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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 03:45

Le soulèvement populaire égyptien livre une dure lutte au régime Moubarak et aux puissances du capitalisme mondialisé. Tous les pouvoirs interviennent sur la scène égyptienne pour sauvegarder leurs intérêts politico-militaires et économiques. Pour y arriver il leur faut brider la contestation populaire, maintenir un pouvoir étatique aussi fort que possible et briser l'élan de la lutte sociale et démocratique. Il leur faut en particulier séparer les revendications sociales des exigences de démocratie et enfermer tout le mouvement dans le cadre d'une politique de délégation qui renouvelle partiellement les institutions sans toucher aux mécanismes centraux de la société d'exploitation.

revolutionmaghreb.png

Révolutions sociales et démocratiques

Les soulèvements populaires arabes sont certes des révolutions démocratiques. Sérieusement démocratiques, car elles sont porteuses d'une exigence et d'une pratique de pouvoir populaire. Ce sont aussi des révolutions sociales car les nombreux acteur/trice.s de cette contestation populaire entendent changer en profondeur la société, partager autrement les richesses, imposer plus de justice et plus d'égalité sociale.

Les soulèvements populaires arabes sont également porteurs de l'exigence évidente de l'émancipation des femmes et de l'égalité radicale entre femmes et hommes. Rien de tout ceci ne pourra être conquis sans une organisation autonome du mouvement populaire qui devra attaquer l'ensemble de l'ordonnement économique, social et politique.

Des sujets dans la lutte, contradictions et questions

Les dictatures constituent des formes de pouvoir brutal, arbitraire, asservissant pour l'immense majorité de la société. Elles exercent une expropriation partielle contre des fractions parfois décisives de la bourgeoisie. Elles incarnent un pouvoir maffieux, un capitalisme délinquant. En tant qu'ils/elles combattent des dictatures qui exercent ce pouvoir, tout en brutalité et en pillage, des secteurs bourgeois et leurs élites politiques interviennent dans la lutte anti-dictatoriale. Les soulèvements populaires fédèrent un certain nombre de groupes, de classes et de secteurs qui entendent combattre la dictature mais qui ont entre eux de très fortes contradictions. En particulier, les soulèvements populaires signent l'entrée en lutte aux côtés des masses pauvres et du monde ouvrier classique d'un puissant prolétariat intellectuel, fortement précarisé.

Les hypocrites et les oublieux/euses font semblant d'ignorer les liens qui unissent les luttes actuelles aux soulèvements qui les ont précédées, notamment au mouvement de contestation du pouvoir bourgeois et théocratique iranien en 2009. Mais en fait nous nous trouvons devant un même cycle de lutte. Les forces bourgeoises économiques, politiques, théocratiques luttent pour diriger la restauration de l'Etat, la réforme du capitalisme, la redéfinition des rapports internationaux. En un mot ces forces entendent occuper le pouvoir dans des Etats bourgeois remis à neufs. Elles ne poursuivent pas les mêmes buts et ne développent pas les mêmes pratiques que les secteurs les plus radicaux du mouvement populaire.

Tous les secteurs qui construisent aujourd'hui une politique de libération et d'émancipation devront sans doute lutter longtemps pour atteindre leurs objectifs. Mais l'acte inaugural des révolutions arabes crée des conditions nouvelles pour forger une politique de libération d'une portée nouvelle de l'Iran au Maghreb. Les soulèvements d'aujourd'hui prolongent et revendiquent une grande quantité de luttes sociales et politiques plus limitées, moins connues: grèves ouvrières, émeutes de la faim, action pour le respect des droits fondamentaux, lutte des femmes, mobilisations des jeunes diplômé.e.s, construction d'organisations indépendantes populaires et syndicales. Les processus révolutionnaires actuels ne représentent pas simplement une continuité de ces luttes mais un saut qualitatif, un évènement dans sa profondeur, dans sa nouveauté et dans son envergure.

Césure, rupture, création

C'est à partir de cette césure-là que le combat va désormais se déployer et avancer. Il est décisif que dans cette période où tout est encore en jeu, les soulèvements populaires arrachent tout ce qui peut l'être: revendications matérielles, espaces démocratiques, avancées dans l'émancipation de tous les sujets, donne nouvelle dans le partage des richesses. Il est décisif aussi qu'une autre manière de faire de la politique, la seule manière qui matérialise une politique de libération, soit expérimentée par des secteurs sociaux en mouvement. Il est décisif que la politique de délégation soit pratiquement et théoriquement contestée et dépassée, autant que faire se peut, par les expériences actuelles d'action directe, d'auto-organisation et de pouvoir populaire.

C'est sur ces bases qu'il est possible de construire sur le long terme un large mouvement de lutte contre le système de domination et d'exploitation et de préciser clairement quels sont les objectifs révolutionnaires et en quoi ils dépassent les simples changements gouvernementaux, les mutations constitutionnelles, les changements politico-institutionnels que l'ont veut aujourd'hui imposer comme fermeture aux révolutions sociales et démocratiques arabes.

Tout est possible

D'ores et déjà de l'Iran au Maghreb, des formes d'organisations populaires indépendantes, conjoncturelles ou permanentes, se configurent et se consolident, sur le terrain social et politique, sur le terrain de la lutte anti-patriarcale, sur le terrain de la démocratie radicale et directe. Des noyaux révolutionnaires libertaires et communistes de conseils existent dans tous ces pays. Ils posent aujourd'hui dans toute son envergure la question d'une politique de libération basée sur l'action directe populaire.

 

Organisation Socialiste Libertaire

Related Link: http://www.rebellion.ch
http://www.anarkismo.net/article/18767
Manifestation. Soulèvement populaire en Egypte : solidarité  

imageLes soulèvements populaires de Tunisie et d’Algérie ouvrent la voie ! 

imageL'UDC, au premier rang d'un capitalisme de pillage. Combattons le capi...

 

 

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 03:47

Nigel Farage répond à l’invitation de Nicolas Dupont-Aignan

vendredi 4 mars 2011 à 21h41

Nigel Farage défend les « valeurs de démocratie pour les nations », et s’est opposé notamment à l’adoption d’une constitution européenne en invoquant le « non respect des votes des peuples européens » (notamment français, irlandais et néerlandais), ainsi que l’absence de référendums pour l’immense majorité des pays européens.

Véritable star du parlement européen et sur Internet, il est également président d’un parti politique qui marque chaque jour un peu plus de points en Grande-Bretagne grâce à ses succès électoraux : UKIP.

Il est entré dans la "légende" en étant l’un des rares députés européens à démontrer avec talent comment l’UE était devenue un monstre anti-démocratique au service d’intérêts étrangers à celui des citoyens, quitte à s’en prendre violemment à des représentants hors-sol tels que la Baronne Ashton ou M. Van Rompuy.

 

 

 

http://www.debout-la-republique.fr/Nigel-Farage-repond-a-l-invitation.html

 

 

 

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Voir aussi :
Vidéos :
 
l’immigrationisme libéral et démasque Sopo en direct sur Europe1


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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 03:34

                          738864090small.jpg

http://faune.unblog.fr/2008/06/05/lutte-contre-le-racisme/?ubref=aHR0cDovL2ltYWdlcy5nb29nbGUuY29tL2ltZ3Jlcz9pbWd1cmw9aHR0cDovL2ZhdW5lLnVuYmxvZy5mci9maWxlcy8yMDA4LzA2L3JhY2lzdGUuanBn

JmltZ3JlZnVybD1odHRwOi8vZmF1bmUudW5ibG9nLmZyLzIwMDgvMDYvMDUvbHV0dGUtY29udHJlLWxlLXJhY2lzbWUv

 

 

Mobilisation nationale et unitaire...  

  

Contre le racisme, la politique d'immigration du Gouvernement et pour la régularisation des sans-papiers 

      

 

Au lendemain de la victoire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007 était créé, pour la première fois dans l’histoire de la République, un ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Co-développement.

     

Depuis, des dizaines de milliers d’étrangers en situation irrégulière, hommes, femmes, enfants, sont traqués, arrêtés et expulsés, y compris dans un pays en guerre comme l’Afghanistan.

    

Voulue par le chef de l’Etat, mise en œuvre par ses gouvernements successifs, le ministère de l'Intérieur aujourd'hui, et soutenue par l’UMP et ses alliés à l’Assemblée, cette politique est inacceptable car elle viole des principes humanitaires élémentaires et des dispositions internationales ratifiées par la France.

      

A cela se sont ajoutés les effets désastreux du pseudo-débat sur l’identité nationale puis la chasse aux Roms.

          

Pour que cesse cette situation qui porte atteinte à des droits fondamentaux, menace gravement le droit d’asile et ruine l’existence des personnes étrangères visées, nous appelons à une manifestation nationale et unitaire au mois de mai 2011, à la date anniversaire de la création du ministère de l’Immigration qui perdure aujourd'hui sous une autre forme.

 

Nous exigeons la suppression, l’arrêt immédiat de cette politique et la régularisation des sans-papiers. 


       

Pour signer   l'Appel pour une mobilisation contre le racisme et la politique d'immigration du gouvernement

                    

Pour prendre connaissance de l'ensemble des   signatures collectives et individuelles

                                     

Pour connaître et suivre   l'Agenda des actions du Collectif 

 


             Consultez notre site web    D'AILLEURS NOUS SOMMES D'ICI

 


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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 23:24

3 mars 2011 (Nouvelle Solidarité) – Pas besoin d’avoir fait science-pô pour répondre à la question :

 

1- Ce matin, la FAO a publié son indice mensuel des prix alimentaires :

 

« Les prix alimentaires mondiaux ont augmenté pour le huitième mois consécutif en février 2011, les cours de tous les groupes de produits alimentaires, à l’exception du sucre, ayant enregistré de nouvelles hausses », écrit la FAO dans un communiqué. Son indice des prix « a atteint en moyenne 236 points en février 2011, soit 2,2 pour cent de plus que le mois précédent. Il s’agit là d’une augmentation record en termes réel et nominal jamais enregistrée depuis que la FAO a lancé son monitorage des prix en 1990. »

En image :

 

 

2- Le Financial Times a révélé mardi les gains semestriels des principaux hedge funds sur la même période :

« Les 10 premiers hedge funds mondiaux ont gagné 28 milliards de dollars pour leurs clients lors du second semestre 2010, soit 2 milliards de plus que la somme des bénéfices nets réalisés par Goldman Sachs, JPMorgan, Citigroup, Morgan Stanley, Barclays et HSBC. »


http://www.solidariteetprogres.org/article7491.html

 

Et ce n’est pas non plus à Science-Pô ou dans les couloirs des institutions que vous trouverez le remède :

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 05:35

 

Samedi 22 janvier 2011 6 22 /01 /Jan /2011 17:52

Quand la révolte fait trembler le monde capitaliste

(excellent article à lire par tous - note d'eva)

Capt

FAOUZI ELMIR


Ce serait une grave erreur d’appréciation d’attribuer la révolte tunisienne et la fuite précipitée de Zine Albdine Ben Ali à la nature et aux caractéristiques d’un régime politique, celui de la Tunisie. En réalité, ce sont la propagande politique capitaliste et ses relais dans le monde arabo-musulman qui cherchent à focaliser l’attention, pour divertir et maquiller la réalité des choses, sur le côté politique, répressif et anti-démocratique du régime de Ben Ali dans le but de gommer les raisons profondes qui sont à l’origine de la révolte de la jeunesse tunisienne. Il faut rappeler à cet égard que le système politique de Ben Ali n’est ni plus ni moins démocratique que celui des démocraties capitalistes occidentales puisque le président est élu pour cinq ans au suffrage universel et il existe en Tunisie des institutions représentatives semblables en Europe et aux États unis. Dans la Tunisie de Ben Ali, il existe des forces d’opposition politiques, sociales et syndicales comme dans les démocraties capitalistes occidentales. Malgré la convergence des critères politiques et institutionnels, pourquoi le régime politique de Ben Ali serait-il plus ou moins démocratique que ceux qui sont en France, en Allemagne ou aux Etats-Unis ?

 

La question qui se pose est de savoir si la révolte de la jeunesse tunisienne est politique ou sociale. Ceux qui cherchent à noyer le poisson en donnant une coloration politique à la révolte tunisienne se trompent, car celle-ci est avant tout une crise sociale.

 

Mais dire que la révolte tunisienne est une crise sociale, cela ne reflète que partiellement la réalité, car pour être dans le vrai, il faudra aussitôt ajouter qu’elle est aussi et avant tout le symptôme pathologique d’une crise globale bien plus profonde dépassant largement les frontières d’un pays, LA crise d’un système planétaire en phase terminale qui est en train de rendre son âme, le système capitaliste dont la Tunisie n’est qu’un simple maillon. Autrement dit, pour être plus clair et plus précis, Mohamed Bouaziz, le jeune qui s’est immolé par le feu et qui a été à l’origine de la révolte n’est pas seulement victime de l’injustice sociale de son pays, la Tunisie et du régime de Ben Ali mais il est aussi victime d’un système planétaire générateur de misère et d’injustice, le capitalisme.


L’hypothèse que la révolte tunisienne dépasse largement les frontières de la Tunisie et elle n’est pas seulement une affaire purement domestique peut être corroborée par deux éléments :

(1) la complicité des « patries des droits de l’Homme », l’Europe et des Etats-Unis avec le régime de Ben Ali et leur silence radio depuis le début de la crise sur la violence policière et sur le nombre des victimes de la répression;

(2) Les « recettes » et les conseils apportés au régime de Ben Ali par l’Europe et les Etats-Unis pour manipuler psychologiquement et mentalement les émeutiers et les tunisiens en général, pour circonscrire les foyers de révolte et pour étouffer et venir à bout des contestations sociales qui secouent le pays.


Mais, face à la détermination des émeutiers et leur emploi des nouvelles technologies de communication, les « recettes » des pays capitalistes européens et des Etats-Unis se sont révélées inefficaces dans la mesure où elles n’ont pas pu empêcher ni la propagation de la révolte à l’ensemble du pays ni la chute du régime du président Ben Ali et la fuite précipitée de ce dernier en Arabie Saoudite.


Sur la fuite précipitée de Ben Ali, les commentaires vont bon train. Certains évoquent l’hypothèse d’un effet de domino sur les autres pays arabes et nord-africains à l’instar des régimes communistes qui sont tombés les uns après les autres après la chute du mur de Berlin en novembre 1989. Cette hypothèse semble improbable pour une raison très simple : la Tunisie est un maillon dans la chaîne impérialiste et une zone franche pour le capital transnational et il en est ainsi de tous les pays arabes et musulmans du Moyen Orient.. Si l’effet de domino a joué dans le cas du bloc communiste, c’est parce que les Etats-Unis et l’Europe avaient déjà préparé le terrain politique en suscitant et en favorisant l’émergence au sein des régimes communistes, de forces sociales et politiques réactionnaires appelées à prendre la relève après le départ des communistes et dont la plupart était d’anciens membres de la nomenklatura formés depuis de longue date aux techniques des révolutions de velours. L’effet de domino ne saurait jouer dans le cas des pays du Moyen Orient qui, rappelons-le, sont tous des satellites des Etats-Unis et de l’Europe capitaliste.


En tout cas, si risque il y a d’un effet de domino, ce n’est pas du côté du Moyen Orient qu’il faut regarder mais du côté de l’Europe capitaliste. Car, malgré les apparences trompeuses, les émeutes tunisiennes inquiètent plus les pays capitalistes d’Europe et les Etats-Unis que ceux du Moyen-Orient. D’abord, contrairement aux pays du Moyen-Orient, les pas capitalistes du centre, l’Europe et les Etats-Unis possèdent une longue histoire sociale et ils savent pertinemment qu’à cause de la crise qui les frappe actuellement, tout peut arriver et qu’une situation explosive peut à tout moment dégénérer en émeutes semblables à celles de Tunisie. Ensuite, il y a en Europe et à moindre mesure aux Etats-Unis des forces sociales et politiques existant à l’état latent mais qui peuvent rapidement devenir le fer de lance des mouvements de contestation et de révolte. Enfin, la révolte tunisienne et l’échec des « recettes » fournies par l’Europe et les Etats-Unis au régime de Ben pour étouffer ou du moins pour limiter la contagion à d’autres villes de la Tunisie ont de quoi inquiéter les pays capitalistes en Europe et aux Etats unis dont les classes dominantes et les responsables politiques ne manqueront pas d’analyser à la loupe ce qui s’est passé dans ce pays du pourtour méditerranéen pour en tirer certaines leçons pour l’avenir. Le premier élément à relever est l’inertie et la logique intrinsèque des mobilisations multisectorielles dépassant les stratégies initiales des acteurs de la révolte et des contestations et qu’une simple crise sociale peut facilement dégénérer en émeutes, en révolte et même en révolution que plus personne ne semble arrêter.


Le deuxième élément à relever, l’obsolescence des techniques habituelles de manipulation psychologique et mentale des masses utilisées dans les pays capitalistes, en Europe et aux Etats-Unis, pour étouffer toute velléité de révolte et pour empêcher la contagion et le désenclavement des différents secteurs qui composent le corps social. À cet égard, l’exemple tunisien est éloquent car il montre comment les émeutiers ont su habilement déjouer les techniques de manipulation et de confinement du pouvoir en recourant aux nouvelles technologies de communication dont se sont dotés les émeutiers, blogs, internet, téléphone portable, facebook, twittter, etc. qui transmettaient non seulement aux habitants d’autres régions de la Tunisie mais au monde entier des images de morts sans leurs boîtes crâniennes et de blessés défigurés et torturées par la police et la forces de répression du régime.

http://urgencetaysir.over-blog.com/article-quand-la-revolte-fait-trembler-le-monde-capitaliste-65538643.html

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 08:48

 

Grandes dates de notre Histoire: 23, 24 et 25 février 1848 - Révolution Française de 1848
http://france-patriote.skyrock.com/8.html

 

 

La vague révolutionnaire qui bouleverse plusieurs pays arabes et qui tente de renaître en Iran va-t-elle toucher l’Europe de l’Ouest et singulièrement la France ? Les conditions sont fondamentalement différentes chez nous, puisque nous bénéficions de toutes les libertés démocratiques face à une oligarchie dépourvue de réel pouvoir de coercition. Mais il est probable que beaucoup de Français admirent et envient ces hommes et ces femmes spontanément rassemblés qui parviennent en peu de temps à chasser leurs maîtres.


Pouvons-nous espérer passer de la révolte à la révolution selon une voie spécifique ? Ce n’est pas impossible car nous assistons depuis 1995 à une intensification et à un élargissement croissant des luttes sociales. Le « tournant de décembre » apparaît comme une rupture avec l’individualisme des années quatre-vingt puisque les grévistes actifs et les grévistes par procuration (une nouveauté), les retraités et diverses catégories de salariés scandaient le « Tous ensemble ! » qui sera repris dans les manifestations ultérieures.


Les socialistes, qui ne voulaient pas prendre la tête du mouvement social en 1995, ont mené entre 1997 et 2002 une opération de diversion avec Lionel Jospin, champion des privatisations, et Martine Aubry à l’infirmerie sociale. La protestation sociale a pris la forme que l’on sait au premier tour de l’élection présidentielle de 2002 mais, passées les immenses manifestations contre la guerre américaine en Irak, la victoire du Non en 2005 et la campagne contre le CPE en 2006 ont mis en évidence le basculement des classes moyennes du côté des classes populaires, rigoureusement analysé par Emmanuel Todd.


L’élection de Nicolas Sarkozy, provoquée en partie par la mollesse et les divisions socialistes, n’a retardé que faiblement la relance des grands mouvements populaires : manifestations de 2009 freinées par les deux principaux syndicats et nouvelles manifestations massives pour les retraites en 2010. Celles-ci auraient dû aboutir au retrait du projet de loi si les deux principaux syndicats avaient lancé l’appel à la grève générale.


L’Elysée aurait tort d’estimer que les grandes foules sont désormais domptées et démoralisées. Même si les rues sont aujourd’hui paisibles, une large fraction de la population exprime de diverses manières son hostilité à l’ultralibéralisme et le climat social reste d’autant plus orageux que de nouvelles catégories sociales sont entrées en révolte. En France, la situation est prérévolutionnaire en raison de la conjonction de plusieurs facteurs :


1/ Une prise de conscience générale du cynisme de l’oligarchie : après avoir déclaré que les caisses sont vides, la « gouvernance » sauve les banques qui continuent d’accumuler d’énormes profits.


2/ Une grande lucidité les causes de la souffrance au travail, en raison des articles, des reportages, des téléfilms qui assurent la diffusion de situations intolérables et d’explications pertinentes.


3/ Une volonté très répandue de s’informer sur les mécanismes économiques et financiers, attestée par le succès de livres et de blogs d’abord difficiles et qui sont pourtant lus par des citoyens qui veulent acquérir de solides connaissances. Les réseaux sociaux remplacent les brochures et les tracts de la propagande du 20ème siècle, permettent la diffusion d’une culture politique de masse et favorisent les mobilisations. Bien entendu, Facebook et Twitter ne font pas les révolutions : les idées révolutionnaires circulent par ce biais, mais l’essentiel de la partie se joue dans la rue puis dans les urnes.


4/ Le durcissement des conflits sociaux localisés, faiblement médiatisés mais qui sonnent comme autant d’avertissement de la révolte des classes moyennes et populaires. Une multitude de citoyens pauvres ou en voie d’appauvrissement savent depuis la bataille des retraites que l’oligarchie veut détruire peu à peu l’ensemble du système de protection sociale, donc les conquêtes du Front populaire et de la Libération. Les innombrables lecteurs de Stéphane Hessel (« Indignez-vous ! ») font clairement ce lien entre l’actualité et les pages glorieuses de notre histoire politique et sociale.


5/ Les mouvements de grève dans la police nationale, la révolte des magistrats, le malaise dans l’armée, la colère de la plupart des fonctionnaires confrontés à la RGPP, le mouvement de contestation au Quai d’Orsay montrent que tous les éléments constitutifs de l’Etat sont touchés ou emportés par un mouvement de révolte ouverte ou feutrée.


6/ La corruption des oligarques (affaire Woerth, affaire Alliot-Marie), l’arrogance de la classe dirigeante, les profits des banquiers, accroissent le sentiment de révolte.


 

Face à cette menace, l’Elysée tente des opérations de diversions destinées à faire prévaloir le conflit ethnico-religieux sur la lutte des classes et à enrayer la progression du Front national.

 

Le « débat sur l’identité nationale » traduisait cette intention, de même que la campagne contre les Roms. Mais les manifestations de l’automne ont montré que la lutte sociale restait prédominante et le lancement d’un « débat sur l’islam » suscite des oppositions au sein même du camp sarkozyste. De fait, le supposé président n’arrive pas à détourner les citoyens de leurs préoccupations premières - le pouvoir d’achat, le chômage, le logement. A tous égards, la stratégie élyséenne est un échec.


Le Front national constitue une menace de diversion beaucoup plus sérieuse. Marine Le Pen risque d’être placée par les médias au centre du débat électoral : en ce cas, Nicolas Sarkozy sera tenté de faire de la surenchère xénophobe et la gauche se donnera bonne conscience en appelant une nouvelle fois à la croisade antifasciste. Cette gesticulation sera encore plus inappropriée qu’en 2002 puis la candidate frontiste tient à la fois un discours xénophobe et un discours protectionniste.


Les oligarques socialistes ont malheureusement de bonnes chances de remporter les élections présidentielles et législatives : l’explosion sociale s’en trouverait retardée puisque les libéraux de gauche afficheraient quelques réformes sociales et un sérieux dans la gestion de l’ultralibéralisme qui les valoriseraient par rapport aux désordres et aux provocations de Nicolas Sarkozy. Dans cette perspective, Dominique Strauss-Kahn serait à tous égards redoutable.


 

Dans cette conjoncture, l’issue la plus favorable serait le déclenchement d’un nouveau mouvement social de grande ampleur. La situation économique s’y prête mais personne n’a le déclencheur entre ses mains. Nous avons souvent vu en France et nous voyons maintenant en Tunisie qu’un fait en apparence mineur mais hautement symbolique peut provoquer un mouvement national sans que les organisations constituées y jouent un rôle fondamental.


Nous ne savons pas si ce phénomène se produira en France mais il est important de participer aux mouvements de grève et aux actions symboliques (occupation de locaux…) en gardant à l’esprit les caractéristiques des révoltes et des révolutions actuelles : pas besoin de parti d’avant-garde, une foule faiblement organisée mais très décidée peut bouleverser une situation politique – ceci plus facilement en France que dans des pays où la police et les milices tirent sur les manifestants. Ici, nous n’avons à craindre ni la police, ni l’armée, qui n’obéiraient pas à des ordres de répression et notre tradition de la manifestation permettrait d’éviter de graves désordres.


Dans cette perspective, il importe d’amplifier la diffusion des informations sur les luttes en cours, que ce soit en France ou dans d’autres pays de la zone euro – surtout la Grèce, qui est en état d’insurrection sociale diffuse. Les réseaux sociaux, indispensables pour la formation politique et pour la diffusion du programme des « hétérodoxes » sont tout aussi nécessaires pour la mobilisation en vue de la grève et de la démonstration de force – car c’est bien sur les lieux de travail et dans la rue que se dérouleront les événements décisifs.


http://www.bertrand-renouvin.fr/

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 07:50

Défaite électorale du gouvernement irlandais..

 

http://www.rnw.nl/data/files/afp/afrique/photo_1290787360805-1-0.jpg

http://www.rnw.nl/afrique/bulletin/irlande-defaite-electorale-et-mobilisation-syndicale-contre-lausterite

 

 

 

La City tremble..!

 

"Ils veulent tous couler les banques", s'alarme le quotidien britannique The Telegraph, porte-voix de la City de Londres, en réaction au "bond" électoral des partis irlandais opposés au plan de renflouement UE-FMI.

Pourtant, ce sont les deux partis d'opposition les moins radicaux qui formeront le nouveau gouvernement.

 

Mais la défaite historique du Fianna Fail, le parti de droite qui a servi de relais aux spéculations des banques anglo-européennes et a soumis l'Irlande à l'austérité supranationale pour les renflouer, a ouvert les portes à une politique nouvelle en Europe : liquider les dettes financières illégitimes !

 

Meneur de la fronde, le Sinn Fein, parti qui arracha l'indépendance du pays contre l'Empire britannique, se retrouve désormais à la tête d'une opposition mandatée pour imposer une restructuration de la dette bancaire. Le parti dirigé par Gerry Adams; devenu une figure nationale alors qu'il était exclu des médias depuis 1993, a remporté entre 13 et 15 sièges au Parlement, soit un triplement du nombre de ses députés.

 

L'Alliance de la gauche unie (ULA) a emporté 5 sièges et les indépendants ont doublé leur score. Ces trois forces politiques ont en commun de refuser en bloc tout renflouement bancaire et toute politique d'austérité, et ont levé le tabou européen de laisser faire faillite les banques qui ont trop spéculé.

 

Comme l'a souligné le Sinn Fein, il s'agit avant tout de "sauver le peuple" et pour cela, il faut oser griller les créanciers. Le parti propose, à la place des renflouements, d'investir massivement dans les infrastructures et les services publics pour rétablir un progrès économique sur le long terme.

 

Sous cette pression et celle du peuple; le parti démocrate-chrétien Fine Gael, qui mènera un gouvernement de coalition avec le Parti travailliste, a d'ores et déjà annoncé qu'il allait renégocier les taux d'intérêts jugés "punitifs" hérités du plan UE-FMI, et imposer des pertes plus conséquentes aux créanciers des banques irlandaises.

 

cela tombe très mal pour les autres dirigeants européens qui s'efforcent de sauver le système au détriment des peuples, et qui doivent discuter dans les semaines qui viennent des mécanismes européens de renflouement en vue de la mise sous tutelle du Portugal.

 

La peur se lit dans les réactions de ces dieux de l'olympe en culotte courte. alors que les irlandais se rendaient aux urnes vendredi, la Commission européenne a déclaré sèchement que les termes du renflouement UE-FMI "doivent être appliqués", quel que soit l'avis du peuple.

 

Un important diplomate européen a même déclaré au "Sunday Telegraph", sous couvert d'anonymat,

 

 "Plus les irlandais feront publiquement toute une affaire de cette renégociation, plus les attitudes à leur égard se durciront. Il n'y a même pas de c'est à prendre ou à laisser, c'est scellé. Le seul rôle de l'Irlande désormais est d'appliquer le programme conclu avec l'UE, le FMI et la BCE.

Quoi qu'on leur ait raconté, les électeurs irlandais ne font pas partie de ce processus".

 

Mais ce que n'a pas compris ce "diplomate" ( est-il français?), c'est que nous sommes entrés dans une période de soulèvement de masse. Plus l'attitude des institutions supranationales se durcira, plus le peuple irlandais se révoltera. Si le nouveau premier ministre Enda Kenny essuie un refus dans ses négociations, le peuple se tournera vers l'opposition Sinn Fein-ULA-Indépendants pour organiser un référendum actant un rejet total du plan de renflouement..!

 

(Solidarité et Progrès)

 

Défaite électorale du gouvernement irlandais..

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 06:56
GAZA, Territoire palestinien - Les soulèvements populaires qui secouent les pays du Moyen-Orient ces jours-ci ont rejoint le territoire palestinien, alors que des manifestants de la Cisjordanie et de la bande de Gaza tentent de lancer leur propre «révolution Facebook».

Les militants palestiniens sont inspirés par les appels à la démocratie de citoyens ayant eu raison des gouvernements autoritaires de l'Égypte et de la Tunisie, et qui menacent de faire sombrer les leaders de la Libye et du Barheïn.

Des militants se sont servis de Facebook au cours des dernières semaines afin de rassembler des centaines de personnes dans les rues, en Cisjordanie. La foule agitait des drapeaux palestiniens tout en appelant au changement. Des rassemblements plus modestes ont également eu lieu à Gaza. Les protestataires tentent d'organiser une manifestation simultanément sur les deux territoires le 15 mars.

Il y a toutefois peu de chances que les manifestants palestiniens atteignent leurs objectifs, compte-tenu de la situation unique de la Palestine. Contrairement aux pays où les foules se sont rassemblées massivement, il est difficile d'en faire autant sur le territoire palestinien en raison des difficultés vécues quotidiennement par la population.

Les Palestiniens tentent d'obtenir l'indépendance en Cisjordanie et à Gaza, deux territoires situés sur celui d'Israël et dirigés par des gouvernements rivaux. L'Autorité palestinienne, qui bénéficie de l'appui des Occidentaux, mène la Cisjordanie, alors que la bande de Gaza est dirigée par le Hamas, groupe islamiste et militant, depuis 2007.

Les nombreuses tentatives pour convenir d'un territoire indépendant d'Israël ont toutes échoué jusqu'à présent.

Les militants Facebook ont eux aussi leurs divergences internes. Certains souhaitent la réconciliation des gouvernements palestiniens, tandis que d'autres réclament leurs démissions. Des militants veulent aussi en profiter pour dénoncer l'occupation israélienne.

Les gouvernements palestiniens considèrent toute manifestation comme un défi à leur autorité.

Lundi, le Hamas a dispersé une petite foule rassemblée pour demander la réconciliation palestinienne. La police du Hamas a arrêté l'un des organisateurs de la manifestation, avant de confisquer la bande vidéo d'une équipe de télévision allemande filmant un agent de sécurité en train de frapper un protestataire.

En Cisjordanie, quelque 2000 personnes ont exigé la réconciliation palestinienne à l'occasion d'une douzaine de manifestations.
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http://www.juif.org/go-news-146525.php
1 Mars 2011 - JournalMetro.com
Sur ce site,
Les Etats-Unis ont positionné des navires de guerre et des avions proche de la Libye lundi, et ont gelé 30 milliards de dollars...
Suite aux développements au Proche Orient, le ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman a déclaré...
Le premier ministre Benyamin Netanyahou s’est félicité de la pression que l’Occident met sur Mouammar Kadhafi en Libye,...
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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 01:32
Mardi 1 mars 2011 2 01 /03 /Mars /2011 23:22

D'abord le lire, évidemment.  

Le Président des riches (Michel Pinçon Monique Pinçon-Charlot http://www.editions-zones.fr/, 14 €) n'est pas un pamphlet, mais bien un ouvrage scientifique. Et je dirais même un ouvrage clinique pour ceux qui considèrent que le sarkozysme est une pathologie.

 

Justement sous-titré "Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy", il offre quelques remèdes.

 

En voici quelques-uns choisis au hasard (bien entendu) de la conclusion de cet ouvrage. Conclusion opportunément intitulée QUE FAIRE ?

 

 

Respecter les résultats électoraux

Le référendum de mai 2005 sur l’adoption de la Constitution européenne est exemplaire de l’autonomisation de la classe politique par rapport à ses électeurs. Le « non » l’a emporté avec 55,67 % des suffrages exprimés. Or le « oui » à l’Europe libérale, que cette Constitution portait en germe, était soutenu, à l’époque, par tous ceux qui, au Parti socialiste, se verraient bien, aujourd’hui, candidats à l’élection présidentielle de 2012. À savoir Martine Aubry, François Hollande, Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn. Manuel Valls, partisan du non, s’est incliné devant le vote interne au PS qui avait donné la majorité au oui. Les communistes, la gauche critique, l’extrême gauche, ainsi que le Front national et les partisans de Nicolas Dupont-Aignan ont fait campagne pour le non, dont le succès a largement dépassé le poids électoral de ces formations. L’analyse sociologique des résultats a révélé une confrontation de classes, entre les classes populaires qui ont massivement voté non, tandis que les classes supérieures ont dit oui à l’Europe du néolibéralisme.


Ce vote disait déjà bien le désarroi des classes populaires et moyennes face à la mondialisation financière et libérale. La majorité des élites politiques, de droite et de gauche, n’a pas tenu compte de ces voix majoritaires et, dès l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, le traité de Lisbonne a été adopté. Le vote du peuple français a été considéré comme nul et non avenu. Or le non à ce référendum était largement sous-estimé du fait d’une campagne médiatique très déséquilibrée en faveur du oui, tous les grands partis de droite et de gauche y étant favorables.

 

METTRE FIN À L’OLIGARCHIE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
 

Charles-Henri Filippi, banquier atypique, ne s’est certainement pas fait que des amis par ses propositions iconoclastes. « Face au déraillement du système [la crise financière de 2008], finalement dû à l’excessive privatisation de ce bien collectif qu’est l’argent, l’effective réappropriation publique de la monnaie, concertée, immédiate et transitoire, par le biais de la nationalisation du système bancaire occidental aurait dû être l’acte premier et inévitable de la riposte note. » Au lieu d’aider les banques sans contraintes réelles, en leur prêtant à un taux favorable des milliards d’euros, Nicolas Sarkozy aurait été beaucoup mieux inspiré de revenir, comme le soutient ce banquier, à une économie sociale de marché « qui mette sous tutelle l’argent prédateur tout en laissant s’exprimer l’argent de progrès note ».

Nationaliser les banques

La nationalisation des banques, y compris définitive, et seulement en France, si tel doit être le cas, leur permettrait, dans un premier temps, de retrouver leur raison d’être : prêter aux entreprises et aux particuliers. Avant de devenir une finalité existentielle, l’argent était un moyen, celui de l’échange entre producteurs. « Il nous faut remplacer, poursuit C.-H. Filippi, la logique de l’immédiat et de l’argent en soi par celle du long terme et de l’utilité collective. Reprenant à nouveau les termes de la Déclaration des droits de l’homme, il faut que cette forme incontournable et essentielle de distinction sociale qu’est l’argent ne puisse être véritablement fondée que sur l’utilité commune note. »

La nationalisation des banques permettrait de reconstruire un système de crédit public qui redonne la priorité aux financements des besoins de la population, contre la spéculation à court terme qui n’est accessible et enrichissante que pour quelques rares privilégiés. Mais on sait d’avance que la nationalisation va mettre en émoi l’oligarchie financière qui, en raison de sa haute conscience de l’intérêt général, essayera de mettre à l’abri, avec le civisme dont elle sait faire preuve, ses petites économies dans les paradis fiscaux.

Le chantage à la fuite des capitaux, à l’exil fiscal des plus nantis ne doit pas être un frein aux réformes nécessaires pour de meilleurs équilibres sociaux. Si Charles-Henri Filippi existe et a pu publier ce livre bienfaiteur sur l’« argent sans maître », c’est qu’il n’est pas seul à être inquiet des dérives spéculatives qui, dans leur concurrence à l’échelle de la planète, mettent en cause jusqu’à son devenir.

Affronter l’incivisme et la déraison cupide des oligarques ne résulte pas d’un choix, mais d’une nécessité : il est impératif de les neutraliser. Sinon, de nouvelles crises financières mondiales surviendront. Au mieux, elles seront une fois de plus à la charge de la majorité des Français, avec de nouveaux impôts, un gel des salaires, des retraites et des dépenses publiques. Au pire, ce sera le chaos. Il est impératif et urgent de casser le cycle infernal. « Pour tenter de prévenir les crises, écrit le journaliste Hervé Kempf, il faut […] collectivement décider de choix difficiles, sans quoi les désordres qui surviendront trouveront une réponse despotique. Il nous faut d’urgence revitaliser la démocratie, relégitimer le souci du bien commun, réexaminer l’idée du destin collectif note. »

À défaut de la nationalisation de l’ensemble des établissements bancaires, la mise en place d’un pôle financier public, constitué autour des Caisses d’épargne et des Banques populaires et de BNP Paribas, permettrait à l’État de lever les fonds nécessaires au financement d’une politique de long terme pour rétablir les services publics et sociaux mis à mal de manière systématique depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Élysée.

La séparation des banques de dépôt d’avec leurs activités de gestion et d’investissement permettrait de nationaliser la partie la moins spéculative de la finance. Ce qui serait une solution de rechange tout à fait saine. Ainsi, les salaires des ouvriers et des employés ne seraient plus mis en danger ni exploités par le secteur spéculatif, celui-ci n’y ayant plus accès. En cas de nouvelle crise financière, Nicolas Sarkozy ne pourrait plus arguer de la mise en danger des dépôts modestes pour inonder de prêts publics les banques en difficulté.

Supprimer la Bourse et limiter le cumul des mandats dans les conseils d’administration

Frédéric Lordon en a fait la proposition dans Le Monde diplomatique de février 2010. « La Bourse, écrit-il, est devenue une machine à fabriquer des fortunes. Et c’est tout. Bien sûr, pour ceux qui s’enrichissent, ce n’est pas négligeable. Mais pour tous les autres, ça commence à suffirenote. »

L’existence de la Bourse semble aller de soi. Pourtant, elle est relativement récente, n’apparaissant qu’au XVIIIe siècle. C’est une construction sociale destinée à soutenir la croissance économique en drainant une épargne disponible pour les besoins des entreprises. Les petites et moyennes entreprises, qui représentent beaucoup d’emplois, s’en passent très bien : elles ne sont tout simplement pas cotées.

L’objectif de la Bourse a été complètement perverti. Frédéric Lordon estime que « ce n’est plus la Bourse qui finance les entreprises, mais les entreprises qui financent la Bourse », par le prélèvement des dividendes sur les richesses produites et par le rachat des actions par l’entreprise elle-même pour en soutenir les cours. « Dorénavant, ce qui sort des entreprises vers les investisseurs l’emporte sur ce qui fait mouvement en sens inverse », conclut Frédéric Lordon. Ainsi, France Télécom, selon un communiqué du syndicat CFE-CGC-Unsa du 4 juin 2010, a non seulement versé des « dividendes, au titre de l’année 2009, supérieurs aux bénéfices de l’entreprise », mais celle-ci a en outre perdu « 250 millions sur le marché des changes liés à son obligation d’emprunter pour financer le paiement anticipé des dividendes ».

La fermeture de la Bourse ne présenterait donc pas d’inconvénient économique, bien au contraire : les exigences de plus en plus élevées de rentabilité sont un frein à l’innovation et à l’investissement d’une part des bénéfices dans le développement de l’entreprise.

Il y a plus : la Bourse joue un rôle néfaste dans les représentations de l’économie, en y faisant passer au second plan le travail productif. « La Bourse, écrit encore Frédéric Lordon, comme miroir à la fortune, aura été l’opérateur imaginaire aux effets bien réels, du déplacement des normes de la réussite monétaire, et il n’est pas un ambitieux dont le chemin ne passe pas par elle – pour les autres, il y a le Loto, et pour plus personne en tout cas, rapporté à cette norme, le travail. Aussi la Bourse a-t-elle cette remarquable propriété de concentrer en un lieu unique la nocivité économique et la nocivité symbolique, en quoi on devrait voir une raison suffisante d’envisager de lui porter quelques sérieux coups. »

Pour que les mesures d’assainissement de la planète finance puissent être réellement mises en application, il est impérieux de réduire l’omnipotence de l’oligarchie qui occupe les postes de pouvoir dans les conseils d’administration des grandes entreprises industrielles et bancaires. Limiter le cumul des mandats d’administrateur, voire les réduire à un seul mandat par personne, ne suffirait certainement pas à dissoudre l’oligarchie financière, mais rendrait son fonctionnement moins souple, moins réactif, les contacts étant moins fréquents et les prises de décision se faisant de manière plus éclatée.

Ces propositions ne sont pas celles d’intellectuels irresponsables, elles rejoignent les réflexions menées au sein du groupe « gauche démocratique et républicaine », auquel appartient Jean-Pierre Brard. Au cours de l’entretien qu’il nous a accordé, il souligne que l’État devrait « faire jouer la puissance actionnaire à son profit en siégeant activement dans les conseils d’administration des sociétés où il est présent », qu’il soit majoritaire ou non. Ces actions détenues par l’État, il serait souhaitable de les « rendre inaliénables par la loi ». Au lieu de vendre les bijoux de famille, il s’agit bien au contraire de protéger ces placements qui sont un moyen d’agir au sein des grandes entreprises. Au plus fort de la crise financière et bancaire de 2008, le groupe parlementaire a proposé une fermeture provisoire de la Bourse, afin de pouvoir réorganiser les marchés financiers, de façon à en assurer solidement la régulation. Pour ce qui est des agences de notation, Jean-Pierre Brard est partisan de les transformer en agences publiques.

Un impôt progressif, prélevé à la source, sur tous les revenus : activité et capital

Pour Nicolas Sarkozy, il existe un tabou en politique, un acte considéré comme sacrilège, impur, inenvisageable : augmenter les impôts des riches. Évidemment, taxer les amis, ça n’entretient pas l’amitié.

La complexité de la fiscalité française, l’empilement des mesures dérogatoires demanderaient une refonte globale. Deux principes pourraient inspirer cette réforme en profondeur. La retenue à la source devrait être systématique, que ce soit pour les impôts ou pour les contributions sociales et ce, quelle que soit l’origine de ces revenus et leur niveau. Tous feraient l’objet d’une seule imposition progressive avec une augmentation du nombre des tranches. Un taux de 90 % sur la dernière tranche rendrait très progressif l’échelonnement de cette imposition qui serait dissuasive pour les conduites addictives envers l’argent. La TVA, impôt indirect des plus injuste puisque acquitté par tous quel que soit le revenu, devrait être supprimé, chaque citoyen pouvant ainsi mieux apprécier sa contribution à la bonne marche de la société.

Ces mesures simples auraient l’avantage, en empêchant tout centime d’euro d’échapper à l’impôt et aux contributions sociales, de régler le problème récurrent des niches fiscales et des paradis fiscaux.

ÉPILOGUE : QUE FAIRE DES RICHES ?

La réponse tient en peu de mots : il faut faire des riches notre exemple. Leur puissance est due à leur solidarité. Elle est leur atout essentiel dans cette guerre des classes qu’ils sont en train de gagner. Une solidarité fondée sur la communauté des intérêts de ceux qui composent la classe, au-delà des concurrences marginales et des rivalités secondaires. Voilà de quoi inciter les vraies forces de gauche, multiples et divisées, à devenir unies et conquérantes. Autant d’inégalités et d’injustices ne peuvent être abattues sans créer une force homogène offensive.

Le collectivisme manifesté par les classes dominantes, la dispersion et les luttes internes des forces d’opposition, tel est le paradoxe de la France de Nicolas Sarkozy. L’individualisme positif des classes moyennes intellectuelles est au principe de cette mosaïque de partis, d’organisations, d’associations. Une force potentiellement considérable, mais éclatée, sans coordination ni dynamique d’ensemble. La guerre des petits chefs semble prendre le pas sur la guerre des classes. Un individualisme qui va de pair avec des revendications de liberté dans tous les domaines de la vie, mais en définitive beaucoup plus en homologie avec le système libéral et sa reproduction, dans la phase de folie financière qu’il traverse, qu’avec la contestation organisée de cette désorganisation sociale.

Un mouvement massif de désaffiliation est constaté en milieu populaire, après une période, celle des trente glorieuses, où les protections sociales et les formes collectives d’organisation (syndicats et partis) favorisaient le sens et la pratique des solidarités. Les masses populaires ne forment plus une classe consciente et unie, mais vivent un individualisme négatif où le chacun-pour-soi tend à dominer.

Ces individualismes, qu’ils soient positifs ou négatifs, sont en phase avec un capitalisme débridé, et comblent les attentes des classes dominantes qui ne demandent pas mieux que d’avoir affaire à des salariés désaffiliés, véritables électrons libres, taillables et corvéables à merci. Il est donc nécessaire et urgent de construire un front large, massif et solidaire pour contester l’oligarchie dont Nicolas Sarkozy est le représentant politique au sommet de l’État. Un front de propositions au service d’une société plus juste auquel nous avons tenté d’apporter notre contribution.

 

http://rupturetranquille.over-blog.com/article-que-faire-du-president-des-riches-68391234.html

 

wall-street avec Nicolas Sarkozy et DSK

http://cpolitic.wordpress.com/tag/carla-bruni/
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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 07:26
D’OÙ VIENT LA RÉVOLUTION BOLIVARIENNE ?

"Hommes en vert et rouge face à un arbre."

 

Une fois que chaque famille politique a repeint le Venezuela à ses couleurs, reste la question : d’où vient la révolution bolivarienne ?

Le président Guzman Blanco (1829-1899)), ce caudillo éclairé qui voulait calquer Caracas sur Paris, ne cachait pas son étonnement. “Le peuple ici est comme un morceau de cuir sec, disait-il, on l’écrase d’un côté, il se soulève de l’autre !”. Contrairement au Mexique ou au Pérou, Caracas ne fut jamais le siège d’un “Vice-royaume”. Les premières rébellions d’esclaves d’Amérique eurent lieu au Venezuela. De celle du Rey Miguel (1533) à celle de José Leonardo Chirino (1795) ces luttes pour l’émancipation (1) ont ouvert la voie à la guerre d’indépendance de Simón Bolivar (1783-1830) tout autant que les idées de la Révolution française. Au contact des jacobins noirs de la revolution haïtienne, qui donnèrent au continent sa première république libre, la population échangea ses gènes monarchiques pour des gènes républicains. Du haut des “cumbes” – communes fondées par les esclaves en fuite - les tambours appelaient à se révolter. Dans ces rythmes fous se cache le secret qui permit a Simon Bolívar de traverser les neiges des Andes avec son armée d’affranchis et de paysans sans terre pour libérer d’autres peuples.

Dès que Bolivar comprit qu’il ne gagnerait la guerre d’indépendance qu’en déclarant une guerre sociale, dès qu’il décréta la libération des esclaves et lança le concept explosif d’égalité politique, ses échecs se transformèrent en victoires, jusqu’à expulser l‘empire espagnol. Bien avant le sommet de Bandoeng (1955), Bolivar pensa sa politique extérieure comme la recherche de “l’équilibre du monde”, la recherche de l’égalité dans les relations entre Etats.

Lorsque Chavez explique que Bolivar et ses compagnons de lutte furent les premiers socialistes, il s’attire des sourires condescendants. L’inculture historique, l’idéologie des grands médias et des écoles de journalisme, ajoutées à la disparition du temps d’enquête, empêchent de comprendre ce qui se passe aujourd’hui au Venezuela.

Quand Bolivar et les siens débarquaient clandestinement sur la côte vénézuelienne les premières imprimeries libératrices, l’espace mental n’était pas le continent balkanisé par les oligarchies, mais l’”Amérique méridionale”. Cette idée de Francisco de Miranda (1750-1816), héros et penseur de l’indépendance dont on dit qu’il fut un penseur plus immense que Bolivar, forma la dimension originale de la conscience latinoaméricaine - du Texas, de la Californie et de l’Arizona encore mexicains à la pointe de la Patagonie - un état de conscience qu’Ernesto Guevara atteindra peu à peu en s’éloignant de sa classe moyenne argentine. (2)

Quand il ne cherchait pas à épater ses amis par un concours de nage les mains liées dans le dos, Simón Bolivar lisait ou écrivait, juché sur sa monture, emmenant sur les champs de bataille une file de mulets chargés de livres. C’est ainsi que Locke, Condillac, Buffon, D’Alambert, Helvetius, Montesquieu, Mably, Filangieri, Lalande, Rousseau, Voltaire, Rollin, Berthollet participèrent à leur manière aux batailles de l’indépendance.

Un peuple ignorant est l’instrument aveugle de sa propre destruction” : Bolivar comprit avant Marx qu’une idée devient force matérielle lorsqu’elle s’empare des masses et que ces ex-esclaves pouvaient être bien plus qu’une armée de libération : un peuple en marche vers une révolution dont le moteur serait l’information, la connaissance, la conscience. C’est à cette fin qu’il créa le journal “El Correo del Orinoco” et multiplia les assemblées populaires pour propager les idées nouvelles au cours de ses campagnes militaires.

Quelles “idées nouvelles” ? Contre ce qu’il appelait “l’odieuse division de classes et de couleurs”, Bolivar proposait “un gouvernement éminemment populaire, éminemment juste”, un "gouvernement républicain-populaire, choisi par l’intervention de la majorité politiquement apte”. Historiquement Bolívar fut le premier gouvernant à user du terme “sécurité sociale” ! Aux États-Unis le terme fut adopté comme "social security" après qu’Eleanor Roosevelt fit référence à Bolívar. Celui-ci avait eu de bons professeurs.

Á commencer par son tuteur principal, le pédagogue républicain, pétri d’idées socialistes, Simon Rodriguez (1769-1852). Sa vision dialectique de l’Histoire (“le nouveau ne peut être copie de l’ancien, il doit être autre chose, inventons ou errons”) lui faisait revendiquer l’originalité des nouvelles institutions de l’Amérique Latine et refuser toute copie servile de modèles étrangers.

Bien avant Marx Rodriguez observait que “la division du travail dans la production des biens, ne sert qu’à abrutir la main d’oeuvre. Si pour producir des ciseaux à ongles de qualité et bon marché, nous devons réduire les travailleurs à l’état de machines, il est préférable de nous couper les ongles avec les dents”.(3) Plus tard Karl Marx dénoncera la limitation du développement professionnel et sa soumission à la division du travail, en disant que “dans une société communiste, il n’y aura pas de peintres mais tout au plus des hommes qui entre autres choses s’occupent aussi de peindre”. (4)

C’est ce qui explique qu’un gouvernement bolivarien parle en 2011 de réduction du temps de travail pour dégager le temps de la vraie vie – celles des loisirs, études, création, liens familiaux et sociaux - là où la gauche du monde entier a oublié sa raison d’être et ne parle plus du travail que comme d’un “droit". Certains gérants du processus bolivarien freinent cette transformation des relations de production et reproduisent les vieux schémas de pouvoir ? Mais le Venezuela est un des rares pays où les nationalisations et les récupérations conjointes d’entreprises par les travailleurs et par l’État s’accompagnent d’efforts de conscientisation. “Si nous ne transformons pas les relations qui sont a la base de la société, notre socialisme restera un fantôme errant” explique Hugo Chavez.

Autre héros de l’indépendance aussi important que méconnu, le général-philosophe brésilien José Ignacio Abreu e Lima (1794-1869), venu de la révolution de Pernambouc pour faire la guerre aux côtés de Bolivar, rédacteur de journaux révolutionnaires et qui laissa un monumental ouvrage, “Le socialisme” (1855). A la fin de sa vie il décida de transformer sa maison en centre de santé populaire, préfigurant ainsi la Mission Barrio Adentro, ce programme initié au Venezuela avec l’aide de Cuba pour offrir une santé gratuite á la population pauvre.

Lorsqu’on évoque le rôle des militaires dans la révolution bolivarienne, on doit rappeler d’abord qu’il a toujours existé en Amérique Latine, envers et contre les zélés de la National Security, une veine de militaires humanistes et progressistes qui ont pour nom (entre autres) Arbenz (Guatémala), Prestes (Brésil) ou Velasco Alvarado (Pérou) (5). L’armée ne fut pas conçue par Bolivar pour asservir mais pour émanciper. Le concept actuel d’union civico-militaire a permis de renouer avec cette identité et de substituer une armée de robots anti-subversifs issus de la School of Americas par une armée consciente de sa citoyenneté. L’idée ne fut pas inventée par Chavez mais par le général Ezequiel Zamora (1859-1863). Celui qui lutta après Bolivar pour “des terres et des hommes libres” posait sur son chapeau de paysan un képi pour signifier sa double condition de citoyen-soldat (6). L’armée de Zamora était une école itinérante, où les travailleurs ruraux sans terre apprenaient a lire et s’imprégnaient des idées du socialisme utopique.

Hugo Chavez vient de cette école : “c’est vrai, je suis un homme du dix-neuvième siècle. Mais je crois que nos idées sont plus modernes que ce neo-libéralisme qui nous ramène à l’âge de pierre”. Le jeune militaire d’origine paysanne, métis, de grand-mère indigène, refusa de réprimer les paysans et se faufila par une fissure du système pour étudier les sciences politiques.

En 1989, alors qu’une foule en liesse ramasse les débris du mur de Berlin, le peuple vénézuélien est dans la rue pour dire non aux mesures d’austérité du FMI imposées par le social-démocrate Carlos Andrés Pérez. La répression fait 3000 morts. Au même moment l’armée nord-américaine envahit Panama et massacre des milliers de civils. Ces crimes contre l’humanité, impunis, occultés par les grands médias, indignent des militaires d’extraction populaire comme Chavez qui décident de ressusciter la maxime de Simón Bolívar : “Maudit soit le soldat qui tire sur son peuple”, rejetant toute forme de pinochetisme et dénonçant l’idéologie alors dominante de la “Fin de l’Histoire”.

C’est face à un arbre légendaire, le Samán de Guere, symbole de la résistance indigène, que les fondateurs du Mouvement Bolivarien Révolutionnaire-200 (MBR 200) prêtent serment. Là même oú accouchaient les femmes indigènes et oú Bolívar faisait camper ses troupes. Un arbre, deux siècles, trois racines : Ezequiel Zamora, Simón Rodriguez, Simón Bolívar. Ce sont ces hommes en vert et rouge méditant face à un arbre, et non les partis de gauche, qui sont les auteurs intellectuels et matériels d’une révolution qui a depuis "injecté des vitamines à la démocratie latinoaméricaine" (Eduardo Galeano). Depuis la première élection de Chavez (1998), le Venezuela est le pays qui a organisé le plus de scrutins en tout genre. Tous validés par les observateurs internationaux (UE, OEA, etc..), ce qui fait de Chavez, selon Lula, “le président le plus légitime d’Amérique Latine”.

Lorsqu’en 2011 celui-ci parle de radicaliser le processus, il ne s’agit pas de le “durcir” mais de revenir à cet arbre aux trois racines et aux multiples branches : le Bolivar écologiste qui prend des mesures pour éviter le massacre des vigognes, interdire la mise en coupe des forêts sans permis et préserver les sources d’eau en faveur de l’agriculture, le Bolivar indigéniste qui rend leurs terres aux peuples originaires et interdit leur mise au travail forcé, le Bolivar agrariste répartissant la terre aux membres de l’armée libératrice avec appui et formation pour qui la travaille, le Bolivar promoteur de l’éducation populaire, qui décrète en 1829 l’éducation primaire obligatoire (7) et crée l’université de Cuzco, le Bolivar anti-impérialiste qui prévoit que les États-Unis vont “couvrir l’Amérique de misère au nom de la liberté” et tente d’organiser sans eux le Congrès de Panama (1826), et par-dessus tout, le Bolivar républicain pour qui le salut public passe par l’assemblée citoyenne permanente, constituante, légiférante : “je crois plus dans la sagesse populaire que dans les conseils des sages”. Les agents nord-américains éparpillés sur le continent firent de ce crédo démocratique leur cible principale. Les campagnes de presse martelèrent l’image d’un “César assoiffé de pouvoir, d’un dictateur fou à abattre” en vue de l’isoler et d’éloigner les peuples de son projet d’Union des Républiques.

Deux siècles plus tard, les grands médias recyclent mot pour mot la même campagne. La révolution bolivarienne, elle, ne cesse de concrétiser son idéal démocratique par l’ajout constant de nouveaux droits, de nouveaux espaces permettant au peuple de façonner l’État. La loi du pouvoir communal, adoptée il y a peu par l’assemblée nationale, et qui a pour pièce centrale la commune organisée par les citoyens, s’inspire des idées de Bolivar. Et bien que la dictature médiatique soit encore vivante (80% des ondes de radio et télévision ainsi que la presse écrite, sont aux mains du privé et de l’opposition), la révolution a légiféré pour que sortent de la clandestinité des centaines de médias alternatifs, populaires, critiques, administrés par les citoyens eux-mêmes.

La démocratie est nécessairement révolutionnaire”. “Nécessairement” ? Parce qu’elle fait entrer en scène une majorite sociale trop consciente, trop intelligente pour qu’on la manipule comme autrefois, et avec elle de nouveaux besoins, de nouvelles critiques, de nouveaux centres d’intérêt, qui appellent a leur tour des changements sociaux, culturels, économiques, institutionnels, et ainsi de suite. La révolution bolivarienne parie sur l’intelligence et sur la participation des divers mouvements populaires.

Récemment le sociologue brésilien Emir Sader rappelait combien l’université latino-américaine reste en majorité repliée sur elle-même, coupée des peuples (8). Il y a quelques semaines le professeur chilien de journalisme Pedro Santander Molina se trouvait à Caracas pour un exposé de troisième cycle à l’Université Centrale. Il eut la curiosité de marcher jusqu’à la proche université bolivarienne. Il raconte le contraste immédiat avec l’UCV : “il y a plus de peau foncées, plus d’affiches, plus de bruit, plus de vie. La première chose qu’on m’apprend est une surprise : c’est une université publique, de création récente et gratuite ! (..) Impossible de ne pas comparer : au Chili, on ne crée plus d’université publique depuis 80 ans”, et de raconter la marchandisation effrénée de l’éducation supérieure dans son pays, puis son émotion de voir offerte au peuple vénézuélien une littérature nombreuse à bas prix et en tout genre, qui lui rappelle la politique des éditions Qimantu, créées dans le même but sous le gouvernement de Salvador Allende. (9)

Le professeur de Bolívar, Simón Rodríguez, traversa lui aussi le désert du Chili, puis le Pérou, créant partout des écoles où se mêlaient noirs, mulâtres, blancs, indigènes, avant que l’oligarchie ne les ferme. Deux siècles plus tard, le Venezuela les rouvre. Près de la moitié de la population étudie, et l’UNESCO vient de décerner au gouvernement bolivarien un Prix pour son effort de massification des nouvelles technologies de l’information en faveur des secteurs populaires. (10)

Iconographie.

Peinture 1 : “Apamates de mayo”, auteur : César Rengifo (Venezuela). Date : 1973. Source :http://www.correodelorinoco.gob.ve
Peinture 2 : “Juramento del Samán de Güere”, auteur : Aryssasi (Source :http://encontrarte.aporrea.org/crea...
Photographies de Joao Ripper (Brésil) : “rencontre de milices populaires” et “Metrocable”. Caracas, 2010.

 

 
P.S.

(1) “La Rebelión de JoséLeonardo Chirino”.
(2) “La “Primera independencia” de Nuestra América : algunas lecciones de la historia” de Luis Suárez Salazar (Cuba).
(3) Simón Rodríguez cité par Richard Gott, In the shadow of the Liberador, Verso, Londres 2000, p. 116.
(4) Carlos Marx, Federico Engels, Obras Escogidas en tres tomos (Editorial Progreso, Moscú, 1974), t. I.
(5) Même dans une armée de classe comme la chilienne, Jorge Magasich a montré qu’un nombre significatif de militaires ont refusé de participer au coup d’État de 1973, surtout dans la marine, et l’ont payé très cher. Voir : “Ceux qui ont dit « Non » Histoire du mouvement des marins chiliens opposés au coup d’État de 1973”. . Pour l’édition espagnole (Chili) :“Los que dijeron ‘No’”.
(6) Richard Gott, op. cit.
(7) Selon l’historien vénézuélien Augusto Mijares, le caractère obligatoire de l’éducation au Venezuela, précéda même son débat en France.
(8) Emir Sader, interview publiée par Agencia Venezolana de Noticias.
(9) Pedro Santander Molina, témoignage publié par Ciudad Caracas.

 

http://www.oulala.net/Portail/spip.php?article4927

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