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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 03:09


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Entre chaos afghan et « révolutions » : Une hirondelle arabe ne fera pas le printemps russe

A lheure de laccélération du retrait occidental du bourbier afghan, succédant à lembrasement « révolutionnaire » du Moyen-Orient, on ne peut quêtre inquiet pour lavenir du cœur du nouveau monde, lEurasie, historiquement soumise aux rapports de force entre grandes puissances et devenue, depuis la fin de la Guerre froide, une véritable poudrière géopolitique.

Lévolution internationale récente est, en effet, porteuse de lourdes incertitudes pour la stabilité politique de lespace eurasien. Cette évolution est, dans ses grandes lignes, impulsée par deux chocs exogènes majeurs : les crises arabes et le chaos afghan, en raison de leurs implications structurelles sur les grands équilibres régionaux. Or, si elle va au bout dune logique désormais « orientée » par les grandes puissances, dans le cadre dune implacable lutte dinfluence axée sur le contrôle des États stratégiques de la région – les « pivots géopolitiques » de Brzezinski cette configuration se transformera en une déstabilisation programmée de l’Échiquier eurasien. Avec, à la clé, dénormes et irréversibles dégâts collatéraux. 

Tendanciellement, cette double évolution est la matrice dune stratégie inconsciente et suicidaire de fragmentation de lespace politique russe élargi, dans la conception traditionnelle des dirigeants russes, à lancien espace soviétique. A ce jour, évoluant dans une sorte de surréalité idéologique dominant le monde irrationnel de lignorance apprise, lOccident ne semble pas lavoir encore compris. Regrettable erreur.

Cet espace reste en effet le pré-carré géopolitique de Moscou et le nerf structurant de sa politique extérieure et, au-delà, le levier de sa légitimité internationale, récemment confirmé par la nouvelle orientation définie par le président de la Fédération de Russie, V. Poutine. De manière officielle, Moscou considère les impacts directs et indirects de la radicalisation des « révolutions » arabes dont est issue la renaissance dAl-Qaïda au Maghreb arabe et plus récemment, en Syrie comme une menace contre ses intérêts nationaux. Dans la doctrine de sécurité russe rénovée, ces derniers intègrent la Communauté des États indépendants (CEI), sorte dUnion soviétique hybride désidéologisée, historiquement constituée à partir des ex-républiques de lURSS et structurellement considérée par Moscou comme une zone potentielle dintervention une sorte de ligne rouge à ne pas franchir. LOccident est averti.

Dans la vision stratégique de long terme de la Russie post-soviétique, impulsée par V. Poutine depuis la révision du Concept de sécurité nationale russe en janvier 2000, cette radicalisation du « printemps arabe » est le vecteur dune montée en puissance de la « menace islamiste » –  c'est-à-dire, selon la terminologie russe, celle issue de lIslam radical porteur, en définitive, dune idéologie alternative. Il sagit donc de rappeler, de manière succincte, la perception russe de ces « nouvelles menaces ».

Le désengagement américain de lAfghanistan, en supprimant un tampon sécuritaire vital, est un véritable piège géopolitique pour la Russie et sa proche périphérie. A terme, ce retrait apparent (en fait partiel) va reposer avec plus dacuité la question de la légitimité de la présence américaine dans la région centre-asiatique, dans la mesure le président Obama a confirmé son maintien sous une forme certes réactualisée mais continuant à sappuyer sur une présence politique et militaire plus ou moins officielle via sa cohorte de « conseillers » et ses multiples « bases ». Ce que Moscou conteste ouvertement, y voyant surtout une stratégie dimplantation durable dans son pré-carré et remettant en cause ses prérogatives historiques héritées de sa période soviétique. En totale conformité avec lanalyse de Zbigniew Brzezinski, la partie stratégique se poursuit donc sur l’Échiquier eurasien, à travers la décision américaine de « quitter » lAfghanistan qui aura, au final, un triple impact pour la Russie. En cela, cette décision intègre une fonction latente, politiquement orientée et, surtout, nuisant aux intérêts russes.

Dabord, ce retrait programmé va accélérer la propagation de la drogue en raison de lémergence de nouvelles structures informelles et de nouveaux réseaux politico-narcotiques, à léchelle de la CEI et sans doute, avec la complicité de puissances hostiles objectivement intéressées à la fragmentation politique de la Russie. A ce jour, Moscou critique linefficacité plus ou moins recherchée ? de la lutte anti-drogue conduite par laxe OTAN-USA en Afghanistan et qui pénalise surtout la zone dinfluence russe. Cette dernière raison incite les dirigeants russes à suspecter ladministration américaine dagissements « douteux » dans leur gestion de la menace narcotique et, en particulier, dune instrumentalisation politique de cette menace qualifiée par V. Poutine de « narco-menace ».Tous les coups sont bons, sur le Grand échiquier.

Ensuite, ce retrait va favoriser linfiltration des forces extrémistes et terroristes dans les zones conflictuelles de lancien Empire soviétique, souffrant à la fois dun contrôle déficient et dune perte de légitimité de l’État central russe. Cette perte de légitimité est aggravée par la conjonction de deux éléments :

- dune part, laction politiquement non neutre de certaines institutions étrangères, via les revendications « démocratiques » des organisations multilatérales et des ONG, véritables moteurs des récentes « révolutions de couleur » ou autres « révolutions internet », fondées sur la manipulation de linformation et dont lobjectif final est de renverser des régimes hostiles au profit de dirigeants plus « malléables ».

- dautre part, la politique occidentale du « soft power » visant à déconnecter la périphérie post-soviétique de la dépendance russe, via une stratégie de partenariat avec les États de la CEI, dont la politique de « voisinage partagé » menée par lUnion européenne et lintégration dex-républiques soviétiques aux manœuvres de lOTAN dans le cadre du « Partenariat pour la Paix ». Lobjectif ultime est dintégrer aux structures otaniennes les républiques désireuses de sémanciper du « grand frère » russe et, en ce sens, d'affaiblir le pouvoir régional de la Fédération de Russie. Regrettable et inutile provocation.

Enfin, ce retrait va encourager lexpansion du nationalisme religieux et identitaire lui-même renforcé par la récente évolution arabe dans les zones ethniquement sensibles et à dominante musulmane de lespace russe : Caucase, Oural, Asie centrale. Ce que Daniel Bell, dés le début des années 60, dans son livre, « La fin des idéologies » a fort justement qualifié de germes de « micro-nationalismes » et que plus tard, Hélène Carrère dEncausse popularisera en 1978 avec « LEmpire éclaté ». Au final, une conséquence paradoxale de la disparition de lUnion soviétique et de la délégitimation induite du Communisme a été de substituer la religion à lidéologie comme vecteur identitaire et catalyseur de lémancipation des peuples voire comme variable instrumentalisée par ladministration américaine, dans le cadre de sa stratégie de défense de son leadership en Eurasie. Cette « politisation » de la religion, favorisée par le déclin de lidéologie communiste, est un facteur explicatif et structurant du « Printemps arabe ». Et, en ce sens, une véritable bombe géopolitique à retardement.

(article sur l'OTAN sans doute gênant, cela fait presque une heure que j'essaie de le publier bout par bout, alors je le publie en 2 fois, note d'eva). A suivre...

 

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