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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 02:15

 

Jeudi 6 septembre 2012

Bahreïn : CNN étouffe un reportage sous la pression du régime

 

 

 

La chaîne est accusée de “censure” par une de ses ex-journalistes, auteur d’un documentaire accablant sur la répression des manifestations au Bahreïn.

La chaîne de télévision CNN est suspectée d’avoir cherché à limiter la diffusion d’un reportage d’une de ses journalistes sur le printemps arabe au Bahreïn, sous pression des autorités de ce pays ami des Etats-Unis, rapporte le quotidien britannique The Guardian.

L’affaire remonte au début de l’année 2011, au début du mouvement des “printemps arabe” qui a enflammé plusieurs pays. Au mois de mars, CNN décide d’envoyer des journalistes pour réaliser un documentaire sur un pays, lui aussi touché par le mouvement de contestation, et très peu couvert par les médias occidentaux : le Bahreïn.

 

Un budget de 100.000 dollars

Et la chaîne voit gros : l’équipe, composée de quatre personnes, dirigée par Amber Lyon, est censée rester 8 jours sur place et dispose d’un budget de 100.000 dollars, une somme supérieure à la plupart des autres films du même format. Le documentaire, baptisé “iRevolution : Online Warriors of the Arab Spring” (“iRévolution : les guerriers en ligne du printemps arabe”), est censé notamment détailler l’utilisation des réseaux sociaux par les activistes.

Mais, au fur et mesure de leur enquête, toutes les personnes qui acceptent d’aider, ou même de parler, aux journalistes disparaissent ou refusent de les revoir. Que ce soient des opposants au régime, ou de simples “fixeurs”. Ainsi, Saeed Ayyad, un médecin leur ayant servi de guide voit sa maison incendiée. A l’occasion d’un entretien avec Nabeel Rajab, un militant des droits de l’homme, l’équipe de CNN est elle-même interpellée et interrogée pendant six heures par un groupe d’hommes cagoulés qui effacent leurs photos.Peu de temps après, Nabeel Rajab était, lui, inculpé par un tribunal militaire pour des photos publiées sur Twitter.

 

Des preuves accablantes

Malgré tout, l’équipe commence, sur place, à travailler sur le montage et parvient même à terminer un segment de 13 minutes qui a depuis été mis en ligne sur You Tube.

 

 


 

 

Ce long extrait comprend de nombreuses preuves des exactions commises par le régime comme les témoignages de Bahreïniens décrivant les tortures subies par des proches et surtout des images montrant les forces gouvernementales tirant sur des manifestants désarmés.

Traumatisée par ce qu’elle à vu, et craignant pour la vie des personnes qu’elle a rencontrées, Amber Lyon veut, à son retour en avril 2011, immédiatement alerter l’opinion publique : “J’ai réalisé qu’il y avait une corrélation entre l’importance de l’attention médiatique que recevaient les activistes et la capacité du régime à les atteindre. Je me suis donc sentie obligée de montrer au monde ce à quoi nos sources, qui risquaient la vie pour nous parler, devaient faire face”.

Dans les semaines qui suivent, la journaliste intervient ainsi à plusieurs reprises sur le plateau de CNN pour témoigner des brutalités policières ou encore raconter sa propre arrestation. Et, immédiatement, les premiers problèmes surgissent.

La journaliste est tout d’abord informée par plusieurs mails internes, auxquels le “Guardian” a eu accès, que son travail a fortement déplu au régime bahreïnien. “Nous faisons face à un retour de bâton du gouvernement du Bahreïn sur comment nous avons violé notre mission, etc”, lui écrit ainsi au mois d’avril un des producteurs de la chaîne.

 

Des demandes de modifications

Puis, la pression sur la journaliste se fait plus insistante. Un producteur lui demande d’apporter plusieurs modifications à son reportage pour y inclure des déclarations du gouvernement du Bahreïn, affirmant que ses forces ne tirent pas sur des manifestants non armés ou encore précisant que Nabeel Rajab était coupable d’avoir truqué des photos. Une pression orchestrée, selon “The Guardian”, par le gouvernement bahreïnien depuis les Etats-Unis grâce à une campagne de communication particulièrement bien orchestrée.

Le régime s’est en effet adjoint les services de plusieurs agences de communication et de lobbyistes réputés, comme Joe Trippi qui avait déjà travaillé avec le démocrate Howard Dean, ou la société Qorvis Communication, une agence de relations de presse disposant d’une branche spécialisée dans la restauration de la réputation des gouvernements. Au total, Bahreïn aurait dépensé plus de 32 millions de dollars en relations de presse depuis le mois de février 2011.

Le reportage d’Amber Lyon ne sera diffusé qu’une seule fois, le 19 juin 2011, et sur le seul réseau américain de CNN. Ce type de reportage, long et coûteux, sont pourtant normalement  automatiquement repris sur l’antenne de CNN International. En interne, de nombreux collègues s’interrogent et poussent Amber Lyon à demander des comptes.“Pourquoi CNNi ne diffuserait pas un documentaire sur le printemps arabe, peut-être l’une des plus grosses histoires de la décennie ? Curieux non ?”, lui écrit ainsi l’un d’entre-eux.

La rumeur de censure se fait de plus en plus insistante, et commence même à fuiter à l’extérieure de CNN, comme en témoigne ce tweet du 18 novembre 2011 de Nicholas Kristof, journaliste du “New York Times”, se demandant si Amber Lyon a fait l’objet d’intimidations.

 I wonder why CNN-Int still hasn’t aired the #Bahrain iRevolution documentary by @amberlyon.Intimidation?

            Nicholas Kristof (@NickKristof) Novembre 18, 2011

Licenciée en mars 2012

La journaliste a, elle aussi, cherché à obtenir des réponses de la part de sa direction. En vain.Au mois de mars 2012, elle est finalement licenciée dans le cadre d’une réorganisation de la chaîne.

Depuis, Amber Lyon semble avoir repris sa liberté de parole. Au mois d’août, la journaliste s’est en effet exprimée sur l’affaire via son compte Twitter dans une série de trois messages. Dans le dernier, elle écrit : “la censure a eu un effet dévastateur sur mon équipe et sur les activistes qui ont risqué leur vie pour raconter cette histoire”. Amber Lyon affirme que, le lendemain, son agent a reçu un appel de CNN la menaçant de poursuites si elle s’exprimait à nouveau sur l’affaire.

Depuis, CNN a consacré plusieurs reportages au Bahreïn. Mais, comme le souligne “The Guardian”, “de tels reportages nécessitaient beaucoup plus de courage pour être diffusés dans la première moitié de l’année 2011, quand très peu de personnes étaient au courant de la brutalité” de la répression. De plus, poursuit le quotidien, “les reportages de CNNi sur la violence au Bahreïn ont un ton beaucoup plus modérés que ceux consacrés aux pays n’ayant pas les faveurs des Etats-Unis, comme l’Iran ou la Syrie.”

Amber Lyon, de son côté, a reçu au mois d’avril dernier la médaille d’or du New York Festival’s Best TV and Films pour son travail au Bahreïn. Des activistes ont également créé une page Facebook de soutien intitulée “Thank you Amber Lyon CNN reporter”. La journaliste travaille actuellement à l’écriture d’un livre. Nabeel Rajad, lui, a récemment été condamné à trois ans de prison pour “manifestation illégale”.


Sources : The Guardian / NouvelObs / Le Journal du Siècle

Le journal du Siècle

 

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