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par Vincent Eiffling pour Chroniques Persanes
« Sale temps pour un président états-unien. Politiquement, coincé. Economiquement, coincé. Géopolitiquement, coincé. Géostratégiquement, coincé. Diplomatiquement, c'est la dernière chance. Dans l'immédiat, Barack H. Obama doit agir pour sauver la face, l'image déclinante de l'hyperpuissance mondiale et le risque de passer pour un président faible en dépendent, mais que peut-il bien faire face à tant d'impasses ? »
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Cette situation peu confortable n’est pas pour autant synonyme d’une défaite assurée au cours des prochaines élections présidentielles. Les cas des présidents Clinton et Reagan en constituent de bons exemples. Cependant, il ne fait aucun doute que s’il veut être réélu, le président Obama devra changer d’orientation…. En réalité, la campagne pour les élections présidentielles a déjà officieusement commencée dans les arcanes de Washington.
Une des options dont dispose B. Obama pour regagner du crédit auprès du peuple américain est de ne plus se focaliser sur la politique intérieure, mais bien sur la politique étrangère. En effet, même si sa marge de manœuvre se retrouve limitée dans le domaine de la politique domestique, le système institutionnel des Etats-Unis confère au Président une large autonomie dans le domaine de la politique étrangère. Or, pour la première puissance mondiale, le poids de la politique étrangère dans les processus électoraux s’avère être beaucoup plus important que pour le reste du monde. Entendons-nous bien : une campagne uniquement basée sur la politique étrangère équivaut à un suicide électoral et ne peut mener qu’à une défaite cinglante. En revanche, de grands succès sur la scène internationale confèrent au président une aura de commandant en chef à laquelle le peuple américain se montre particulièrement réceptif. Si cette option s’avéra difficilement envisageable pour Clinton – difficile de trouver un adversaire à sa taille dans un monde unipolaire -, le président Reagan en usa largement. Le déploiement des Pershing II en Europe de l’Ouest lui permit de renforcer sa position et de s’affirmer auprès du centre de l’électorat. De son côté, Obama a face à lui suffisamment de défis pour chercher à s’illustrer sur la scène internationale : le conflit israélo-palestinien, les guerres en Irak et en Afghanistan, l’émergence de la Chine et de la Russie, le déclin militaire des alliés européens de Washington et bien entendu la question nucléaire iranienne. Cependant, le président Obama doit faire face à d’autres sortes de contraintes.
Deuxièmement, B. Obama a toujours axé sa vision en matière de politique étrangère (y compris durant la campagne présidentielle) sur le principe d’accommodation au lieu de suivre une logique de confrontation (exception faite de l’Afghanistan où il s’est montré particulièrement déterminé). Il risque donc de s’exposer aux attaques des Républicains qui pourraient qualifier son action d’opportuniste. Celle-ci doit donc être crédible, répondre à un besoin légitime et surtout, être couronnée de succès !
Ne parlons même pas du conflit palestinien qui dans les circonstances actuelles semble particulièrement enrayé.
La situation en Corée du Nord s’avère beaucoup plus critique mais les Etats-Unis sont ici limités dans leur possibilité de mener une action militaire par les mécanismes de dissuasion nucléaire. De plus, le régime nord-coréen est perçu comme pragmatique et menant avant tout une politique garantissant sa survie. Dès lors, Pyongyang n’est pas perçue comme la menace la plus urgente pour la sécurité des Etats-Unis dans la mesure où sa conduite s’avère relativement rationnelle. La voie diplomatique pour résoudre la crise coréenne apparaît comme la solution la plus plausible depuis Washington, même s’il est fort probable que les Etats-Unis ne braderont pas la sécurité de leurs alliés (Corée du Sud, Japon) et interviendront dès lors de manière musclée si les circonstances l’imposent. Washington privilégie donc le statu quo, en attendant de parvenir à atténuer les tensions par le recourt à la diplomatie.
octobre 2009 indique que 84 % des américains sont convaincus que Téhéran cherche à fabriquer des armes de destruction massive. De ce même sondage, il ressort que 54 % des américains sont en faveurs d’une intervention militaire contre le régime des Mollahs. Il est vrai que ce sondage date d’il y a plus d’un an, mais les évènements qui sont survenus depuis n’ont en rien contribué à améliorer l’image de l’Iran auprès des Américains. Téhéran a ainsi refusé l’offre la plus généreuse que Washington lui ait proposée. M. Ahmadinejad a annoncé la construction de 10 nouveaux sites d’enrichissement (toujours au stade projet, c’est essentiellement rhétorique mais ça n’améliore en rien le climat pour des négociations), a accusé les Etats-Unis d’être responsable de toutes les attaques terroristes à travers le monde et il a même été jusqu’à embrasser la théorie du complot sur les attentats du 11 septembre… Côté républicain, on se plaint de la faiblesse du président Obama face à Téhéran et on lui reproche son inertie face au militantisme islamique. Côté démocrate, l’Iran apparaît comme un habitué en matière de violation des droits de l’homme, particulièrement depuis la répression qui a suivie l’élection présidentielle de juin 2009. L’Arabie Saoudite, principal allié de Washington et par conséquent, premier rival géopolitique de l’Iran dans la région du Golfe, attend de la part des Etats-Unis une attitude ferme et ne souhaite pas se contenter de la livraison pour10 milliards de dollars de systèmes d’arme sur les 10 prochaines années. Si les européens sont hostiles à l’Iran, ils n’en restent pas moins de farouches opposants à toute escalade susceptible de nuire à leur approvisionnement en pétrole.
La justification toute naturelle serait de clamer que l’Iran cherche bien à se procurer une arme nucléaire et que sa mise au point est imminente – voir qu’il a l’intention de s’en servir une fois en sa possession. Pareil discours apparaîtrait plus légitime dans la bouche de B. Obama que celui tenu par G. W. Bush sur les AMD en Irak. Obama n’a jamais annoncé auparavant que l’Iran possède ou cherche à posséder des AMD… Il a juste mis en avant les doutes de la communauté internationale sur les objectifs réels du régime iranien. Aussi, aux yeux de l’opinion publique, Obama n’apparaît pas comme un faucon et si son discours et son action doivent emprunter un chemin plus musclé, cela apparaîtra plus facilement comme une nécessité face à une menace importante jugée crédible. De telles déclarations présidentielles confirmeraient côté républicain un sentiment depuis déjà longtemps ancré dans leur esprit tandis que du côté démocrate, il serait difficile de s’opposer aux arguments présidentiels. Face à une pareille menace, le président américain serait forcé de recourir à l’action et ce, même si celle-ci va à l’encontre de son désir personnel de privilégier la diplomatie. Après tout, il est de son devoir de commandant en chef de protéger les intérêts et la sécurité du peuple américain. Dans le même temps, il se mettrait à l’abri des attaques de républicains et ce, même si l’affirmation devait se révéler erronée dans l’avenir. N’oublions pas que depuis le début, ce sont des élus républicains qui réclament une intervention militaire en Iran. Bien sur ce scénario déborde de cynisme mais cependant, certains de ces aspects n’en demeurent pas moins pertinents car ils rencontrent des préoccupations qui travaillent réellement l’esprit des dirigeants en place à Washington.
Le scénario de l’invasion terrestre n’est aujourd’hui pas envisageable pour les Etats-Unis. L’Iran rappelons-le, c’est 4 fois l’Irak et trois fois la France. C’est une armée conventionnelle limitée qualitativement mais imposante quantitativement et qui dispose de plus d’une force morale importante et d’un entraînement autrement plus abouti que celui des Talibans afghans ou de l’armée irakienne sous Saddam. La seule option militaire qui semble réaliste pour les Américains est donc la frappe aérienne. Mais si campagne aérienne il doit y avoir, celle-ci ne pourra pas être un conflit armée de courte durée, comme ce fut le cas avec l’opération Renard du désert en 1998 contre l’Irak. Tout comme ce fut le cas pour la campagne aérienne lors de la guerre du Kosovo en 1999, les raids aériens devront durer des mois pour mettre hors d’état les capacités de nuisance iraniennes. Ce sera une guerre où des soldats américains perdront la vie, où certains seront fait prisonnier. Ce sera une guerre qui monopolisera l’attention des médias, alors que des pertes civiles seront inévitables. Ce sera une guerre de durée et d’intensité, ayant non seulement pour objectif de d’enterrer le programme nucléaire iranien, mais également d’affaiblir ses forces conventionnelles. Ce sera une guerre axée sur la supériorité aérienne et technologique des Etats-Unis, et non sur leurs faiblesses en matière de contre-insurrection. Vu de Washington, ce sera une guerre contre le programme nucléaire de la République islamique d’Iran. Mais pour les iraniens, ce sera une guerre contre l’Iran, tandis que pour une part importante du monde musulman, ce sera une guerre contre la République islamique. Aussi, même si cette campagne devait s’avérer être un succès sur le plan militaire, même si ces objectifs devaient être atteints, elle n’en contribuerait pas moins à renforcer politiquement le régime des Mollahs, même si ce dernier en ressort éviscéré militairement parlant. Il resterait dès lors à voir quelles seraient les conséquences économiques de ce conflit dans la durée, quelle serait le management, les réponses apportées par le régime à tous les problèmes qui apparaîtraient et in fine, quelle attitude adopterait la population dans le moyen et le long terme vis-à-vis du régime, une fois que la colère et l’émotivité de la guerre se seront atténuées. Bref, quelles seront les retombées politiques, à la fois en Iran mais également dans l’ensemble du Moyen-Orient.
Il faut encore tenir compte du fait que même le meilleur plan de bataille, une fois les hostilités engagées, peut totalement dévier de sa route
initiale et se transformer en véritable fiasco. L’Iran pourrait parvenir à bloquer complètement le détroit d’Ormuz, avec les répercussions que l’on imagine sur l’économie mondiale. Il pourrait également engendrer une guerre civile en Irak et encourager les actions terroristes en Afghanistan. Les services de renseignement américains pourraient être passés à côté du fait que l’Iran possède déjà une arme nucléaire opérationnelle. Il faut aussi tenir compte des autres armes de destruction massives. Qu’en est-il des armes chimiques et biologiques ? Quelles sont les capacités de couplage de telles armes avec les missiles balistiques iraniens ?
Quoi qu’il en soit, si B. Obama se montre faible vis-à-vis de la question nucléaire iranienne juste après sa défaite aux élections de mi-mandat, il encourt le risque de se décrédibiliser et d’apparaître irrévocablement comme un président faible qui ne connaîtra sans doute pas de deuxième mandat. Il semble donc difficile pour le président américain de suivre les revendications de Téhéran sur le dossier du nucléaire, comme celles qui sont par exemple contenue dans les accords de Téhéran du 17 mai dernier signés par la Turquie, le Brésil et l’Iran. Si un accord doit être signé, il faut qu’il soit en grande majorité en concordance avec les exigences américaines, ce que Téhéran refusera plus que probablement.
Vincent Eiffling
Source : Chroniques Persanes
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Commentaire :
Monsieur Eiffling,
j’ai pris du plaisir à lire votre article et je reconnais que vous avez raison sur de quelques points (notamment des difficultés aux quels doit faire face les U.S.A.), mais ce qui est très frappant dans votre rédaction c’est l’absence totale d’Israël qui souhaite une attaque armée contre l’Iran (comme il le voulait déjà pour l’Irak). La réalité c’est que l’Iran aujourd’hui tient tête, aux États-Unis (comme le Vénézuela), et qu’il ne souhaite pas se soumettre aux volontés impérialiste. Et comment voulez-vous que Téhéran négocie plus, alors que l’on voit très bien ou ont conduit les négociations entre la Palestine et Israël (et les États-Unis) comment voulez-vous être juste lors de ces négociations, lorsque vous êtes le premier soutient (militaire/commerciale) de l’État sioniste. Et il ne faut pas oublié non plus qu’après le chah d’Iran, la maison blanche et soutenu par de nombreuses manières l’Irak (conflit 1980)…
En fin de compte votre vision à ce sujet n’a pas de grande différence avec ce que nous bassines les grands médias qui omettent le plus important: les États Unis cherche à s’accaparer le plus de matières première possible dans le monde, et Israël (l’État le plus raciste du monde) et l’Égypte (autre dictature soutenu par la maison blanche) servent de force de l’ordre dans la région aux profits de États-unis. Et vous ne mettez pas assez en évidences le désastre pour le peuple iranien si ils venaient à subir une attaques militaires comme on peut le constater à ce jour chez son voisin, lourdement handicaper pour les 50 prochaines années .
Pas étonnant non plus que vous n’ayez rédiger aucune ligne sur Guantanamo, pourtant une promesse électorale.
Cordialement
Ken Melo
http://mecanoblog.wordpress.com/2010/12/26/quelle-strategie-iranienne-pour-obama-apres-les-elections-de-mi-mandat/