On pourrait s'ennuyer de cette froide perfection. Copé est un classique qui parle de la politique comme d'un art codé. Il fait des figures imposées, tels des arpèges au piano. Député, maire, ministre, le groupe parlementaire, un club politique, le parti, calcul, l'Elysée en 2017. «Je construis un parcours initiatique», dit-il. «J'ai beaucoup travaillé en cinq ans», ajoute-t-il, et on le sentirait piaffant de conter autre chose que du convenu. Parler pour soi ? Mais est-ce possible encore ou bien tout est-il déjà cristallisé, dans les mots de ses ennemis et dans ce qu'il a construit : un homme aimable aux riches et dur aux pauvres, portant le durcissement de la droite ? De quoi Copé est-il le nom ? D'une disposition fiscale favorisant les holdings, mais aussi de la taxation des indemnités des accidents du travail. Un député devenu avocat d'affaires, qui provoquait un rendez-vous entre un de ses collègues et la garde des Sceaux Rachida Dati, afin de bloquer une réforme (la fusion entre le métier d'avocat et celui de conseil en propriété industrielle) gênante pour sa profession. Un patron de l'UMP additionnant sur TF1, le soir du premier tour de la présidentielle, les scores de Sarkozy et de Le Pen pour proclamer «la droite» à 48 %. Un républicain laissant ses troupes applaudir le journaliste Eric Zemmour, à peine condamné pour avoir défendu les contrôles au faciès, qui réclamait dans un colloque UMP hilare l'abrogation des lois antiracistes.
Il dit qu'il n'a jamais agi que par liberté, et qu'il se fout des pruderies ! Pourtant, elles comptent. Il s'est passé une chose, pendant cette campagne, qui vaut plus qu'un incident. Chez Laurent Ruquier, dans une émission de télévision où s'attestent les évidences, Copé s'est fait cracher à la figure par Audrey Pulvar. «Nous ne nagerons pas ensemble dans la piscine de M. Takieddine», a lancé la dame, renvoyant Copé à son amitié avec l'affairiste scandaleux. La scène était d'une brutalité rare dans un média, la télévision, d'ordinaire servile aux forts : donc Copé ne l'est pas tant que ça ? Pour Copé, Pulvar illustre la haine des gauches et la perte des repères du service public. Etre sa cible l'a même conforté dans sa famille assiégée. Il n'empêche. C'est arrivé. Etre traité de pourri en public. Cela circule sur le Web, des photos de vacances - lui qui abhorre l'exhibitionnisme, qui jamais ne convoquera les photographes pour son jogging, ni n'utilisera ses enfants.
A droite, l'antisémitisme affleure contre Copé l'affairiste, et ce juif laïc, longtemps pudique jusqu'au déni sur ses origines, le soupçonne déjà. Mais il n'y a pas que cela. Martin Hirsch - hollandiste après son séjour sarkozyste - voit en Copé l'incarnation du conflit d'intérêts. Anecdote ? Ces deux-là se méprisent dans une de ces haines qui font la politique. Elle est née sous Chirac, quand Copé, ministre du Budget, bloquait une taxe sur le textile, destinée à financer la récupération de vieux vêtements - la taxe Emmaüs. Elle est allée crescendo jusqu'aux ruptures ultimes, exacerbée par des origines communes, des familles toutes deux sauvées par des justes du Chambon-sur-Lignon, chacun jugeant l'autre indigne de ce passé. Pour Copé, Hirsch est un veule opportuniste ; pour Hirsch, Copé est un corrompu en puissance. Les deux hommes peuvent se tromper, mais cela ne rend rien plus simple. Copé, en réalité, pèche par morgue : il trimbale une inconscience, un complexe de supériorité qui l'autoriserait. Naturellement invité chez Takieddine, pensant naturellement que les entreprises méritent plus d'égards qu'un maçon tombé de l'échelle, hésitant à taxer le textile mais soupçonnant les accidentés du travail de faire porter à la Sécu les foulures du foot du dimanche. Il est vraiment de droite, convaincu que l'ordre est bon, et si la crise nous force à tout changer, ce n'est pas dans la protection qu'on trouvera le salut, mais dans l'adaptation au monde. En est-il un salaud ? Tout cela lui est tellement naturel qu'il n'y met plus de frein.