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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 16:31

EDF a gagné sa bataille sur le prix de vente de l'électricité nucléaire. A 42 euros le MW/h, ce tarif risque de faire exploser la facture d'électricité des Français, et de pénaliser la libéralisation du marché. Explications.

La centrale nucléaire de Saint-Laurent.
Regis Duvignau / Reuters

C'est une nouvelle victoire pour Henri Proglio, le patron d'EDF. Dans le cadre de la loi Nome, qui fixe l'obligation pour EDF de vendre jusqu'à un quart de sa production nucléaire à ses concurrents, l'ancien monopole public pourra revendre son électricité 42 euros le mégawatheure, a déclaré ce mardi Eric Besson, le ministre de l'Industrie et de l'Energie. Soit exactement le montant que réclamait l'électricien. Pour mettre en application cette nouvelle loi de régulation du marché de l'énergie, il restait en effet au gouvernement à fixer le prix de vente de cette électricité nucléaire, connue sous le nom d'Arenh (Accès régulé à l'électricité nucléaire historique). Un prix qui risque de faire exploser la facture d'électricité des consommateurs, et de pénaliser la libéralisation du marché français. Explications.

 


Pourquoi EDF l'a emporté ?


Ce prix, particulièrement attendu, faisait l'objet depuis plusieurs mois d'une bataille acharnée entre EDF et ses principaux concurrents (GDF Suez, Poweo, Direct Energie, etc). Le patron d'EDF, Henri Proglio, se battait en effet pour obtenir 42 euros/MWh, seuil au-dessous duquel il estimait que son entreprise se serait fait "piller". Son grand concurrent GDF Suez lui en réclamait 35 euros/MWh, considérant qu'au dessus de ce prix, la concurrence ne pourrait pas être compétitive. C'est finalement EDF qui a emporté la bataille, au terme d'un arbitrage rendu par le président de la République lui-même. Le gouvernement a tout juste ménagé une période de transition de 6 mois pendant laquelle le prix de l'Arenh sera de 40 euros/MWh. A partir du 1er janvier ce prix sera de 42 euros. Un montant bien plus élevé que ce que recommandait le rapport Champsaur, qui avait préconisé qu'en moyenne le prix "s'établisse à 39 euros le mégawatheure ".

La catastrophe de Fukushima a-t-elle joué un rôle dans la détermination de ce prix ? C'est en tous cas ce qu'a laissé entendre Eric Besson. "Il s'agit de sécuriser l'approvisionnement des Français, de conforter EDF qui est une entreprise majeure pour notre électricité et de tenir compte pour l'avenir, par précaution, des travaux qu'EDF pourrait être amené à engager après la catastrophe de Fukushima et l'audit de nos centrales nucléaires", a déclaré ce mardi le ministre de l'Industrie, selon qui "la seule boussole » du gouvernement a été l'intérêt général. EDF a beau ne pas avoir été favorisé, selon Eric Besson, en Bourse la tendance ne s'est pas faite attendre. A 9h20, l'action EDF s'inscrivait en hausse de 4,30%, à 27,78 euros. Dans le même temps, le petit concurrent de l'électricien français, Poweo, voyait son titre chuter de 7,83%.

 

 

Quelles conséquences pour la libéralisation du marché de l'énergie?


Si l'on s'en tient à la réaction des investisseurs, cette nouvelle est une catastrophe pour les fournisseurs alternatifs d'énergie, qui misaient énormément sur la loi Nome pour devenir un jour rentables. Le modèle économique de ces derniers est assez simple: revendre l'électricité moins chère qu'EDF en faisant des économies sur les structures de coûts et de distributions. Le problème c'est que depuis leur création, les fournisseurs alternatifs d'énergie peinent à atteindre leurs objectifs. En 2010 par exemple Poweo, qui a creusé ses pertes, a vendu son électricité à un prix moyen de 49 euros le MW/h pour un prix d'achat de ... 49 euros. Soit sans aucune marge. Avec les nouveaux tarifs de la loi Nome, les choses ne devraient pas s'arranger. En effet, tant que les tarifs réglementés (tarifs bleus pour les particuliers ou jaunes et verts pour les entreprises) resteront plus faibles que les prix de l'Arenh, les fournisseurs alternatifs n'auront aucune chance de gagner de l'argent. Au mieux, ils en perdront un peu moins. "Finalement la vraie problématique n'est pas sur le prix de l'Arenh - qui à 42 euros le mgw ne semble pas excessif comparé aux investissements et dépenses de maintenance, d'exploitation et de démantèlement des centrales d'EDF- mais sur les tarifs régulés qui aujourd'hui sont trop faibles pour instaurer une libre concurrence", explique Julien Quistrebert, analyste du secteur chez KBL Richelieu. La seule chance pour que Poweo et Direct Energie survivent serait donc que le gouvernement décide d'augmenter véritablement les tarifs. Un geste politiquement dangereux à la veille d'élections présidentielles...

 

 

Les prix de l'électricité vont-ils augmenter ?


C'est ce que craignent les associations de consommateurs, au premier rang desquelles l'UFC-que-choisir, qui a dénoncé ce mardi une décision "qui va mécaniquement faire flamber les tarifs de l'électricité". Or malgré le démenti formel d'Eric Besson, cette augmentation mécanique aura bien lieu. Toute la question étant de savoir quand. En effet, la loi Nome prévoit qu'à partir de 2016, le prix réel de production d'EDF - d'environ 34 euros le mgw- soit remplacé par le prix de l'Arenh dans le calcul de la facture finale du consommateur. Aujourd'hui, cette formule de calcul est encore vouée à évoluer. Mais il y a tout juste un an un document de travail de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) estimait qu'avec un prix de revente du nucléaire à 42 euros le MW/h, la facture d'électricité des Français augmenterait de 25 à 30% d'ici à 2015. Reste donc à savoir si le gouvernement aura le courage, en pleine crise du pouvoir d'achat, de remonter les prix de l'électricité jusqu'en 2012 - jusqu'ici une seule hausse de 1,7% est prévue en juillet prochain. Ou s'il le fera progressivement, une fois passées les élections.

Quoi qu'il arrive, le prix de l'Arenh ne sera pas la seule cause de la hausse de la facture des Français. La CSPE notamment qui permet de financer le développement des énergies vertes, est aussi amenée à augmenter. Tout comme le prix de l'acheminement de l'électricité, qui risque d'être revu à la hausse dans le cas d'un développement des éoliennes en mer.

 

http://lexpansion.lexpress.fr/entreprise/edf-la-victoire-qui-va-faire-flamber-les-tarifs_253047.html

 

(Article référencé sur le site "Les mots ont un sens")

 

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