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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 00:36

 

Episode 1

Devant chez moi, il y a un pré. Dans lequel broutent à la belle saison des vaches. Des charolaises, dont les conditions de vie feraient pâlir d’envie la plupart de leurs congénères. Seule concession à la “modernité”, une ligne à haute tension, là-haut tout au fond.

Et justement, un beau matin, il y a quelques mois, un nouveau pylône électrique est posé dans le pré. Puis, un peu plus tard, des gens s’activent autour, le relèvent. Enfin, un ballet de bagnoles blanches, d’ouvriers, qui installent des fils. Ils sont toujours là, d’ailleurs. Au cours de mes promenades dans le secteur, j’avise une de ces bagnoles : pas banale. Un espèce de Pick-up japonais, de marque Mitsubishi. Pas un de ces 4x4 germaniques destiné à flatter l’égo de bourges suffisants et asseoir leur supériorité sociale sur le manant. Non, un vrai 4x4 rustique, aux roues crottées, fait pour travailler. Et surtout, immatriculé en Espagne.

Au fil des jours, j’en croise d’autres. Jusqu’à ce que je trouve le nid, un soir par hasard en passant devant l’hôtel du Technopôle : plus d’une dizaine de ces engins en rang d’oignons. Je m’approche pour trouver un signe distinctif, et bingo ! Un discret logo sur le flan : “SEMI”.

SEMI comme “Sociedad Española de Montajes Industriales”.

Hum.

Il me semblait qu’en France nous avions une société publique qui s’occupait de ce genre de choses. Oui, EDF, c’est ça. “Mais, mon brave monsieur, vous retardez ! EDF est une société privée !”. Ah, oui, c’est vrai ! Maastricht, ouiouistes, euro, Chirac, Jospin, Barcelone, Traité, Non, Sarkozy, déni de démocatie, Irlande, déni de démocratie, Lisbonne, Irlande, dans le cul”. La curée pouvait commencer. Elle ne s’en priva pas.

Bref, EDF a pourtant une filiale (ERDF) destinée à ce genre de choses. Ces spécialistes, que l’on appelle des “lignards”, sont mêmes mis en avant et glorifiés à chaque tempête, où l’on souligne leur courage et leur acharnement à travailler jour et nuit pour “rétablir le courant”. Mais ERDF est bien sûr (le “bien sûr” ne caractérise pas une évidence absolue, mais une évidence dans le cerveau perturbé des libéraux qui nous dictent leur loi) en situation de concurrence.

Je suppose que ces concurrents (libres et non faussés) espagnols sont aussi compétents que leurs homologues français. Que s’ils sont là, c’est qu’ils ont remporté un appel d’offres public. Et qu’ils étaient donc moins chers. Et pourquoi étaient-ils moins chers ? Cela aurait-il quelque chose à voir avec des salaires plus bas, une protection sociale moindre ? L’Espagne n’est certes pas le Vietnam, mais on peut se poser la question.

Et cela n’explique pas pourquoi des travailleurs espagnols fassent plus de 1000 km pour faire un boulot qui pourrait évidemment être fait par des travailleurs locaux, dans une région particulièrement frappée par le chômage

Mais c’est dans l’air du temps. Plus exactement, c’est conforme au dogme libéral. La Poste a acheté une filiale en Allemagne, et la Poste Allemande pourra bientôt distribuer le courrier en France. On dit même que la RATP pourrait perdre l’exploitation du métro parisien… au profit d’un concurrent, pourquoi pas de …Stockholm (ou de Tombouctou) ! Mais pourrait se refaire en allant exploiter le métro de… Pékin (même pas besoin de changer de logo !). Quant à la société pékinoise, elle pourrait par exemple rebondir en gagnant le marché du métro de … Stockholm (ou de Tombouctou)… C’est le raisonnement le plus con depuis le 22 à Asnières !


 

Episode 2

A moins de deux kilomètres de là, le chantier du futur hôpital de Mercy. Il s’agit d’un grand établissement public, destiné à remplacer les divers hôpitaux du centre de Metz, apparemment obsolètes. Le chantier dure depuis des années. Tout autour, le béton grignote la campagne. On a transformé la départementale d’à côté en route à 4 voies, et on ne compte plus les lotissements, zones commerciales et chantiers divers qui bouffent les champs pour étendre la ville. Plus il y a de chômage et de récession, plus on bétonne. Va comprendre. Je suppose que la construction de cet édifice public, au financement public, a donné lieu à des appels d’offres publics. Qui ont certainement été remportées par de grosses entreprises du BTP. La routine. Ici, le maître d’oeuvre est une filiale de Bouygues.

Et puis soudain, une dépêche AFP, que je vous laisse savourer “in extenso”

METZ, 8 AVR 2010 (AFP) - 17H38

Sur un chantier à Metz, des ouvriers lettons s’estiment exploités

 

Onze ouvriers lettons, employés sur le chantier de construction d’un hôpital à Metz, ont intenté une action en justice contre leur employeur, une société luxembourgeoise, à qui ils reprochent d’être sous-payés, surexploités et mal logés, a-t-on appris jeudi auprès de leur avocat. Depuis leur arrivée à Metz le 9 mars, c’est-à-dire depuis un mois, les ouvriers concernés “ont touché 150 à 200 euros en liquide, ce qui ne rembourse même pas l’essence”, s’est emporté Me Florent Kahn, qui a intenté une action en référé devant les prud’hommes contre la société Bamolux pour obtenir le paiement des arriérés de salaires. Les ouvriers lettons déposeront par ailleurs une plainte “dans les prochains jours” contre leur employeur pour “les avoir logés dans un appartement insalubre, en profitant de leur vulnérabilité”, selon Me Kahn. “Ils travaillent 11 heures par jour, six jours sur sept”, et vivent à 11 dans un deux-pièces de 30 m2 “qui ne répond pas aux normes d’hygiène et de décence: ils dorment sur des matelas pneumatiques”, a ajouté l’avocat. La société visée, qui a recruté les Lettons dans leur pays via un intermédiaire, est elle-même sous-traitante d’une entreprise ayant remporté le marché public d’isolation et de plâtrerie du chantier. Elle affirme de son côté que les ouvriers sont sous contrat, sans toutefois avoir été payés, “mais ils le seront la semaine prochaine”, a indiqué à l’AFP un responsable d’exploitation de Bamolux. Une adjointe au maire (PS) de Metz, Danielle Bori, a apporté son soutien aux ouvriers concernés “On ne peut pas laisser les gens dans cette situation, il faut que l’employeur les paie et les loge”, a-t-elle estimé. Le nouvel hôpital de Metz, dont la construction a commencé en 2008, doit ouvrir à la fin de l’année.

A tomber sur le cul. Je dois être naïf, mais voir se concrétiser tout près de chez soi, dans le secteur public, les conséquences des pratiques douteuses de sous-traitance du BTP, et le spectre de Bolkestein, ça fout un coup !

Alors que le passant naïf ne voit qu’un hôpital public en construction, il y a en fait un concentré du mondialisme libéral le plus stupide et scandaleux, l’exploitation la plus vile de la misère humaine, et le cynisme triomphant de gros cupides, esclavagistes modernes qui s’en foutent plein les fouilles. Avec les deniers publics.

Pour rire un peu (c’est tout ce qui nous reste), vous pourrez lire sur internet que le dirigeant de la société luxembourgeoise incriminée donne des leçons de bonnes pratiques sociales.

On croit que l’hôpital est bâti par une société française (en fait, on ne se pose même pas la question, tant c’est évident! ), et ce sont en fait des esclaves lettons surexploités par une société sous-traitante luxembourgeoise qui font le boulot. Eh oui, la Lettonie, comme le Luxembourg, fait partie de l’Union Européenne. Les détails sont cruels : 11 heures par jour, 6 jours sur 7. Ca nous fait du 66 heures par semaine. Pour 200 euros par mois en liquide. Si mes calculs sont bons, cela fait environ 70 centimes de l’heure.

Rappelons que la loi française, même attaquée depuis des décennies par les libéraux, prévoit toujours une durée légale de travail de 35 heures, avec majoration pour heures supplémentaires, et un salaire horaire minimum (qui n’a aucune raison de s’appliquer à des ouvriers disposant d’une qualification) de 8,86 euros. Gag, le bon maître des esclaves étant luxembourgeois, le salaire minimum pour des ouvriers qualifiés est dans ce pays supérieur à 2000 euros par mois !

Rappelez vous, Bolkestein, que l’on croyait enterré ! La “Directive Services”  ! Celle qui prévoyait que des “prestataires de services” de l’Union Européenne, pourraient librement exercer leur talent dans tout autre état de l’Union, aux conditions de leur pays. C’est le fameux et scélérat “principe du pays d’origine”, porte ouverte au dumping social et à l’esclavage, mais aussi à de juteux profits pour les canailles cyniques qui tirent les ficelles du système. Si vous voulez rire (jaune), vous pouvez consulter le point de vue libéral sur le sujet.

Pourquoi les prestataires de service ? Parce que pour l’industrie, c’est beaucoup plus simple : elles ont depuis longtemps délocalisé en masse dans les “paradis sociaux”, ou y font fabriquer leur camelote. Une émission de M6 dimanche soir montrait un dynamique “web-entrepreneur” marchand de vêtements de sport sur Internet, et dont la marchandise était fabriquée au Vietnam (la Chine, c’est devenu trop cher !) par des ouvrières payées 70 euros par mois. Et c’est le cas d’à peu près tout ce que votre “pouvoir d’achat” peut vous offrir.

Les “services” ont ceci de particulier qu’ils nécessitent souvent la présence physique de la personne sur place. C’est ainsi que nos ouiouistes ont imaginé qu’un ouvrier d’un “paradis social” (mais attention, hein, européen !) puisse venir travailler dans un autre pays, en gardant les conditions en vigueur chez lui. D’où les aventures du célèbre “plombier polonais”, image particulièrement parlante et pertinente, dont la popularisation a permis une levée de boucliers et le rejet démocratique du “Traité constitutionnel”. Démocratie sur laquelle nos dirigeants sans scrupules se sont donc assis.

La fameuse “directive Bolkestein” a donc été provisoirement enterrée, le temps de se faire oublier. Mais ils n’allaient tout de même pas renoncer aussi facilement ! La démocratie, pour ces gens-là, ce n’est qu’un mot. Et ne va quand même pas se laisser emmerder par des mots quand il y a tant de pognon à se faire, non ? Du coup, la directive Bolkestein, débarrassée de son encombrant nom, est revenue en catimini. Je vous encourage à lire cet article édifiant.

Car évidemment, mes électriciens espagnols et mes plâtriers lettons ne sont pas des cas isolés. Si j’ai pu les observer, c’est que ces pratiques sont en voie de généralisation ! Je cite quelques cas, tirés du lien précédent :

Le passage sous pavillon estonien d’un ferry finlandais et de son équipage, pour pouvoir le payer au salaire estonien. La Cour a donné raison à l’entreprise Viking Line au nom de « la liberté d’établissement » (Arrêt Viking, 11 décembre 2007 )

- 35 travailleurs lettons d’une entreprise lettone construisant une école en Suède avec des salaires lettons 40% moins chers que ceux de la Convention collective suédoise : la Cour a préféré le dumping social au nom de « la libre prestation de service » plutôt que d’imposer le droit du travail suédois. (célèbre Arrêt Laval, 18 décembre 2007 ) V. Pierre Avril, L’Europe légitime le dumping social, Le Figaro, 19 décembre 2007 )

- 53 maçons polonais détachés d’une entreprise sous-traitante travaillant en Allemagne sur un chantier de construction publique et payés au salaire polonais 46% du salaire minimum : la Cour a jugé que payer des salaires conformes aux conventions collectives constitue un obstacle à l’accès au marché pour les sociétés d’autres Etats membres. (Arrêt Rüffert, 3 avril 2008 )

- Des éleveurs et abattoirs allemands ont embauché des milliers de porchers et bouchers polonais au salaire polonais pour travailler dans des élevages et ateliers de découpe. L’Allemagne peut ainsi exporter vers la France en cassant les prix. (L’Humanité, 14 février 2009)

- 32 électriciens slovaques en sous-traitance dans une entreprise de robotique près de Rouen et payés deux fois moins chers que les salariés français. (Paris Normandie, 28 juin 2008)

- Une entreprise de plomberie polonaise (avec des salariés payés au tarif polonais) sous-traitante d’une entreprise vosgienne pour l’extension immobilière d’une station de ski. (L’Est Républicain, 2 octobre 2008)

Le même article énumère un extrait (il y en a 4000 !) de la liste des métiers concernés, et donc condamnés : “maçons, plombiers, coiffeurs, agents commerciaux, charpentiers, électriciens, agents immobiliers, guides touristiques, conseils en management, agents de voyage, loueur de voiture, agents d’entretien, soutien aux personnes âgées, parcs d’attraction, services aux entreprises, services aux consommateurs, publicité


 

Je suis particulièrement dégoûté par ces preuves flagrantes et démontrées par les faits, que les nonistes de 2005 avaient 1000 fois raison ! Quant à ces pitres de politiciens, journalistes, Bernards Guettas, juristes, et ouiouistes lambdas qui nous ont roulés dans la farine, nous ont vendu leur “idéal européen”, se sont gaussés de nous, nous ont traité de tous les noms, de menteurs, d’abrutis, de ploucs, d’arriérés, d’étriqués, d’antieuropéens, et j’en passe, qui ont tenté de faire croire que le “plombier polonais” n’était qu’un fantasme, qui ont justifié le passage en force du Traité de Lisbonne, le plus scandaleux des dénis démocratiques et s’en sont bruyamment réjouis; je n’en ai pas entendu un seul s’exprimer sur le sujet. Ils trouveront toujours le moyen de noyer le poisson sous des flots d’arguties juridiques, mais puisque Bolkestein s’invite désormais chez chacun d’entre nous, ils vont avoir de plus en plus de mal à planquer l’évidence

C’est d’autant plus incroyable et scandaleux qu’on nous serine quotidiennement que la France est frappée par la crise. Qu’il y a des millions de chômeurs. La Lorraine est encore plus touchée que la moyenne. Or les deux cas que je cite sont des marchés publics ! Sur lesquels les décideurs ont encore théoriquement un pouvoir ! Le Maitre d’Ouvrage de l’Hôpital de Mercy est la communauté de commune de Metz-Métropole. Cette communauté de communes est présidée par le maire UMP de Montigny-les-Metz , qui était candidat aux dernières régionales sur la liste nommée sans rire “Priorité Emploi”. Parmi tous les “vice-présidents” (connus sous le nom d’Armée Metzicaine”, il y a tous les notables UMP et P”S” de la région. Qui pour la plupart sont des ouiouistes convaincus.

Tous ces baratineurs encravatés, qui dès lors qu’il s’agit de nous convaincre de voter pour eux, larmoient et s’enflamment sur la nécessité de “lutter contre le chômage”®, de “se battre pour l’emploi”®, sont pour la plupart les mêmes qui ont voté ces lois scélérates. Des pompiers pyromanes. Qui votent d’ailleurs aussi les lois qui cassent les services public, le code du travail et les retraites. Entre autres saloperies.

Il serait temps de se pencher d’urgence sur la vision de la société dans les années à venir. Allons nous vers une société d’oligarques régnant sur un pays de chômeurs qui avec les maigres subsides de Pôle-Emploi feraient travailler des coiffeuses estonniennes, des putes slovaques, des électriciens espagnols, des plâtriers lettons, ou les fameux plombiers polonais ? En plus de devoir acheter du “Made in China” ? Allons nous devoir, sous prétexte de compétitivité, aller chercher du travail où c’est moins cher, où les “pauvres entrepreneurs rackettés” n’auront pas à payer de “charges inacceptables” pour des broutilles aussi inutiles que notre santé, notre chômage ou nos retraites ? Comme l’offre faite aux ouvriers de Continental d’aller travailler en Tunisie pour 137 euros brut par mois ?

Pas un politicien n’osera dire en face à un de ses électeurs que c’est la société qu’il souhaite. Ce qui ne les empêchera pas de voter en ce sens à la première occasion. Ne pourrait-on donc pas les envoyer, tous ces ouiouistes, en stage rémunéré 200 euros par mois, en Lettonie, logés à 11 dans 30 mètres carrés, sur des matelas pneumatiques ? Et confier en leur absence les rênes du pays à de vrais politiciens, responsables, visionnaires, désintéressés et non soumis aux diktats du MEDEF et des multinationales ?


Auteur : SuperNo - Source : le blog de SuperNo

 

http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=12217#12217

 

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commentaires

Eva R-sistons 29/04/2010 22:19



Il faut sortir de ce carcan totalitaire, Laury ! bien à toi eva



laury 18/04/2010 09:42



Merci Éva pour cet article sur les "Nouvelles du monde du travail" voila une des raison principal pour la quelle il fallait absolument que le traité de Lisbonne soit voté avec où sans l'accord
des peuples.


Je pense que nous devrions aussi recruter les politiques dans ce même contexte cela ferait


des économies substantielle a nos budgets !!!



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