devenues inutilisables. À présent une autre crise globale [10] est sur le point de se manifester, il est clair qu’une fois de plus le gouvernement prendra soin du peuple de Wall Street mais il laissera tomber le reste du peuple américain, qui perdra dans l'affaire son job et son foyer. Pour se faire une idée plus précise de ce qui attend les USA il suffit de voir ce qui se passe en Grèce [11] ou 25% des entreprises ont fermé leurs portes, un tiers de tout l'argent a été retiré des comptes bancaires grecs et le chômage et la pauvreté sont absolument endémiques.
Les conseils des économistes et des politiciens qui durant des années avertirent les divers gouvernements, que l’endettement du pays le conduirait à sa perte n’ont servi à rien. On à continué à élire les mêmes selon les bons principes de la bipolarité électorale et ces gens là qui sont au service du système on conduit le pays à la ruine. Ainsi des millions d’américains en sont réduits à faire ce que jamais ils n’auraient pensé faire pour survivre.
Ces quelques lignes de plus devraient aussi interloquer les investisseurs, qui se fient plus aux journaux qu’aux faits. Le système est mort et très bientôt l’achèvement de la crise systémique commencée en 2008, conduira les pays développés vers les abysses du quart-monde, le néolibéralisme est un projet dément sans avenir. Ce n’est pas en détruisant les projets de société que l’on fera évoluer le monde, les pays développés vont rapidement régresser mais avant de toucher le fond, les artisans de cette crise devront payer leur dette et ce jour là, ni la police, ni l’armée ne suffiront plus a contenir la foule qui ira lyncher tous les porcs de Wall-Street et de la City. 
Alain Conny (d'après l'article de the economic collaps blog).
http://alainconny.blogspot.com/2012/02/non-les-usa-ne-vont-pas-bien.html
Partager cet article
Repost0
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 03:28

 

L’histoire non dite de la “rébellion ” libyenne


Lundi 20 Février 2012


L’histoire non dite de la “rébellion ” libyenne

 

Un intéressant article qui revient sur la prétendue «révolution» libyenne ». On apprend d’ailleurs qu’un des objectifs des prétendus révolutionnaires était justement d’éliminer ceux qu’ils désignaient comme révolutionnaires. Non, non ils n’avaient pas d’idées suicidaires mais selon leurs propres termes, les révolutionnaires étaient les membres des structures politiques du régime de Mouammar Kadhafi.
Volià pour le qualificatif de révolutionnaire.
L’auteur arrive en fin de compte à des conclusions voisines de celles que formule Thierry Meyssan, c’est-à-dire que les gouvernements occidentaux se sont alliés de facto et en toute connaissance de cause avec des «djihadistes» du genre Oussama ben Laden qu’ils prétendaient combattre. La différence étant que la National Review et John Rosenthal sont des conservateurs Américains, c’est-à-dire qu’ils se situent dans la ligne classique du parti Républicain. Le plus grand des paradoxes étant que des “djihadistes” ont été portés au pouvoir avec l’aide en matière de relations publiques d’un de ces mêmes «intellectuels» qui dénonce le fascisme vert.
Je dirai que cet article nous en dit surtout un peu plus sur le moment où a commencé à se nouer cette alliance, soit la période où bon nombre de chefs de cette nébuleuse sont tombées entre les mais des services secrets occidentaux qui ont compris qu’il était possible de travailler avec eux dans l’intérêt commun.
Le complot islamiste: l’histoire non dite de la rébellion libyenne
Par John Rosenthal, National Review (USA) 17 février 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri
C’est aujourd’hui l’anniversaire official de la “révolution du 17 février,” la rébellion libyenne contre le pouvoir de Mouammar Kadhafi qui – avec une aide massive d el’OTAN- a fini par aboutir à la chute du régime et à la mort de Kadhafi. Même si la rébellion a été d’emblée présentée par les media occidentaux comme un « mouvement de contestation », il ressort clairement des preuves filmées comme des témoignages de première main que les « manifestations » ont été extrêmement violentes dès le début. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour voir des colonnes de « manifestants » armés – comme certains media les ont qualifiés de manière incongrue – se mettre en marche en direction de Tripoli.
Dans pratiquement chaque ville où des troubles ont éclaté, des postes de police et d’autres édifices et installations publics ont été attaqués et incendiés. De telles attaques avaient été signalées à Benghazi, Derna, Tobrouk, el Beïda et Zawiyah entre autres. A Derna, selon le témoignage d’Amer Saad, un « militant » pro-rébellion, les forces fidèles à Kadhafi avaient été enfermées dans des cellules d’un poste de police local et le bâtiment avait été incendié.
La violence des “manifestations” n’est guère surprenante compte tenu de ce que nous savons maintenant du rôle du Groupe Islamique Libyen de Combat (GILC) lié à al Qaïda dans la rébellion. Au moins trois militants liés à al Qaïda  qui avaient à un moment ou à un autre été détenus par les Etats Unis ont joué un rôle de premier plan dans le soulèvement contre Kadhafi. Après la chute de Tripoli, l’un d’entre eux, le chef historique du GILC, Abdelhakim Belhadj deviendra gouverneur militaire de la capitale libyenne (dans la presse occidentale, Belhadj est souvent confondu avec Abdelhakim al-Hasadi qui est un autre militant lié à al Qaïda qui a joué un rôle très important dans les premières phases de la rébellion en Libye orientale).
En outre, des faits peu connus mentionnés dans un dossier judiciaire britannique indiquent qu’il n’y a rien eu de spontané dans la violence. Vers le milieu de la dernière décennie, le GILC avait en fait élaboré un plan pour déstabiliser le régime de Kadhafi au moyen des mêmes nombreuses tactiques qui seront employées dès le début de la rébellion en février 2011. Le plan avait été découvert dans un CD saisi par la police britannique au cours d’une perquisition effectuée en février 2005 au domicile d’un réfugié politique Libyen à Birmingham.  Dans une décision de justice de 2009, l’individu est simplement identifié par les initiales « AV ». (voir Secretary of State for the Home Department contre AV,  30 avril 2009.)
Les attendus de la décision observant que AV était un membre du conseil de la chouhra [consultation] du GILC et que son nom avait été ajouté le 7 février 2006 à la liste de l’ONU des personnes et entités liées à al Qaïda.
Ces indications ainsi que d’autres précisions biographiques désignent clairement « AV » comme étant en réalité Abderrahmane al-Faqih. Selon la décision judiciaire britannique et d’après les informations recueillies par le Conseil de Sécurité de l’ONU, al-Faqih/ “AV” avait été condamné par contumace par un tribunal marocain pour complicité dans l’attentat suicide de Casablanca en mai 2003 qui avait coûté la vie à plus de 30 civils et blessé beaucoup d’autres.
Qui plus est, le résumé des motifs  de l’ONU pour l’inclusion d’al-Faqih dans la liste des sanctions contre al Qaïda note qu’il est «considéré comme étant relié au réseau terroriste en Irak qui était dirigé par Abou Moussab al-Zarkawi. » Les documents judiciaires britanniques montrent qu’al-Faqih avait implicitement admis ses liens avex al-Zarkawi et al Qaïda en Irak en affirmant avoir envoyé un message aux ravisseurs de Kenneth Bigley afin de les convaincre d’épargner la vie de Bigley (voir le § 17 de la décisien mise en lien ci-dessus). Bigley, un ingénieur Britannique, avait été décapité par l’organisation d’Abou Moussab al-Zarkawi en octobre 2004.
L’auteur du plan découvert dans le CD d’al-Faqih était le chef idéologique du GILC Abou al-Munthir, alias Sami al-Saadi. Comme le cher du CILC Belhadj, al-Munthir/al-Saadi avait été transféré dans une prison libyenne en 2004 après avoir été détenu par les services secrets américains en Asie du Sud-Est. Un certain Abou Munthir est incidemment cité dans les documents judiciaires britanniques comme étant un agent d’al Qaïda qui encourageait les jeunes Musulmans de Grande Bretagne à commettre des actes terroristes dans ce pays après l’invasion de l’Afghanistan. Des communications entre le gouvernement libyen et les services secrets occidentaux découvertes après la chute de Tripoli donnent à comprendre que l’Abou Mounthir en question n’était autre qu’al-Saadi (ces documents sont reproduits ici ).
Entre autres documents trouvés sur le CD d’al-Faqih, se trouvait un manuel pour fabriquer des bombes et ce que le juge britannique Colin Mackay a décrit comme un «sinistre matériel anti-occidental.»
Selon la décision de justice de 2009, le plan du GILC:
Inclut un appel aux moudjahidin à s’entraîner au maniement des armes et à la préparation d’explosifs et à infliger des destructions et des dégâts aux « sièges des comités révolutionnaires, les locaux des services de renseignements et les lieux où se trouvent les révolutionnaires et les corrupteurs.»
Les références aux “révolutionnaires” et aux “comités révolutionnaires” concernent ce que Mouammar Kadhafi appelait la révolution Fateh. Les « comités révolutionnaires » étaient une composante permanente de la société libyenne du temps de Kadhafi : une forme d’institutionnalisation de la révolution Fateh.
Le plan du GILC appelait en outré à une “opération martyr” contre une cible importante comme le tyran Kadhafi, d’autres membres importants de la tyrannie ou des locaux des services de renseignements.” Il se trouve qu’un attentat suicide contre une caserne de l’armée à Benghazi le 20 février avait été signalée comme ayant joué un rôle essentiel dans le succès de la rébellion – l’auteur de l’attentat aurait rempli une voiture d’explosifs et fait exploser l’entré de la caserne.
Le simple fait que les rebelles se servent de la méthode caractéristique d’al Qaïda est en lui-même une preuve de la nature djihadiste de la rébellion. Des « opérations martyr » très semblables evec des véhicules bourrés d’explosifs ont été exécutées contre des installations militaires américaines en Afghanistan. Le fait que l’auteur présumé de l’attentat de Benghazi ait été salué comme un héros par la presse occidentale (voir ici  ou ici  par exemple) représente seulement un des aspects par lequel le conflit libyen a abouti à ce qu’on peut décrire comme une «banalisation» du djihad.
Il convient d’observer que sur la base de la possession par lui du plan du GILC, al-Faqih/ »AV » avait été déclaré coupable par un tribunal britannique pour recel d’un document visant à favoriser l’exécution ou la préparation d’actes terroristes en violation du Terrorism Act britannique de 2000. Une décision de 2007  confirmant la condamnation observe sans détour :
La législation ne donne pas d’exemption, ne fait pas d’exception, n’offre pas de défense, ni ne disculpe ce qu’on voudrait présenter comme du terrorisme pour une cause juste. Une telle notion est étrangère à la loi. Le terrorisme est le terrorisme quels que soient les motivations des auteurs.
Les forces britanniques se sont pourtant conjuguées aux forces françaises, américaines et d’autres puissances de l’OTAN pour intervenir en Libye en soutien d’une rébellion dont les méthodes avaient été reconnues comme étant de nature terroriste par le justice britannique.
En ce moment, il est courant chez les observateurs occidentaux de déplorer le fait que le « printemps arabe » a été suivi d’un « hiver islamiste ». Mais quand on le replace dans un ensemble, avec toutes les autres preuves  des racines islamistes de la rébellion libyenne, le plan du GILC laisse peu de place au doute : indépendamment ce qui s’est passé dans le reste du monde arabe, le soulèvement en Libye était la réalisation non d’aspirations démocratiques, mais des vieilles ambitions d’extrémistes islamistes. C’est un « printemps islamiste » qui a ouvert la voie de l’actuel « hiver islamiste. »
— John Rosenthal traite de politique européenne et de questions de sécurité transatlantiques. Vous pouvez suivre son travail sur http://www.trans-int.com/ ou sur Facebook.

http://mounadil.wordpress.com/

 

http://www.alterinfo.net/L-histoire-non-dite-de-la-rebellion-libyenne_a71668.html

 

.

 

 

Partager cet article
Repost0
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 03:09

 

http://www.observatoiredeleurope.com/photo/art/default/3416187-4914059.jpg?v=1320750693

http://www.observatoiredeleurope.com/photo/art/default/3416187-4914059.jpg?v=1320750693

Le Mécanisme européen de stabilité financière, expliqué par JL Mélenchon

Quel nom compliqué ! Il est pourtant vital que chacun

soit au courant de cette affaire qui risque fort, si n'y prend garde,

de ruiner nos pays encore plus, en pure perte.

Laissons directement Jean-Luc Mélenchon,

qui s'y connaît bien là-dessus, nous en parler.

Quel lien existe-t-il entre le vote du Mécanisme européen de stabilité financière et le nouveau traité ? François Hollande a affirmé que les deux questions étaient séparées. « Déconnectées » a-t-il dit. C’est faux ! Il se trompe. Dans le « Mécanisme européen de stabilité financière » qui sera mis au vote le 21 février, il est précisé dès les considérants que « le présent traité et le TSCG (traité « sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’union économique et monétaire ») sont complémentaires dans la promotion de la responsabilité budgétaire et de la solidarité au sein de l’Union économique et monétaire ». Est ainsi gravé dans le marbre que l’octroi d’une assistance financière de la part du Mécanisme européen de stabilité est conditionné par la ratification du TSCG à signer en mars prochain. Qui vote l’un doit voter l’autre.

Pourquoi est-ce si important de bousculer les socialistes et de les pousser à se compter entre eux sur cette question ? Parce que nous gagnons sur tous les tableaux. Contre la droite dont nous dénonçons le traité, ce qui est aussi le meilleur moyen de pousser les socialistes à désobéir à leur chef. Plus nous convainquons contre les traités mieux nous pouvons stigmatiser la droite. Accoler le nom d’un candidat de droite aux législatives à cette nouvelle turpitude devrait faire autant de dégâts que ceux que va devoir subir Nicolas Sarkozy lui-même. Plus il y a de socialistes de notre avis et qui le manifestent, meilleure est notre situation pour la suite des événements les jours d’après, quels qu’ils soient, puisque la partie européenne va continuer au-delà des élections.

Un bon angle d’attaque sera celui de l’exigence d’un référendum comme cela a déjà été dit ici même. Qu’il s’agisse du « Mécanisme européen » ou du nouveau traité de mars. Hollande a déjà dit qu’il n’en voulait pas. Mais voici deux faits nouveaux qui viennent élargir notre espace et notre audience. Le premier vient de la droite elle-même. C’est François Fillon qui vient de proposer qu’un tel référendum ait lieu. J’ai immédiatement dit, par communiqué de presse que j’approuvais ! J’ai aussi dit qu’il ne lui restait plus qu’à convaincre Sarkozy et Hollande. Et j’ai conclu en lui disant que j’étais prêt à l’aider. Humour. Plus sérieusement : les socialistes ont mis le doigt dans l’engrenage. En proposant une motion référendaire à l’Assemblée à propos de la TVA sociale ils ont eux-mêmes légitimé la procédure. D’ailleurs, en 2007, après s’être abstenu à Versailles, n’avaient-ils pas déjà déposé une motion référendaire sur le Traité de Lisbonne ? Quoiqu’il en soit, si nous obtenons qu’une partie des socialistes, ceux du « Non » confirment leur vote d’alors en votant contre le « Mécanisme européen de stabilité » et en demandant un référendum, nous aurons largement enfoncé le dispositif du consentement à la sauce Hollande-Moscovici. L’échec du traité libéral est à portée de main. Au boulot !


_________________________________________________________________________________________
.

Mécanisme européen de stabilité :

vote des députés français le 21 fév.


Coup d’Etat en préparation, les médias fort discrets Rares sont les articles de presse évoquant la ratification du traité instituant le mécanisme européen de stabilité et la modification du traité de…

 

Pour lire la suite cliquez ici

 

..

Parlementaires, votez NON !

.

 

 

.

.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog d' Eva, R-sistons à la crise
  • : Tout sur la crise financière, économique, sanitaire, sociale, morale etc. Infos et analyses d'actualité. Et conseils, tuyaux, pour s'adapter à la crise, éventuellement au chaos, et même survivre en cas de guerre le cas échéant. Et des pistes, des alternatives au Système, pas forcément utopiques. A défaut de le changer ! Un blog d'utilité publique.
  • Contact

Recherche