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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 16:59

Qatar : "S'ils pouvaient, ils achèteraient la Tour Eiffel"

Créé le 05-04-2013 à 16h48 - Mis à jour le 07-04-2013 à 16h55
Le Nouvel Observateur

L'émirat, qui s'apprête à racheter le Printemps, place des milliards d'euros dans les entreprises tricolores. D'où vient cette passion pour la France ? Et surtout que cache-t-elle ?

L'émir du Qatar reçu à l'Elysée, le 22 juin 2009. (FRANCOIS MORI/AP/SIPA)

L'émir du Qatar reçu à l'Elysée, le 22 juin 2009. (FRANCOIS MORI/AP/SIPA)


Le Qatar, qui s'est déjà offert plusieurs hôtels de luxe français et le Paris-Saint-Germain, s'apprête à finaliser l'acquisition des grands magasins du Printemps. L'origine précise des fonds qataris reste inconnue, et le rachat s'est fait dans la plus grande discrétion... Le 3 janvier, "le Nouvel Observateur" publiait une enquête sur la passion de l'émirat pour la France.

 

Dans l'antichambre du juge suprême, l'attente est longue, pas franchement conviviale. Une grappe de barbus en dishdasha - l'élégante tunique des Bédouins - devisent à voix basse. Pas un regard, ni pour l'employé indien chargé d'étancher leur soif, ni pour la femme venue, non voilée, interviewer leur patron. Le docteur Ali ben Fetais al-Marri, procureur général du Qatar, quatrième personnage le plus puissant de l'Etat.

Il s'avance dans son bureau vaste comme une salle de bal, cuir et tentures crème et baies vitrées plongeant sur les gratte-ciel de West Bay sortis du désert. Prunelle de Sioux, sourire enjôleur, il prend place sous la photo de l'émir et commande du thé au thym. Au Qatar, il faut tout son temps pour parler de la France. Clermont-Ferrand, Besançon, Saint-Malo, Avignon, Paris, le procureur la connaît par coeur pour y avoir étudié douze ans, jusqu'au doctorat de droit. Il aime tout en elle : "Napoléon, de Gaulle, le Louvre, les fromages..." Il en a rapporté nombre d'ouvrages anciens qui trônent dans sa bibliothèque, à côté d'une kalachnikov en or offerte par Saddam Hussein.

Les amis Juppé, Villepin et Sarkozy

Il s'y est aussi fait beaucoup d'amis, des plus modestes qui, à 20 ans, ignorant tout de son pays, l'appelaient "le Cathare", aux plus célèbres, comme Juppé, Villepin ou Sarkozy qui, en 2008, l'a nommé chevalier de la Légion d'honneur. Son Excellence sait tout : comment les Guignols de Canal+ caricaturent son pays, comment la presse hexagonale l'a soupçonné - "à tort", s'amuse-t-il - d'être le père de Zohra Dati, et comment elle s'émeut ces temps-ci de ce poète qatari emprisonné à vie pour avoir produit quelques écrits appelant à renverser la famille régnante, les Al-Thani. Le docteur Al-Marri veut bien répondre à tout mais demande s'il peut, à son tour, poser une question :

Pourquoi les Français sont-ils comme ça, si méfiants ? Pourquoi avoir peur des gens qui veulent investir chez vous ?"

Les dirigeants qataris n'ignorent rien de la vague de défiance qu'ils suscitent en France. L'argent, l'islam, tout ce qu'ils symbolisent alimentent la machine à angoisses. Dans les cercles intellectuels, économiques, diplomatiques... on s'interroge sur les intentions de cet Etat, guère plus grand que la Corse et peuplé d'à peine 250.000 nationaux wahhabites, qui conquiert de belles enseignes - le PSG, le Royal Monceau, le Martinez (et bientôt peut-être le Crillon) -, mais aussi des fleurons de l'économie : Lagardère (12%), EADS (6%), Total (4%), Vinci (5%), Veolia Environnement (5%), Vivendi... Sans parler de ses projets, contrariés in extremis, de s'immiscer dans Areva et dans les banlieues françaises. Et de son entrée dans l'Organisation internationale de la Francophonie. La presse s'inquiète ; un député UMP, Lionnel Luca, a demandé en vain l'ouverture d'une enquête parlementaire sur le Qatar.

Les infirmières bulgares, le PSG, la grippe A…

Tout ce "bruit politico-médiatique" n'assombrit pas le beau sourire de son ambassadeur en France. "Encore une exception culturelle française, soupire Mohamed al-Kouwari, en sirotant sa tasse de thé. Ni le Royaume-Uni, qui a cédé des pans de son économie aux Qataris (Harrods, 15% du London Stock Exchange, Salisbury, le village olympique...), ni l'Allemagne (où l'émirat a investi dans Volkswagen, Porsche, le géant du BTP Hochtief) ne font de telles manières. Qu'ils geignent, les Français, en oubliant que le Qatar a beaucoup payé pour eux, des infirmières bulgares à la guerre en Libye, du PSG dont personne ne voulait aux vaccins invendus de la grippe A. Qu'ils fassent leurs fiers !

En attendant, le monde entier - et nombre de leurs compatriotes - se presse à Doha pour tenter de décrocher les chantiers pharaoniques lancés par la famille Al-Thani en prévision de la Coupe du Monde de football 2022, discuter du sort de la Palestine ou de la Syrie, assister aux conférences sur l'éducation, l'environnement, la corruption, le dopage, la démocratie... Et tant pis si les leçons professées valent surtout pour les autres.

Ban Ki-Moon, David Guetta, Tariq Ramadan...

Ici, tout est possible. On peut croiser Ban Ki-moon et Moussa Koussa, l'ex-ministre des Affaires étrangères de Khadafi, sulfureux protégé - parmi d'autres - de l'émirat ; David Guetta, qui mixe souvent dans les palaces, et Tariq Ramadan, qui enseigne à la Qatar Foundation ; la fille de Ben Ali et la veuve de Saddam Hussein, toutes deux exilées dans de belles villas. Avant Noël, c'était Nicolas Sarkozy qui paradait au forum Doha Goals, à côté de son ancien rival Richard Attias et de son ex-épouse Cécilia. Et, sur la terrasse du Ritz Carlton, Dominique de Villepin, désormais conseil du fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA), profitait encore de la tiédeur de Doha.

En janvier dernier, pour sa première visite dans le Golfe, François Hollande s'est rendu à Abu Dhabi, mais ne s'est pas arrêté à Doha, soucieux d'en finir avec le "tout Qatar" de son prédécesseur et de renouer des liens forts avec le frère ennemi d'Arabie saoudite. Dans l'émirat, on se fait fort de le séduire. Qui peut résister au charme et à l'argent de la tribu Al-Thani ?

  • François Hollande et l'émir du Qatar, à l'Elysée, le 22 août 2012. (Jacques Brinon/AP/SIPA)

Dès le 6 mai 2012, avant même l'annonce de la victoire de Hollande, le Qatar a témoigné son empressement au nouveau président français. "Ses proches ont été assaillis de coups de fil, raconte un diplomate. Les Qataris souhaitaient s'assurer de la continuité des liens." Un mois après, le 7 juin, François Hollande recevait à l'Elysée le Premier ministre Hamad ben Jassem al-Thani, dit "HB J", cousin de l'émir. Les deux hommes s'étaient discrètement rencontrés durant la campagne, grâce à Mohamed al-Kouwari, qui avait bien entendu préparé avec soin l'alternance. Neuf ans que M. l'ambassadeur tisse sa toile dans la vie politique française, à coups de déjeuners au Fouquet's, de petits cadeaux chez Hermès, de remises de prix de la "diversité", de la "culture", de la "poésie"... avec quelques chèques de 10.000 euros à la clé. Qui, à part Stéphane Hessel [mort le 27 février 2013, NDLR], les a déjà refusés ?

"Il faut mettre le regard sur ce monsieur"

Se créer des obligés, c'est la marque de fabrique des Qataris, l'une des clés de leur succès. Et, à ce jeu-là, Al-Kouwari est un as. Personne n'est jamais négligé, à droite comme à gauche. Et s'il faut convaincre Marine Le Pen, l'ambassadeur s'y attellera (il lui a envoyé une invitation pour rencontrer l'émir). Dès 2006, il est allé rendre visite à François Hollande au siège du Parti socialiste ("J'ai aussitôt dit au gouvernement, se souvient le diplomate : 'Il faut mettre le regard sur ce monsieur'") sans réussir à le faire venir à Doha. Mais tous ses camarades socialistes, eux, ont fait le voyage, Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, Najat Vallaud-Belkacem, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Laurent Fabius... L'un des intimes du président, Me Jean-Pierre Mignard, a même accepté, en 2010, d'être l'avocat de l'ambassade "sur les questions culturelles".

Ainsi, le Qatar compte presque autant d'amis en hollandie qu'il n'en avait en sarkozie. Et il n'a jamais eu autant de projets pour la France. Outre les 150 millions d'euros attribués au fonds PME, 10 milliards d'euros d'investissements sont annoncés dans des groupes tricolores, sans compter des subventions pour des associations à but social, une Maison du Qatar à Paris (que l'émirat confierait bien à ... Ségolène Royal), une version d'Al-Jazeera dans la langue de Molière, et pourquoi pas des écoles françaises, dans le Golfe et en Afrique, sur le modèle du lycée Voltaire de Doha

"La France, c'est l'amour et les investissements"

"La France, pour nous, c'est l'amour et les investissements", jubile M. l'ambassadeur. C'est aussi une liaison de quarante ans, lorsque, en 1971, à peine libéré du joug britannique, l'émirat coincé entre deux géants hostiles, l'Iran et l'Arabie saoudite, décide de se tourner vers Paris. Une aubaine pour la France qui, dans cette région du monde, n'a guère d'influence. La coopération militaire ne cessera de se renforcer.

A cette époque, en 1976, un professeur de lettres, Pierre Larrieu, est contacté par l'attaché culturel de l'ambassade de France à Doha, pour "introduire le français au Qatar". La ville ne compte alors qu'un hôtel, des maisons de pêcheurs et à peine quelques centaines d'étrangers attirés par les champs de pétrole. La découverte récente du plus grand gisement gazier du monde, North Field, sous les eaux du golfe Persique, n'est encore qu'une promesse de richesse. Pierre Larrieu est présenté au fils de l'émir, un chaleureux gaillard de 25 ans, alors engagé dans l'armée. Hamad ben Khalifa al-Thani veut apprendre le français.

"Il est tombé amoureux de cette langue qui chante", se souvient le professeur. Le prince est francophile, et son coup d'Etat en 1995, contre son père, renforcera encore ses sentiments. Jacques Chirac reconnaît sans sourciller le nouvel émir, et une compagnie française, Total, l'aide à réussir le pari fou qu'il mène pour extraire et exporter l'or bleu de North Field.

L'été dans les Ardennes

Les Al-Thani, cette tribu méprisée du Golfe, retrouve enfin son honneur. Plus personne n'osera demander à Hamad si son pays existe sur la carte. "L'émir m'a encore récemment parlé du rôle que nous avions joué dans la prospérité de son pays, confie Stéphane Michel, directeur général de Total dans l'émirat. Les Qataris sont des gens incroyablement fidèles quand on ne leur fait pas défaut."

Les liens avec la France se renforcent, ce qui n'empêche pas l'émirat de s'allier avec les Etats-Unis en accueillant, en 2002, la plus grande base militaire américaine en plein désert. Pierre Larrieu continue d'apprendre le français à l'émir, à sa seconde et seule épouse publique, la cheikha Moza, à son Premier ministre, à ses généraux et à une bonne partie de ses vingt-quatre enfants.

L'été, les héritiers sont envoyés dans les Ardennes, chez des professeurs de sport belges exilés au Qatar, avec qui Hamad, jeune, jouait au tennis et qu'il a chargé du "développement de la gymnastique dans l'émirat". Pierre Larrieu peaufine aussi son enseignement lors des virées des Al-Thani à Paris et de leurs voyages en jet privé entre Rome, Miami et Tahiti. Certains sont doués, en particulier le prince héritier, Tamim, qui dévoilera son excellent français, lors du discours de candidature du Qatar à la Coupe du Monde de football.

Parler français, c'est chic

Parler français, c'est chic, comme de s'habiller en Chanel ou en Dior. C'est aussi un choix politique. "Lorsque l'émir décide, en 2003, d'envoyer son fils Joaan à Saint-Cyr[alors que ses aînés ont été formés à l'Académie royale militaire de Sandhurst, au RoyaumeUni], c'est un signe fort, un moyen de renforcer nos accords militaires", se rappelle Michelle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense. Dans les brumes de Coëtquidan, les premiers temps sont rudes. Le prince ne pense qu'à retrouver son désert, grimper les dunes en 4x4, chasser avec les faucons ou rejoindre, d'un coup de Falcon, les clubs londoniens.

Mathieu Guidère, islamologue réputé, est alors chargé par le ministère de la Défense de "lui faire aimer la France" : "C'est un tournant, explique le professeur agrégé d'arabe. Jusqu'en 2003, les Qataris, très tournés vers la Grande-Bretagne, ne connaissaient pas grand-chose de l'Hexagone." Joaan n'entend rien à l'histoire de France, mais comme il "s'identifie bien à la période monarchique" son tuteur l'emmène à Versailles et sur les traces des batailles napoléoniennes.

Personne ne sait qui il est : la discrétion est dans l'ADN de ces richissimes Bédouins qui craignent, à chaque instant, pour leur sécurité. Au volant de sa Mercedes McLaren à 1 million de dollars, le jeune Al-Thani découvre aussi les palaces et les restaurants étoilés. Il y reviendra avec le prince héritier Tamim, et sa soeur, la cheikha Al-Mayassa, qui, à son tour, étudiera en France, à Sciences-Po, avant de faire son stage à Canal J, chez Lagardère. Jean-Luc, ami fidèle de l'émir, n'est malheureusement plus là. Mais la princesse a table ouverte chez Marie-Laure et Dominique de Villepin, le héros des Al-Thani depuis son discours sur la guerre en Irak.

Porsche et chameaux

A cette époque, la famille royale achète plusieurs hôtels particuliers dans la capitale, dont l'hôtel d'Evreux, place Vendôme, pour 230 millions d'euros, un château en Loire-Atlantique, quelques somptueuses propriétés à Mouans-Sartoux, près de Grasse... QIA, qui a pour mission de préparer l'après-gaz en injectant ses fonds dans le monde entier, est installé dans l'hôtel de Coislin, place de la Concorde. Là, dans ce bijou du XVIIe siècle, sécurisé comme un coffre-fort, l'émir qui aime tant les déjeuners dans les brasseries parisiennes s'est réservé une pièce pour faire sa sieste.

Le 14 juillet 2007, tandis que son fils Joaan défile sur les Champs-Elysées, il glisse à Sarkozy : "Vous savez, notre fête nationale à nous sera bientôt aussi belle." Inspiré par les cérémonies tricolores, décidé lui aussi à renforcer le patriotisme dans son petit pays en proie aux divisions tribales, le cheikh Hamad demande que l'on écrive pour son pays un hymne plus long et plus chantant. Désormais, le 18 décembre, jour de la fête nationale qatarie, les militaires aussi paradent sous des pluies de drapeaux... au milieu des Porsche et des chameaux.

  • L'émir du Qatar assiste avec Nicolas Sarkozy et François Fillon au défilé militaire, le 14 juillet 2007. (WITT/SIPA)

"Le Qatar est sincèrement fasciné par la France, il n'existe aucun équivalent dans le Golfe, insiste la politologue spécialiste de la péninsule Arabique, Fatiha Dazi-Héni. Ils veulent être comme nous, ils tentent de s'acheter une histoire, une culture, un passé." Dans ce pays capable de reconstituer un souk en prenant le soin de faire pendre de faux fils électriques pour lui donner un semblant d'authenticité, la french touch est le must absolu.

La Maison du Caviar, Lenôtre, Ladurée, Cartier…

La Maison du Caviar, Lenôtre, Ladurée, Cartier, les Qataris désormais ont tout. Et même un Cézanne, "les Joueurs de cartes", acheté 191 millions d'euros. Jean Nouvel construit leur Musée national, Guy Savoy a ouvert un restaurant sur le complexe dont ils sont si fiers, The Pearl ; Laurent Platini, fils de Michel, s'occupe de leurs investissements sportifs, Charles Biétry, l'ancien de Canal+, directeur d'Al-Jazeera Sport France, Djamel Bouras, le judoka, de leur jeunesse - en tant que conseiller du prince héritier -, et un ancien de LVMH, Grégory Couillard, se charge de leur bâtir un empire du luxe. Il dirige aussi Le Tanneur, racheté par la cheikha Moza qui avait, lors d'un thé avec Carla Bruni, apprécié un sac de la marque et écouté l'histoire centenaire de cette entreprise de maroquinerie menacée par la crise.

"Les Al-Thani se prennent pour les rois du monde, observe un diplomate. S'ils pouvaient, ils achèteraient le Louvre, la tour Eiffel, la Bibliothèque nationale..." Lors de son séjour à l'hôtel Meurice, au printemps dernier, la cheikha Moza ne s'est pas contentée d'aller rendre visite à son coiffeur préféré, Christophe Robin, elle a aussi participé à une longue réunion, à SciencesPo. Sa dernière lubie ? Installer, dans l'émirat, une école de droit à la française. C'est la Sorbonne qui devrait finalement remporter la mise. A condition que la faculté s'accroche.

Les nouveaux "rois du monde"

Car les Qataris, jadis peu regardants sur les dépenses, sont devenus durs en affaires. "Ils sont très pro. Ils cherchent l'excellence et la rentabilité", décrypte le directeur de HEC, Bernard Ramanantsoa. Lui seul a réussi à s'implanter à Doha, alors que les autres projets de partenariats avec l'Insead, Saint- Cyr, l'Institut Pasteur n'ont pas abouti. HEC forme chaque année une trentaine d'élèves en master, dont la moitié de Qataris. Une goutte d'eau tricolore au milieu de l'océan de facs américaines qui ont ouvert à Education City, l'immense campus voulu par la cheikha Moza.

  • L'émir du Qatar et son épouse, la cheikha Moza, en Thaïlande en 2006. (Nivière/Meigneux/SIPA)

Elle et son mari n'ont qu'une obsession : construire au plus vite une élite qatarie. Car ces nouveaux "rois du monde", comme les appelle, avec un brin d'ironie, un ancien diplomate en poste à Doha, sont pour l'instant dépendants des étrangers, consultants, juristes ou ingénieurs qui, aux côtés des hordes d'ouvriers venus d'Asie, représentent 80% de leur population. Inacceptable pour un pays qui prétend désormais discuter d'égal à égal avec les grandes nations. La "qatarisation" décrétée par l'émir, qui vise à imposer des quotas de nationaux dans les secteurs public et privé en obligeant notamment les entreprises étrangères à les former, prendra du temps.

Les jeunes Qataris, choyés au berceau par leur famille et par l'Etat qui leur offre des dizaines de subventions (à l'occasion de leur naissance, de leurs études ou de leur mariage...), ne sont pas des foudres de guerre. Et malgré tous les efforts des Al-Thani pour les mettre au sport, les éloigner de la junk food et des écrans plats, qu'ils consomment même quand ils partent le week-end, dans le désert, sous leurs tentes climatisées, beaucoup sont diabétiques et obèses. Ils souffrent aussi de nombreux handicaps, dans un pays où plus de 50% des mariages sont consanguins. Un fichier génétique national est en train d'être constitué, pour tenter de limiter les dégâts.

"Vous êtes un pays d'arriérés"

"Vous êtes un pays d'arriérés, a dit la cheikha, un jour de 2010, à un politique français. Vous ne savez pas vous ouvrir au monde." Le Qatar est-il, lui-même, si tolérant ? Ici, un ouvrier pakistanais n'est qu'un sous-homme. Et un expatrié, soumis à un sponsor qatari qui détient au minimum 51% du business, peut être expulsé du jour au lendemain. Pour un excès de vitesse sur la corniche de Doha, un mot déplacé envers un important, un sujet de recherche délicat. Il y a deux ans, une sociologue française qui s'intéressait aux bidouns, ces apatrides du Golfe exclus de la société qatarie, a été expulsée manu militari.

Les Al-Thani clament : "We are ready for democracy", mais les élections législatives, promises de longue date, n'ont toujours pas eu lieu, la liberté de la presse est une fiction. Au royaume de la cheikha Moza, triomphante épouse d'un mari polygame, les femmes portent sous leur abaya des lingeries fines mais doivent regarder "Titanic" expurgé, par la censure, des baisers de Leonardo. Les chrétiens peuvent aller prier à l'extérieur de Doha, dans l'église spécialement bâtie pour eux, mais les sapins de Noël sont déconseillés dans les lieux publics.

"Dehors les étrangers", clament régulièrement les imams. Dans les majlis, ces conseils où l'on discute entre hommes, l'"activisme" et l'"occidentalisme" d'Hamad et de la cheikha sont régulièrement critiqués. La Coupe du Monde de 2022 fait déjà peur. L'alcool, les prostitués, les dérapages... Doha perdra -t-il son âme ? "Nous ne voulons pas devenir comme Dubaï ", disent nombre de jeunes Qataris. La modernité oui, mais sans abandonner leurs racines. Ils ont raison de s'interroger et d'être vigilants. Au Qatar comme en France, les investissements étrangers ne sont pas sans influence.


Sophie des Déserts - Le Nouvel Observateur


(Article publié dans "le Nouvel Observateur" du 3 janvier 2013).

 

http://tempsreel.nouvelobs.com

23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 02:12

 

   
USA

USA : Pire que Chutzpah !

Traduit par Dominique Arias

CHUTZPAH : désigne le dernier degré de l'arrogance, de l'impudence, de la plus totale absence de honte ou de scrupules. Synonyme généralement péjoratif d'audace, d'insolence, d'impertinence, il cesse d'être péjoratif dans les milieux où l'impudence est de règle... En hébreu, le mot chutzpah marque une indignation envers quelqu'un qui a dépassé outrageusement et sans vergogne les bornes du comportement acceptable.

Quand on voit la Secrétaire d'État Hillary Clinton et le président Barack Obama, l'air grave et offusqué, mettre en garde la Syrie contre un recours aux armes chimiques, « totalement inacceptable » selon Obama, ou « qui passerait la ligne rouge et dont les responsables auraient à en répondre » selon H. Clinton, et qu'on voit le New York Times [comme la plupart des médias occidentaux] et tout l'establishment occidental reprendre et soutenir ces déclarations, on reste baba devant une aussi époustouflante hypocrisie. Alors que les États-Unis, précisément, détiennent le record d'utilisation des armes chimiques dans le monde, se sont toujours opposés à la signature d'accords internationaux visant à en interdire l'utilisation, et utilisent aujourd'hui régulièrement leur armement à uranium appauvri (armement à la fois nucléaire et chimique, dont le nombre et le type de victimes va bien au-delà des cibles directes) dans tous les conflits qu'ils déclenchent ! L'utilisation massive d'Agent orange au Vietnam ou de munitions au phosphore blanc en Irak, tout le monde connait, non ? Serait-il possible que seuls Clinton, Obama et les médias occidentaux ne soient pas au courant ? Ou doit-on y voir une fois de plus la seule arrogance du pouvoir et cette conviction qu'il ne saurait y avoir de moralité ou de droit international que lorsque l'ennemi fait quelque chose de choquant ?
4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 00:59

 

Notes sur un moment de blues

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par Philippe Grasset, Dedefensa

Penture de Jason de Graaf

Penture de Jason de Graaf

 

Il y a divers signes, en même temps que d’éventuelles impressions subtiles, selon lesquels il existe une profonde incertitude de quelques-unes de nos têtes pensantes et diverses, du bloc BAO1 qui conduit les opérations visant à installer un monde nouveau. Même si l’on ne cite que “quelques-unes de nos têtes pensantes et diverses”, nous aurions l’entraînement intuitif (à peine) de croire qu’elles ne font que refléter un état général de “fatigue” de la psychologie.

Cela signifie-t-il des changements de politiques, un grand changement politique ? Nous y viendrons plus loin mais il ne nous semble pas qu’il faille aller trop vite dans ce sens… Un désir de changement, certes, mais pourquoi (quelle autre politique ?), et au nom de quoi, alors qu’on a tant exalté ce qu’on a fait et la façon dont on l’a fait. C’est-à-dire qu’il y a la politique-Système qui veille.

…Bref, nous allons citer trois de ces “têtes pensantes”, parmi lesquelles deux françaises, parmi lesquelles celle de BHL, – tout cela en mode crescendo après tout.

Notre force incroyable est fort limitée

La première réflexion de la sorte nous vient du président Obama, qui, selon ses propres termes, “se débat” avec la question syrienne, et plus précisément la question de l’intervention en Syrie, – notamment et précisément, militaire et US à la fois. BHO, c’est le moins qu’on puisse dire, et cela étant dit officiellement, n’est pas chaud du tout. Le site Breitbart.com, reprenant AFP, nous restitue les extraits de l’interview de BHO à The Nation, qui concernent cet aspect des choses (le 28 janvier 2013.

Penture de Jason de Graaf

Penture de Jason de Graaf

«“ Dans une situation comme celle de la Syrie, je dois me demander si nous pouvons changer les choses” […] “Une intervention militaire servirait-elle à quelque chose? Quel impact cela aurait-il sur notre capacité à maintenir les troupes qui sont encore en Afghanistan? Quelles seraient les conséquences de notre engagement sur le terrain? Cela entraînerait-il plus de violence ou l’utilisation d’armes chimiques? Qu’est-ce qui nous offre les meilleures chances d’un régime stable après Assad? Et comment mesurer l’importance des dizaines de milliers de morts de Syrie face aux dizaines de milliers de morts du Congo? »

»“Et je dois constamment évaluer où et quand les États-Unis peuvent intervenir et agir d’une manière qui réponde à notre intérêt national, nos impératifs de sécurité et corresponde à nos idéaux supérieurs et à nos préoccupations humanitaires,” a dit Obama. “Et je me débats avec ces décisions, je suis plus conscient sans doute que la plupart des gens de notre puissance et de nos compétences incroyables mais aussi de nos limites,” a-t-il ajouté.»

Obama, cool mais blues

C’est certainement la première fois que le président Obama affiche officiellement une telle réticence pour une intervention en Syrie, et c’est d’une certaine façon la première fois depuis que les USA sont au pinacle de l’hégémonie qu’on sait, qu’un président parle, à côté de “l’incroyables puissance et compétence” des forces US, de leurs “limites”…

Cela ne veut pas dire qu’Obama est devenu un pacifiste, ou qu’il est soft sur les questions de sécurité nationale. Cela veut dire qu’il sait compter et que, s’il le faut, on comptera pour lui… (Voyez la question des porte-avions de l’U.S. Navy, ou bien l’avis des chefs militaires sur ce que constituerait une campagne même uniquement aérienne contre la Syrie.)

L’événement est discret mais c’est bien un événement… Et alors, c’est bien un événement dépressif, même cool, comme le président US sait si bien l’être : cool mais blues.

Assad, l’homme qui ne voulait pas ne pas exister

Passons à un autre domaine, celui de la vaillante diplomatie française. Depuis quelques années, qui commencent à faire long, les ministres se succèdent et chaque fois l’on se demande si ce n’est pas le pire qu’on ait eu. Fabius est sur les rangs.

… Il est sur les rangs, mais il doit en rabattre. Assad, l’homme qui ne mérite pas d’exister, selon les termes diplomatiques qu’il faut paraît-il savoir lire entre les lignes, Assad est toujours parmi nous. PressTV.com a relevé des déclarations de Fabius, décrit comme “frustré” par l’absence de chute d’Assad, pourtant annoncé d’une façon assuré depuis de nombreux mois, et encore réaffirmée en décembre. (Le 25 janvier 2013.)

«La France dit que les choses ne se sont pas développées en Syrie selon ses attentes, à savoir que les président Bashar al-Assad n’est pas tombé. Le ministres des Affaires Etrangères, Laurent Fabius a dit jeudi, “Les choses n’avancent pas. La solution que nous espérions, c’est à dire la chute de Bashar et l’arrivée de la coalition (opposition) au pouvoir ne s’est pas produite.” En décembre 2012, Fabius avait dit que  » la fin approchait » pour le président syrien. Il a aujourd’hui grandement changé de position sur la crise en Syrie en disant que les efforts pour renverser le gouvernement syrien ne mènent nulle part …»

BHL gaulliste ou l’enthousiasme bien tempéré

Mais Fabius n’est que Fabius et rien de plus. Le morceau de roi, du côté français, c’est ici et maintenant… Sur BFMTV, le 28 janvier 2013, à 19H00, Ruth Elkrief recevait, jusqu’à 19H30, l’indépassable BHL. On invitait notre-Penseur à nous faire don de sa pensée sur le Mali, sur les suites de la Libye, sur la Syrie éventuellement et ainsi de suite. Nous ne le citerons pas précisément, lui qui, pour une fois, ne fut pas vraiment tranchant ni bombastiquement éloquent ; nous tiendrons cet effacement si inhabituel, cette modestie rhétorique si remarquable – ainsi qu’une mine un peu défaite, une chemise certes ouverte mais comme un peu fatigué, une permanente “coup de vent” un peu en désordre, comme si le vent ne savait plus dans quelle direction souffler, – nous tiendrons tout cela, enfin, pour des indications assez sérieuses, bien plus sérieuses que toutes les analyses et synthèses d’experts du monde, pour sentir le climat et les tendances des choses. Rien ne vaut, en effet, un avis de BHL, notre-Penseur, pour humer le climat et les tendances du jour ; c’est dire que climat et tendances sont, d’une façon peut-être surprenantes pour certains, assez piètres.

Sur le Mali, BHL fut d’un enthousiasme réglementaire mais, comment dire ? Un peu, – non, très contraint, et manquant de feu. Sur les suites de l’affaire libyenne et sur la situation en Libye, notre-Penseur fut également assez fuyant, confus, bref  loin d’être au mieux de sa forme verbeuse. On a l’impression que la situation historique de ces choses en prend allégrement un peu trop à son aise par rapport aux consignes de BHL…

En fait, la cerise sur le gâteau que nous avons pu déguster, c’est dans la citation d’un nom qui revint le plus souvent dans la bouche de BHL (quatre ou cinq fois nous semble-t-il, dont une fois indirectement) : de Gaulle soi-même, parfois accompagné de son alter-ego d’outre-Rhin Adenauer, de Gaulle baptisé de facto grand Européen et surtout “grand romantique européen” (écoutez le général se tenir les côtes de rire !)… Apostrophant Elkrief, notre-Penseur retrouvait son ton prophétique : «Vous croyez que de Gaulle n’était pas un romantique ?!…» (en réconciliant la France et l’Allemagne et en créant, paraît-il et selon une formule éclairante, “un espace démocratique”). Si on lui dit que lorsque la France combat au Mali ceux qu’elle soutient en Syrie (dito, les islamistes), c’est qu’une question préoccupante se pose sans aucun doute, notre-Penseur répond, toujours avec sa référence impeccable : «La question qui se pose c’est que l’histoire est tragique, comme disait l’un des romantiques que je citais à l’instant [de Gaulle] et alors il n’y a pas de solution simple, cela ne se fait pas avec une calculette l’histoire…».

Tristesse de BHL et 2ème REP sur Tombouctou

La tristesse de BHL, ce lundi soit sur BFMTV, était bien que cette “grande victoire française au Mali” (la prise de Tombouctou venait d’être annoncée) ne fût pas une victoire européenne, puisque tous les Européens avaient applaudi la France et qu’aucun n’était venu à ses côtés. Cela, pour expliquer ce qui précède et le subit accès de gaullisme, de Gaulle enrôlé sous la bannière de l’Europe devenue emblème de “l’histoire est tragique”, car selon BHL la “victoire française” était sans doute digne d’un de Gaulle, et aucun Européen sauf la France et de Gaulle (et lui-même, BHL) ne s’en est vraiment montré digne. Et BHL de saluer in fine l’exploit du 2ème REP (légionnaires parachutistes) sautant près de Tombouctou, selon une bonne vieille tactique qui avait fait ses preuves à Kolwezi en 1978 ; l’air de dire, BHL, que l’Europe du “romantique de Gaulle” c’est bien cela, un REP sautant sur une ville en plein territoire ennemi. (Tout de même, de Gaulle ne s’était pas gêné pour faire dissoudre par l’ex-légionnaire Messmer au garde-à-vous l’unité-soeur du 1er REP après le putsch d’Alger du 21 avril 1961.)

…Et BHL, 2ème REP en sautoir, de vilipender ceux qui, dans les couloirs du Parlement, à Bruxelles, agitent leur petit sablier en disant “Europe ! Europe !”, et se gardant bien d’agir. Devenu parfait gaulliste, notre-Penseur ne paraphrasait-il pas ainsi son grand ancien qui, lui, vilipendait ceux qui sautaient comme des cabris sur leurs chaises en criant “Europe ! Europe !” ? Mince alors ! BHL, gaulliste et souverainiste…

(PS intermédiaire et stupéfait de l’auteur de ces lignes : et même, je le jure, presque royaliste, puisque citant avec quelle chaleur Chateaubriand l’Européen volant au secours de la Grèce, avec Lord Byron et son luth…)

Victoire, fuyons ?

Mais laissons de côté cette confusion diverse, dont BHL, notre-Penseur, est l’incomparable virtuose, tout en affirmant bien haut que cette confusion-là a une signification qui n’est pas sans intérêt. Ces quelques petits faits, glanés ici et là, de la Maison-Blanche à BFMTV, trahissent une sorte de “fatigue” expéditionnaire paradoxalement mise en évidence par l’affaire malienne, dont le déroulement opérationnel est pourtant proclamé comme très satisfaisant, sinon brillant. (Voir le compte-rendu du spécialiste Jean-Dominique Merchet, le 28 janvier 2013.)

Il n’empêche que certains ont une toute autre interprétation des récentes avancées opérationnelles françaises, avec les commentaires qui les accompagnent (ceux de Hollande), et les voient comme le signe du contraire de la poursuite de la boulimie expéditionnaire du bloc BAO. Sur Antiwar.com, Jason Ditz estime, le 29 janvier 2013, que la France est en train de repenser son engagement au Mali et de préparer plutôt un désengagement précoce, au contraire des affirmations du ministre français de la défense qui avait annoncé une “reconquête totale” du Mali…

«Officiellement, les officiels français parlent de grande victoire et Le Drian dit que l’objectif de prendre le contrôle des centres de population du nord a été atteint même si les troupes n’ont pas été plus loin que Tombouctou et que les 2/3 du pays sont encore aux mains des rebelles. En fait ce changement est le résultat des critiques qu’a essuyées la France à cause des civils tués et du fait que, comme les officiels l’ont reconnu, le combat est plus difficile qu’ils ne s’y attendaient. Cela laisse à penser que la France reconsidère cette guerre, qui pour elle devait être une épopée glorieuse de quelques semaines, et revient sur son engagement de faire du Mali une démocratie entièrement débarrassée du terrorisme.»

Le “néo-isolationnisme” du reflux

Ainsi sera-t-il bien difficile de s’ôter de l’esprit, sans qu’il soit nécessaire de prendre tel ou tel parti et de faire telle ou telle prévision, l’hypothèse que le désordre règne à nouveau mais comme d’habitude dans les rangs du bloc BAO, sous la forme de doutes divers et d’un blues persistant ; et, aussi, pour aller plus loin, que ce désordre naît d’abord de la contradiction entre une politique qui semble se conduire d’elle-même et sans vraiment consulter les dirigeants politiques et autres exécutants, – cette politique-Système du bloc BAO que les Russes ne parviennent pas à comprendre mais dont ils se gardent de plus en plus, – et les diverses situations intérieures du bloc BAO.

Du côté US, il est manifeste que la tendance au retrait, au reflux, à l’“isolationnisme” ou plutôt de cette catégorie inattendue qu’on nommerait “néo-isolationnisme”, ne cesse de s’affirmer. Des articles, de fidèles du pouvoir en place, dans une feuille également fidèle, le Washington Post, ne cessent de s’empiler pour faire de la confirmation attendue de Chuck Hagel au Pentagone un signe de plus en plus évident d’une volonté de désengagement.

Ainsi d’un autre ténor bombastique du monde médiatique, aux USA cette fois, le renommé et très opportuniste Bob Woodward. Dans son article du 28 janvier 2013, Woodward nous fait des révélations sur le thème “pourquoi Obama a choisi Hagel” («Why Obama picked Hagel»)… Révélation, sans aucun doute, et lourdement appuyée comme telle dans sa présentation, dans ce récit qui commence son article, et qui, selon les habitudes de Woodward, représente sans aucun doute un message que le pouvoir en place entend faire passer, nettement et clairement…

«Au cours des premiers mois de la présidence d’Obama en 2009, Chuck Hagel, qui venait d’achever ses deux mandats de sénateur étasunien, est allé à la Maison Blanche pour voir les amis qu’il s’était fait pendant ses quatre années de sénateur. Alors le président Obama lui a demandé, qu’est-ce que vous pensez de la politique étrangère et de la Défense?

»Hagel a raconté plus tard, et nous le mentionnons ici pour la première fois, qu’il a répondu à Obama: “Nous vivons à l’époque d’un nouvel ordre mondial. Nous le ne contrôlons pas. Vous devez tout remettre en question, chaque assomption, tout ce qu’ils” —l’armée et les diplomates — “vous disent. Une assomption vieille de 10 ans est dépassée. Vous devez remettre votre rôle en question. Vous devez remettre l’armée en question. Vous devez remettre en question l’utilisation que nous faisons de l’armée …”»

Le reste du “message”, cette fois exprimé d’une façon concrète, sans l’aide d’aucune anecdote qui serait une révélation en prime time, se trouve disséminé au long de l’article de Woodward. Il peut finalement être résumé par ces deux très courts paragraphes, qui révèlent la substance de ce que seraient les intentions d’Obama derrière la nomination de Hagel :

«Et donc certains pensent que le rôle des Etats-Unis doit être réévalué avec soin — ce n’est pas une question de choix mais de regarder la réalité en face; l’armée doit être traitée avec un profond scepticisme, une grande partie de la stratégie de l’armée et des Affaires Etrangères est basée sur une façon de voir dépassée; et on devrait éviter les bourbiers comme l’Afghanistan… […] Si la nomination de Hagel est confirmée, comme cela semble vraisemblable, lui et le président consacreront une grande partie de leurs efforts à naviguer sur ce nouvel ordre mondial. Eviter la guerre est directement lié à la crédibilité de la menace d’une déclaration de guerre.»

Hagel comme Eisenhower-1956

Puis on complétera le tableau par un autre article, d’une autre plume fidèle du pouvoir en place à Washington, David Ignatius, dans le même Washington Post au garde-à-vous. Il s’agit d’un article du 25 janvier 2013, également sur Hagel qui, décidément, tient la vedette ces temps derniers.

Le titre nous ramène à bien longtemps en arrière, au “temps béni de la fin des colonies”, à cette affaire de Suez qui fit couler beaucoup d’encre sous les ponts… “Ce que la crise de Suez peut nous rappeler à propos de la puissance US”, dit le titre de l’article d’Ignatius, qui célèbre Hagel comme un homme dont le héros et le modèle se nomment Eisenhower. Si l’on met à part bien des approximations et des interprétations un peu trop sollicitées concernant Suez-1956 (dans cette affaire, les Français étaient bien plus extrémistes dans leur volonté de liquider Nasser que ne l’étaient les Israéliens), on arrive très vite à cette conclusion très actuelle : si Eisenhower est l’inspirateur de Hagel, c’est parce qu’Eisenhower a su mater les intentions soi-disant un peu trop maximalistes d’Israël. Or, cette idée-là a une transposition toute désignée avec la situation actuelle, et elle rencontre, poursuit l’interprétation, parfaitement la pensée du président Obama.

«… Le livre qui a tant intéressé Hagel, “Eisenhower 1956,” examine une des périodes les plus délicates et les plus dangereuses de la présidence d’Ike. Publié en 2011, il se concentre essentiellement sur la manière dont Eisenhower a forcé Israël, la Grande Bretagne et la France à mettre fin à leur invasion du Canal de Suez — établissant par là même les Etats-Unis comme puissance dominante, indépendante au Moyen-Orient.

» Il est impossible de lire le livre de Nichols sans penser aux récentes tensions entre les Etats-Unis et Israël sur la menace que pose le programme nucléaire iranien. l’Iran de l’Ayatollah Ali Khamenei représente aujourd’hui pour Israël une menace d’importance comparable à celle que représentait le leader égyptien, Gamal Abdel Nasser dans les années 1950. L’exemple d’Eisenhower est intéressant parce que, tout en étant attentif aux besoins sécuritaires d’Israël, il était aussi déterminé à préserver l’indépendance de la politique étasunienne et à éviter une guerre qui aurait pu impliquer l’Union Soviétique.. “Nous pensons que la puissance des armes modernes rend la guerre non seulement plus périlleuse— mais aberrante,” a dit Eisenhower le 1er novembre dans son dernier discours avant son élection de 1956, qui a coïncidé avec la crise de Suez et l’invasion soviétique de la Hongrie pour y réprimer une révolution. Ca a vraiment été le moment qui a permis de tester la solidité de la conviction du vieux guerrier comme quoi il ne devait plus y avoir de guerres.

»Au moment où le Sénat délibère sur la nomination de Hagel au secrétariat de la Défense cette assemblée devrait garder en mémoire le livre “Eisenhower 1956”. Cela leur donnera des indications utiles sur ce que pense Hagel de la puissance étasunienne au Moyen-Orient— et des explications sur les idées qu’il a partagées avec les politiciens étasuniens les plus éminents, Obama et Biden.»

Anatomie de notre blues de circonstance

Ce que nous relevons dans tout cela, dans ces diverses déclarations, commentaires exotiques ou pas, etc., c’est comme une sorte de petite musique de type blues, désenchantée, attristée, voire désolée, un gros bourdon et un cafard pesant, où les uns et les autres, chacun à sa façon, prend la mesure des événements catastrophiques en cours (ils sont tous catastrophiques mais, de temps en temps, le blues vous force à vous arrêter pour en prendre un instant la mesure). Il semble bien que tout le monde, y compris BHL notre-Penseur assez balbutiant devant les questions insistantes de Elkrief sur la Libye, mesurent l’erreur catastrophique que fut l’opération contre la Libye, telle qu’elle se déroula, tout comme l’entêtement catastrophique que constitue la fixation anti-Assad quasiment pathologique.

Ainsi, dans ce brouhaha et cette petite musique de blues, le Mali n’est-il pas une campagne victorieuse malgré le brio tactique, ni même, malgré tous les arguments empilés sur le cas, une vaste opération néo-colonialiste. Il s’agit d’abord, et quasi-exclusivement, d’une énorme rustine posée de toute urgence sur une non moins énorme voie d’eau qu’on a soi-même ouverte. La rustine pourrait sembler de bonne qualité mais la voie d’eau n’en reste pas moins le signe d’une singulière maladresse, d’une pensée si courte qu’elle semble réduite au néant de son origine, d’un emprisonnement à un entraînement déstructurant et dissolvant imposé du dehors, par la politique-Système infectant les psychologies.

En Syrie ? Inutile de s’y attarder parce que c’est un à peu près la même chose, le même type de blues envahissant la psychologie du bloc BAO. Les USA en profitent pour faire savoir aux Israéliens, pour la nième occasion, que les choses ne seront pas si simple (souvenez-vous de Suez-56). D’ailleurs, les Israéliens et l’Iran, depuis des années désormais, c’est “retenez-moi ou je fais un malheur”, autre sorte de pathologie de l’impuissance.

Bien, soyons indulgent dans le jugement et voyons dans l’épisode actuel la tentation d’un reflux général. Cela se défend d’autant plus, ajouterait-on, que la bonbonnière démocratique du “printemps arabe” explose de partout et que certains commencent à s’interroger : que va-t-il se passer en Égypte si le régime des Frères Musulmans (Morsi) s’effondre ? Voyez d’ici le spectacle du champ de ruines…

Résilience épisodique du “néo-bushisme”

Donc, conclurait-on, la sagesse leur viendrait-elle ? Oh, certes pas jusque là, pas sûr du tout et même certainement pas… Tout cela est fonction des pressions de la politique-Système, qui ne cesse de faire peser toute sa force et toutes ses exigences, et à laquelle chacun répond à son heure et selon les égarements d’une planification automatique. Au moment où nous écrivons tout cela, les Britanniques annoncent (ce 29 janvier 2013) qu’ils vont envoyer 200 et quelques hommes au Mali et Cameron va aller en Algérie (voir ce 30 janvier 2013) pour parler de la “Grande Guerre contre la Terreur”. Du “néo-bushisme” pur et dur, n’est-ce pas…

Au cas où certains l’auraient mal lu, c’est bien de ce point de vue, et à cause du facteur de communication qui appuie l’extrémisme de la politique-Système, que nous avons parlé de “néo-bushisme” en France (et chez d’autres Européens, comme les Britanniques) … Les fins esprits qui rétorquent que c’est un peu gros de charger la “grande diplomatie française” de cette infamie feraient bien d’être informés, – mais ce qui s’appelle “informés”, n’est-ce pas, – sur certains échanges entre des correspondants français hors les murs parisiens et un peu plus lucides, et certaines équipes déterminant la politique française, notamment la cellule de l’Élysée… Pour résumer, disons que l’extrémisme de ces équipes parisiennes est à peu près à l’égal de leur inculture politique et de leur inexpérience des choses diplomatiques. Ceci et cela vont ensemble.

On parlera donc, plus que jamais de “néo-bushisme”, mais exactement dans les normes où on l’a fait (voir le 24 janvier 2013). C’est-à-dire qu’il s’agit de pure communication (la “com”, disent certains), dont on voudrait par instants dépressifs se débarrasser aussi vite qu’on l’a adoptée, et qui vous colle aux doigts comme un sparadrap aux doigts du capitaine Haddock. On trouve cela, par exemple, dans cet extrait du texte référencé.

«…Tout cela conduit effectivement à une rhétorique que nous qualifions de “néo-bushiste”, non pas à partir d’une idéologie, d’un constat, d’une ambition, etc., mais bien d’un enchaînement psychologique suscité par le système de la communication. Il s’agit de ne pas se trouver psychologiquement solitaire, ou psychologiquement antiSystème (horreur !), sans la référence qu’on espère structurante (dans un sens inverti, cela va de soi) de formules idéologiques et extrémistes entrant dans un cadre d’une logique éprouvée et estampillée-Système, pour présenter les événements dans la dynamique du système de la communication. Il est psychologiquement impossible à ces personnages, en cas d’intervention, d’intervenir en observant simplement qu’ils protègent un régime contre une agression (la véracité ou pas du propos est un autre problème), comme cela fut fait à de multiples occasions dans le passé, dans diverses occurrences africaines. Ils sont enchaînés à des logiques extérieures à eux, après s’être enchaînés à des événements de leur propre chef (la Libye pour la séquence actuelle) offrant le facteur primordial de l’élément dynamique déclencheur de la déstabilisation de la même séquence. Ils le sont parce que leur psychologie est totalement pulvérisée par la crise (2008, Europe, euro, etc.) ; c’est parce que cette psychologie est pulvérisée par la crise qu’elle “se sent” solitaire et a besoin pour une action à entreprendre de s’appuyer sur une référence admise universellement par le Système ; le bushisme (néo-bushisme) fait l’affaire. […]

»…Les extrémistes européens, par la psychologie, Français et Britanniques principalement, tentant d’entraîner les autres, ressuscitent “la Grande Guerre contre la Terreur”, mais non plus comme une idéologie à prétention hégémonique et universelle comme elle prétendait l’être dans les années 2001-2005, mais comme une cure d’une psychologie totalement pulvérisée par la crise (2008, Europe, euro, etc.). On dira que le résultat est le même, – mais ce n’est le cas que pour un instant, pour un très court instant, qui semble déjà s’estomper…»

(N.B. : entre ces deux extraits, nous placions une parenthèse regrettant que les forces françaises, nous semblant trop américanisées, ne renouvellent pas l’exploit tactique de Kolwezi, en 1978, qui est de “la projection de forces” légères, rapides, exploitant surprise et désordre chez l’ennemi. Nostra Culpa, Nostra Maxima… : il semble bien qu’ils n’aient pas complètement oublié, jusqu’à utiliser à Tombouctou la même unité qui intervint à Kolwezi en 1978. Mais tout cela n’est que tactique, qui ne change rien, strictement rien au fond catastrophique de l’affaire.)

Anatomie de l’effondrement en cours

Le schéma est le même pour les “amis américains”, et la question reste absolument ouverte, béante, de savoir si Hagel, lorsqu’il arrivera au Pentagone, pourra faire quelque chose pour changer quelque chose à la politique-Système. Que tout le monde sache et proclame qu’il a été nommé pour cela, et que sa confirmation, si elle se fait, sera nécessairement accomplie sur ce thème ne change rien, absolument rien, à l’énoncé de la question, au poids de la question, à l’incertitude complète de la question. (Et aussi, à notre profond scepticisme sur cette possibilité de changer quelque chose, voire notre complet pessimisme…)

Cette hypothèse, celle qui suit, pourrait-elle pénétrer dans certains cerveaux épais ? Nous sommes prisonniers d’une politique extérieure à nous, éventuellement pour le cas qui nous occupe d’une “politique extérieure” extérieure à nous dans sa source, son inspiration et son impulsion, et cela que le Système nous impose. Les Russes le savent bien, eux, dans leurs moment de réflexion, et s’en inquiètent vraiment très gravement. Notre attitude vis-à-vis de cet emprisonnement va d’un empressement moutonnier et de communication couvert de l’étiquette qui va bien (“néo-bushisme”) à des périodes dépressives où nous mesurons la vivacité de la course à l’abîme et tentons, vainement à notre sens, de nous dégager de nos chaînes.

…Car il y a bien “course à l’abîme”. Cette politique-Système qui nous emprisonne et nous conduit à ces folies expéditionnaires, parallèlement ne cesse de nous épuiser, de nous rendre exsangue, de compléter par l’extérieur le processus d’effondrement intérieur qui affecte d’abord les psychologies et les esprits, et qui se nomme “autodestruction”. Face à cette suite apparente de “hauts et de bas”, d’entraînements guerriers et de reflux dépressifs, s’inquiètent-ils, les uns et les autres, de savoir quand et comment arrivera l’effondrement du Système qu’annoncent certains, et que beaucoup espèrent ; ils ont besoin d’un calendrier (maya ou pas, qu’importe), au mois, au jour et à l’heure ; ils protestent qu’ils ne voient rien venir.

Depuis de longues années, et précisément depuis que notre appréciation générale de la situation s’est renforcée de quelques notions précises sur l’effondrement de ce que nous nommons Système, de notre “contre-civilisation”, et tout cela dans le cadre de la fin d’un cycle métahistorique, notre jugement est que l’effondrement que l’on attend en général comme un Big Bang, quelque chose de sensationnel et d’apocalyptique selon nos habitudes de communication, est en réalité un processus à la fois difficilement perceptible pour ce qu’il est, et à la fois en pleine activité depuis au moins la chute de l’URSS, devant nos yeux littéralement, sans que nous le réalisions pleinement, si même on le réalise pour certains. L’on retrouve régulièrement cette idée dans nos colonnes ; par exemple, le 9 août 2010 où, parlant des USA en sachant qu’ainsi nous parlons du Système, nous titrions «Anatomie de l’effondrement en cours», avec par exemple cette remarque :

«Les USA sont-ils en déclin ? Vont-ils s’effondrer ? A ceux qui font ces prévisions, il est temps de dire qu’ils retardent. L’empire s’effondre sous notre regard, en général aveugle puisque gavé de virtualisme hollywoodien et incapable de voir les formes et les mouvements devant nos yeux. L’effondrement s’effectue par dissolution, peut-être avec une certaine discrétion qui ne manque pas de grâce mais dans tous les cas avec une efficacité rarement atteinte…»

L’idée n’est pas neuve mais, depuis un petit quart de siècle, elle est résiliente, insistante, elle fait partie de notre perception générale, et la dégradation continue de notre contre-civilisation depuis ne peut en aucun cas être tenue pour autre chose que comme une confirmation. Le 30 juin 1989, dans Libération, le philosophe Félix Guattari écrivait ceci, qui pourrait être repris mot pour mot aujourd’hui, en y ajoutant, comme autant de grains de sel, les diverses aventures financières, militaristes, anti-Grande Terreur et “bushistes”, et catastrophiques, du bloc BAO…

« On focalise notre attention sur les catastrophes à venir, alors que les vraies catastrophes sont bel et bien là, sous notre nez, avec la dégénérescence des pratiques sociales, avec une mass-médiatisation abêtissante, avec une foi collective aveugle dans l’idéologie du “marché”, c’est-à-dire, en fin de compte, l’abandon à la loi du grand nombre, à l’entropie, à la perte de la singularité, à l’infantilisation généralisée. Les anciens types de relations sociales, les anciens rapports au sexe, au temps, au cosmos, à la finitude humaine ont été bouleversés, pour ne pas dire dévastés, par les “progrès” générés par les sociétés industrielles. Traduisons en clair : c’est l’idéologie du progrès qui s’effondre. La Nouveauté n’est plus censée se traduire automatiquement par un mieux-être. Il se pourrait bien qu’elle soit plus généralement régressive et que nous vivions pour de bon la fin d’un cycle.»

 

Pour consulter l’original: cliquez sur ce lien.

 

Traduction des parties en Anglais: Dominique Muselet


Notes :

  1. Bloc américano-occidentaliste. []

http://www.oulala.info/2013/02/notes-sur-un-moment-de-blues/

28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 07:58

Photos : Les mémoires de Del Ponte.

Manifestation contre Del Ponte à Belgrade.

 

# SYRIA COMMITTEES / ONU, TPI, CPI ET AUTRES MACHINES AMERICAINES : AU SECOURS DEL PONTE REVIENT !
par SYRIA COMMITTEES - COMITES SYRIE, vendredi 25 janvier 2013, 16:16 · 

LM avec PCN-SPO – ELAC Website – Le Temps / 2013 01 25 /

 

Après avoir mis à feu l’ex Yougoslavie pour le plus grand profit des USA et de l’OTAN, voilà Del Ponte (TPIY) de retour au service de ses anciens maîtres. Contre la Syrie ba’athiste, autre état socialiste encore, cette fois !!!

 

Dans ses mémoires « LA CACCIA » publiées en italien, Del Ponte explique sans honte comment le TPIY manipulait les enquêtes, notamment pour ne pas nuire aux alliés de l’OTAN, les albano-kosovars de la maffieuse UCK. Notamment dans un trafic international d’organes, prélevés sur des prisonniers serbes, militaires et civils kidnappés, impliquant le futur premier ministre UCK du Kosovo devenu protectorat « indépendant » de l’OTAN, Hashim Taci.

 

La revoilà pourtant aux affaires. Etalant son arrogance dans les médias de l’OTAN.

 

Nommée en septembre 2012 au sein de la Commission internationale indépendante (sic) d’enquête sur la Syrie de l’ONU, l’ex-magistrate Carla Del Ponte « admet qu’il n’y a pas de solution immédiate au conflit syrien ». La commission publiera en mars prochain « un nouveau rapport d’enquête », assorti de recommandations «très claires».


«La paix ne pourra pas s’imposer sans justice» ose affirmer sans vergogne Del Ponte …

Saisir la Cour pénale internationale pour mettre fin au conflit syrien, est la « grande-idée » de cette magistrate dévoyée au service de juridictions fantoche au service de l’impérialisme. Elle a le soutien de la diplomatie suisse, elle aussi à la remorque de l’OTAN …

 

Aller plus loin :

Luc MICHEL, FOCUS / IMPERIALISME HUMANITAIRE : REVOILA KOUCHNER ET CARLA DEL PONTE SUR LA SYRIE !

 

Sur : http://www.elac-committees.org/2012/09/01/luc-michel-focus-imperialisme-humanitaire-revoila-kouchner-et-carla-del-ponte-sur-la-syrie/

 

 

13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 04:58

 

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a affirmé lundi qu'elle était prête à «regarder» la question du prix des assurances professionnelles des médecins, alors que les chirurgiens des cliniques privées et les internes des hôpitaux publics démarrent un mouvement de grève.

http://www.leparisien.fr/economie/medecins-en-colere-touraine-veut-bien-regarder-la-question-des-assurances-12-11-2012-2314199.php

 

 

La suppression des dépassements d’honoraires n’est toujours pas d’actualité...

L’appât du gain plutôt que le sens d’une mission au service d’autrui ?


Par Pascal Marichalar, sociologue au Groupe de sociologie politique européenne.


Les négociations sur l’encadrement des dépassements d’honoraires des médecins viennent de se terminer... mal.Actuellement, la loi précise seulement que le médecin « doit fixer ses honoraires avec tact et mesure », une formulation particulièrement creuse. Des études récentes montrent que les dépassements d’honoraires fournissent plus du tiers des revenus des médecins les plus riches. Les 1 % des médecins libéraux aux plus hauts revenus touchent 32 000 euros par mois au seul titre des dépassements, en plus de leurs 42 000 euros par mois au titre des honoraires tarif Sécu... On sait également que certains praticiens hospitaliers touchent jusqu’à 50 000 euros par mois grâce à leurs consultations privées données au sein de l’hôpital public, aux files d’attente bien plus courtes que les consultations publiques données par les mêmes.

Pourtant, la Confédération syndicale des médecins français s’oppose à un encadrement de ces dépassements par la loi, avançant ­plutôt l’idée d’une revalorisation du tarif Sécu standard afin d’inciter les médecins à ne pas pratiquer de dépassements. De la discussion sur les revenus très élevés de certains ­médecins, on a ainsi glissé de manière habile à une discussion sur la revalorisation nécessaire des honoraires d’une majorité de médecins insuffisamment reconnus, voire en voie de paupérisation.

Pour clarifier ce débat, quelques données statistiques s’imposent.

97 % des Français sont payés moins que les médecins libéraux. En 2008, les médecins spécialistes libéraux ont déclaré en moyenne environ 10 100 euros par mois de revenus à l’administration fiscale ; les médecins généralistes libéraux, environ 6 400 euros par mois.

Comparons. Dans la population active française, le revenu fiscal médian des ­ménages s’élevait au même moment à environ 1 700 euros par mois (50 % des personnes déclaraient moins que ce niveau, 50 % des personnes déclaraient plus). Au final, le niveau moyen de revenus des généralistes libéraux les situe parmi les 3 % les plus riches de nos concitoyens ; celui des spécialistes libéraux les situe parmi les 2 % les plus riches.

On peut remarquer également que ­l’attractivité des rémunérations est devenue un argument explicite dans le choix des ­spécialités d’internat ou des modes d’exercice. Sur les forums Internet de carabins, on n’a plus honte à dire qu’on cherche à gagner beaucoup d’argent.

Un futur médecin se demande par exemple : « D’un point vue purement financier, est-il préférable, donc plus lucratif, de faire un temps-plein à l’hôpital ou travailler en clinique ? » Un autre avoue : « Chirurgie plastique, ça me botte bien. Même si je suis dans un groupe de cliniques, tu peux faire des dépassements monstrueux. » Un troisième : « Je voulais faire chirurgie mais il n’y a pas de salut en dehors de la chirurgie plastique, de l’orthopédie, de l’ophtalmo ou de l’ORL, sinon tu ne gagnes pas bien ta vie. » Un étudiant hésite : « A priori si je gagne 5 000 euros par mois, je suis un médecin pauvre... mais ça dépend des aspirations de chacun. » Alors qu’un de ses camarades estime au contraire que c’est « catastrophique en médecine générale : 5 000 par mois de trente à soixante-cinq ans (donc sans évolution) ».

Quelques années plus tard, ces mêmes ­étudiants livreront un serment solennel lors de la soutenance de leur thèse de doctorat : « Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la ­recherche de la gloire... »

Le problème des revenus des médecins est lié en grande partie à la composition sociale du groupe des aspirants médecins. Environ 45 % des médecins sont issus d’une famille de cadres supérieurs (contre 8 % de l’ensemble de la population active) ; seuls 8 % sont issus d’une famille ouvrière (contre 39 % de la population active).

La plupart des futurs médecins grandissent ainsi dans un milieu dans lequel il est courant de recevoir des rémunérations de 4 000, 5 000 euros par mois et plus, parfois bien plus. Leurs camarades d’école, également issus des classes supérieures pour la plupart, vont eux-mêmes devenir cadres supérieurs dans de grands groupes, courtiers dans la finance, avocats. C’est à ces modèles que les médecins comparent leurs perspectives de ­revenus, plutôt par exemple qu’aux enseignants, bien moins payés, et pourtant également une profession à mission d’intérêt général et à longues études.

Le jour où un gouvernement aura le ­courage d’encadrer strictement les honoraires des médecins, au nom de la santé publique et de la maîtrise des comptes de l’assurance maladie, certains de ces étudiants qui ­raisonnent en « kilo-euros » donneront peut-être finalement leur préférence aux ­métiers de la finance ou du pétrole.

Cela créera un appel d’air pour des ­candidats issus de milieux moins favorisés pour lesquels un revenu « normal » se situera à un niveau plus proche du revenu médian de la population générale ; et plus généralement, à des candidats motivés non tant par l’appât du gain que par le sens d’une mission au service d’autrui.

Rien ne permet de dire que ces médecins seraient moins bons que leurs prédécesseurs qui cumulaient les consultations et les dépassements et étaient prêts à signifier à un patient que « non, monsieur, si vous n’êtes pas prêt à payer le tarif fort, alors il faudra attendre six mois supplémentaires ».

 

Pascal Marichalar

 

http://www.humanite.fr/societe/l-appat-du-gain-plutot-que-le-sens-d-une-mission-au-service-d-autrui-507133

17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 05:56

 


UE: Démission du commissaire européen à la Santé soupçonné de corruption Le commissaire européen en charge de la Consommation et de la Santé, le Maltais John Dalli, a démissionné mardi de ses fonctions suite à sa mise en cause dans une...

http://www.alvinet.com/actualite/articles/ue-demission-du-commissaire-europeen-a-la-sante-soupconne-de-corruption-14659522.html

UE: Démission du commissaire européen à la Santé soupçonné de corruption


BRUXELLES - Le commissaire européen en charge de la Consommation et de la Santé, le Maltais John Dalli, a démissionné mardi de ses fonctions suite à sa mise en cause dans une enquête de l'Office européen de lutte antifraude (Olaf), a annoncé la Commission européenne.

La démission de M. Dalli prend effet immédiatement, a précisé le communiqué.

L'ancien commissaire a confirmé à un journaliste du quotidien Malta Today avoir démissionné, mais a annoncé son intention de se défendre pour démontrer que les assertions de l'Olaf sont fausses.

J'ai démissionné afin d'avoir les mains libres pour prouver que les allégations me mettant en cause sont fausses, a-t-il expliqué. J'ai un sentiment de déjà vu, a-t-il ajouté, en faisant référence à sa démission du gouvernement maltais en 2004 à la suite d'accusations qui se sont révélées infondées.

 

suite ici :

 

http://www.romandie.com/news/n/_UE_Demission_du_commissaire_europeen_a_la_Sante_soupconne_de_corruption93161020122245.asp

15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 00:55

  

En 2009, Christine Lagarde a coûté 644 939 euros en frais de transport aux .

Christine Lagarde ( de l’Economie) et son ont coûté 644 939 euros en 2009 pour 35 déplacements aériens dont 6 en métropole et 29 à l’étranger. Le coût de Christine Lagarde en frais de

 

En 2009, Christine Lagarde a coûté 644 939 euros en frais de transport aux .

Christine Lagarde ( de l’Economie) et son ont coûté 644 939 euros en 2009 pour 35 déplacements aériens dont 6 en métropole et 29 à l’étranger. Le coût de Christine Lagarde en frais de

 

http://www.tdg.ch/economie/Deux-Grecs-de-la-liste-Lagarde-retrouves-morts/story/25071569

Les Grecs ont récemment appris l'existence d'une liste de près de 2.000 riches Grecs ayant dissimulé de l'argent en Suisse. En une semaine, deux de ces présumés fraudeurs se seraient suicidés.

 

La «liste Lagarde» continue de semer la panique parmi les élites d’Athènes. Depuis jeudi, deux hommes ont été retrouvés morts. Tous deux figuraient parmi les quelque 2000 politiciens et hommes d’affaires grecs soupçonnés de détournements et de fraude fiscale, tous détenteurs de comptes bancaires en Suisse. La thèse du suicide est retenue, selon Business Insider.

Le corps de Vlassis Kambouroglou, éminent homme d’affaires du secteur de la défense, a été découvert sans vie lundi dans un hôtel en Indonésie. Le Greek Reporter précise qu’il était soupçonné d’avoir participé à un réseau de blanchiment d’argent en Grèce. Dans le cadre de cette affaire, un ancien ministre de la Défense s’est retrouvé derrière les barreaux pour avoir détourné quelque 1,3 milliard d’euros.

Jeudi soir dernier, Leonidas Tzanis, ancien secrétaire d’Etat grec de 1999 à 2001 et député du Parti socialiste, a été retrouvé pendu. Il était suspecté de corruption, trafic d’influence et de fraude fiscale.

Documents volés de Falciani

Ces drames surviennent quelques jours après une annonce retentissante: la Grèce a mis la main sur des données détaillées concernant près de 2000 personnalités grecques fortunées. Soupçonnées de corruption ou de fraude fiscale, elles figurent parmi les clients de la filiale helvétique de HSBC.

En 2010, l’actuelle directrice du FMI Christine Lagarde, à l’époque ministre française des Finances, avait fourni cette liste au gouvernement grec. Ces données provenaient des documents qu’Hervé Falciani avait volés à la banque HSBC Genève cette même année. L’informaticien s’était emparé d’une liste de 22 000 personnalités fortunées qui détenaient des comptes bancaires en Suisse.

«Égarées»

Pourquoi le gouvernement grec a-t-il attendu deux ans avant de brandir la liste? Ces données, stockées sur une clé USB, auraient été «égarées», raconte le Matin Dimanche. Elles ne «pouvaient être utilisées, puisqu’elles avaient été volées». Une fois ces informations «retrouvées», le Premier ministre grec Antonis Samaras, qui prône la «transparence totale» et la «tolérance zéro» envers la fraude fiscale, a ouvert une première enquête visant une trentaine de personnes qui figurent dans la liste.

Ces données grecques ont déjà fait tomber plusieurs têtes. L’ancien ministre Yiannis Sbokos a été arrêté pour corruption, immédiatement après que le Premier ministre Antonis Samaras a reçu la liste. (Newsnet)

 

 

Scandale de la liste Lagarde : ce que Venizelos a dit sur les juifs ...

www.okeanews.fr/scandale-de-la-liste-lagarde-ce-que-venizelos-dit-s...

il y a 5 heures – Nouveau scandale en Grèce concernant les propos de Venizelos. Il parlait aux institutions du Parlement et au comité de transparence le 11 ...

 

(Liste articles sur le sujet à ce lien)

6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 19:56
Le Lycée français de New York est considéré comme un des très bons établissements de l'Upper East Side. Il accueille 1350 enfants de la maternelle à la terminale. © Jim Henderson
Le Lycée français de New York est considéré comme un des très bons établissements de l'Upper East Side. Il accueille 1350 enfants de la maternelle à la terminale. © Jim Henderson
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/03/29/01016-20120329ARTFIG00728-trop-d-enfants-de-stars-au-french-lycee-de-new-york.php

 

 

Au Lycée français de New York,

la fin d'un privilège

par Benjamin Rabeuf

Smokings, robes de soirée, parures étincelantes et champagne qui coule à flots. Réception très attendue, le gala annuel du Lycée français de New York (LFNY), qui réunit les généreux donateurs de l'établissement, s'est tenu dans le hall bleu électrique du luxueux hôtel Park Avenue Armory, le 17 mars dernier. Jean Paul Gaultier s'y est vu remettre le prix Charles de Ferry de Fontnouvelle - du nom du comte et diplomate français qui fonda le lycée en 1935 - pour sa « contribution au rayonnement de la communauté franco-américaine ». Le couturier succédait à la journaliste Anne Sinclair, à Mme Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), ou encore à M. Michel Pébereau, président du conseil d'administration de BNP Paribas. Cette année, les commensaux de la table « Picasso » (douze personnes) avaient déboursé 25 000 dollars, contre 20 000 pour ceux de « Hemingway » (dix convives). A chaque fois, naturellement, la prestation offre la possibilité de projeter un logo d'entreprise sur un écran géant. Les bourses les plus étriquées se sont rabattues sur la table « Cocteau », qui, pour 10 000 dollars, ne donnait droit qu'au programme broché du gala.

En 2011, la cérémonie avait permis de réunir près de 2 millions de dollars. La chanteuse Madonna, l'ex « chevalier d'industrie » M. Jean-Marie Messier, mais aussi Moët Hennessy - Louis Vuitton (LVMH), L'Oréal, Euro RSCG ou encore les banques Lazard et Société générale avaient versé jusqu'à 30 000 dollars. Cette année, 3,6 millions de dollars ont été récoltés au cours des réjouissances. Une question demeure néanmoins : pourquoi un lycée à but non lucratif, homologué par le ministère des affaires étrangères, et dont la mission consiste à assurer le « rayonnement de la France » hors de ses frontières, doit-il avoir recours aux dons de millionnaires et de multinationales ? C'est, semble-t-il, le tribut à payer pour maintenir le niveau d'excellence de cet établissement privé bilingue dont le budget de fonctionnement annuel dépasse les 29 millions d'euros, et que la responsable des admissions, Mme Martine Lala, nous présente comme « très concurrentiel » et « de grand calibre » (...)

Lire la suite de cet article inédit de Benjamin Rabeuf:
31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 01:01

 

Nicolas Sarkozy : comment gagner 250 000 euros en 45 minutes ?

sarko 2 

D'après le Canard Enchaîné, la participation de l'ancien chef de l'Etat à une conférence pourrait lui rapporter très gros.

Publié le 30 août 2012, 11h56


On le sait : Nicolas Sarkozy peine à rester inactif et aurait bien du mal à respecter sa promesse de ne plus faire parler de lui passée la présidentielle. Lors de ses vacances au Cap nègre avec Carla Bruni, le "retraité" de l'Elysée a réussi à attirer l'attention sans décrocher un seul mot. Voilà que le Canard Enchaîné révèle qu'il pourrait se faire rémunérer grassement pour sa participation à une conférence. C'est la banque Morgan Stanley qui aurait proposé à l'ancien président de la République de venir s'exprimer pendant environ 45 minutes. Trois quart d'heure, qui rapporteraient à Nicolas Sarkozy 250 000 euros, photos comprises, selon l'hebdo satirique. L'information n'a pour l'instant pas été confirmée, ni par la banque d'investissement américaine, ni par le principal intéressé.


La presse a déjà plusieurs fois évoqué la possibilité et le souhait de Nicolas Sarkozy de donner des conférences après son mandat. Un filon que Tony Blair et Bill Clinton furent les premiers à exploiter. Le Canard quant à lui révèle que l'ancien chef de l'Etat chercherait par tous les moyens à gagner de l'argent, maintenant qu'il est libéré de la fonction. Plusieurs fois lors de son mandat, il avait jugé que la présidence de la République n'était pas un bon moyen de faire fortune et qu'il gagnerait "bien plus" hors de l'Elysée. Le chef de l'Etat gagne 21 300 euros bruts par mois en France. Une somme bien éloignée en effet de celles offertes aux anciens dirigeants internationaux pour leur "expertise" lors de conférences, même si le "cachet" supposé de Nicolas Sarkozy semble encore assez éloigné de celui de ses mentors anglais et américain.


EN VIDEO - Le 8 mars 2012, Nicolas Sarkozy assurait qu'il arrêterait définitivement la politique en cas de défaite à l'élection présidentielle.

 

La rédaction, L'Internaute

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 02:33

 

http://noliesradio.org/images/imperialism_usa.jpg
http://www.propagandeweb.com/?p=2920

 

http://www.vigile.net/Le-monde-peut-il-survivre-a-l


Le monde peut-il survivre à l’arrogance de Washington ?
La Russie et la Chine en ligne de mire de l’administration Obama

 

 

 

 

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impérialisme occidental: l’invasion américaine de l’Afrique prend forme…

Voici un sujet fort intéressant…

http://noliesradio.org/images/imperialism_usa.jpg

Le 14 Octobre, le président Obama a annoncé que les Etats-Unis allaient envoyer des forces spéciales américaines en Ouganda pour prendre part à la guerre civile. Dans les mois à venir, des troupes de combat américaines vont être envoyées au sud-Soudan, au Congo et en Centrafrique. Elles n’engageront le combat qu’en cas de “légitime défense” a dit Obama de manière satirique. Avec la Libye tombée dans l’escarcelle, une invasion américaine du continent africain prend forme.


La décision d’Obama est décrite par la presse comme étant “hautement inhabituelle” et “surprenante” et même “bizarre”. Il n’en n’est rien. Ceci n’est que la logique de la politique américaine depuis 1945. Prenez le Vietnam. La priorité était d’arrêter l’influence de la Chine, un rival impérialiste et “protéger” l’Indonésie, que le président Nixon appela “le plus gros magot en ressources naturelles de la région.. La plus grande des récompenses”. Le Vietnam était simplement sur le chemin et le massacre de plus de trois millions de Vietnamiens, la dévastation et l’empoisonnement de leur pays étaient le prix de la réalisation des objectifs de l’Amérique. Comme toutes les invasions américains suivantes, un sentier de sang qui s’étend de l’Amérique latine à l’Afghanistan en passant par l’Irak, le leitmotiv était toujours la “légitime défense” ou “la cause humanitaire”, des mots vidés depuis longtemps de leur sens propre.


En Afrique, dit Obama, “la mission humanitiare” est d’assister le gouvernement de l’Ouganda à se défaire de l’armée de résistance de dieu (LRA) qui a “tuée, violée et kidnappée des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants en Afrique centrale”. Ceci est une description juste de la LRA, évoquant de mulitples atrocités administrées par les Etats-Unis, tel le bain de sang des années 1960 suite à l’assassinat arrangé par la CIA de Patrice Lumumba, le leader congolais indépendant et premier ministre légalement élu pour la première fois au Congo, ainsi que le coup d’état perpétré par la CIA, installant au pouvoir Mobutu Sese Seko, vu comme le plus vénal des tyrans africains.


L’autre justification d’Obama invite également la moquerie. Ceci est du ressort de “la sécurité nationale américaine”. La LRA a fait son sale boulot depuis 24 ans, sans intérêt particulier des Etats-Unis. Aujourd’hui, elle se compose de quelques 400 membres armés et n’a jamais été aussi faible. Quoi qu’il en soit, la “sécurité nationale américaine” veut en général dire l’achat d’un régime corrompu et veule, qui possède quelque chose que Washington veut. Le “président à vie” ougandais Yoweri Museveni a déjà reçu la plus grande part des 45 millions de dollars d’aide militaire des Etats-Unis, incluant les drones favoris d’Obama. Ceci est son pourboire pour combattre une autre guerre par proxy contre l’ennemi islamiste fantôme de l’Amérique, le groupe Shabaab basé en Somalie.La LRA jouera son rôle imparti de diversion par relation publique, en distrayant les journalistes occidentaux avec ses histoires d’horreur habituelles.


Quoi qu’il en soit, la raison principale pour laquelle les Etats-Unis envahissent l’Afrique n’est pas différente de celle qui enflamma la guerre du Vietnam. C’est la Chine. Dans le monde de la paranoïa institutionalisée auto-infligée, qui justifie ce que le général David Petraeus, l’ancien chef d’état major maintenant à la tête de la CIA, suppose être un état de guerre permanent, la Chine est en train de remplacer Al Qaïda comme la “menace” officielle contre l’Amérique. Quand j’ai interviewé Bryan Whitman, un secrétaire d’état adjoint du ministère de la défense, l’an dernier, je lui ai demandé de décrire le danger courant auquel l’Amérique fait face en ce moment. Il répéta visiblement embarassé, “les menaces asymétriques, les menaces asymétriques”. Ces menaces justifient le blanchiment d’argent sale que l’état effectue avec les conglomérats d’armes et le plus gros budget militaire de l’histoire. Avec Oussama Ben Laden hors service, la Chine reprend le flambeau.


L’Afrique est l’histoire à succès de la Chine. Là où les Américains amènent leurs drones et la destabilisation, les Chinois amènent des réseaux routiers, des ponts, des barrages. Ce qu’ils veulent ce sont les ressources, spécifiquement les hydrocarbures.  Avec les plus grosses réserves de pétrole du continent africain, la Libye de Mouammar Kadhafi était une des sources les plus importantes de la Chine. Lorsque la guerre civile éclata et que les “rebelles” furent soutenus par l’OTAN sous couvert d’une histoire fabriquée de toute pièce à propos de Kadhafi planifiant un “génocide” à Benghazi, la Chine évacua ses 30 000 ouvriers de Libye. La résolution du conseil de sécurité de l’ONU qui autorisa une “intervention humanitaire” de l’occident fut expliquée succintement par le conseil transitoire au gouvernement français, ce qui fut publié le mois dernier par le journal Libération et dans lequel le conseil national de transition libyen offrait 35% de la production nationale de pétrole à la France “en échange” (le terme utilisé) d’un soutien “total et permanent” de la France au conseil de transition. Portant la bannière étoilée dans un Tripoli “libéré” le mois dernier, l’ambassadeur américain Gene Cretz laissa échapper: “Nous savons que le pétrole est le joyau de la couronne des ressources naturelles libyennes !”


La conquête de facto de la Libye par les Etats-Unis et ses partenaires impérialistes annonce la version moderne de la “ruée sur l’Afrique” de la fin du XIXème siècle. Tout comme la “victoire” en Irak, les journalisres ont joué un rôle essentiel et critique en divisant les Libyens entre de bonnes victimes et de mauvaises victimes. Une une récente du journal Guardian illustra une photo d’un combattant “pro-Kadhafi” effrayé aux mains de ses geôliers aux yeux élargis avec la mention “célébrez”. D’après le général Petraeus, il y a maintenant une guerre de la “perception… qui est continuellement conduite à travers les médias”.


Depuis plus de dix ans, les Etats-Unis ont essayé d’établir un commandement militaire sur le continent africain, AFRICOM, mais ont été repoussés par les gouvernements, appréhensifs des tensions régionales que cela impliquerait. La Libye et maintenant l’Ouganda, le sud-Soudan et le Congo leur donnent une autre bonne chance. Comme le révèlent les câbles fuités par Wikileaks du bureau national stratégique pour le contre-terrorisme, les plans américains pour l’Afrique font partie d’un schéma global qui verra 60 000 forces spéciales, incluant des escadrons de la mort, opérant dans 75 pays, de bientôt opérer dans 120 pays. Dick Cheney le dît dans son plan de “stratégie de défense) des années 1990, l’Amérique désire simplement dominer le monde.


Que ceci soit maintenant le cadeau de Barack Obama, le “fils de l’Afrique”, est d’une ironie suprême. Où cela l’est-il vraiment ? Comme Frantz Fanon l’a expliqué dans “Black Skin, White Masks”, ce qui importe en fait n’est pas tant la couleur de votre peau, mais le pouvoir que vous servez et les millions que vous trahissez.


Url de l’article original:

http://www.johnpilger.com/articles/the-son-of-africa-claims-a-continents-crown-jewels


~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Source: resistance71.wordpress.com

 

By: pokefric


Les moutons enragées

 

http://www.propagandeweb.com/?p=2920

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