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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 05:45

12 avril 2012

« Les gens qu’on arrête, c’est grâce à Internet »

http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2012/04/12/les-gens-quon-arrete-cest-grace-a-internet/

"Les gens qu'on arrête, dans la plupart de nos dossiers, c'est grâce à Internet. Si jamais on les empêche d'aller sur Internet, on risque d'avoir du mal à les détecter."

Marc Trévidic est juge d'instruction au pôle antiterroriste du TGI de Paris, président de l'Association française des magistrats instructeurs (AFMI). Auditionné au Sénat par la Commission pour le contrôle de l'application des lois, Marc Trévidic n'a pas explicitement dénoncé l'inanité du projet de loi "renforçant la prévention et la répression du terrorisme", visant notamment à pénaliser la consultation "habituelle" de sites pro-terroristes, se bornant à expliquer ce pour quoi ce type de prohibition ne servirait à rien voire, pis, rendrait encore plus difficile l'identification des personnes tentées par le terrorisme.

Un faits divers = une loi

Quelques heures seulement après l'assaut du RAID, et la mort de Mohamed Merah, Nicolas Sarkozy annonçait que le fait de visiter des sites internet promouvant une idéologie terroriste serait pénalisé. Le Canard Enchaîné a depuis révélé que les écoutes téléphoniques et la surveillance de la ligne Internet de Merah n'avaient rien révélé de suspect, c'est pas grave : un fait divers = une loi, il était urgent de communiquer.

"La DCRI a demandé une vingtaine de fois et a obtenu de Matignon que les conversations téléphoniques et les connexions Internet des membres du clan Merah soient placées sous surveillance. Pourtant, en novembre 2011, “à la demande de la DCRI” elle-même, ces écoutes ont été interrompues"

Dans son avis, très documenté, sur ce projet de loi, le Conseil national du numérique a de son côté conclu qu'il était urgent d'attendre "l’ouverture des débats parlementaires en s’appuyant sur l’expertise des services de police et de gendarmerie spécialisés" avant que de décider de pénaliser le droit de lire.

"On peut déjà tout faire !"

La DCRI et la DGSE, les deux services de renseignement français chargés (notamment) de la lutte contre le terrorisme, ne se prononceront jamais officiellement à ce sujet. Marc Trévidic, lui, l'a fait. Et ses propos tranchent pour le moins avec ce que Nicolas Sarkozy veut faire passer au Parlement :

"Je suis aussi obligé de dire qu'on ne peut pas vraiment avoir beaucoup plus de pouvoirs qu'on en a : on peut à peu près tout faire en terme de pouvoirs d'investigation.

Un juge d'instruction antiterroriste peut sonoriser un appartement, une voiture, faire des écoutes téléphoniques, renouvelées tous les 4 mois, il peut très bien écouter des gens pendant 3 ans si ça lui chante, il fait des perquisitions où il veut quand il veut, peut mettre quelqu'un pendant 4 jours en garde à vue, voire 6 dans certaines conditions particulières…

La loi LOPPSI 2 nous permet d'envoyer des espions dans les ordinateurs pour suivre en direct tout ce qu'il s'y passe… ce sont vraiment des pouvoirs d'investigation qui sont maximum. Je ne vois pas ce que l'on pourrait donner d'autres comme pouvoirs que nous n'ayons déjà. "

A quoi servent les policiers antiterroristes ?

Pour autant, Marc Trévidic ne cache pas qu'il y aurait fort à faire : d'une part, les effectifs antiterroristes ont fondu, d'autre part, ils seraient souvent employés à des tâches ne relevant pas stricto censu du terrorisme :

"Je peux vous assurer que depuis la restructuration des RG et de la DST, qui ont fusionné au sein de la DCRI, les effectifs affectés au département judiciaire -les policiers qui travaillent avec nous- ont fondu. En 2008, on avait à notre disposition entre 60 et 65 fonctionnaires de police au département judiciaire, et maintenant si on arrive à 40 c'est une grande chance.

Des services spécialisés dans la lutte antiterroriste sont très très employés à des tâches qui ne sont pas forcément du terrorisme. Dès qu'il y a un mail de menace, dès qu'il y a le moindre évènement, la moindre alerte à la bombe, on fait systématiquement appel à ces services spécialisés, qui passe leur temps à ça, et ils ont très peu de temps à consacrer aux vrais dossiers terroristes..."

Si jamais on les empêche d'aller sur Internet...

Après avoir rappelé que le Parlement a d'ores et déjà adopté une quinzaine de lois pour lutter contre le terrorisme, David Assouline, le président de la commission sénatoriale pour le contrôle de l'application des lois, a interrogé Marc Trévidic sur "ceux qui disent que la prévention doit aussi passer par la répression et la pénalisation, à l'image de la pédopornographie, de la possibilité de consulter sur Internet", Marc Trévidic explique que ce serait non seulement contre-productif, mais également compliqué :

"Les gens qu'on arrête, dans la plupart de nos dossiers, c'est grâce à Internet. C'est parce qu'ils vont sur Internet, et qu'on les surveille sur Internet, et qu'ils communiquent entre eux, qu'on voit ce qu'ils préparent. Si jamais on les empêche d'aller sur Internet, on risque d'avoir du mal à les détecter. Ca peut paraître contradictoire mais je ne connais pas un dossier depuis 2007 à peu près où on n'a pas arrêté les gens grâce à leur imprudence sur Internet.

Attention : des gens qui ne sont plus sur Internet mais qui ont une volonté de se radicaliser vont peut-être se radicaliser autrement, et on va encore moins les repérer.

Je parle de technique, de ressenti des dossiers : combien de fois c'est parce qu'il y a des policiers qui surveillent Internet qu'on voit qu'il y a des gens qui préparent quelque chose…

Ce sera peut-être utile pour limiter une forme de propagande : le fait de subir un prosélytisme sur Internet est mauvais, ça crée des vocations, d'un autre côté, c'est par le biais de ces sites-là qu'ils prennent contact entre eux, qu'ils fixent des rendez-vous, qu'il y a des recrutements, des contacts, et c'est comme ça qu'on sait ce qu'ils veulent faire, donc je suis assez partagé.

Et même sur un site très intégriste, il y a des forums, des chats, qui ne sont pas intégristes, où des femmes se réunissent pour discuter de l'éducation des enfants… et généralement ce n'est pas la face ouverte qui est la plus intéressante, mais la face cachée : la messagerie privée, où l'on ne rentre que par des codes, et c'est parce qu'on rentre dans ces messageries privées qu'on arrive à savoir ce qu'il se passe exactement."

On n'a jamais arrêté autant de pédophiles que depuis qu'ils communiquent via l'Internet (voir Les pédophiles sont sur le Net. Nous aussi. Et tant mieux.). Et, de même que la prohibition n'a nullement empêché la vente d'alcool -bien au contraire-, ce n'est pas en pénalisant le droit de lire qu'on empêchera les gens, quels qu'ils soient, de chercher à s'informer, communiquer, débattre et échanger.

Tant qu'à parler d'Internet, il serait autrement plus intéressant de savoir ce pour quoi il fallu 5 jours pour obtenir la liste des 576 adresses IP qui avaient consulté la petite annonce postée par le premier militaire à avoir été tué par Mohammed Merah, alors qu'une telle procédure prend normalement de 2 à 48 heures maximum. Il y a, là, probablement urgence à attendre...

 

 

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