Il ne fait aucun doute que l'agitation à un coté intellectuel. Obama étant un homme politique rare doué de capacités intellectuelles et d'un sens prégnant de l'histoire, sait que ce qui est en jeu est une tentative bien orchestrée de l'establishment conservateur clérical de faire revenir en arrière un processus en zig zag de 4 ans vers un républicanisme en Iran.
Mousavi est l'homme affable qui sert d'écran aux Mollahs, qui craignent que 4 ans de plus d'Ahmadinejad seront néfastes à leurs intérêts personnels. Ahmadinejad a déjà commencé à marginaliser le clergé l'éloignant des postes clés du pouvoir et des pots de miel de l'économie iranienne, spécialement ceux de l'industrie du pétrole.
La lutte entre les riches Mollahs (alliés avec le bazar) et les républicains est aussi vieille que la Révolution iranienne de 1979, où les "fedayeen du parti Tudeh interdit (cadres communistes) constituaient le gros des troupes de la révolution, mais les religieux ont détourné à leur profit la direction de la révolution. Les passions politiques très manipulées ont été lâchées lors des 444 jours de la crise des otages alors que les US ont aidé les religieux shi'ites roublards à monter une réaction thermidorienne et à isoler la direction progressiste révolutionnaire. Ironiquement, les US font de nouveau figure de protagoniste clé dans la dialectique iranienne - mais pas en tant qu 'otages.
L'Iman Khomenei se méfiant des Mollahs iraniens a crée le Corps des Gardes de la Révolution Iranienne comme une force indépendante pour s'assurer que les Mollahs ne détournent pas la révolution. Les premières années de la révolution, les complots fomentés par le triumvirat Beheshi-Rafsanjani-Rajai qui a conçu l'éviction du président séculier de gauche Bani Sadr (qui était le protégé de Khomenei) avaient pour agenda d'établir un état théocratique à un seul parti. Ce sont des aperçus de l'histoire de la révolution en Iran qui ont pu échapper à l'intelligence de Georges W. Bush, mais Obama doit être "au parfum" des déviances de la politique de Rafsanjani.
Si le coup de Rafsanjani réussit, l'Iran deviendrait au mieux un avant poste décadent du " Pro Occidental" Golfe Persique. Un régime douteux durerait -il ? Le plus important, est-ce cela qu'Obama souhaite voir comme destin du peuple iranien ? ( Est ce à Obama de dicter le destin du peuple iranien? Question estampillée esprit colonial et révoltante sachant qu'Obama ne vise qu'à défendre les intérêts hégémoniques des US ndlt)
La rue arabe observe également. L'Iran est une exception dans le monde musulman où le peuple a pris le pouvoir. La multitude de pauvres en Iran, qui forment le soutien de base d'Ahmadinejad, détestent l'establishment clérical corrompu, vénal. Ils ne cachent même pas leur haine viscérale pour la famille Rafsanjani.
Hélas, la classe politique à Washington est nulle en ce qui concerne le monde byzantin du clergé iranien. Dirigée par le Lobby israélien, elle est obsédée par le "changement de régime". La tentation sera de concevoir une "révolution colorée". Mais les conséquences seront bien pire que ce qui a été obtenu en Ukraine. L'Iran est une puissance régionale et les débris retomberont partout. Les US n'ont actuellement ni l'envergure ni la force d'endiguer la coulée de lave d'une éruption volcanique déclenchée par une révolution colorée qui pourrait déborder des frontières de l'Iran.
M.K Bhadrakumar 20/06/09 www.atimes.com -copyright Asia times Online.
M.K Bhadrakumar est un ex diplomate de carrière pour le service étranger de l'Inde. Il a été en poste notamment en ex Union Soviétique, Corée du Sud, Shri Lanka, Allemagne, Afghanistan, Pakistan, Uzbekistan, Koweït, et Turquie.