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Le FMI, c’est une organisation internationale qui a pour particularité d’être régie par les principes d’une banque. On vote au prorata de la contribution au capital. Si un pays contribue à hauteur de 40% du capital, alors sa voix vaut 40% des votes », expliquait l’économiste Jacques Sapir, il y a quelques jours.
Or l’Institution regroupe 187 pays membres qui doivent se partager les voix pour élire le successeur de Dominique Strauss-Kahn. Dans ce panorama, l'ensemble du vote des Européens pèse lourd (30,9% des votes juste devant les Etats-Unis avec 16% des votes et le Japon avec 6,02% ) et le
système est bien rôdé.
En effet, depuis la conférence de Bretton-Woods en 1944, qui a abouti à la création du FMI et de la Banque Mondiale, les Etats-Unis et l’Europe ont conclu une entente, officieuse et pourtant notoire : la Banque Mondiale reviendra aux Américains, et le FMI aux Européens.
Et depuis la crise économique, rien de nouveau. Mais les revendications commencent à se faire entendre, surtout du côté des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), réclamant « un droit d’accès » à ces postes-là. Les postes financiers, que l’on rechigne souvent à confier aux pays émergents. Dominique Strauss-Kahn avait pourtant émis le souhait qu'un représentant des pays émergents lui succède. Il s'agissait d'un des points de la réforme qu'il avait mis en place au FMI: le rééquilibrage des droits de vote au sein de son conseil d’administration. Mais depuis l'affaire, ces réformes sont restées en suspens.
Christine Lagarde a bien saisi l'enjeu que représentent les pays émergents et redouble de prudence. Lors de la conférence de presse organisée mercredi, elle se gardait bien de se présenter comme la candidate de l'Europe. Au contraire, elle insistait habilement sur le fait que le FMI était avant tout un ensemble de 187 pays. Reste que Christine Lagarde est Européenne, et que si elle est nommée directrice générale, le poste reviendra bien encore une fois à un Européen (et à un Français pour la cinquième fois). Mais la tactique est fine. A défaut d'un soutien inconditionnel, elle sait qu'elle ne doit pas se heurter à un rejet massif de sa candidature pour la simple raison qu'elle est la candidate des pays riches.
C'est là qu'intervient le vote décisif des Etats-Unis.